10.06.2009

LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

 

Disparus.jpg
LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
 
En hommage aux victimes du 5 juillet 1962 à ORAN
et à toutes les victimes françaises du 19 mars 1962
 
JEUNE PIED-NOIR                                                                Le 9 juin 2009

BP 4 - 91570 BIEVRES

Tél: 06 80 21 78 54                                                                  

Tél : 01 69 41 01 12                               

E-mail : jeunepiednoir@wanadoo.fr                                           

                                                                                              Monsieur Nicolas SARKOZY

                                                                                              Président de la République

Par courriel – Lettre RAC                                                  Palais de l’Elysée

                                                                                              55, rue du Faubourg Saint-Honoré

                                                                                  75008 PARIS

 

OBJET :  Demande de changement  du 5 décembre au 5 juillet de la date de commémoration nationale en mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie.

 

Monsieur le Président la République,

 

Comme vous avez pu encore le constater, tous les ans, une virulente polémique s’engage autour du 19 mars 1962, que deux associations d’anciens combattants essaient d’imposer, sans succès depuis 1975, comme date de commémoration officielle en mémoire des victimes civiles et militaires « morts pour la France » de la guerre d’Algérie. Leur principal argument repose sur l’application du « cessez-le-feu » signé la veille entre l’Etat français et le seul FLN qui, selon eux, aurait marqué le retour de la paix en Algérie. Or, chacun sait hélas, que le cessez-le-feu unilatéral de l’Armée française du 19 mars 1962 a été suivi, en sept mois de « paix », de plus de crimes contre les Français d’Algérie et les militaires français que sept ans de guerre. Cette date marque en réalité pour les Français d’Algérie le début de drames que vous avez si bien décrits dans vos engagements envers nos compatriotes durant la campagne présidentielle, notamment dans votre courrier du 16 avril 2007 : « Il n’est pas question que le 19 mars soit une date officielle de commémoration. Il est arrogant de condamner et de mépriser la douleur qui fut la vôtre et celle de vos familles lorsque vous fûtes chassés de vos terres, de vos maisons, et séparés de vos amis. Je le répète, c’est par respect pour vous que je n’accepterai pas que la date officielle de la commémoration des morts de la guerre d’Algérie soit celle du cessez-le-feu, qui de surcroît, n’a pas été respecté ».

 

Pour éviter cette polémique, le Président Jacques CHIRAC, suivant l’avis de la commission Favier qui proposait de choisir une date neutre, avait opté pour la date sans signification du 5 décembre pour l’hommage de la Nation aux militaires « morts pour la France » en Algérie. Cette date est commémorée depuis 2003 et elle a été confirmée par le Parlement, expression de la volonté du Peuple français, lors du vote de la loi du 23 février 2005 pour rendre aussi hommage aux victimes civiles de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie. 

 

Depuis l’avis de la commission Favier et le vote de la loi du 23 février 2005 qui reconnaît dans son article 2 la « violation des accords d’Evian », la demande de nombreuses personnalités et les déclarations des principaux candidats à l’élection présidentielle invitent à réexaminer le choix du 5 décembre fait en 2003 par votre prédécesseur. En effet, la date du 5 juillet semble désormais, pour des raisons historiques et objectives, s’imposer naturellement :

 

1 – La date officielle de la fin de la « guerre » d’Algérie pour la prise en compte de la campagne officielle sur le théâtre d’opération est le 2 juillet 1962, comme l’atteste le décompte des services de tous les personnels militaires. Et comme le confirme d’ailleurs l’article L1 bis la loi du 18 octobre 1999.

 

2 – La demande persistante depuis novembre 1993 de nombreux Anciens Combattants d’Algérie, notamment de la plus importante de leur Association -l’Union Nationale des Combattants, UNC - et de son Président M. Hugues DALLEAU, pour que soient aussi considérés comme « morts pour la France » les 535 militaires français assassinés ou disparus en Algérie après le 2 juillet 1962 et jusqu’au 4 juillet 1964 dans des opérations de protection ou de secours de nos compatriotes encore sur place (cf. annexe  jointe).

