19.11.2009
VERITES SUR LA FUSILLADE D’ALGER LE 24 JANVIER 1960
I – L’ASSASSINAT DES GENDARMES…. PAR LA GENDARMERIE
Comme je l’ai évoqué au cours de l’étude n° 22, c’est le bruit de la fusillade qui me fit bondir dans le boulevard Saint-Saëns et rejoindre ce qui était devenu le PC Ortiz.
Une fusillade entre d’une part les forces de l’ordre, en l’occurrence la gendarmerie mobile, et d’autre part, théoriquement, les manifestants.
Il y eut des morts des deux côtés. Beaucoup plus parmi les gendarmes, 14 tués, que parmi les manifestants.
L’arrêt de la fusillade coïncida avec mon arrivée sur la place de la Grande-Poste. Parce que se déployaient sur cette place, au même moment, les régiments parachutistes des colonels DUFOUR[1] et BROIZAT[2] et qu’un clairon avait fait entendre un « cessez-le-feu ».
Que s’était-il passé ?
Il faut distinguer deux phases.
- LA PREMIERE PHASE : c’est la charge des gardes mobiles.
D’après le colonel ARGOUD, c’est le général CREPIN qui donna cet ordre, sans en référer au préalable au général en chef. Un ordre émanant de DELOUVRIER, le délégué du gouvernement en Algérie.
Pourquoi ?
Parce que la manifestation qui, à 15 heures, s’illustrait comme un échec patent, devenait progressivement un succès. Un succès car la foule commençait à arriver en masse. Les salles de spectacles avaient été vidées de leurs publics, le stade municipal d’Alger aussi et nos militants du FNF étaient en mission dans tous les coins de la ville pour rameuter la population.
Ce succès, concrétisé par ce peuple qui grondait, représentait un danger pour le pouvoir gaulliste. Car son enthousiasme était contagieux. Il fallait absolument lui infliger un coup d’arrêt décisif. Il existait en effet un vieil adage dont MASSU, paraît-il, s’était fait l’interprète :
« Si vous êtes quelques centaines je vous donne la fessée. Si vous êtes quelques milliers je vous tire dessus. Si vous approchez les cent mille, je marche avec vous ».
Compte tenu de l’évolution ascendante de la concentration populaire, il paraissait évident que le nombre de manifestants allait atteindre ou peut-être dépasser le chiffre de cent mille hommes et femmes.
Dans cette éventualité, on se méfiait en haut-lieu du comportement du général CHALLE, le commandant en chef, qui aurait pu ressentir et partager, lui-aussi, les effets de l’enthousiasme populaire.
- LA DEUXIEME PHASE concerne l’ouverture du feu.
La question primordiale fut toujours de savoir si les gardes mobiles avaient tiré sur les manifestants. En particulier, s’ils avaient tiré au fusil-mitrailleur.
Cette question a trouvé une réponse au cours des audiences du célèbre procès des Barricades d’Alger auquel je participais, en tant qu’accusé.
La thèse officielle, qui était celle de l’accusation, soutenait que les gendarmes n’avaient pas tiré un seul coup de feu.
Or, trois dépositions fondamentales sont venues conférer à cette fusillade, une lumière éclatante d’enseignements. Car elle est venue lever tous les doutes à propos de l’identité des responsables du drame que nous avons vécu ce jour-là.
Le colonel GODARD, chef de tous les services de police en Algérie, est venu témoigner, cité par l’accusation. Lors d’une première déposition, il ne dit rien. Absolument rien sur la fusillade.
Quelques jours plus tard, son adjoint à la direction de toutes les polices d’Algérie, le capitaine de La BOURDONNAYE, lui-aussi témoin de l’accusation, fit sensation. En effet, il déclara, alors que l’on ne lui demandait rien, qu’il avait vu deux FM[3] de la gendarmerie mobile, tirer du Forum en direction de la foule.
Ce fut un véritable tollé dans la salle d’audience, aussi bien au niveau de l’accusation qui était représentée par un avocat général et un commissaire du gouvernement, le général GARDON. Qu’au niveau des membres du tribunal : un président, deux assesseurs civils et plusieurs officiers supérieurs et généraux. Ce fut aussi un tollé parmi tous les avocats qui assumaient la défense des accusés dont je faisais partie.
Objet de questions pressantes, véhémentes même, de la part du général GARDON, le capitaine de La BOURDONNAYE précisa qu’il n’avait pas été le seul à observer ce tir effectué par deux FM de la gendarmerie. Il déclara, en effet, qu’avec lui étaient présents au moment où le tir des gendarmes s’est déclenché, d’une part le colonel GODARD, son chef, et d’autre part le commandant ALLAIRE.
Je me souviens qu’à ce moment précis de son témoignage, le capitaine de La BOURDONNAYE avait manifesté un doute. Il ne se souvenait plus de l’identité du troisième officier. Quant tout à coup il s’exclama : « c’était un ancien officier du REP… le nom va me revenir… j’y suis ! Il s’agit du commandant ALLAIRE ».
Evidemment, le commissaire du gouvernement, qui était secoué d’une émotion qu’il ne parvenait pas à dominer, fit convoquer à la barre des témoins, le colonel GODARD tout d’abord.
Avec beaucoup d’indulgence, il lui reprocha d’avoir été silencieux sur cette partie importante de son témoignage, qu’il avait totalement occultée.
GODARD, un peu confus, fut obligé de reconnaître et d’affirmer, sous serment, qu’il avait vu deux fusils-mitrailleurs mis en batterie par la gendarmerie sur le Forum d’Alger. Ces deux FM étaient pointés en direction de la foule. Et il apporta la précision suivante : « J’affirme n’avoir vu tirer qu’un seul des deux FM ». Il ne précisa pas la durée du feu.
Quant au commandant ALLAIRE, il vint témoigner, un peu contraint et forcé. Je veux souligner par cette précision, qu’il ne s’est pas exprimé avec aisance. C’est pratiquement avec regret qu’il confirma le témoignage du colonel GODARD : deux FM de la gendarmerie étaient pointés du Forum en direction de la foule, et au moins, l’un d’eux avait tiré en direction de la foule.
Pour apprécier l’importance opérationnelle de ce TIR DE LA GENDARMERIE, il me faut vous schématiser les lieux du drame.
Imaginons un premier plateau que j’appelle le plateau supérieur : c’est la place du Forum. Elle s’étend devant le bâtiment de la Délégation Générale. C’est-là que ce sont déroulées les manifestations de mai-juin 1958. C’est du balcon du Forum d’Alger que DE GAULLE a lancé son : « Je vous ai compris ! ».
Etant sur le Forum, si nous tournons le dos à ce balcon, sur notre gauche, se développe un plan incliné : il est formé des escaliers qui permettent de rejoindre le Plateau des Glières. Sur ce plateau, s’amasse la foule algéroise. Il s’agit du deuxième plateau : le deuxième plateau inférieur.
Près de ce plateau, concentrés dans les escaliers qui conduisent du premier au second plateau, les gendarmes mobiles s’apprêtent à donner la charge. Effectivement, les escadrons dévaleront ces escaliers pour aller au contact de la foule, avec mission de la disperser. « Quitte à faire preuve de brutalité » a précisé le général COSTE, le tout récent commandant de la Zone Autonome d’Alger. Un officier pied-noir qui obéira à De Gaulle en cette circonstance. Sans état d’âme.
Retenons donc ce schéma :
- un plateau supérieur, le Forum, où deux FM étaient en batterie, et à partir duquel un FM au moins de la gendarmerie mobile a tiré ;
- un escalier qui relie les deux plateaux ;
- un plateau inférieur où un peuple chante la Marseillaise et exprime sa foi dans l’Algérie française et dans la France.
Revenons au procès des Barricades.
Après les dépositions de ces trois officiers, La BOURDONNAYE, GODARD et ALLAIRE, l’audience du lendemain fut consacrée à une nouvelle audition : celle du colonel DEBROSSE. Celui-ci, on le sait, commandait la gendarmerie mobile. C’est lui qui avait reçu la mission de dégager le Plateau des Glières.
A la demande des avocats de la défense, j’avais esquissé un plan des lieux, en forme de coupe. J’y situai la position des deux FM suspects. Maître Le CORROLLER[4], posa la question suivante au colonel DEBROSSE :
«- Si un FM de la gendarmerie avait tiré d’ici, que se serait-il passé ? » Il désignait évidemment le plateau supérieur.
« - Mais c’est impossible ! » répondit DEBROSSE, « ce FM aurait tué des gendarmes ! »
Donc, on peut affirmer que le tir de la gendarmerie fut réel et indubitable, puisqu’il fut constaté, de visu par trois officiers très expérimentés dans le domaine des armes et des opérations militaires.
Ce tir de FM, effectué à partir du Forum d’Alger, fut dirigé, très ponctuellement, contre la foule rassemblée sur le plateau inférieur. Comme on le dit vulgairement, ceux qui ont ouvert le feu, ont tiré dans le tas. Mais comme dans ce tas avançaient les gendarmes, il était pratiquement inéluctable que parmi ceux-ci certains d’entre eux fussent tués et blessés. Intentionnellement ? J’ose répondre par l’affirmative. Car il fallait un prétexte au pouvoir pour clore cette journée dans un bain de sang.
Au-delà des responsabilités, la gravité de cette affaire est illustrée avant tout par le nombre de morts et de blessés. C’est un drame connu. Il n’entre pas dans cette étude n° 25 de l’évoquer par une arithmétique de cadavres inopportune.
Car une autre vérité accentue la dimension dramatique, inattendue et particulièrement infâmante de cette gravité. C’est la vérité suivante : les premières lignes de mobiles qui chargèrent la foule, étaient constituées pour une grande part de gendarmes pieds-noirs dont les armes avaient été désapprovisionnées au préalable. Avant leur charge.
Un coup de feu provocateur est sûrement parti de la foule. Il a déclenché le tir du ou des FM de la gendarmerie, à partir du Forum.
Il est important de souligner aujourd’hui encore que les quatorze gendarmes tués, n’ont pas été autopsiés. Aucune précision ne fut apportée concernant l’origine des projectiles qui les avaient atteints.
J’ai connu au moins l’un des gardes[5] originaire de Fort-de-l’Eau qui participa à cette charge. Il fut toujours convaincu que lui et ses compagnons étaient tombés dans un infâme traquenard.
Il précisait même que celui-ci avait été monté par-dessus la tête du colonel DEBROSSE. Il rejoignit l’OAS quelques temps plus tard, avec plusieurs autres des gardes mobiles qui participèrent à cette charge du 24 janvier.
Il le fit après avoir incendié la caserne de la gendarmerie mobile de Maison-Carré.
Il fut condamné par contumace à 20 ans de détention. Il est mort en Espagne. Il s’appelait Vincent Ginester.
Cette intervention des forces de l’ordre se devait d’être sanglante, avant tout, pour ceux qui l’avaient déclenchée. Et surtout pour ceux qui avaient planifié le feu de la gendarmerie, sans en référer au général CHALLE.
Il fallait du sang à ces messieurs, de manière à disposer d’un prétexte qui aurait permis au pouvoir gaulliste de résoudre dans un bain de sang, répétons-le, cette soirée des Barricades d’Alger. Cette soirée du 24 janvier 1960.
Se débarrasser par-là même, de ceux dont je faisais partie, qui avaient beaucoup donné, depuis cinq ans déjà, pour la défense de l’Algérie française.
Ceux qui avaient mis en jeu leur carrière, leur équilibre familial, leur liberté et leur vie. Ceux qui, cependant, sont encore traités par certaines organisations et publications amies, avec une désinvolture irritante. Voire un dédain insultant.
Commença alors la nuit tragique.
Nos effectifs étaient regroupés autour du PC Ortiz, ainsi qu’à l’intérieur des locaux de cet immeuble que nous occupions.
Nous étions sous la menace d’une attaque en règle dirigée contre la Barricade du PC Ortiz. Mais nous étions là. Pratiquement tout l’effectif des commandos de choc du FNF. Ceux qui le matin avaient enfoncé les barrages des parachutistes et de la gendarmerie. Ceux qui avaient rameuté la foule vers le plateau des Glières.
Le capitaine HAUTECHAUD, du 1ER REP, affecté à d’autres fonctions auprès du général MASSU à la préfecture d’Alger, vint nous rendre visite peu avant minuit. Il déclara textuellement, à Ortiz et à moi-même : « Dans deux heures, nous déplorerons 600 morts à Alger ».
Il était manifestement pessimiste.
Mais, le 1er REP se cantonna à ce moment-là sur la place de la Grande-Poste. Le colonel DUFOUR vint nous contacter. Il déclara à Ortiz et à moi-même : « Soyez calmes cette nuit, reposez-vous et surtout dormez. Il ne se passera rien et demain… il fera jour ».
Effectivement la nuit se passa au mieux possible.
Nous eûmes, hélas, à déplorer un drame inattendu. Le suicide de l’un des nôtres. Raphaël Senach. Il souffrait d’un état dépressif apparemment quiescent qui s’est brutalement décompensé après la fusillade.
Paul Ribaud, dans un livre un peu romantique, Barricades pour un drapeau a montré dans une très belle photo, la foule qui assista, quelques jours plus tard, à l’enterrement de Raphaël. On voit, en plein milieu de cette foule, le visage de Jean Perez, mon père, qui, avec ma mère, mes sœurs et beaucoup de parents, assistèrent à toutes les manifestations. Mon jeune frère Jacques était à son poste, à la tête de son groupe, à l’intérieur des Barricades.
Cette nuit, fut pour moi l’occasion de faire la connaissance du capitaine SERGENT. J’y reviendrai un peu plus loin dans le cadre de cette étude n° 25.
Ainsi, à 2 heures du matin, l’aventure du 24 janvier 1960 était terminée.
Pointaient les premières heures du 25 janvier.
Allait naître alors une autre aventure, beaucoup moins risquée : celle de la semaine des Barricades d’Alger, qui ne fut qu’une queue de ce qui s’était passé pendant les journées des 23 et 24 janvier.
Est arrivé le moment de poser une question : quels sont les responsables de la fusillade ?
La réponse est nette. Sans équivoque. Je l’ai d’ailleurs évoquée.
A/ Le premier responsable, le responsable opérationnel, c’est DELOUVRIER, le Délégué du gouvernement en Algérie. Plus tard, quand il fut mis sur la touche de la vie politique par le général De Gaulle, il déclara en substance à son idole :
« J’ai pourtant pris la responsabilité de faire couler le sang à Alger ».
B/ Après lui, parce qu’ils lui ont obéi, sans exiger une confirmation par le général CHALLE qui ne fut pas informé de la décision de faire charger les gendarmes, sont responsables le général CREPIN, nouveau commandant du corps d’armée d’Alger et le colonel FONDE, commandant du secteur Alger-Sahel.
Le colonel DEBROSSE ne fut qu’un simple exécutant.
Il est acquis d’une façon certaine que des personnalités politiques, évoluant très près du Président de la République, sont intervenues pour engager DELOUVRIER dans cette responsabilité : faire couler le sang à Alger.
Des personnalités très liées avant tout à Georges Pompidou et à son état-major. Pompidou, fondé de pouvoir de la banque Rothschild qui occupait, à ce moment-là, les fonctions de chef de cabinet de De Gaulle.
Dès 1958, lors de l’accession au pouvoir par celui-ci en juin 1958, en tant que dernier président du Conseil de la IVème République, Pompidou avait fait connaître son plan de négociations avec le FLN pour aboutir à un cessez-le-feu avant la victoire.
Ce plan s’exprimait dans un document d’une importance déterminante dont on a très peu parlé et aujourd’hui encore moins qu’hier : le document Pompidou préparé à l’aide de BROUILLET et de TRICOT.
Pompidou et les « pompidoliens » furent des acteurs dont le rôle fut de la plus haute efficacité dans le largage de l’Algérie française. Au nom du délestage économique de l’Algérie dans le but d’augmenter la valeur ajoutée des investissements. Ce plan Pompidou concrétisait auprès de l’exécuteur en chef qu’était De Gaulle, l’objectif de l’un des états-majors opérationnels les plus efficaces du capitalisme financier de l’époque. Et c’est dans le cadre du délestage économique de l’Algérie, que sont intervenus des hommes comme Giscard d’Estaing, qui ont manifesté à haute voix, leur volonté que les Barricades d’Alger fussent réduites par la force. C’est-à-dire, au prix de quelques centaines de morts.
