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France : île des lumières pour l’Islam ?

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Au moment où ces lignes sont écrites, la France connaît une de ses plus importantes crises sociales. Malgré le vote « solennel » de la loi sur les retraites par les deux assemblées, de manifestations en « opérations coup de poing », la flamme de la révolte de la majorité des citoyens vacille mais ne s‘éteint pas. Personne, à ce jour, ne peut prévoir jusqu’où nous mènera le divorce entre l’État et le peuple, mais aussi la cassure entre les directions syndicales et les travailleurs sur le terrain.

Comme si les enjeux réels n’étaient pas suffisamment affectés par les barbouilleurs des médias affamés de déclarer, chaque jour, que « c’est la fin de la grogne » ; les clameurs de la colère des cortèges se trouvent polluées par le vacarme de brigands casseurs qui vont, pour certains, jusqu’à brandir sur nos monuments des drapeaux étrangers où le vert de l’Islam côtoie le croissant. Pour une fois, si les informations nationales taisent cette forfaiture, les journaux régionaux osent enfin non seulement donner les informations, mais aussi publier les photos. De même des rapports alarmants de la DCRI indiquent que, mimant une Intifada fantasmée, les « jeunes » ponctuent « d’Allah Akbar » leurs agressions, leurs pillages et leurs jets de matériau sur les forces de l’ordre. D’autre part, de jeunes officiers font part de leur volonté « de balayer la racaille avec des pelotons blindés, avant de partir pour l’Afghanistan », pour ne pas laisser à l’arrière une « cinquième colonne » de l‘AQMI parrainé par Ben Laden.

Nous le voyons, nous sommes au comble de l’effervescence et de la confusion. A ce stade, il convient de préciser et de rappeler les réalités. La guérilla urbaine n’est pas menée par les séides d’Al-Qaida mais par des « sauvages urbains », organisés en mafias ethniques, formes visibles de regroupements qui reconstituent les noyaux tribaux ancestraux.

La cause en est désespérément simple : la saturation de l’environnement où ils évoluent ( la cité : pas assez d’espace ; le chômage : pas assez de ressources ) ; la destruction systématique de la spécificité française ( les fondements de 1789 et du CNR ) qui les poussent, à chaque coin de rue à la prédation primaire. Cependant la nature a horreur du vide sidéral et de l’inorganisation. Tous ceux qui travaillent sur et dans les banlieues savent que ce « lumpenprolétariat » est la proie prioritaire des musulmans fondamentalistes. Tant que la casse se fait sur les boutiques et le mobilier urbain cela indique que le niveau idéologique religieux reste bas mais ignorer ou faire semblant que, dans le même temps, se préparent des troubles insurrectionnels bien plus graves que n’importe quelle grève franco-française, c’est un aveuglement impardonnable pour chaque patriote soucieux de la pérennité de la nation.

Il nous faut affirmer alors que notre devoir de patriote français passe par une pédagogie qui suscite à tenir en horreur la tyrannie exercée sur les âmes. Pédagogie du savoir pour décider en toute conscience !

Il est du plus grand intérêt d’avoir à l’esprit et d’enseigner que l’art islamique donne à représenter le Dieu d’abstraction par la symétrie, la régularité, l’ordonnancement .Ainsi les philosophes et les théologiens de l’ Hégire cherchèrent aussi à percer le mystère de l’infinie répétition duplicative de l’univers par le développement de l’algèbre et les progrès considérables des sciences, des techniques et de la médecine. Nous vivions alors la démarche originelle de la traduction du message coranique dans la vie quotidienne. La révélation se faisait Incarnation. La religion devenait révolution. Dès le dixième siècle, Bagdad dépassait le million d’habitants.

La philosophie grecque, oubliée de l’Occident, trouvait en Orient, un nouvel essor jusqu’aux confins de l’Asie. Mais cette pensée si riche de curiosité, insatiable et d’audacieuses initiatives allait entrer en conflit avec le dogme de la foi. Al-Ghazali, contre Avicenne ou Averroès, réduisait toute spéculation à une scolastique permettant le triomphe d’une orthodoxie qui interdisait et veillait à ce que nul siècle de lumières ne pût se lever en Islam.