 

3 – L’assassinat le 5 juillet 1964, 2 ans après l’indépendance de l’Algérie, du jeune Jean-Claude Saint-Aubin, 23 ans, et de sa jeune passagère Mlle Dominique Kaydash, 18 ans, par les services spéciaux français qui pensaient assassiner un responsable de l’OAS. Ce crime d’Etat, commis par « erreur » de ciblage, a été reconnu officieusement par la Justice française qui a accordé aux parents du jeune Saint-Aubin une réparation morale de 500.000 francs, soit 75.000 euros, estimant que « l’institution judiciaire avait mal fonctionnée » (cf. annexe  jointe).

 

4 - A ces faits objectifs, il serait légitime d’associer tous les soldats et civils français « morts pour la France » en Algérie du 5 juillet 1830, date officielle de la conquête française de la Régence turque d’Alger, au 5 juillet 1962, date du massacre collectif d’Oran où furent assassinés et disparurent plusieurs centaines de Français d’Algérie (peut-être même plusieurs milliers).

 

5 – Votre volonté personnelle de montrer publiquement votre considération pour les victimes d’actes terroristes. Le 5 juillet 2007, vous aviez accueilli à l’Elysée Mme Françoise RUDETZKI, alors présidente de l’association SOS Attentats. Le 5 juillet 2009, les familles des victimes du massacre d’Oran 5 juillet 1962, qu’aucun Président de la République française n’a reçu depuis cette date, seraient très touchées si vous acceptiez de les recevoir.

 

Enfin votre désir public de voir reconnu le « crime d’Etat » du 19 mars 1962. Le 31 mars 2007 devant la presse et les responsables d’associations de Français rapatriés Harkis en présence du ministre délégué aux Anciens Combattants, M. Hamlaoui MEKACHERA, vous aviez déclaré :  « Si je suis élu Président de la République, je veux reconnaître la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis et d’autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance, afin que l’oubli ne les assassine pas une deuxième fois ». Cet engagement a été salué par une ovation prolongée de l’assistance car il répond à la première des attentes des deux millions de Français rapatriés et de leurs descendants. Lors de la réunion du 13 avril 2007, en présence des ministres André Santini et Christian Estrosi et des députés Kert, Diefenbacher et Vitel, à la question de savoir à quelle date vous envisagiez de tenir cet engagement de reconnaître officiellement la responsabilité de l’Etat, vous avez répondu sans ambiguïté : avant fin 2007.  Reconnaissance à laquelle vous avez souhaité associer les victimes civiles : « Je vous confirme qu’outre la mémoire due aux disparus, je souhaite que les victimes françaises innocentes de cette guerre, jusqu’à l’indépendance, se voient reconnaître la qualité de morts pour la France et que leurs noms figurent sur une stèle officielle afin que personne n’oublie ces épisodes douloureux. » « Plus d’un demi-siècle après les faits, il est temps que toute la lumière soit faite sur ces disparitions, que l’on aide les familles à retrouver la paix, et que les disparus aient une reconnaissance de la Nation par l’inscription de leurs noms sur ce monument public. »   

 

Tous ces faits historiques incontestables nous conduisent à vous demander de bien vouloir proposer au Parlement le vote d’un amendement  modifiant la date de l’hommage de la Nation du 5 décembre au 5 juillet. Le Mémorial du Quai Branly à Paris pourra alors réellement devenir le lieu national de mémoire de toutes les victimes civiles et militaires « morts pour la France » en Afrique du Nord.

 

Les Français rapatriés, qui attendent depuis plus de deux ans du gouvernement la mise en œuvre de vos engagements en leur faveur, seront particulièrement sensibles à ce changement symbolique marquant à la fois votre volonté de voir leurs drames reconnus et celle de voir tous vos engagements tenus à leur égard.

 

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

 

 Bernard COLL

Secrétaire général de Jeune Pied-Noir

Ecrire un commentaire