II – LE 25 JANVIER 1960, A PARTIR DE 5 HEURES DU MATIN : MES RENCONTRES, CE MATIN-LA, AVEC SERGENT, BROIZAT, LE GENERAL GRACIEUX, COMMANDANT DE LA 10ème D.P.
« Demain il fera jour…. » avait déclaré DUFOUR, commandant du 1er REP. En plein milieu de la nuit il effaça par ce propos les effets anxiogènes de la réflexion pessimiste du capitaine HAUTECHAUD : « Cette nuit il y aura 600 morts de plus à Alger ».
La fusillade remontait à plusieurs heures. L’état de siège avait été décrété à Alger par le général CHALLE.
L’information générale nous traitait d’assassins, de factieux sans foi ni loi… mais rien ne se passait.
Durant cette nuit, nous savions très bien que si l’armée donnait l’assaut, nous serions balayés en quelques minutes. D’autant plus que nous n’aurions jamais ouvert le feu sur l’armée française. Je tiens à le préciser. Tels étaient mes ordres.
Donc, c’était devenu quoi ce 24 janvier 1960, à Alger ? Un bluff ? Pourquoi pas ? C’était le moment ou jamais d’être capable de bluffer.
Je pressentais que rien ne se passerait… et par intermittence, je m’offrais quelques minutes de sommeil, sur le coin d’une table.
Certains parmi les nôtres, m’interrogeaient avec angoisse. Mon camarade de jeunesse et frère d’armes, Georges Beauvais me demanda : «vais-je mourir cette nuit ? Je veux le savoir ».
« Je n’en sais rien », lui ai-je répondu. « Il nous faut attendre et rester calmes ».
Malgré cette incertitude, nos militants du FNF sont restés sur place : autour du PC ORTIZ et à l’intérieur de l’immeuble. A monter une garde symbolique.
C’est à ce moment là qu’une voix s’est élevée parmi eux. C’était celle de Sauveur Marco, un de nos commandos de choc du FNF, un bagarreur teigneux s’il en fut, qui avait fait partie avec Charlie Falzon, Robert Laugier, son frère et d’autres encore…. du fameux bélier de 200 casques lourds qui avaient enfoncé les barrages du matin, avec moi à leur tête. Et que nous disait Sauveur ?
« Vous vous imaginiez tous qu’on allait défendre l’Algérie française par des défilés, des chants et quelques gueulantes ! Qu’on allait sauver l’Algérie française, comme ça, en rigolant et en manifestant. Et bien la vérité c’est cette nuit ! Alors dormez et bonne nuit ! ».
J’essaie aujourd’hui, de traduire en langage décent la formulation très couleur locale dont nous avait gratifiés Sauveur et que je n’ose pas transcrire.
Quoi qu’il en soit, nous attendions la suite des évènements. Tout allait dépendre du comportement de l’armée.
Vers 4 heures du matin, quelqu’un vint me chercher.
« Un capitaine du REP demande à te rencontrer ». me dit-il. « Il t’attend de l’autre côté de la barricade ».
Je m’y rendis. J’eus droit à un salut classique, « Pierre SERGENT, du 1er REP, mes respects docteur ».
Il me dit immédiatement :
« Le commandant V…, commandant en second du régiment, vous invite à venir le rencontrer au PC du régiment, le plus rapidement possible ».
« Je vous suis » lui répondis-je.
Il me conduisit à quelques centaines de mètres du PC ORTIZ, et me présenta au commandant V…., le commandant en second de cette belle unité de la Légion étrangère.
« Très honoré de vous rencontrer » me dit-il. « Je vous ai prié de venir pour vous inviter au calme, vous et vos troupes » ajouta-t-il.
Et il enchaîna : « tout se passera bien. Je suis pour l’Algérie française. Le régiment est pour l’Algérie française. Le général GRACIEUX, commandant la 10ème DP est pour l’Algérie française. Le général CHALLE est pour l’Algérie française. Donc, le sauvetage de l’Algérie française, c’est l’affaire de quelques heures …. Car « le coup va partir ». Maintenez le calme parmi vos effectifs. Nous vous solliciterons le moment venu ».
Voilà dans l’esprit, les propos que me tint ce brillant officier du REP, ce lundi 25 janvier, un peu avant l’aube.
Je m’en retournai au PC pour informer Ortiz et les autres de cet entretien et je réussis enfin à dormir 1 heure.
Je fus appelé dans la matinée (9 heures ? 10 heures ?) par une estafette qui me déclara :
« Le colonel BROIZAT veut te parler d’urgence ».
Je connaissais BROIZAT. Il commandait le 1er RCP et j’avais tenu avec lui et deux autres colonels du Bureau préfectoral de MASSU, une réunion très importante dans la villa du capitaine FILIPPI, située au Balcon Saint Raphaël, vers la fin de l’année 1959.
BROIZAT, ce 25 janvier vers 9/10 heures du matin, me présenta deux autres officiers, que je n’avais pas encore vus :
« Le général GRACIEUX » me dit-il et « mon second, le commandant B…. ».
BROIZAT manifesta à haute voix, sa satisfaction devant le déroulement de l’opération.
« Le fait que rien ne se soit passé cette nuit, est très significatif ». me dit-il. Il faisait référence aux intentions probables du général CHALLE.
« Ils n’ont pas osé …, donc …, donc quoi ? », telle était en réalité la question que je me posais in petto.
A ce moment-là, le général GRACIEUX s’adressa à moi avec courtoisie et il me renouvela les recommandations techniques du commandant V…., transmises quelques heures plus tôt au PC du 1ER REP.
« Tenez vos effectifs en mains », précisa-t-il. Il ajouta : « La 10ème DP va marcher pour sauver l’Algérie française, le général CHALLE va prendre la tête du mouvement et l’armée va s’engager dans cette opération, c’est une question de quelques heures : l’Algérie française est sauvée ».
Je ne puis exprimer aujourd’hui l’émotion que j’éprouvai à cet instant-là.
Je ressentis un immense espoir dans un destin nouveau pour l’Algérie et pour la France.
Pratiquement à ce moment-à, intervint un sous-officier des transmissions pour un message téléphonique destiné au général GRACIEUX. Celui-ci se retourna vers BROIZAT :
« Tous les commandants d’unités de la 10ème DP à l’EMI »[6] dit-il à BROIZAT.
Celui-ci se retourna alors vers son second, le chef d’escadron B…, que j’ai évoqué un peu plus haut :
« Je laisse le régiment entre vos mains. Je vous donne l’ordre de n’obéir qu’aux ordres que je vous transmettrai moi-même. En particulier je vous donne l’ordre de désobéir à tout ordre qui viendrait d’ailleurs, et qui vous commanderait de tirer sur la foule ».
Je fus témoin de cette scène et je me souviens encore de l’enthousiasme « Algérie-française » qui animait le chef d’escadron B…, commandant en second du 1er RCP[7].
Donc le 25 janvier au matin, l’enthousiasme militaire « Algérie-française » commençait à s’exprimer à nouveau et ne demandait qu’à exploser.
C’est alors que nous vîmes arriver, l’un après l’autre, tous les chefs de bataillons UT qui, la veille, étaient restés chez eux. Les officiers UT qui la veille, nous avaient lâchés. Ils se présentèrent en uniforme, pistolet au côté, avec la prétention d’organiser les effectifs de leurs compagnies qui parfois, les accablaient de quelques quolibets grinçants.
Ces hommes avaient vécu, pour beaucoup d’entre eux, le véritable 24 janvier et surtout, ils étaient restés présents durant cette nuit du 24 au 25 janvier, à espérer, malgré l’incertitude qui nous menaçait et que le capitaine HAUTECHAUD avait aggravée par la phrase qui m’avait impressionné : « Cette nuit il y aura 600 morts de plus à Alger ».
Je n’ai pas l’intention de décrire la suite de la semaine des Barricades, qui pour moi, est d’un intérêt mineur si on la compare aux journées des 23 et 24 janvier et à la première moitié de la journée du 25 janvier.
C’est DELOUVRIER qui réussit à obtenir la liquidation des Barricades, lorsqu’il prit la décision d’emmener le jeudi 28 janvier, le général CHALLE à la REGHAÏA[8]. A extirper CHALLE de l’enthousiasme patriotique qui émanait de la foule auquel il n’était pas imperméable. Ce fut le piège que DELOUVRIER réussit à monter pour obtenir la fin de la Semaine des Barricades d’Alger.
A partir du moment où l’armée refusait de s’engager, nous ne pouvions plus rien faire.
Ce même jeudi 28 janvier, en fin d’après-midi, je fis la connaissance du colonel GODARD que j’évoquais au début de ce chapitre. Il s’était rendu dans l’enceinte des barricades et était accompagné du capitaine de la BOURDONNAYE dont j’ignorais l’identité à ce moment-là.
GODARD, me paraissait gêné. Il suggérait… Il n’osait pas s’exprimer clairement. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il attendait de nous. En réalité, ce qu’il n’osait pas nous exprimer, c’était sa conviction que jamais l’armée ne donnerait l’assaut contre les Barricades. Il était persuadé qu’aucun chef de corps n’accepterait de jouer le rôle de bourreau du peuple d’Alger. Il était aussi désespéré que nous du comportement désastreusement attentiste de ses frères d’armes. Il aurait voulu relancer l’affaire.
Mais il ne nous offrait aucun moyen d’action. Il aurait fallu qu’une unité entière prît position symboliquement dans l’enceinte des Barricades pour que l’aventure fût relancée.
J’avais maintenu avec SERGENT des contacts quotidiens.
Plein d’amertume, il vint me dire le vendredi 29 dans l’après-midi :
« C’est notre régiment qui va pénétrer dans les Barricades, de manière à éviter un drame…, le drame de la fin. Vos hommes remettront leurs armes et tout se passera bien pour eux. Mais pas pour vous Jean-Claude, ni pour Susini, Ortiz et Lagaillarde ».
Je lui opposai avec véhémence :
« Vous ne pouvez pas nous faire ça ! Vous ne pouvez pas entrer en armes dans les Barricades et nous humilier ainsi encore plus ! »
Je précisai ma pensée :
« Vous allez transformer la fin des Barricades en une défaite pour nous. Restez en dehors des Barricades et accueillez avec les honneurs, avec respect et avec estime, ceux qui en sortiront dans la dignité ». Tel fut le propos que je lui tins avec fermeté.
« Je vais transmettre de toute urgence au colonel » me dit-il.
Je ne sais si cette position que j’ai prise ce vendredi 29 janvier et que SERGENT a rappelée dans son témoignage au procès des Barricades, eut une influence sur le comportement du colonel DUFOUR. En tout cas, celui-ci accepta une évacuation du camp retranché, qui s’effectua dans des conditions plus qu’honorables. Mais tous avaient tenu à m’avertir : ne pas me faire prendre durant les premières heures qui suivraient les Barricades.
Pour Ortiz et pour moi, le compte était déjà réglé dans l’esprit de certaines autorités.
Ortiz se mit définitivement à l’abri.
Personnellement, je me mis à l’abri pendant 24 heures, avant de rejoindre le commando ALCAZAR, qui était en train d’être formé dans les quartiers du 1er REP, à ZERALDA, par des volontaires.
Je fus accueilli avec chaleur, par tous mes vieux camarades en particulier par Jean Ghnassia, Jourdes, Forzy, Ronda et d’autres, et tout particulièrement par l’aumônier du régiment.
A partir de là, s’amorça pour moi une suite que vous connaissez peut-être :
- la Santé
- l’OAS
- l’exil
- la condamnation à mort
- le retour
- et ce combat que je continue de mener pour défendre envers et contre tout, au mieux possible, le souvenir de ce qui fut la plus belle bataille livrée pour la défense de l’Occident :
LA BATAILLE DE L’OAS
Jean-Claude PEREZ
Nice,
Le 18 novembre 2009
[1] DUFOUR : commandant le 1er REP (1er Régiment Etranger Parachutiste)
[2] BROIZAT : commandant le 1er RCP (1er Régiment de Chasseurs Parachutistes)
[3] FM : Fusil-mitrailleur
[4] Le CORROLLER : l’un des avocats de la défense du Procès des Barricades
[5] Aujourd’hui encore, je ne m’accorde pas le droit de donner les noms d’autres gardes mobiles qui plus tard, rejoignirent l’OAS
[6] EMI : Etat-major Inter-Armes
[7] BROIZAT confirma ce propos, à quelques détails près, dans sa déposition au procès des Barricades, en tant que témoin de l’accusation
[8] La Reghaïa.. : siège à l’est d’Alger de l’Etat Major Inter-armes (E.M.I.)
20:00 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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31.10.2009
IL Y A 55 ANS … LA TOUSSAINT ROUGE (1/11/1954)

… motivation réelle du premier attentat de la Toussaint Rouge dans les Aurès
Je suis en conférence, quelque part en France. « La dimension géopolitique de la guerre d’Algérie » c’est mon sujet. Comme chaque fois, je prétends expliquer. J’éprouve le besoin de schématiser l’événement ou les évènements que je veux relater, en terme de dynamique.
Pour étayer mon argumentation, j’ai recours à un peu de géométrie. Je veux illustrer, devant mes auditeurs, l’évolution migratoire de la révolution algérienne. Sa migration depuis le plan algérien jusqu’au plan occidental actuel, en passant par le plan français et le plan européen.
Pour conduire au mieux ma démonstration, je propose à mon auditoire de conférer à la guerre d’Algérie la configuration toute théorique d’un simple triangle.
C’est alors que je suis interpellé par un de mes auditeurs, qui déborde d’une agressivité inattendue.
« Un triangle ! Tu te moques de nous ! C’est un peu trop simple ! J’espère que tu ne vas pas prendre rang, toi aussi, parmi les traîne-savates, les doctorants refoulés de la toge, les « bâclards » et les « ramenards », qui nous racontent l’Algérie française comme des taxidermistes, des nécrophages ou des Marie-Chantal encore envoûtées par le parfum du jasmin et les senteurs de fleur d’oranger qui enrichissaient l’air d’Algérie. Un peu de réalisme et reviens sur terre s’il-te-plaît ! La guerre d’Algérie fut un drame pour ceux qui l’ont vécue. Ne l’oublie pas ! Une guerre qui s’est déclenchée en terme de feu, de sang, et de misères, le 8 mai 1945….. »
Je calme mon interlocuteur sans difficulté. C’est facile. C’est un « pote ». Un frère d’armes et par-dessus le marché, il n’a pas tort.
C’est vrai.
La guerre d’Algérie n’a pas commencé le 1er novembre 1954. Par les attentats terroristes qui furent abondamment décrits, attentats dont on refuse de souligner, aujourd’hui encore, qu’ils furent un échec opérationnel pour leurs auteurs.
Parmi ces attentats, nous soulignons tout particulièrement, et j’ajoute, avec une insistance féroce, l’assassinat du caïd Hadj Saddok, exécuté en toute priorité dans les Aurès.
Pourquoi en toute priorité ? Pour une raison que l’on passe sous silence aujourd’hui encore.
Le 8 mai 1945, lors des émeutes sanguinaires du Constantinois, (les Hauts-Plateaux sétifiens et Guelma) il avait convaincu les Chaouïas des Aurès de rester fidèles à la France. C’était la mission dont il avait été investi alors qu’il était encore sous-officier dans une unité de tirailleurs, stationnée en Tunisie.
Parce qu’il était lui-même un Chaouïa, un de ses officiers lui avait demandé de se porter volontaire dans une mission de défense de la France au sein de sa population. Il s’était acquitté de cette mission secrète avec un grand succès, puisque la population chaouïa des Aurès, naturellement très belliqueuse, est restée fidèle à la France durant les évènements du 8 mai 1945.
Oui, je le répète, mon interlocuteur n’a pas tort.
Le début de la guerre d’Algérie remonte bien à la date du 8 mai 1945.
A partir de cette date, nous, Français d’Algérie, n’avions pas vu, n’avions pas perçu, qu’elle était présente cette guerre, dans l’air que nous respirions en Algérie.
Etions-nous aveugles ?
Non. Nous étions confiants.
Le 8 mai 1945, s’est donc déroulé un événement de grande signification historique. Nous sommes quelques-uns à nous entêter depuis des lustres à le souligner sans relâche. Un événement profondément altéré dans sa relation par les historiens modernes.