On ne trouva plus un Voltaire, si peu homme de foi fut-il, mais qui pouvait déclarer : « Ce n’est plus aux hommes que je m’adresse, c’est à toi Dieu de tous les êtres. Fais que nous nous aidions mutuellement, que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution. » Il ne s’agissait pas de caprices de pure pédanterie ou de victoire provisoire de tel courant mystique sur tel autre. Nous entrions là dans l’Islam immuable. Les docteurs de la foi considéraient que le message divin était porteur, à la lettre près, de la certitude de l’atteinte inespérée à la perfection. Ainsi le nouveau, la modernité ne pouvaient être tolérés que dans le respect de ce qui était déjà, de ce qui avait déjà été : « la doctrina sacra ». Depuis lors, toute cléricature islamique contrôla que toute avancée philosophique ou théologique n’était que la reproduction actualisée des modèles du passé. Le texte sacré devint alors le pré-texte à l’inhibition rituelle. Le blasphème fut la réponse portée, comme un coup, pour chaque émancipation de la doxa.

Mais, si depuis des siècles, les masses musulmanes sont victimes de l’hypnose collective des oulémas , chaque croyant sait , au fond de lui, que rien n’est plus trompeur que cette apparente conquête facile des territoires de la connaissance. Le « djihad » ne permet pas seulement la libération « légale et légitime » de pulsions violentes contre les « infidèles », le mot signifie,aussi, en profondeur, le chemin que doit emprunter le pénitent pour se purifier, par lui-même, se perfectionner et, ce faisant, se rapprocher de son Dieu. C’est alors la grande « djihad », la guerre sainte contre soi-même qui seule permet d’établir un rapport avec la transcendance, le retour sur soi, puis le dépassement de sa faible personne par l’humilité : « le chemin vers la perfection ».

En Islam, comme partout ailleurs, rien n’est définitif. La question qui est en débat pour chaque croyant est la suivante : Dois-je continuer de me durcir au-dedans et défier l’infidèle dans une guerre toujours plus infinie parce que nostalgique d’un passé magnifié mais irrémédiablement « dépassé » ? Ou comme me l’ordonne le message, bien compris aux temps prophétiques, d’un dieu de l’Universel, sortir de l’hostilité méprisante pour les êtres différents de moi mais fils aussi de mon créateur ?

Est-ce encore l’heure de venir, comme une avalanche, s’écraser aux portes de l’Occident ? Dois-je perpétrer la haine contre Darwin ou me mêler avec mes connaissances et la spécificité de ma culture aux débats du 21° siècle ? La France, pays laïque, est la patrie des droits de l’homme mais chacun sait que c’est en pays chrétien que les droits de l’homme ont acquis droit de cité. En effet, dans l’Évangile, la notion de respect de l’autre a pris une dimension spirituelle remarquable, remplaçant ou contrecarrant celle quasi universelle du respect de la puissance. C’est cette dimension qui, précisément, permit le dépassement de la « tradition » pour cheminer vers les « lumières » parfois hostiles à la religion avec Diderot, d’Alembert, d’Holbach, Helvétius … La balle est dans le camp de l’Islam. Sa montée vers la réforme a été interrompue il y a dix siècles, rien, fondamentalement, ne s’oppose à la reprise de cette marche en avant.

De notre côté, nous avons été tolérants, accueillants et compréhensifs. Nous avons même prié à Tibéhirine, dans l’ombre, à genoux aux côtés des djihadistes.

Mais attention, il ne faut pas confondre l’humilité et la soumission. Le père fondateur de notre nation s’appelle Clovis et il nous enseigna pour toujours à Soisson qu’une humiliation peut se payer par une tête tranchée fusse un an plus tard. La vengeance est un plat qui se mange froid.

Cependant « ce cher et vieux pays » est celui de l’invincible espérance. Il n’est pas dit que jamais ne viendra le jour où, de barricades en barricades, courront dans une même communion de destin avec les jeunes européens juifs, chrétiens ou païens de jeunes musulmans en fredonnant : « Je suis tombé par terre c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau ». Le grand historien Jules Michelet écrivit dans son magnifique ouvrage Le Peuple : « Quand nos paysans gaulois lors du soulèvement des bagaudes vers 280 chassèrent un moment les Romains, et firent un Empire des Gaules, ils mirent sur leur monnaie le premier mot de ce pays ( et le dernier ) : Espérance. »

Jean-Marc DESANTI

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