Il s’agit du Jihad intégriste, islamiste et berbère, de la Petite Kabylie, de Sétif, des Hauts-Plateaux sétifiens, de la terre des Babors et aussi de Guelma, une ville située plus à l’est, au-delà de Constantine.
Les historiens « réducteurs » atténuent, aujourd’hui encore, le caractère bestial et sauvage de l’agression subie par nos concitoyens du sud-ouest constantinois et de Guelma.
Massacrer des Français par dizaine, c’était le but prioritaire de ces émeutes.
Violer, en passant, quelques femmes françaises, ça c’était une occasion à ne pas rater.
Mais tout cela n’a aucune importance pour ces historiens modernes !
Ce qui compte pour ces réducteurs de l’histoire, c’est la répression que ce drame a secondairement provoquée.
Celle-ci fut-elle nécessaire ?
Ma réponse est affirmative.
N’en soyez pas choqués. Je l’ai écrit par ailleurs, je n’ai jamais été sanguinaire. Mais j’affirme que cette répression fut indiscutablement obligatoire, opérationnellement et militairement, si on voulait interdire la généralisation du soulèvement. Si on voulait interdire d’autres massacres beaucoup plus dramatiques.
Tant pis pour les pleurnichards biens intentionnés et bien pensants parfois, qui aujourd’hui encore, se lamentent à cause de cette répression, qui fut une répression nécessaire à la sauvegarde de notre peuple.
La deuxième guerre mondiale se terminait ce jour là en Europe.
La France libérée depuis peu, ne pouvait prendre le risque d’être entraînée dans une révolution, sur cet immense territoire que représentait l’Algérie. Alors qu’en Europe, s’accomplissait dans un enthousiasme morbide et parfois dans un triomphe masochiste, l’euthanasie géopolitique des nations de la vieille Europe, qu’elles fussent du camp vainqueur ou du camp vaincu.
La sauvagerie était bien ancrée dans les mœurs, en ce temps là.
On entendait sans cesse évoquer des massacres collectifs de résistants au nazisme. On nous révélait l’existence des horribles camps de la mort. On avait aussi en mémoire les bombardements des villes allemandes et le massacre de centaines de milliers de femmes et d’enfants qu’ils ont provoqué.
On se souvenait de la tuerie inutile de Dresde. On entendait parler de lynchages « épuratifs » et souvent aussi, du calvaire des femmes tondues.
Donc, à la date du 8 mai 1945, la violence, la barbarie, c’était du banal.
C’était presque du vécu quotidien et la riposte aux massacres de notre peuple français et aux massacres des Kabyles fidèles à la France qui furent lynchés par centaines, se devait d’être efficace.
Elle fut donc sévère, violente en certaines occasions. Parfois même, spectaculaire et exhibitionniste. Il fallait, c’était vital pour la France renaissante en 1945, éviter une généralisation du conflit en Afrique du nord française.
Nos effectifs militaires classiques étaient réduits. Il était indispensable d’adapter notre riposte à nos faibles disponibilités opérationnelles.
Nous sommes conscients du drame et de la tragédie qu’a représentés cet évènement du 8 mai 1945 et des jours qui ont suivi. Mais il faut souligner avec force que cette répression fut hypertrophiée dans son évaluation, d’une manière scandaleuse.
Aujourd’hui encore, des ignares, mal intentionnés de surcroît, prétendent soumettre notre pays à une exigence de repentance, en se basant sur un chiffre de victimes de la répression qui a été multiplié par 20. Ils donnent l’impression d’éprouver de la jouissance en avilissant la France. Ils s’illustrent ainsi, mais ils ne le savent pas, comme des objets de mépris de la part de leurs auditeurs, comme ce fut le cas à Guelma le 8 mai 2005, lors de la célébration du 8 mai 1945 par un représentant officiel du gouvernement français. Car comment exprimer de l’estime pour quelqu’un qui, au nom de son gouvernement, vient insulter son propre pays devant un public qui représente le vainqueur historique de la France dans cette guerre d’Algérie de 1954 à 1962 ?
Mais au-delà du drame et au-delà de l’horreur -ne craignons pas la vigueur des mots- quel est le témoin, le commentateur, l’historien, qui s’est intéressé à la genèse de ce drame ? Qui a pris, et qui prend encore la responsabilité de rappeler que cet événement fut contemporain et synchrone de l’attaque de nos troupes en Syrie, à Damas très précisément ?
Qui s’entête à démontrer que cette opération islamiste n’avait d’autre but que de provoquer un soulèvement fondamentaliste en Afrique du nord française, au Liban et en Syrie ?
Que le but international et constant de cette révolution, s’inscrivait dans une volonté d’interdire la naissance de l’état d’Israël ?
Ce qui est évident lorsque l’on connaît l’identité de l’ordonnateur, depuis Genève, de ce Jihad islamo-berbère du Constantinois.
Qui ose s’employer, aujourd’hui encore, à nous informer de l’identité du déclencheur de ce jihad islamo-berbère du 8 mai 1945 ?
Qui veut nous faire connaître le rôle précis joué par le grand émir intégriste libanais Chekib Arslam qui agissait dans le droit-fil des projets d’Asmine El Husseïni, le mufti de Jérusalem ?
Tout cela n’intéresse personne à l’évidence. Même pas ceux qui ont souffert de cet événement dans leurs biens et dans leur chair et qui sanctionnent souvent notre volonté de comprendre et de faire comprendre par leur indifférence, leurs sarcasmes et parfois leur mépris d’ignares mal intentionnés.
On néglige tout ce qui est indispensable à notre défense.
Ce qui est indispensable surtout à la compréhension de l’événement donc à la justification de notre propre violence qui fut une violence de sauvegarde, je le souligne une fois de plus.
Quoi qu’il en soit, de ce manque d’intérêt pour expliquer l’identité et l’origine du drame du 8 mai 1945 dans le Constantinois, nous retenons que ce drame fut le point de départ de la Révolution Algérienne, dans sa traduction guerrière et totale.
Ce qui nous impose, tout naturellement, de revenir à la Toussaint Rouge, 1er novembre 1954.
Ben Boulaïd, qui s’est évadé de nos prisons, commande déjà, dans les Aurès, la future Wilaya I. Il sait, en octobre 1954, qu’il lui faut avant tout éliminer un symbole s’il veut réussir à déclencher une rébellion anti-française au sein du peuple Chaouïa. Ce symbole c’est le caïd Hadj Saddok.
Hadj Saddok est Français. C’est un officier français du cadre de réserve. Il est porteur des plus belles décorations militaires officielles. Pour lui, la fidélité à la France ne se discute pas. Il est très influent dans les Aurès et c’est un obstacle majeur à la mission de Ben Boulaïd. C’est lui qu’il faut tuer de toute urgence. C’est lui qui illustre l’objectif réel de cet attentat exécuté dans un car au cours duquel, ce héros de la France fut assassiné.
Il fut assassiné, oui, mais en compagnie d’un instituteur français, Monsieur Monnerot.
Hadj Saddok c’était l’objectif à détruire.
L’instituteur Monnerot ce fut un Français « à croquer » en passant. Parce qu’il était là.
Quelques années plus tard, en 1956 je crois, une parente de l’instituteur Monnerot, sa belle-mère peut-être, vint à Alger pour évoquer la mémoire de ce malheureux instituteur.
Quelle ne fut pas la surprise des autorités qui reçurent cette dame, de l’entendre réclamer d’être conduite sur la tombe de l’aspirant Maillot, pour s’y recueillir !
L’aspirant Maillot avait volé un chargement d’armes aux dépens de son unité, le 20ème B.T, à Miliana dans le massif du Zaccar. Cet armement fut divisé en deux lots.
Un premier lot fut transporté par Mme Chaulet, dans une voiture américaine, en Grande Kabylie, pour être livré à Khodja qui commandait un maquis FLN dans la zone de Palestro. Grâce à ces armes, Khodja, fit tomber dans une embuscade une patrouille de rappelés français. Au cours de cette opération, 18 soldats furent tués et mutilés grâce à l’initiative de Mme Chaulet, complice de l’ancien maire-FLN d’Alger, Jaques Chevallier.
Un autre lot de cet armement fut affecté dans un maquis communiste, implanté dans la région de Lamartine, dans le Haut Chéliff. Ce maquis était commandé par un instituteur communiste, Laban, Maillot exerçant le commandement en second. Ce maquis communiste fut très rapidement livré aux forces de l’ordre par ses complices FLN, qui voulait se débarrasser des communistes. Ils voulaient bien de l’armement livré par les communistes, mais dans leur combat, ils n’avaient rien à faire de cette complicité du parti communiste algérien. C’est le 1er REP[2] qui isola ce maquis en l’encerclant. Les officiers de ce régiment tinrent à laisser l’honneur de l’hallali aux soldats du 20ème BT de Miliana qui avaient été victimes de ce vol d’armes. Ce maquis fut donc détruit par des soldats métropolitains, des hommes du contingent, qui firent payer aux traitres, l’addition dont ils étaient redevables pour avoir livré au FLN un pouvoir de mort sur nos soldats et compatriotes français.
Dans mon livre « L ISLAMISME DANS LA GUERRE D’ALGERIE », je révèle l’identité des soldats du contingent qui ont tué Laban et Maillot, en sachant pourquoi ils le faisaient, pourquoi il fallait le faire.
Le drame de ces morts se situe ailleurs. Il se situe dans l’impunité dont ont joui les inspirateurs de cette trahison : Jacques Chevallier, Madame Chaulet et tous leurs complices de cette époque-là et même leurs complices plus tardifs.
Hadj Saddok fut le symbole de la France qu’il fallait tuer dès le 1er novembre 1954, le jour de la Toussaint Rouge.
Il faut le rappeler à ceux qui l’ont su et l’enseigner à ceux qui ne le savaient pas.
« Mais qui t’a raconté tout cela ? » reprend mon impétueux interlocuteur.
« C’est Maurice V. qui m’a révélé l’identité réelle de Hadj Saddok et le symbole qu’il représentait. C’était il y a quelques années déjà. Au cours d’une soirée avec Fred Artz et quelques anciens du Kroubs, à l’hôtel de Bérange, tout près de Nîmes, de Montpellier, d’Alès et de Castries.
Alors Maurice V., le Sétifien, faîtes-lui confiance ! Il connaît la question. Il sait de quoi il parle. C’est un homme du terroir, de ces Hauts-Plateaux qui se situent pas loin de Bougie, ma ville natale. ».
Jean-Claude PEREZ
Le 31 octobre 2009
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26.10.2009
OAS : LEROY, VILLARD, LA PARTITION

C’est-à-dire étaient-ils tous partisans de l’intégration de la province-Algérie à l’ensemble des provinces françaises ?
La réponse est NON. Je dis bien NON.
En septembre 1961, le général SALAN fut de retour à Alger. Il avait passé un été tranquille dans la Mitidja où il s’était refait santé et tonus.
En octobre 1961, SALAN accepta que CARUANA, SUSINI et DEGUELDRE se rendissent chez Jacques CHEVALLIER dans sa maison d’El-Biar.
Je ne sais pas si le général SALAN avait donné son accord pour cette prise de contact. Il ne me l’a jamais dit. Où plutôt, il m’a affirmé que non, lorsque je l’ai revu après l’amnistie dans son logement parisien de la rue Théodore de Banville, en décembre 1968.
Mais que SUSINI, DEGUELDRE et CARUANA aient pris contact, dès cette époque avec l’ancien maire FLN d’Alger, c’est maintenant quelque chose d’établi. Un événement qui fut en quelque sorte tenu secret jusqu’en 1975.
Au départ, il existait ainsi plusieurs fausses notes dans le comportement d’anciens responsables de l’OAS.
Mon rôle à la tête de l’O.R.O. nationale était d’observer, de contrôler et de prendre garde …
L’OAS en réalité, était née beaucoup trop tard. Je l’ai dit et je le redis. C’est au plus tard dès 1956 que le peuple d’Algérie aurait dû s’organiser en armée secrète avec tout ce que cela comportait comme changement de psychologie individuelle, et de mentalité.
En 1961, l’OAS d’Algérie, est apparue comme un bébé né après une grossesse pathologiquement prolongée : ridé, fripé, vieilli, fatigué.
Son manque initial de structuration, son manque de recul, la rendait fragile. Et c’est de cette fragilité que naquit la possibilité pour SUSINI d’organiser une entrevue avec Jacques CHEVALLIER. Mais pour une initiative de cette gravité, il avait besoin de l’acquiescement de Roger DEGUELDRE.
Je l’ai su en son temps. La lutte à mort était déjà engagée. Les convictions « Algérie française » du général SALAN s’étaient largement confirmées et exprimées.
Ce thème était redevenu le support idéologique unique de notre action. Il ne m’appartenait plus, en demandant des comptes pour ces contacts avec un ennemi de notre cause, de porter atteinte à l’unité d’un appareil de combat que nous avions eu tant de peine à mettre sur pied.
Plus tard, se manifesta un autre déviationnisme aussi dangereux et cela pour plusieurs raisons :
1. parce qu’il était inspiré par les gaullistes,
2. parce que ses partisans voulurent l’imposer par un coup de force à l’intérieur de l’OAS,
3. parce qu’il s’agissait de la partition, ineptie géopolitique s’il en fut.
Je souligne aujourd’hui encore, que je n’aurais pas joué une seconde de ma liberté sur ce projet.
Cette fois, SUSINI n’était pas concerné. Le général en chef, SALAN, préconisa des sanctions contre les affiliés à cette nouvelle conjuration anti-OAS. Ces hommes n’étaient pas des traîtres. Ils eurent le tort néanmoins :
1. de désobéir à un moment très difficile pour l’organisation ;
2. d’avoir été assez naïfs pour se laisser séduire par des hommes politiques plus ou moins mandatés par des services secrets qui n’aspiraient qu’à les manipuler ;
3. de vouloir imposer leur point de vue par la force.
Le drame d’une organisation clandestine c’est qu’en cas de dysfonctionnement grave, il n’existe pas de sanctions punitives bénignes. Il n’existe pas « d’arrêts de rigueur » ni d’incarcération possible. L’adhésion à la doctrine du général en chef, était d’une absolue nécessité, sans nuance.
Est intervenu dans cette conjuration, un curieux personnage : le préfet PETITBON.
Celui-ci fut appelé par Jean MORIN, délégué général du gouvernement français en Algérie. Officiellement, PETITBON avait manifesté l’intention de s’occuper des jeunesses algériennes.
Comme on le voit, le moment était bien choisi en 1961, pour s’orienter dans ce style d’activité ! On lui attribua néanmoins la direction d’un SFJA (Service de Formation de la Jeunesse en Algérie). Service qui, curieusement, dépendait de l’autorité du premier ministre, Michel DEBRE. Plus exactement, de l’autorité des services spéciaux qui fonctionnaient sous sa direction. Sans perdre de temps, à la fin de l’année 1961 et dès le début de l’année 1962, PETITBON prit l’initiative de contacter certains hommes de l’OAS.
En réalité, il mit en œuvre d’une manière très technique, une opération de noyautage et de division à l’intérieur de notre appareil de combat.
Il promit monts et merveilles à quelques uns. Il s’engagea à fournir armes et moyens de guerre à une fraction juxtaposée de l’OAS. Celle du Front Nationaliste. Celui-ci était dirigé par LEROY, qui avait toujours refusé, je le redis, son allégeance aux organes de commandement de notre organisation. Il se considérait comme un allié de l’OAS et non pas comme un effectif intégré au dispositif opérationnel de l’OAS.
PETITBON, grâce à certaines fournitures d’armes, réussit à circonvenir LEROY, que je connaissais bien, et SARRADET que je n’ai jamais connu. Il fit miroiter une possibilité de solution de secours que nous avons évoquée dans les paragraphes précédents : celle d’une partition de l’Algérie.
Une partie de la terre algérienne allait rester sous l’administration française et le reste sous l’administration du FLN ! Ce fut une manœuvre d’intoxication affectée d’un ridicule indiscutable. Mais elle fut redoutable, car elle faillit provoquer un éclatement de ce qui restait de l’OAS.
J’eus personnellement, à propos de cette option à laquelle il adhérait, un entretien sérieux avec LEROY. Je sais que je l’ai déjà dit. Je me suis employé à le convaincre de la signification réelle de la manœuvre à laquelle il souscrivait.
Cette manœuvre consistait à noyauter et à détruire l’OAS, avec laquelle il avait combattu jusqu’alors, même si ce n’était qu’en tant qu’allié. Je l’ai mis en garde contre une opération intérieure de police qu’il nous obligeait à prévoir. Je lui ai proposé de faire marche arrière.
Je lui ai offert une place d’adjoint au commandement national de l’O.R.O. J’avais déjà obtenu l’adhésion de l’un de ses subordonnés SCHAMBIL qui occupait depuis quelques jours un poste de responsabilité au sein du BCR national.
LEROY était un homme sincère, courageux et il était convaincu d’être loyal. J’éprouvais pour lui une fraternelle amitié. Malheureusement, il était tombé entre les mains de Matignon, par l’intermédiaire de celui qui coordonnait le fonctionnement des services secrets. Le drame était inéluctable.
J’affirme que je n’aurais jamais ordonné ou accepté l’exécution de LEROY si j’avais été tenu informé de l’opération qui fut décidée et déclenchée à mon insu.
DEGUELDRE sous l’influence d’un cadre de l’OAS, ancien ami très personnel de LEROY et qui tenait encore SALAN sous son influence, fit exécuter LEROY en même temps que VILLARD.
Pourquoi VILLARD ?
Parce « qu’on » ne trouva pas SARRADET, qui était à la fois le premier contact et surtout, le contact le plus sérieux du préfet PETITBON.
Ne trouvant pas SARRADET, Le PIVAIN exécuta VILLARD par ce « qu’on » lui avait certifié que VILLARD était engagé dans cette conjuration.
Quelques jours plus tard, Le PIVAIN fut informé du mal fondé de son opération. Il manifesta à haute voix sa volonté de faire rendre des comptes à l’inspirateur qui avait manipulé DEGUELDRE pour faire exécuter LEROY et VILLARD, dans le seul but d’annexer le Front Nationaliste pour son propre compte.
Le PIVAIN, en raison de ses imprudences verbales, fut « donné » aux forces de l’ordre. Il tomba dans une embuscade très opportuniste tendue par des exécuteurs gaullistes qui l’attendaient là où il fallait l’attendre.
Ce fut un grand drame de l’OAS.
Seulement… seulement quoi ? J’étais le chef de l’O.R.O. J’ai donc assumé hiérarchiquement la responsabilité de ces deux opérations, bien que ne les ayant pas ordonnées, pour deux raisons.
Première raison : je n’avais pas été en mesure d’interdire ces exécutions. Elles ont été réalisées, par une branche subalterne de l’O.R.O. Je ne fus informé qu’après coup.
Deuxième raison : il me fallait à tout prix et de toute urgence couvrir DEGUELDRE. De manière à garantir l’homogénéité de la BAO que DEGUELDRE commandait. Nous avions besoin de tout le monde. De tous ceux qui restaient. J’ai donc officiellement déchargé DEGUELDRE de la responsabilité de ces deux exécutions.
J’étais violent, je le concède. Il m’est arrivé parfois d’être expéditif dans l’extrême-urgence. Mais j’étais loin d’être sanguinaire. Si LEROY m’avait fait confiance, il aurait évité le drame qu’il a connu.
S’il avait rejoint un poste d’adjoint au commandement de l’O.R.O. que je lui ai proposé, personne n’aurait osé s’attaquer à quelqu’un qui fut sous mes ordres. J’étais intraitable sur ce point très précis. Comment a réagi LEROY à ma proposition. Je l’ai déjà relaté :
« Si tu ne marches pas avec nous, tu trinqueras comme les autres ».
Il avait oublié à qui il parlait. Il se croyait intouchable parce qu’il était manipulé par le patron des services secrets de Matignon.
Ce fut un drame. Un de plus parmi ceux que j’ai vécus.
Comme j’envie, aujourd’hui encore, les spectateurs pieds-noirs qui sont restés bien quiets chez eux ! Qui nous ont jugés ! Qui nous ont condamnés ! Et qui, aujourd’hui, nous oublient !
Je n’ai jamais voulu tuer ces hommes. Leur seule protection c’était l’O.R.O. Là, personne ne les aurait touchés.
SCHAMBIL l’avait compris puisque, comme je vous l’ai rappelé ci-dessus, il est venu apporter son concours volontairement au fonctionnement du BCR au sein duquel il fut traité en frère d’armes.
Ce fut un drame de l’OAS…. Que je déplore. Je n’en suis pas l’ordonnateur. Mais il faut essayer de se remettre dans l’ambiance de l’époque pour comprendre l’atmosphère dramatique au sein de laquelle nous évoluions, surtout moi, à la tête de cette O.R.O. nationale à qui incombaient les décisions les plus graves à prendre pour tenter de sauver ce qu’il était encore possible de sauver.
Jean-Claude PEREZ
Nice, le 24 octobre 2009
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21.10.2009
Le sang d’Algérie
Le 16 septembre 2009, Jean-Marc de SANTI, m’interpellait avec fermeté et courtoisie sur la thèse de la partition de l’Algérie française. Thèse que j’ai toujours rejetée. Ainsi que sur mon rôle supposé dans la mort de LEROY, de VILLARS, et j’ajoute : dans l’événement qui fut corollaire de ces drames. Je veux évoquer la mort du capitaine Le PIVAIN.
Cette étude est proposée en deux parties :
- cette étude 23 proprement dite,
- une étude 23 bis.

ETUDE N° 23
1. Je précise tout d’abord, que je ne me souviens pas d’avoir connu SARRADET.
2. Que je n’ai jamais donné l’ordre de tuer VILLARD, LEROY, PARRACHINI et SCHAMBIL.
3. Je n’ai jamais été partisan de la solution partitionniste. J’étais convaincu, et je le suis aujourd’hui encore plus qu’hier, que la partition de l’Algérie était un piège. Comme par enchantement, celui-ci fut élaboré à la fin de l’année 1961, dans l’entourage d’un journaliste parisien Robert H.
En réalité, il s’agit d’un piège élaboré, j’insiste, par les services secrets de Matignon. Ceux-ci ont essayé de lui donner vie par l’intermédiaire du sous-préfet PETITBON, avec la collaboration opérationnelle du chef de la Sécurité Militaire d’Algérie.
Celui-ci concentrait entre ses mains le fonctionnement de tous les services spéciaux, en particulier, les anciennes branches du C.C.I. et B.E.L.[1].
Au sein de ces branches, nous avions conservé de sérieux concours.
4. La solution israélienne dont rêve J.M.D.S, n’était pas envisageable en Algérie : militairement, politiquement et surtout spirituellement.
Les juifs d’Israël défendent avant tout, en Palestine, un rayonnement idéologique et religieux à partir de leur implantation sur la terre palestinienne. Pour conférer à cette terre la vigueur d’une terre de rayonnement, après qu’elle ait connu celle de « terre promise », ils disposent d’un peuple qui ne vit en Palestine que pour se battre. Ils disposent de régiments d’élite, d’un équipement militaire ultra moderne, de services spéciaux remarquablement structurés et plus que tout, ils jouissent de l’appui d’un énorme soutien financier international.
Ils peuvent se permettre d’être encore animés d’un esprit perpétuellement offensif. Je mets n’importe qui au défit de démontrer que cet état d’esprit pouvait être retrouvé chez les P.N d’Algérie, en 1961-1962.
Notre population n’aurait bénéficié d’aucun appui international, population qui au nom du dieu « pétrole » était vouée au sacrifice, voire à un génocide éventuel par tous les potentats financiers internationaux.
Quant on fait le constat, sans complaisance, des divisions passées et surtout des divisions actuelles, qui se manifestent au sein du monde dit « rapatrié », il est facile de comprendre avant toute autre spéculation, pourquoi nous avons perdu l’Algérie.
Un esprit de clocher, chauvin et déstructurant, voilà ce qui nous gangrène aujourd’hui encore et réduit à presque 0 notre représentation nationale.
Quoi qu’il en soit, une vérité apparaît évidente : que les Israéliens le veuillent ou non, par la position politico-spirituelle qu’ils occupent au Proche-Orient, ils constituent un des premiers bastions de défense de l’Occident.
C’est comme ça. C’est objectif. C’est mathématique.
Pour l’heure, ils sont les seuls à s’opposer, en effet, avec conviction et surtout avec efficacité, à l’enseignement universel du nouveau mein kampf arabo-islamiste : le « mein kampf » officiel d’Al qaïda, illustré par les Epitres djihadiens. Nous disons le « mein kampf officiel » d’Al qaïda, mais aussi le « mein kampf secret » de la majorité des potentats de la finance arabe qui ouvrent des banques en France et en Europe et dont le fonctionnement sera conforme aux exigences de la charria.
5. Quand on songe aux participations financières restreintes que nous ont consenties, sous la menace, certains potentats des oligarchies financières d’Algérie, quand on les compare à leurs généreuses participations consenties au bénéfice du FLN, on ne nourrit aucune illusion sur leur soutien éventuel si nous avions été tentés par la thèse suicidaire de la partition.
6 La partition dans l’esprit de ses inspirateurs gaullistes, constituait dans sa réalité opérationnelle, à regrouper sur un espace restreint, ce qui survivait des combattants d’Algérie française pour les anéantir en une seule fois
7 Il n’en reste pas moins vrai que des négociations étaient engagées entre l’Exécutif Provisoire de Farès et un secteur de l’OAS.
Entre Jacques CHEVALLIER, l’ancien maire FLN d’Alger, et un clan très connu de l’OAS, des contacts avaient été mis en route dès le mois d’octobre 1961. C’est aujourd’hui une vérité de notoriété publique. De mon poste à la tête de l’ORO nationale[2], je me contentais de surveiller ces contacts. Je n’y intervenais pas. Je contrôlais de loin, ou plutôt je les suivais au mieux possible.
Bien plus tard, après le cessez-le-feu, du 19 mars 1962, qui officialisa la défaite de la Vème République devant le FLN, un secteur du BCR[3] fut l’objet d’un contact de la part de membres de la Wilaya III, une Wilaya Kabyle. En résumant leur message, voici ce que l’on nous proposait :
« FARES est un Kabyle ambitieux. Il dispose aujourd’hui de la force locale, de l’appui de pratiquement tous les combattants de l’intérieur. Il lui manque l’appui des Pieds-Noirs et surtout de l’OAS pour lui permettre de damer le pion au GPRA. Transmettez cette information « à qui de droit » pour agir, si possible, dans la perspective d’une Algérie occidentale. »
« Qui de droit », en l’occurrence c’était moi.
Le lendemain du Vendredi Saint 1962, jour de l’arrestation du général SALAN, j’ai demandé un contact à SUSINI. Il est venu me rencontrer dans l’un de mes PC. Celui-ci était situé au boulevard Saint Saëns, au 2ème étage d’un bel immeuble, dans un appartement que mon confrère GOURGUES avait définitivement mis à ma disposition. J’y disposais d’une cache, une pièce entière escamotée, grâce à l’astuce technique d’un ingénieur des Ateliers Terrin.
Je fis part à SUSINI de ce message émanant de la Wilaya III et je lui demandai d’en faire le meilleur usage, pour conduire des négociations avec FARES dans le but de gagner du temps.
Pas de protestation évidemment, mais plutôt un acquiescement immédiat de sa part. Je n’avais d’ailleurs aucun doute sur ses réactions éventuelles, car je savais qu’il était lui-même engagé dans un processus de contacts secrets depuis des mois.
8. Je lui fis part de mon intention de ne pas participer personnellement aux négociations, ce qui allait évidemment dans le sens de SES desiderata puisque depuis des mois déjà, il jouait seul et n’aspirait qu’à une chose : continuer à jouer seul. Quel avantage pouvais-je espérer de ces négociations ?
Gagner du temps.
Du temps pour quoi faire ?
9. Pour sauver le maximum d’opérationnels de l’OAS, car ils « tombaient » avec fréquence, depuis la fin de l’affaire de l’Ouarsenis. Je rappelle que dans le seul quartier de Belcourt, ou plutôt le quartier III du secteur centre, le chef de la BAO[4] locale, le chef du BCR local, et huit opérationnels ont été tués en opérations, dont quatre dans l’Ouarsenis. Pour sauver de la capture ou de la liquidation physique ce qui restait de l’appareil opérationnel de l’OAS, il m’était interdit de baisser les bras. Il me fallait tenter ce qu’il était possible de tenter.
FARES ne s’y est pas trompé quant il m’a fait transmettre par SUSINI, ou plutôt selon SUSINI lui-même, le message suivant :
« Surtout, que PEREZ ne s’arrête pas, car c’est la violence de l’OAS qui en fait pour le moment un interlocuteur valable ».
Je ne me faisais aucune illusion sur l’aboutissement de ces négociations. Et je considérais comme inéluctable, qu’à un moment donné, une dernière bataille allait s’imposer entre les combattants de l’OAS et l’ALN de l’intérieur qui, en dernier recours, se rallierait au GPRA d’abord et à Ben BELLA ensuite.
10. Cette dernière bataille, c’est à Alger que l’OAS devait la livrer. Sous la forme de combats de rue, de Saint-Eugène à Maison-Carré, de Birkadem, Birmandreis, El Biar à la Méditerranée. Une bataille contre qui ?
Contre l’ALN évidemment et seulement contre elle. Nous ne voulions pas accepter sans combattre, son installation à Alger.
11. Dans le souci de préparer cette bataille du mieux possible, j’avais invité plusieurs patrons de la faculté de médecine d’Alger, à se réunir, pour nous conseiller sur l’organisation sanitaire et alimentaire de ces derniers combats. Les professeurs CLAUDE, BOURGEON, DESCUNS et d’autres… tinrent au cours de ce contact, à me faire part de leurs observations. Cette réunion se déroula dans le même immeuble où se situait le logement de mon confrère GOURGUES mais cette fois, dans un appartement du rez-de-chaussée, chez un autre de mes confrères algérois.
Le professeur CLAUDE qui plus tard, m’a suivi dans mes publications, fut d’un concours particulièrement précieux dans ce travail d’intendance et de stockage alimentaire, nécessaire aux combats de rue que nous prétendions mener dans les meilleures conditions matérielles possibles.
12. A partir de cette décision de me consacrer à la dernière bataille, l’OAS connut un paroxysme de violence. Je voulais donner l’impression d’un « jusqu’au boutisme » perceptible. Qu’on le veuille ou non, je l’ai fait sur la recommandation de FARES lui-même, via SUSINI.
Je suis allé jusqu’à transmettre par le relai de notre radio-pirate un message insistant sur les risques d’épidémie qui menaçaient au sein des concentrations populaires, privées temporairement du secours des médecins français.
SUSINI m’a dit en commentaire de cette émission-pirate :
« FARES est affolé devant cette information qu’il interprète comme une menace camouflée de guerre bactériologique ».
« Avec quoi et comment pourrais-je déclencher une guerre bactériologique ? » lui ai-je rétorqué.
« Ce que j’ai voulu dire, ce n’est que ce que j’ai dit. Cette concentration de masses populaires urbaines, à Alger et autour d’Alger, est porteuse d’un risque épidémique très grave ».[5] Je rappelle tout cela pour souligner à quel point je considérais comme inéluctable un dernier combat à Alger.
13. Oui, livrer un combat avec le concours de quoi et de qui ?
Au mois d’avril 1962, pendant que se déroulaient des négociations que j’avais donc approuvées à partir du jour qui a suivi l’arrestation du général SALAN, je préparai mon effectif sur le grand Alger, pour l’ultime bataille. Nos forces, diminuées certes, manifestaient encore du mordant dans trois zones :
- la ZOA (Orléansville + le Haut Chélif)
- la ZEA (Est-Mitidja)
- la ZOM (Ouest-Mitidja)
Il était prévu de les intégrer aux dispositifs encore vigoureux des sous-secteurs et des quartiers d’Alger. Ces groupes d’action avaient conservé un mordant encore efficace au niveau de la zone urbaine d’Alger. Ce dispositif était renforcé évidemment par ce qui restait des Delta, structure très efficace regroupant un effectif d’élite qui fonctionnait à l’échelon du Grand Alger.
Mon but n°1 était de protéger l’embarquement de notre peuple, femmes, enfants, vieillards, vers des cieux théoriquement plus accueillants. Nous prétendions nous opposer par les armes à l’entrée de l’ALN dans Alger en livrant cette bataille dans les rues de notre capitale.
Dans cette perspective nous nourrissions encore l’espoir de bénéficier du concours anti FLN d’éléments de l’armée et de la police.
« Illusion ! » me rétorque-t-on encore aujourd’hui.
Oui, nous avions encore des illusions dans les sentiments de nos militaires, de nos policiers, des Français en général, des Européens occidentaux peut-être. Nous voulions livrer un combat à l’ALN, un combat qui fût symbolique, spectaculaire et messager.
Cette fois, c’était une volonté française et populaire qui prétendait assurer le sauvetage des femmes, enfants et vieillards en leur permettant de s’embarquer. Je reconnais que j’envisageais avec détermination de détruire une partie de ma belle Alger-la-Blanche, que je ne voulais pas abandonner intacte au FLN.
14. Nous savions que lorsqu’Alger aurait cessé de vivre en tant que ville française, l’Algérie française serait définitivement morte. Nous pressentions que la mort d’Alger-la-Française, allait entraîner une mise en danger de l’identité de la France, du monde méditerranéen et du monde occidental comme cela apparaît à l’évidence aujourd’hui.
Mais, survint le cessez-le-feu des Delta d’Alger qui fut décidé sans me consulter.
Le jour même de cette décision, l’information officielle est venue conférer, par une abondante diffusion radiophonique, un impact irréversible à cette décision prise à mon insu.
Cette information transmise généreusement par les média a réduit en quelques heures à néant la possibilité de déclencher ce dernier combat. D’autant plus qu’elle fut appuyée très rapidement par un communiqué d’ARGOUD, qui, de loin, faisait remarquer à l’opinion publique la discipline des combattants de l’OAS, qui, immédiatement, est devenue silencieuse opérationnellement. ARGOUD aurait dû savoir qu’un ordre d’arrêter les combats est un des ordres les plus faciles à donner. En tout cas plus facile qu’un ordre de combattre à outrance.
Ce fut un désengagement soudain et total dans les esprits. Les terrasses de café se remplirent à nouveau de consommateurs détendus. Les bouclages de la gendarmerie se firent plus rares et plus ouverts. L’ambiance paradoxalement, était à la détente.
J’ai évoqué dans mes différents ouvrages, les explications que j’ai demandées aux uns et aux autres de cette décision qui consacrait définitivement la mort de l’Algérie française. J’en obtins suffisamment pour comprendre :
a) que Jacques CHEVALLIER était l’ordonnateur réel du cessez-le-feu des Delta d’Alger.
b) que je devenais tout logiquement, au même instant, l’empêcheur de tourner en rond qu’il fallait neutraliser d’urgence.
15. Du jour au lendemain, ce fut une baisse de tonus chez ceux qui, quelques jours plus tôt étaient disposés à devenir les combattants de la fin. La nouvelle logique pour moi était :
a) soit de tenter une élimination physique des responsables du cessez-le-feu. Mais dans cette éventualité très hypothétique, la relance opérationnelle était techniquement impossible à envisager. L’effet lénifiant, démobilisant du cessez-le-feu, s’était rapidement installé dans l’esprit des plus déterminés.
b) soit de favoriser le sauvetage du maximum d’opérationnels en renonçant aux sanctions que certains exigeaient contre les responsables du cessez-le-feu.
Après un ordre du jour que j’ai rédigé, signé et adressé au commandement militaire théorique de l’OAS et surtout à tous mes subordonnés de l’ORO, j’expliquai ma décision de partir en la justifiant. J’avais laissé à GARDES et aux autres négociateurs un mois pour obtenir des garanties indispensables selon moi : la constitution d’une force locale européenne dans les grandes villes d’Algérie pour assurer la protection de notre peuple. Ces garanties ne m’ont pas été accordées. Je n’avais donc aucune raison de rester à Alger puisque l’on ne s’y battait plus. Puisque l’on ne voulait plus s’y battre et que l’on s’était soumis aux desiderata du FLN. J’ai très vite compris que j’étais devenu celui dont il fallait amener la tête dans la corbeille de mariage qui se nouait entre certains négociateurs et le FLN.
C’est l’un, parmi les plus prestigieux chefs de Delta, Joseph RIZZA qui est venu me rencontrer un matin, pour me proposer un départ d’Alger. Je l’avais engagé dans l’action en 1956. Lorsqu’il effectua sa première opération clandestine, ce fut sous mon commandement direct et j’étais avec lui lorsqu’il lança sa première grenade de clandestin.
Qu’est-il venu me dire après le cessez-le-feu ?
« Si tu veux prendre des sanctions, c’est tout de suite qu’il faut le faire. »
« Des sanctions, dans quel espoir ? » lui ai-je rétorqué. Et je précisai ma pensée :
« ce serait un désastre pour la population. Je refuse de déclencher une tuerie entre des hommes qui, hier encore, étaient des frères d’armes ».
« Alors il faut partir » me dit-il. « Car les autres, vont te balancer dans les heures qui vont suivre ».
C’est lui, avec la complicité d’un prêtre algérois, qui organisa mon départ et m’accompagna dans ma première phase d’exil.
Je fus escorté par tout un effectif opérationnel de l’OAS commandé par Robert L et son frère, ainsi que par un haut responsable technique de l’EGA (Electricité Gaz d’Algérie) qui me véhicula dans un véhicule de dépannage d’urgence de cette entreprise.
Je n’hésite pas à dire que ceux-là même qui avaient décidé de ma perte m’ont permis de vivre encore. Par leur décision d’arrêter le combat au printemps 1962, en effet, je n’ai pas eu à livrer le dernier combat pour défendre cette terre d’Algérie.
C’est à eux que je dois la possibilité de défendre encore le souvenir de l’Algérie française et de sublimer le combat livré par l’OAS en Algérie, comme l’un des derniers combats, le plus important, livré par l’Occident.
A SUIVRE …..
L’ETUDE N° 23 BIS SERA TRANSMISE DANS DE RAPIDES DELAIS : Elle sera intitulée : « LEROY, VILLARD, LA PARTITION », D’APRES : »
« Le sang d’Algérie »
« Attaques et Contre-attaques »
Nice, le 20 octobre 2009
J.C. PEREZ
[1] CCI : Centre de Coordination Inter-armes
BEL : Bureau d’Etudes et de Liaisons
[2] ORO : Organisation du Renseignement et des Opérations
[3] BCR : Bureau Central de Renseignements, sous-branche de l’ORO
[4] BAO : Bureau d’Action Opérationnelle
[5] André SEGUIN et BRUNO étaient nos speakers de la radio-pirate OAS. Je me souviens du bafouillage de l’un ou de l’autre quand il a essayé de mettre en garde les populations contre le risque supposé de spirochétose ictérohémorragique.
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07.10.2009
Les Barricades d’Alger

Après le discours ( de De Gaulle ) du 16 septembre 1959, dont le cinquantenaire est passé… dans un silence plus que frileux, il a fallu s’organiser à Alger.
Nous pensions en Algérie et en Métropole que nombreux étaient ceux qui s’apprêtaient à se soulever contre ce discours. Ceux qui allaient opposer un refus efficace à l’abandon qui s’annonçait.
Mais nous qui étions animés de la volonté de nous opposer au largage de l’Algérie, avons eu à affronter un ennemi inattendu et d’une efficacité redoutable : l’apathie du peuple pied-noir pour une fraction non négligeable de son ensemble.
Il nous a fallu, aussi et surtout, composer avec l’apathie comateuse dans laquelle se complaisait notre armée.
Celle-ci avait remporté et continuait de remporter de brillantes victoires dont elle pensait qu’elles étaient définitives.
L’opération Jumelle, en particulier, offrait un bilan flatteur, illustrant un brillant succès technique. La wilaya 3 en Kabylie, en effet, était réduite à quelques bandes éparses. Les Katibas erraient, complètement déstructurées.
Il en allait de même un peu partout. Nos soldats effectuaient avec efficacité et enthousiasme, et surtout avec courage et héroïsme, une traque permanente contre l’ALN de l’intérieur.
Mais ces mêmes soldats, quand ils prenaient le risque de se faire tuer, ne connaissaient pas le pourquoi réel de ces magnifiques opérations. Des opérations menées sur les crêtes comme le soulignait Challe, le général en chef.
Ils ne savaient pas que ces opérations étaient conduites à la suite d’une conjuration montée par De Gaulle et Ferhat Abbas, dans le but de se débarrasser des maquis de l’intérieur.
S’en débarrasser pour le plus grand bénéfice du GPRA qui, rappelons-le, existait officiellement depuis le 18 septembre 1958. Sa naissance fut annoncée officiellement au Caire par Ferhat Abbas lui-même au cours d’une présentation à la presse internationale, en présence de deux émissaires clandestins du général De Gaulle : l’écrivain Amrouche et Abderrahmane Farès.
Qui aurait pu se permettre de faire avaler à nos brillantes unités, que le FLN était en train de gagner la guerre grâce à toutes SES batailles perdues !
Nous, les Français d’Algérie, étions étreints par l’angoisse de l’abandon et pensions avant toute chose, à notre destin, si l’armée française et la nation française acceptaient la défaite que De Gaulle voulait leur infliger. Le destin de ce peuple pied-noir, de ce peuple qui s’interrogeait sur des lendemains qui ne chantaient pas.
« Que vont devenir ma femme, mon travail, ma maison, mon jardin, mes enfants, mes vieux parents ? Que vont-ils devenir lorsque le FLN détiendra le pouvoir ? Faudra-t-il nous soumettre à la loi de ceux qui exigeront de nous faire payer notre présence, ici, en Algérie ?
Qui peut s’investir du pouvoir de soumettre plus d’un million de Français d’Algérie, plusieurs millions de Musulmans qui veulent être et plus encore, qui veulent devenir réellement Français, à une organisation révolutionnaire raciste et intégriste qui avait déclenché la Révolution algérienne pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam (Ibrahim Bachir, le 1/11/1954) ? Qui était suffisamment dépravé dans son intellect pour prendre une décision qui contribuera à porter atteinte en l’aggravant, à l’instabilité pour ne pas dire à la fragilité géopolitique de l’Occident chrétien ? ».
Pour la majorité d’entre nous, la réflexion politique ne s’était encore, hélas, pas révélée nécessaire. Défendre l’Algérie, nos maisons, nos situations, la vie de nos proches, éviter une servitude infâmante pour nos femmes, nos mères, nos sœurs et nos filles, représentaient une raison suffisante et exhaustive de prendre les armes. Certes, l’armée, la police, la vigueur militaire de la France, s’exprimaient encore, pour défendre une partie du territoire national, pour défendre un peuple de France.
Mais il nous était imposé, à nous, Français d’Algérie, de nous inclure dans ce combat : dans la clandestinité, dans la violence. Car l’Algérie française méritait bien que l’on risquât pour elle, sa liberté et sa vie.
Oui, il existait un risque de mort pour ces quelques clandestins qui, dès 1955, ont souvent joué leur vie et leur liberté dans des opérations illégales auxquelles ils ont activement participé. Une poignée.
Pour l’honneur du peuple pied-noir. Tant pis pour ceux qui ont préféré nous regarder.
Mais, il nous a fallu élargir nos connaissances, découvrir des horizons. On ne prend pas « COMME ÇA » du jour au lendemain, le risque de tuer ou de faire tuer des hommes. Il nous a fallu donc comprendre d’abord. Et faire comprendre ensuite, la nécessité du combat en faveur de l’Algérie française. Un combat auquel devait s’intégrer au moins, l’élite du peuple pied-noir de Marnia à Tabarka.
Pour nous conférer le droit de le faire, il a fallu accéder à un savoir politique : par l’étude, puis par l’explication que nous avons tenté de donner à ceux qui voulaient comprendre et savoir pourquoi nous les invitions au combat.
Et c’est pour conduire au mieux possible cette volonté d’expliquer la dimension réelle, planétaire de la guerre d’Algérie, que personnellement, j’ai joué quotidiennement les Enjolras[1] dans les caves d’Alger et d’ailleurs, pour expliquer que le discours du 16 septembre 1959 ne laissait aucun doute quant à la volonté du général De Gaulle d’abandonner l’Algérie. Quel que fût le drame qui s’en suivrait pour ses concitoyens d’Algérie, de toutes confessions.
Nous avons dû affronter cependant, un ennemi puissant : le coma dans lequel était plongée notre armée française, unique espoir dans lequel se réfugiait la plus grande partie du peuple pied-noir, après le discours du 16 septembre 1959.
Un coma qui paraissait affecter aussi notre « élite socio-économique ».
Les oligarchies financières d’Algérie, en effet, se sont toutes comportées en complices de De Gaulle et de l’abandon. Elles étaient déjà complices, financièrement, et même opérationnellement, du FLN depuis des années.
Blachette, le mentor de Jacques Chevallier avec ses libres exploitations des champs d’Alpha, n’était qu’un exemple parmi d’autres. Il en existait qui rendaient compte par radio à Lotfi en Oranie, de leurs collectes de fonds parmi quelques gros propriétaires terriens et certains industriels européens. Comme ailleurs en Algérie.
Mais dans le cadre de Lotfi qui commandait la wilaya 5 en Oranie, les choses avaient connu une évolution bien particulière. Lotfi fut tué au cours d’une opération et son dispositif radio tomba intégralement entre les mains de nos services spéciaux. Le général Jacquin (colonel à l’époque) qui commandait le B.E.L. (bureau d’études et de liaisons) disposa, à la suite de cette opération, des codes radio de Lotfi. C’est ainsi qu’il fut le destinataire réel des messages transmis par les traîtres qui finançaient l’ALN. Ceux-ci en effet, étaient persuadés correspondre avec les responsables du FLN local. Nous fûmes informés, ainsi, du rôle néfaste joué par un fonctionnaire de la sous-préfecture de Paul Cazelles, de celui de tel jésuite de Pérrégaux, et du rôle de quelques autres.
Ces anomalies de comportement étaient évidemment retrouvées dans toute l’Algérie et c’est l’épisode Lotfi qui nous a permis d’avoir des renseignements très précis quant à l’identité de certains pourvoyeurs de fonds du FLN.
C’est dans cette ambiance, au milieu de ces trahisons, dont nous ne savions rien, qu’il nous a fallu réagir au discours du 16 septembre 1959.
Je me suis consacré, avec vigueur et constance, à fédérer des énergies, par l’intermédiaire de notre mouvement, le Front National Français. J’en assurais la responsabilité du service intérieur, plus particulièrement de ce que j’ai appelé « les unités de choc ».
Nous avons obtenu un concours inespéré, que nous pensions être de valeur inestimable pour notre implantation dans le département d’Alger, de la part du général Massu, commandant du Corps d’Armée d’Alger. Je rappelle que le colonel Argoud occupait les fonctions de chef d’état-major de ce même corps d’armée.
Aujourd’hui encore, à propos de l’appui octroyé par Massu, je suis partagé entre deux hypothèses.
Ce concours,
- l’a-t-il concédé dans l’espoir de voir De Gaulle plier devant l’enthousiasme patriotique des Français d’Algérie ?
- l’a-t-il concédé au contraire, dans le but de nous contrôler pour éventuellement nous neutraliser ?
Je pense qu’il a été assailli, à un moment donné, par un doute sérieux.
Sans me préoccuper outre mesure de ces interrogations, j’ai organisé au mieux possible, les unités intérieures du FNF en groupes de militants très actifs.
Massu, par l’intermédiaire du commandant Navarro du cabinet militaire de la préfecture d’Alger, m’a autorisé à faire du recrutement au sein des effectifs des UT (Unités Territoriales) ainsi qu’au sein du DPU (Dispositif de Protection Urbaine).
Ce dernier, avait été créé durant la bataille d’Alger, en 1957 et faisait appel à des volontaires.
Après ma sortie de la prison de Barberousse, le 1er avril 1957, je m’étais présenté au PC d’Alger-Sahel près de la cathédrale d’Alger, rue Bruce. Je prétendais bien sûr, solliciter un poste de responsabilité au sein du DPU algérois.
Je fus reçu par un officier particulièrement actif de la lutte anti FLN, le lieutenant Darcet. Celui-ci m’a déclaré être enchanté, au nom de son commandement, de la collaboration que je lui offrais. Il connaissait tous mes antécédents et c’est en frère d’armes qu’il m’a reçu ce jour là.
Oui…. Mais…. Silence radio. Je ne fus jamais autorisé à faire partie du DPU.
Une opposition supérieure s’était manifestée en silence, mais surtout avec ténacité.
Après le discours du 16 septembre 1959, Massu me donne donc l’autorisation d’incorporer mon dispositif au quadriage du DPU. En fait, implicitement, il m’autorisait à incorporer le DPU à mon propre effectif opérationnel.
Il ne l’a pas nié au procès des barricades, puisqu’à la question du Président du tribunal :
« Connaissez-vous personnellement les accusés ? »
Il répondit :
« Ils ont tous été sous mes ordres ».
Et à propos des groupes d’actions du FNF, il a précisé en substance :
« Oui, je savais qu’ils étaient commandés par le Docteur PEREZ »
Donc Massu ? Une équivoque ? Un tourment ? Un « Que vais-je faire » permanent et angoissé ? NON.
Malgré son indiscutable attachement à l’Algérie française, il restera en dernière option, fidèle au général De Gaulle, comme il l’avait exprimé, d’une manière définitive, avant le voyage du général De Gaulle à Alger en juin 1958.
Il l’avait exprimé auprès de ses anciens frères d’armes qui venaient, depuis Paris, solliciter son concours pour neutraliser l’homme de Colombey.
Un ancien officier parachutiste, qui en 1961-1962 s’approcha très près de l’OAS mais qui ne s’y intégra pas, Botella, m’a déclaré un jour à Argenteuil, c’était en 1974 :
« En mai 1958, nous étions avertis depuis longtemps au sein des services, de la détermination anti-Algérie française de De Gaulle. Certains services de police, spécialisés, avaient constitué des dossiers depuis 1956, établissant les contacts entre De Gaulle et l’organisation extérieure de la rébellion algérienne. Ces contacts se nouaient par l’intermédiaire de Me Boumendjiel du barreau de Paris, de l’ambassadeur de Tunisie à Paris, de Rosenberg un journaliste autrichien, et surtout par l’intermédiaire de Palewski, ambassadeur de France à Rome.
Il y avait largement de quoi inculper De Gaulle d’atteinte à la sûreté extérieure et intérieure de l’Etat.
Mais, un des patrons des polices spécialisées, était muselé par le pouvoir de la IVème République, et par des influences occultes menaçantes. En désespoir de cause, il manda à Alger deux officiers parachutistes, anciens compagnons d’armes de Massu et de Botella. Ils se sont présentés à Massu après le 13 mai 1958, avant le voyage algérois de De Gaulle pour lui demander de neutraliser l’homme du 18 juin. Car il venait à Alger, ont-ils affirmé, pour liquider l’Algérie française ».
Massu s’est dérobé devant cette mission officieuse, que lui confiaient ses anciens compagnons de la France libre.
Il est resté, comme il l’a dit lui-même « con et gaulliste »…. Mais parfois le doute est venu l’assaillir. Il aurait bien voulu voir De Gaulle s’orienter dans l’autre sens. Il aurait bien voulu lui communiquer, éventuellement, l’enthousiasme patriotique de l’Algérie française.
Mais hélas pour nous ! L’enthousiasme patriotique des Français d’Algérie, connut à cette époque là, à l’automne 1959, une expression lénifiante désastreuse, illustrée par un manque de mordant et de détermination, qui explique l’échec ultérieur du 24 janvier 1960.
Car, dans l’événement connu sous la rubrique « les Barricades d’Alger », il faut distinguer deux phases d’identité différente.
Première phase :
les journées des 23 et 24 janvier 1960 à Alger : c’était ça la véritable essence du 24 janvier 1960.
Deuxième phase :
la semaine des Barricades, à partir du lundi 25 janvier, 1 heure du matin, ne fut qu’une comédie. Mais une comédie qui aurait pu, néanmoins, avoir un dénouement fatal pour De Gaulle si nos chefs militaires ne s’étaient pas laissé manipuler par Delouvrier[2]. Encore une fois, nos brillants officiers patriotes n’ont pas osé. Encore une fois, l’amour sacré de la patrie n’était pas suffisamment ressenti pour que le général Challe prît la résolution de donner un coup de frein définitif à l’abandon.
« L’Algérie française », « la France », « l’Occident », illustraient des concepts immensément riches, trop riches peut-être de vérité politique pour que ces officiers d’élite acceptassent de donner le coup de balai qui s’imposait.
Des officiers à qui le pouvoir faisait croire qu’ils étaient en train de gagner la guerre.
Challe a tout raté le 25 janvier 1960 parce que les « autres », colonels et généraux, ont refusé de le pousser dans la décision salvatrice qu’il fallait prendre, ce fameux lundi 25 janvier. Il était encore temps.
Nous développâmes donc notre implantation au sein de la garde territoriale. Ce qui était inéluctable puisque la majorité de nos adhérents et militants étaient des territoriaux. Mais ce ne fut pas facile, en raison du comportement, disons timoré, de la majorité des officiers de réserve qui commandaient la territoriale.
Il y avait dans le grand Alger, 22.000 territoriaux disposant de 2.200 armes, les gardes s’effectuant tous les dix jours. L’ensemble de cette garde ne représentait pas une véritable unité de combat. Mais dans l’éventualité salutaire où se serait développé en son sein, un esprit identique au nôtre, le regroupement de ces territoriaux, en armes et en uniforme, soutenus par la masse du peuple d’Alger, en aurait fait une force d’appoint inestimable pour ceux qui jouaient leur vie et leur liberté pour que vive l’Algérie française.
J’étais un de ceux-là.
Le capitaine Ronda, secrétaire général de la Fédération des Unités Territoriales, de création toute récente, faisait partie du bureau directeur du FNF. Il avait l’accord de son président le commandant Sapin-Lignières, chef d’un bataillon U.T. dont le PC était installé dans la Casbah. Il fut l’un des rares officiers des U.T., avec le capitaine Jourdes et les officiers de la compagnie opérationnelle des U.T., à prendre position dès le 24 janvier.
Revenons au déroulement des évènements.
Au mois de janvier 1960, d’odieux attentats avaient été perpétrés par le FLN en Oranie et dans l’Algérois. Ces drames avaient poussé à l’extrême la tension psychologique de la population française d’Algérie, de toutes confessions.
C’est dans cette ambiance que survint l’affaire Massu. Je vous la rappelle de façon succincte.
Le général Massu avait reçu, à la demande du général Challe, un journaliste allemand du nom de Kempski, devant lequel il tint des propos imprudents qui furent publiés le 18 janvier 1960 dans un grand quotidien allemand.
Le colonel Argoud dans son livre « La Décadence, l’Imposture et la Tragédie » rejette la thèse du piège dans lequel serait tombé Massu. Selon lui, Massu était d’humeur fantasque. La rencontre avec Kempski, s’était déroulée un jour où Massu s’était réveillé anti-gaulliste. C’est une hypothèse. D’après Argoud, le général Massu aurait dit de lui-même, rappelons-le, qu’il était toujours « con et gaulliste ». Je ne ferai pas l’effort de savoir si chacun de ces adjectifs a une valeur en soi ou si l’un est obligatoirement complémentaire de l’autre. Nous voulons espérer, aujourd’hui encore, qu’il n’a pas volontairement tenu des propos anti-gaullistes au cours de cette interview, dans le but établi à l’avance, de provoquer son départ d’Alger.
De toute façon, l’occasion ne fut pas ratée par De Gaulle. Il mit à la tête du Corps d’armée un autre officier qui ne fera pas de manière pour être complice de la liquidation de l’Algérie.
Si Massu avait refusé d’obtempérer le 19 janvier, que se serait-il passé ? Il nous est impossible de répondre. Mais à l’appel de Massu, c’est un véritable raz-de-marée qui se serait déclenché en Algérie. Raz-de-marée dont Challe aurait pris la tête. Cela supposait évidemment que nos généraux fussent des généraux révolutionnaires, attachés à la thèse révolutionnaire de l’Algérie française et non pas soumis à l’homme qui piétinait ce même idéal.
Massu obéit. Il abandonna l’Algérie. Il favorisa ainsi, volontairement ou non, l’accélération donnée à la politique d’abandon.
Il était de la plus haute importance qu’une opération de sauvetage fût tentée dans les plus rapides délais, car il restait encore en Algérie une majorité d’officiers généraux et de commandants de secteurs[3], fidèles à l’idéal de l’intégration. Réunions, recrutement, partout où c’était possible, visites aux commandements des unités territoriales, contacts très fréquents avec le colonel Gardes, tout cela fut mon travail quotidien.
Ortiz restait en communication étroite avec le colonel Argoud, chef d’état major du Corps d’Armée d’Alger et le capitaine Filippi qui faisait partie de l’état major de Massu.
Une manifestation de masse fut décidée pour le dimanche 24 janvier. Le 22 au soir, une réunion importante se tint chez Ortiz[4]. Tout le bureau directeur du FNF était rassemblé.
Le capitaine Filippi nous fit part de deux coups de téléphone qu’Argoud aurait reçus de Paris de la part de son ancien chef.
Lors du second appel téléphonique, Massu aurait fait le commentaire suivant : « De Gaulle est complètement fou, je vous donne carte blanche ».
Je quittai la réunion pour préparer les effectifs du FNF qui étaient déjà chauffés à blanc. Je me souviens de maître Jean Trape[5], me disant lors de mon départ : « Tout repose sur vous, je vous en supplie, ne vous faîtes pas prendre avant ! ».
Que devait-il se passer en théorie ?
- un appel à la population pour une grande manifestation à la Grande Poste, en fin de matinée, ce fameux dimanche 24 janvier 1960 ;
- obtenir des 22.000 UT, qu’ils participent en formation militaire, en uniforme et avec leur armement, même réduit ;
- obtenir une extension de ce mouvement par contagion, à toutes les grandes villes d’Algérie ;
- obtenir des organisations métropolitaines un soutien à notre manifestation par tout ce qu’elles pouvaient mobiliser comme moyens.
Le 23 janvier, ce fut le jour de réunion de l’assemblée générale constitutive de la toute nouvelle Fédération des Unités Territoriales d’Algérie.
Le commandant Sapin-Lignières fut élu président et le capitaine Ronda, secrétaire général.
J’ai participé, depuis le fond de la salle de réunion, à la fin de cette assemblée générale. Et je fus scandalisé de l’attitude d’un chef de bataillon UT, d’Alger-centre, ancien combattant héroïque des campagnes d’Italie et de France, qui déclara à Sapin-Lignières et à Ronda, devant moi, son opposition à la participation des UT en corps constitués à la manifestation du lendemain matin. Ce brillant officier de réserve, compte tenu de son prestige fut suivi dans cette volonté de désertion, par les autres chefs de bataillon, à l’exception de Sapin-Lignières. Lui et les autres, portent une grave responsabilité dans le dénouement dramatique de la journée du 24 janvier 1960.
Ce 23 janvier, une grève se déclencha à Belcourt puis au Champ de Manœuvre. Elle s’étendit lentement à toute la ville mais d’une manière assez incomplète. C’était une initiative spontanée, indépendante de tout ordre donné et reçu.
Je me cachai pendant la soirée du 23 au 24.
Le 24 au matin, je rejoignis le siège de la Fédération des UT qui était situé dans l’immeuble de la Compagnie Algérienne, à l’angle de la rue Charles-Péguy et du boulevard Laferrière. C’est là que se situera, par la suite, ce que l’histoire appellera « le PC Ortiz ».
Ce 24 janvier au matin, je fus étreint par une impression désastreuse. La foule n’était pas là. Des groupes épars, arrivés sur place malgré les barrages de gendarmerie, se manifestaient en chahutant. Ils provenaient presque tous de ces valeureux quartiers d’Alger que sont : le Ruisseau, le Hamma, Belcourt et le Champ de Manœuvre. Mes adjoints du FNF, responsables de ces quartiers, Armand Maigues et son épouse Mimi, Arlandis, Merkel, Conte et d’autres, essayaient de maintenir un tonus révolutionnaire sur cette place de la Grande Poste.
Mais il manquait l’essentiel : la foule. Je refusai de rester en place, avec les membres du nouveau bureau directeur de notre mouvement. J’estimai indispensable de me rendre à Bab El Oued où, Place de l’Horloge, un gros rassemblement s’était constitué et m’attendait.
Tout était prêt pour un gros cortège. Plusieurs centaines de mes camarades du FNF étaient en tenue de la garde territoriale et portaient casque lourd.
Ils se trouvaient à la tête de plusieurs milliers d’hommes et de femmes. Bras-dessus, bras-dessous, à mon signal, nous nous engageâmes dans l’avenue de la Bouzaréah. A ce moment là survint un incident grotesque mais significatif. Le chef de bataillon des UT de Bab El Oued, accompagné de son chef d’Etat major, le capitaine D.B. me fit observer violemment qu’il exigeait le retrait des uniformes. Il hurla à l’illégalité. Je lui rétorquai avec un peu de hauteur :
« Ne vous inquiétez-pas, ce n’est pas vous qui prendrez 20 ans si cela tourne mal, ce sera moi ».
Il se retira piteusement de la manifestation. Il ne se rallia pas au mouvement, même en tenue civile. Et nous entreprîmes notre progression vers le centre ville. Pas un seul officier de ces deux bataillons UT, celui de B.E.O. et celui de la Kasbah, ne prît part à ce défilé.
Nous arrivâmes très rapidement avenue de la Marne. L’une des extrémités, marque la fin de Bab El Oued. L’autre extrémité débouche sur une place où se situent face à face, le lycée Bugeaud et la caserne Pélissier, siège du Corps d’armée d’Alger.
Cette avenue était occupée d’un bout à l’autre, par plusieurs rangées de parachutistes du 3ème R.P.I.M.A., du colonel Bonnigal, qui nous interdisaient le passage.
Ce fut une bagarre d’une demi-heure. Je dis bien il y eut lutte et combat. Si ces parachutistes avaient voulu nous interdire le passage, ils auraient dû nous mitrailler pour le faire. Ils n’ont pas osé. Si nous avions renoncé à ce stade, devant la résistance sévère qu’opposèrent les parachutistes à notre progression, la journée du 24 janvier se serait terminée à ce moment là. Il n’y aurait pas eu de Semaine des Barricades.
Car là-bas, à la Grande Poste, c’était toujours « Bonjour tristesse ». Alors que dans notre cortège, derrière moi, cheminaient des hommes et des femmes, par milliers, de B.E.O. mais aussi de Saint-Eugène, de Notre-Dame d’Afrique et ceux du quartier Nelson : ces derniers s’intégrant à l’effectif du bataillon UT du commandant Sapin-Lignières, qui lui était présent au PC Ortiz.
Après avoir disloqué par une poussée irrésistible les barrages du 3ème R.P.I.M.A, nous arrivâmes devant le Corps d’armée d’Alger. Les camions du régiment étaient disposés les uns contre les autres et constituaient une barrière redoutable, qui ne fut pas suffisante pour nous interdire d’aller plus loin. Il nous a fallu cependant déplacer les camions en les soulevant pour rejoindre l’avenue du 8 novembre. Le colonel Argoud, à la page 209 de son livre, écrit : « 11 heures, des fenêtres du Corps d’armée, nous assistons à l’arrivée des premières colonnes de manifestants. Bonnigal tient parole ».
Il a vraiment très mal vu ! Si Bonnigal a tenu parole, c’est parce qu’il n’a pas voulu nous tirer dessus ! Mais ses paras se sont battus et nous aussi. Plusieurs dizaines parmi les nôtres eurent les arcades sourcilières ouvertes et souffrirent de contusions costales. Malgré cette opposition, notre bélier de 200 casques lourds, avait réussi à enfoncer le dispositif du colonel Bonnigal. Et nous voilà enfin avenue du 8 novembre !
Arrivés devant le siège de la Fédération des Anciens Combattants d’Algérie, nous fûmes rejoints par Auguste Arnould[6] et beaucoup de notables de ces organisations.
Je me sentais moins seul en tête du cortège !
Pour rejoindre la Grande Poste par le bas du Plateau des Glières, ce fut une affaire beaucoup plus sérieuse. Plusieurs escadrons de gendarmerie mobile étaient disposés en profondeur tout le long de la rue Alfred Lelluch. Ce fut une bagarre épique. Les coups de crosse pleuvaient au cours d’une véritable mêlée. Mais ce ne fut qu’une bagarre. Pas de coup de feu. Pas de provocation malsaine. Nous en sortîmes vainqueurs puisque les gendarmes refluèrent et finirent par nous abandonner le passage.
Cette échauffourée, qui, physiquement avait marqué beaucoup d’entre nous et moi en particulier, appelle deux remarques.
- Nous étions encore à l’heure loyale du 24 janvier, puisqu’aucun coup de feu ne fut tiré.
- Ces deux obstacles, bien que franchis avec succès, avaient semé le doute parmi le peuple qui nous suivait. Mais la détermination du bélier des 200 casques lourds, ouvrit le passage et nous permit d’arriver sur la place de la Grande Poste.
J’ai résumé tout cela à l’essentiel. Car, malgré les coups reçus et donnés, ce qui fut dramatique pour nous, était représenté par la vacuité presque totale du lieu de rassemblement. C’était misérable. Quelques centaines de personnes. Où étaient nos 22.000 UT ? Où étaient Alger, El Biar, Birmandreïs, Hussein-Dey, Kouba, Birkadem, Maison-Carré ? Où était le peuple pied-noir ? On m’arracha littéralement du cortège. A qui je donnais la mission de se répandre sur la place, pour la remplir et l’animer au mieux possible. En boitant, je me rendis au PC Ortiz où se trouvaient réunis tous les membres du Bureau directeur de notre mouvement.
Je boitais, parce que j’avais les ongles des gros orteils sévèrement traumatisés par les coups de crosse des gendarmes, lors de la bagarre précédente.
Méningaud[7] se jeta littéralement sur moi en me disant : « On ne sait plus que crier pour faire arriver la foule. Vas-y, dis leur quelque chose ».
Les seuls mots que je pus prononcer avec ce qui me restait de vigueur furent ceux-ci :
« Allez chercher les pantouflards qui sont restés chez eux et conduisez-les ici. L’Algérie française a besoin de tout son peuple ! ».
A quoi était due cette première phase, ou plutôt cet échec illustré par la défection de la population algéroise ? Peut-être à la lassitude. Peut-être que mes compatriotes ne croyaient-ils plus en rien. Mais une réflexion me vient à l’esprit.
Dans les Nouvelles américaines Volkoff écrit qu’il existe une différence entre les Anglo-Saxons et les Français pour formuler une question. Là où les seconds demandent pourquoi, les premiers demandent comment ?
Et bien, les Pieds-Noirs demandaient :
« Pourquoi ? Comment ? Avec qui ? »
Pour eux, Ortiz, Sussini, Lagaillarde, le docteur Pérez n’étaient pas des gens de notoriété telle qu’un peuple descendît dans la rue à leur simple appel. Il leur fallait autre chose…
J’avais vu Lagaillarde à plusieurs reprises, en particulier la veille, le 23 janvier.
Il m’avait emmené à la Faculté où il commençait à se retrancher avec plusieurs de ses amis. Je lui avais fait connaître ce qui nous avait été promis, de la part du Corps d’armée d’Alger : les régiments parachutistes devaient en principe nous laisser passer et jouer un rôle tampon entre les manifestants et les gardes mobiles. Il m’avait fait part de son intention de ne pas participer aux cortèges et d’attendre, à l’intérieur de la Faculté, la suite des évènements.
Les notables d’Alger sont restés bien discrets durant cette première partie de la journée du 24 janvier. Les élus en particulier, et par-dessus tout, je le souligne pour la millième fois, les officiers UT du Grand Alger.
On les attendra ….on les verra plus tard, quand ils croiront l’affaire gagnée.
Après mon appel au micro du PC Ortiz, le stade municipal, les cinémas furent vidés de leurs spectateurs par nos militants. Petit à petit, la foule devint plus dense. Entre le boulevard Saint-Saens et la Grande Poste, il était difficile de circuler. Soudainement, le Plateau des Glières était devenu plus facile d’accès pour nos manifestants, comme si les barrages avaient été levés.
Il s’était en effet passé quelque chose.
Je ne l’ai appris que plus tard, au cours du procès des Barricades, lors de la déposition du commissaire central d’Alger, monsieur Troujat. Le PC d’Alger-Sahel avait transmis à toutes les forces de maintien de l’ordre, la consigne de ne plus s’opposer au passage des manifestants.
Pourquoi ?
Pour deux raisons.
I – Pour le général Crépin et le colonel Fonde[8], cette manifestation était un échec pour nous. Il fallait donc rendre ce fiasco encore plus éclatant en conférant tout son relief à la désaffection apparente du peuple d’Alger.
II – Ils avaient pris, entre temps, la décision de regrouper les forces de gendarmerie mobile pour tenter une opération de dispersion qu’ils préparaient à l’insu du général en chef, le général Challe.
Mais pendant ce temps, la population affluait enfin. Le rassemblement devenait progressivement réel, compact, impressionnant. La manifestation s’affirmait, enthousiaste, militante. Quelques élus se montrèrent enfin, couverts de leur écharpe. Le « Chant des Africains », la « Marseillaise » retentirent, entrecoupés des cris « Algérie française », « De Gaulle, trahison ! ».
Perclus de douleurs consécutives aux coups de crosse reçus pendant les bagarres du matin, j’éprouvai le besoin de me retirer quelques minutes dans un appartement « ami » où je pus me soigner. Aspirine, bandage des orteils traumatisés. Je savais que la nuit allait être longue et qu’il fallait s’y préparer. J’étais relativement rassuré sur le déroulement de la manifestation. En effet, la foule continuait d’arriver et jusqu’ici, personne n’avait perdu son sang froid. J’insiste sur ce dernier détail parce qu’il prouve l’absence de provocateurs parmi les hommes que j’avais conduits à la Grande Poste.
Rien ne laissait supposer l’évolution tragique de la manifestation. C’est le bruit de la fusillade qui me fit bondir dans la rue et rejoindre le PC Ortiz.
Un destin généreux, ou plutôt une chance inouïe, a joué en ma faveur ce 24 janvier 1960. Les coups de crosse généreusement distribués par les gendarmes du matin aux dépens de mon anatomie, m’ont sauvé du peloton d’exécution, plus tard, au moment du procès des Barricades. Grâce au témoignage de mon hôtesse, enregistré sur commission rogatoire émanant du juge d’instruction parisien, le Pouvoir s’est trouvé dans l’impossibilité de m’inculper dans l’affaire de la fusillade d’Alger.
Ce jour-là, mon ange gardien ne m’a pas fait faux-bond. Il aura l’occasion de se manifester encore à maintes reprises, lors d’épisodes ultérieurs et très compliqués de ma vie.
Jean-Claude PEREZ
Le 5 octobre 2009
[1] Enjolras : allusion à un personnage secondaire « des Misérables » de Victor Hugo : Enjolras était un révolutionnaire républicain, compagnon occasionnel de Gavroche, qui s’est fait tuer à Paris sur les barricades. Pardon de cette allusion romantique….
[2] Délégué du gouvernement français en Algérie
[3] Les généraux commandaient les zones et les corps d’armée. Les secteurs étaient sous les ordres de colonels.
[4] Ortiz : président et fondateur du FNF en 1959
[5] Jean Trape : avocat du Barreau d’Alger, membre du bureau directeur du FNF
[6] Auguste Arnould : président du comité d’entente des anciens combattants
[7] Méningaud : avocat, membre du FNF, rescapé des camps de concentration allemands. Ancien des Brigades internationales pendant la guerre civile espagnole.
[8] Nouveau commandant du Corps d’armée d’Alger, commandant du secteur d’Alger-Sahel
17:04 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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24.09.2009
25 Septembre : Journée nationale d’hommage aux HARKIS
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Héros pour les uns, traîtres pour les autres, l’histoire des harkis est mal connue des Français. Dans le langage courant, on désigne aujourd’hui sous le nom de harkis toutes les catégories de supplétifs de la guerre d’Algérie : harkis, moghaznis, Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), Groupes d’autodéfense (GAD), unités territoriales et auxiliaires de la gendarmerie, à l’exclusion des appelés et des militaires sous contrat
C’est en janvier 1955 que, pour les besoins de guerre d’Algérie, virent le jour les premières unités musulmanes, en l’occurrence 30 goums de 100 hommes : les Groupes mobiles de protection rurale (GMPR), qui deviendront ensuite Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), comparables à nos Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS).
Le 5 septembre 1955, le gouverneur Jacques Soustelle créera les sections administratives spécialisées (SAS), chargées d’encadrer les zones rurales. Protégées par un maghzen de 25 à 50 moghaznis, 700 SAS seront créés et complétées par 30 sections urbaines (SAU). Elles contribueront à l’armement de 2000 villages en autodéfense. Les moghaznis seront 20 000, en 1962.
Le 8 février 1956, les premières harkas destinées à participer aux combats, voient le jour. A partir de 1957, las de la tyrannie du FLN qui multiplie les sévices à l’encontre des populations autochtones du bled : enlèvements, rançons, égorgements, razzias sur les douars, sévices multiples et raffinés, les habitants vont se soulever et rejoindre en masse l’armée française. 114 GMS seront créés, soit 19000 hommes, ainsi que 700 sections administratives spécialisées et urbaines (SAS et SAU).
En décembre 1958, à l’initiative du général Challe, le nombre des harkis passera de 28000 à 60000. Ils formeront d’efficaces groupes de combat œuvrant au plus près des soldats d’élite, paras et légionnaires et commandos. Par ailleurs, 2000 douars représentant 55000 hommes armés, seront placés en autodéfense, soit un total de 223000 soldats autochtones qui combattront sous l’uniforme français avec une efficacité et une ardeur reconnues de tous…
S’étant engagés davantage pour la défense de leurs familles que pour la solde, les supplétifs étaient opposés à la conception totalitaire du parti unique du Front de Libération Nationale (FLN). Ils faisaient confiance à l’armée pour faire évoluer l’Algérie dans un sens démocratique et égalitaire et, surtout, pour faire obstacle à la terreur du FLN qui s’imposait, notamment de nuit, dans les villages. Le rappel du général Challe en mars 1960 ne permit pas de mener à bien son projet de Fédération des Unités Territoriales et des autodéfenses, qui aurait constitué un parti français opposé au FLN.
Fin 1958, la guerre est pratiquement terminée sur le terrain. Le FLN, exsangue, ne se maintient plus que par ses attentats sournois et barbares. R. MADAOUI, alors officier de l’Armée de Libération Nationale (ALN), rejoindra, comme sous-lieutenant, une unité régulière de l’armée française dans l’Ouarsenis puis, plus tard, les rangs de l’OAS. Il écrira : « L’espoir est si grand que la Wilaya IV (la plus puissante et la sienne) pavoise aux couleurs de la France, que les rebelles cessent les attentats et déposent leurs armes devant les mairies ». Ainsi, les fellaghas, eux-mêmes, sûrs de leur impuissance, brandissent des drapeaux français dans leurs repaires…
L’ex officier de l’ALN, Ali BOUZIANE, qui rejoindra les harkis du fameux « Commando Georges », unité crée par le Colonel BIGEARD, écrira sur ce point : « La population, qui était notre raison de combattre et notre soutien, nous abandonne. J’ai confiance en De Gaulle, et mes frères dans le maquis aussi. Nous avons été trompés, et l’Algérie heureuse, nous la ferons avec lui ».
De Gaulle, désormais installé à l’Elysée, reçoit le Bachaga BOUALAM qui lui dit : « Mon général, donnez-moi 500000 harkis, et vous pouvez renvoyer tous les appelés chez eux ; je vous garde l’Algérie à la France. » De Gaulle ne répondra mot et, contre toute attente, se prononcera pour l’intégration, solution utopique que ni les Musulmans, ni les Européens, ni les militaires, ne croient.
Fin 1958, la victoire est donc acquise et reconnue de tous ; la paix désormais possible… mais elle ne se fera pas par la seule volonté d’un homme, miné par la rancune que lui inspire le peuple d’Algérie (Tous des Pétainistes! (sic)) et le pays retombera dans ses incertitudes et ses interrogations…
En janvier 1959, De Gaulle, élu Président de la République, gracie, à la surprise générale, 150 terroristes condamnés à mort pour crimes de sang et en libère 7000 autres. Ces mesures (ressenties comme une marque de faiblesse par la population autochtone et les unités supplétives) jettent le trouble parmi elles, ce qui fit dire au chef d’une harka du 20ème BCP : « Le général De Gaulle n’a rien compris aux fellouzes ».
En Septembre 1959, après le célèbre discours de De Gaulle sur l’autodétermination, le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) déclarera : « Ce discours est notre 1ère victoire politique ».
Le 10 juin 1960, le colonel de l’ALN, SI SALAH, chef de la wilaya IV (Algérois), décide de faire un putsch contre le GPRA et, reçu avec ses adjoints, les commandants Si Mohamed et Lakhdar à l’Elysée par De Gaulle, ils lui annoncent la reddition dans un premier temps des trois quart des combattants de l’ALN. Mais De Gaulle, ne voulant déjà plus entendre parler de l’Algérie française, leur opposera une fin de non recevoir et ses services, par la voix d’Edmond Michelet, informeront le Ministre des Affaires extérieures du GPRA, Krim Belkacem de cette proposition de reddition. Commencera alors une purge sanglante « à la Amirouche » au sein de leurs partisans qui ne connaîtront aucune clémence de la part des « frères » installés en Tunisie. Le secret de cette entrevue avec le Maître de l’Elysée devant être rigoureusement gardé, tout sera mis en œuvre pour éliminer définitivement les derniers témoins et Si Salah et Si Mohamed seront tués par les troupes françaises dans des conditions plus que curieuses…
Ainsi, cette affaire qui se présentait comme une immense occasion pour apporter une paix française à la guerre d’Algérie, se terminera dans le sang et demeurera la grande énigme de ce conflit.
Après l’échec du putsch d’avril 1961, les harkis, soucieux, désemparés et amers, répèteront inlassablement à leurs chefs : « Il fallait déclarer la mobilisation générale en Algérie, faire une levée en masse de harkis, renvoyer tous les appelés chez eux, et on avait le monde entier avec nous. »
Mai 1961, nouvelle décision désastreuse du général président qui atterrera les Musulmans fidèles à la France : La trêve unilatérale accompagnée de la libération de 6000 fellaghas. Dès lors, l’ALN exsangue, forte de ces renforts successifs, va se reconstituer et reprendre de plus belle ses actions meurtrières sans réelle opposition des troupes françaises privées, par ailleurs, d’une partie de leurs unités d’élite dissoutes au lendemain de l’échec du putsch. A partir de ce moment, les supplétifs comprendront que, pour eux, c’est la fin… et les premières désertions verront le jour.
En janvier 1961, le général Crépin, successeur de Challe, avait promis que les harkis, considérés comme vainqueurs, auraient la première place dans l’Algérie future, et qu’ils resteraient groupés et armés pendant un an après le cessez-le-feu. Mais, dès l’été 1961, le gouvernement décida d’amorcer la réduction des effectifs des harkas et des autodéfenses et de « civiliser » les SAS, alors que Challe leur avait confié la responsabilité opérationnelle des Quartiers de Pacification.
Les promesses de Challe (emprisonné) et de Crépin ne seront pas tenues et les négociateurs français d’Evian se préoccuperont très peu de l’avenir des musulmans fidèles à la France… Cependant, avec une inconscience révoltante, les déclarations officielles continuaient de pleuvoir. Dans une homélie fracassante, le général Gambiez s’était écrié à l’adresse des harkis : «Vous avez mené le bon combat. Soyez sans crainte, la France ne vous abandonnera pas ! » Et dans une déclaration aux cadres, Pierre Messmer, le ministre des armées, affirmait avec solennité : « Pour rassurer ceux qui combattent et se sont engagés à nos côtés, nous devons leur répéter la volonté de la France de n’abandonner aucun de ses enfants. »… Cela s’adressait aux Musulmans servant sous l’uniforme français.
Pourtant le dégagement militaire avait commencé depuis le mois de juin 1961 par le rapatriement de deux premières divisions et l’évacuation de 1000 postes de protection de la population du bled. Mais afin de rassurer les consciences, on continuait d’assurer avec une apparente conviction qu’en aucun cas la population civile n’aurait à souffrir de ces mesures ou à voir sa sécurité diminuer…
Quel leurre ! Pauvres Musulmans ! Vous avez accepté de faire partie des groupes d’autodéfenses, encouragés en cela par le sous-préfet ou le commandant de secteur : Vous serez mutilés puis égorgés ! Vous vous êtes engagés dans les GMS ; vous êtes devenus harkis ou moghaznis, c’est-à-dire soldats de la France : Vous serez tués à la hache ou écorchés vifs! Vous étiez des fellaghas repentant, ralliés à la France, et le colonel Bigeard –bientôt général !- vous avait désignés pour le fameux commando Georges : Vous aurez les yeux crevés, les mains coupées, vous serez traînés dans les rues sous les huées d’une foule déchaînée et vous périrez après d’horribles tortures !
Ce fut un des grands mensonges de ce drame algérien qui en avait vu tant, mais d’autant plus odieux qu’il couvrait l’abandon et la mort d’innombrables Musulmans livrés à la vengeance du FLN.
Ces hommes étaient pourtant encore des Français, couverts et en principe protégés par les lois et par l’Etat français qui leur demandait depuis des années de lui faire confiance. La conscience la plus élémentaire eut semblé devoir au moins amener le Pouvoir à informer le pays des mesures décidées et de toutes ses conséquences. Et ce fut une bien piètre et honteuse satisfaction que de se dire qu’en lui dissimulant, on avait épargné sa responsabilité…
Mais qui aurait pu penser, en Métropole, que depuis sept ans des soldats Musulmans pourchassaient sans répit les fellaghas, que depuis sept ans ils mouraient pour la France et l’Algérie française… et que depuis des mois on cherchait à faire oublier –comme jadis en Indochine- leur existence ? Pendant que le silence les recouvrait, les projecteurs étaient braqués sur les dirigeants du FLN, assassins en puissance qui se pavanaient désormais dans les salons français et qu’il fallait à tout prix transformer pour l’opinion en hommes d’Etat, déjà partenaires et bientôt alliés.
Mais comment cacher qu’en nombre croissant, ces Musulmans fidèles rejoignaient les combattants de la cause française ?
Si les sphères dirigeantes ne savaient plus comment cacher cette nouvelle situation, le GPRA n’ignorait pas qu’il ne pourrait leur imposer son autorité que si auparavant, l’armée française les eût désarmés. Certains de ses membres reconnaissaient, qu’ils seraient, d’une manière sûre, trois millions à suivre activement et spontanément un mouvement que l’évolution de la situation provoquerait en faveur de la France. Ces hommes, ces Français, ces compatriotes, n’étaient pas un mythe. Ils étaient une réalité vivante.
Du coup, l’Elysée prit peur. Il fallait à tout prix désarmer ces hommes trop zélés qui s’imaginaient encore pouvoir rester français… Le 4 Mai 1962, lors du Conseil des Ministres, De Gaulle déclara : « Les harkis, ce magma dont il faut se débarrasser sans attendre (sic, Alain Peyrefitte)». Et ce fut, alors, l’ignoble campagne de désarmement, la conclusion du pacte tacite conclu entre le Pouvoir et le FLN…
Après avoir évacué les postes militaires du bled et les avoir remis, intacts, aux ennemis d’hier, la troupe reçut l’ordre de désarmer les autodéfenses. Pour ces pauvres gens qui avaient eu confiance en la parole de la France et en ses officiers, la restitution des armes signifiait la mort à plus ou moins brève échéance. Sans doute, que les militaires avaient reçu des ordres stricts. Sans doute, ils se devaient d’obéir à ces ordres. Mais le serment de jadis de conserver l’Algérie à la France et de protéger cette population n’avait-il pas été prononcé ?
Le vieil honneur qui vous lie à une parole est-il une chaîne dont il est loisible de couper les anneaux ? La vie est bien longue à celui que trouble le remords…
A tous ces hommes désormais voués à la vindicte du FLN, il fallait ajouter ceux qui s’étaient engagés politiquement sans pour autant revêtir l’uniforme. Qui publiera jamais le nombre de maires, délégués spéciaux, conseiller municipaux, élus de tous ordres et fonctionnaires qui avaient déjà payé et qui paieraient encore de leur gorge tranchée, leur loyalisme ?
Ceux qui s’étaient engagés volontairement du côté de la France connaissaient que trop l’article peu répandu de la charte issue du congrès de la Soummam qui les vouait avec leurs familles à la liquidation physique, pour trahison. Et les milliers d’assassinés depuis 1954 étaient la triste preuve que les Melouza (où le FLN massacra plus de 300 personnes en une seule nuit) n’étaient pas le produit de l’imagination…
Dès lors, désarmés, livrés sans défense à la vindicte du vainqueur, le génocide des harkis commençait… Dans le bled où le drapeau vert et blanc remplaçait désormais le tricolore, les Musulmans qui avaient toujours été fidèles à la France s’accrochaient désespérément aux camions militaires français et, à bout de force, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Ce sont des images que seuls ceux qui ont une conscience ne pourront de si tôt oublier…
Désormais, maîtres du bled (et bientôt du pays), forts de leur immunité et de leur impunité, les fellaghas se ruaient à la curée… En dépit des informations alarmantes qui lui parvenaient quotidiennement, le gouvernement français demeura inerte. Pire ! Il participa indirectement à ce génocide en livrant, lui-même, ces pauvres gens à la hache et au couteau des égorgeurs après que Louis Joxe (père de l’ex Ministre de l’Intérieur socialiste, Pierre Joxe), rédigea par deux fois leur condamnation à mort.
« Télégramme n° 125/IGAA – 16 mai 1962 / Ultra Secret / Stric. Confidentiel.
Ministre Etat Louis Joxe demande à Haut Commissaire rappeler que toutes initiatives individuelles tendant à installation métropole Français Musulmans sont strictement interdites. En aviser urgence tous chefs S.A.S. et commandants d’unités. »
Signé : Louis Joxe
Directive de Monsieur Louis Joxe, Ministre d’Etat :
« Je vous renvoie, au fur et à mesure, à la documentation que je reçois au sujet des supplétifs. Vous voudrez bien faire rechercher, tant dans l’armée que dans l’administration, les promoteurs et les complices de ces entreprises de rapatriement, et faire prendre les sanctions appropriées.
Les supplétifs débarqués en métropole, en dehors du plan général, seront renvoyés en Algérie, où ils devront rejoindre, avant qu’il ne soit statué sur leur destination définitive, le personnel déjà regroupé suivant les directives des 7 et 11 avril ».
Et conscient du caractère odieux de cette décision, l’honorable ministre avait ajouté :
« Je n’ignore pas que ce renvoi peut-être interprété par les propagandistes de la sédition, comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles. Il conviendra donc d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure. »
15 Juillet 1962
Signé : Louis Joxe
Dans le même temps, le colonel Buis, ancien commandant du Secteur de Bougie, devenu général, écrivain et stratège prisé des médias, donnait depuis Rocher Noir des instructions aux termes desquelles il fallait limiter au maximum le départ des harkis pour la France. Conjuguée avec celles de Joxe, ces directives condamnèrent systématiquement ces pauvres gens. Dès lors leur avenir était tout tracé. Le gouvernement de Ben Bella allait s’en charger d’une manière expéditive…
A Iri-Llabi, des hommes furent enterrés jusqu’aux épaules, et sur ces têtes posées au ras du sol, une meute de mégères fut invitée à jeter des pierres. Certaines victimes, le crâne fracassé du premier coup, cessèrent vite de souffrir. Mais d’autres mirent des jours à mourir dans de terribles plaintes allant jusqu’à effrayer les troupeaux de chacals qui rôdaient flairant le sang.
- Dans les Aurès, on coupa les mains et on creva les yeux des harkis et des tirailleurs abandonnés par les soldats français.
- A Tiaret, on les attacha à des poteaux plantés sur les places publiques et on les fit écorcher lentement à coups de canif.
- A Orléansville, on jeta, vivants, ceux qui n’avaient pas pu fuir avec leur chef, le Bachaga Boualam, dans des cuvettes et des chaudrons d’eau bouillante.
- A Nemours, la harka de la demi-brigade de fusiliers marins fut exterminée dans des conditions effroyables. Tous furent émasculés puis ébouillantés.
- A Penthième (département de Bône), harkis et moghzanis furent décapités et leurs têtes exposées à l’entrée d’une cité. La consigne du FLN était de barbouiller de merde la tête de ces malheureux, consigne suivie par les enfants et surtout par les femmes.
- A Edgar-Quinet, village situé au pied de l’Aurès, les harkis du Commandant Guizien qui s’étaient ralliés au Putsch d’avril 1961, furent exterminés avec leurs familles dans des conditions effroyables.
Partout on fusilla après avoir torturé, on mura dans des bâtisses de pierres, on enterra vivants, on brûla sur des bûchers, on flagella, on égorgea, on roua de coups des victimes enfermées dans des sacs, membres liés.
Dans le Nord-Constantinois, des femmes tuèrent même des captifs à coups de dents !…
Et dans toute l’Algérie ces mêmes scènes d’horreurs se renouvelèrent, ce qui fit dire au Commandant Pierre Granier : « On ne fusilla pas les moghzanis, on ne les pendit pas non plus. Simplement, des dizaines de fellagha les traînèrent par les pieds, par les mains, les frappant à coups de bâtons et de pierres. Ils moururent quarante-huit heures après dans d’indescriptibles souffrances… »
Ni Jules Roy qui avait stigmatisé l’action des parachutistes français lors de la « bataille d’Alger », ni Mauriac, ni Sartre, ni Monseigneur Duval, ni les communistes, ni l’Eglise, ni les gaullistes, ni les soldats du contingent qui avaient hurlé leur haine de l’Algérie, ni les officiers français qui avaient livré ces martyrs à la vindicte publique, ni les associations prétendument humanitaires, ni Hervé Bourges grand ordonnateur de « l’année de l’Algérie en France », conseiller et ami de Ben Bella, ne s’émurent le moins du monde. Aucune de ces hautes consciences qui font résonner le monde de leurs sermons et tiennent toujours prêtes des pétitions couvertes de signatures, ne vit dans ces massacres la moindre atteinte à la dignité des hommes et à leur liberté.
Et l’horreur de la situation devint telle que le Lieutenant de Vaisseau Cucherat rejoignit les rangs de l’OAS et résuma dans un cri d’indignation à l’adresse des officiers Français toute cette tragédie :
« Il n’y a pas en ce monde d’expiation qui puisse ressusciter les harkis ébouillantés, effacer les mutilations des suppliciés… réparer le suicide des pères désespérés, ou guérir les vieillards conduits à la folie par votre traîtrise et votre lâcheté. Il n’y a pas de drogue qui puisse endormir en vous cette honte et ce remords qui vous empêcheront de plus regarder jamais dans les yeux, à supposer qu’ils vivent encore, le chef de votre ancienne harka, ou le maire de votre regroupement, et tous ceux qui avaient cru en votre parole, s’étaient engagés derrière vous et à qui vous avez menti… »
José CASTANO e-mail : joseph.castano0508@orange.fr
Merci José ...
18:33 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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15.07.2009
DE SARAJEVO A LA MORT DE L’ALGERIE FRANCAISE
Je ne connais pas l’Algérie d’aujourd’hui. Je ne veux pas la connaître. Ce qui nourrit trop souvent mes rêveries, c’est « l’autre Algérie ». La morte. Celle que l’on a tuée. L’Algérie française. Cette merveilleuse et longue parenthèse dans l’histoire de notre patrie. Ce siècle de « l’Algérie heureuse » durant lequel la France tenait encore avec orgueil et avec fierté cette tête de pont géopolitique, qui permettait à ce que l’on appelle l’Occident de conserver un contact étroit, charnel même avec l’Afrique. Un contact, dont nous avions la prescience qu’il était nécessaire et vital à la santé du monde.
Je me laisse donc embarquer dans cette rêverie, ou plutôt vers ce retour en arrière, quand soudain, un coup de cravache m’arrache avec une brutalité inouïe à ce laisser-aller qui m’aspirait une fois de plus vers les profondeurs d’un passé encore tout chaud de sa vitalité historique. Tout chaud de sa vitalité émotionnelle. Un coup de cravache qui prétend sanctionner, avec cruauté, l’incongruité de ce comportement nostalgique, voire pleurnichard.
Un hurlement de colère vient d’ailleurs aggraver, en l’augmentant, l’impact sensoriel de ce coup de cravache. Qui l’a poussé ? Mon agresseur ? Moi-même ? Peu importe, car dans mon subconscient d’halluciné, je crois détecter dans ce cri quelques syllabes, un mot, un nom. Tout à coup, je n’en crois pas mes oreilles ! Mais oui, c’est bien ça ! Ce que j’ai entendu, ce que j’entends, c’est « Sarajevo » !
Sarajevo ? Horreur ! Que vient faire dans ma rêverie ce symbole de l’imbécillité européenne ou atlantique, ou occidentale ? Sarajevo, cette illustration de la volonté névrotique d’islamiser par tous les moyens, une province située en plain cœur de notre vieux contient ! Sarajevo, révélation de la mise en marche d’un rouleau compresseur pervers dans le but évident de réduire encore ce qui reste de l’assise chrétienne en Europe. En utilisant, pour ce faire, un intervenant tactique de choix, l’arabo-islamisme fondamentaliste, un nouvel envahisseur élaboré, fabriqué par un metteur en scène de génie. Un metteur en scène occulte, clandestin, certes, mais capable d’insuffler la vie à un corps congelé, à un « laissé-pour-mort », tel un colonel Chabert moderne. Capable de le mettre debout et de le faire marcher. Comme un Frankenstein géopolitique. Je parle de la Bosnie qui, de partiellement musulmane, deviendra islamiste et intégriste. La Bosnie que l’on propulse ainsi, dans sa totalité, à l’intérieur du dar al Islam[1]
Soudain, au milieu de ces hallucinations, j’enregistre un violent rappel à l’ordre. Sévère, méchant même. Mais surtout moqueur, narquois méprisant, tel qu’aurait pu le proférer un Méphistophélès contemporain s’adressant à un docteur Faust du XXe siècle :
- Tais-toi idiot !
Voilà ce que commande mon agresseur virtuel qui prétend m’arracher par cette injonction, à la bouffée délirante qui commence à m’envahir. Et il poursuit d’une voix nasillarde :
- Sarajevo ? Mais, pauvre ignare, quel rapport avec la guerre d’Algérie ? Quel rapport avec la honteuse sécession des départements français d’Algérie et du Sahara ? Quel rapport avec la mort irrévocable de l’Algérie française ?
Cette interrogation, formulée par l’ange noir qui prétend ainsi exercer son pouvoir sur ma personne, se révèle efficace. Car elle me plonge brutalement dans une perplexité vigilante. Mais elle est surtout salutaire. Elle suffit, en effet, à m’arracher à cette logorrhée onirique qui nourrissait un dialogue que j’avais engagé, finalement, avec un autre moi-même.
Je m’impose alors un silence de quelques secondes. Puis très rapidement, je m’incorpore une fois de plus à cet entretien virtuel, noué avec je ne sais qui, avec l’irréel. Et c’est en toute logique que je réponds d’un ton calme qui se veut sentencieux :
- Aucun rapport !
Puis très rapidement, comme pour interdire à mon interlocuteur imaginaire un répit dont il saurait tirer profit, comme pour me moquer de lui et le narguer à mon tour tout en lui clouant définitivement le bec, j’ajoute :
- Sarajevo quand même !
* *
*
Nous sommes les 28 et 29 juin 1914. L’archiduc d’Autriche, François-Ferdinand et son épouse morganatique, la duchesse de Hohenberg, sont en visite officielle dans la capital bosniaque pour le compte de l’empereur d’Autriche, roi de Bohême et de Hongrie. Les Balkans sont en ébullition. La Serbie indépendante n’accepte pas le protectorat des Hasbourgs sur sa petite sœur, la Bosnie-Herzégovine, où vit une importante population musulmane. Musulmane de religion. Mais de race serbe, de race européenne. Peuplée d’anciens dhimmis chrétiens, éleveurs de cochons, qui, pour échapper à la dhimmitude et aux persécutions, se sont convertis à la religion musulmane, lors de l’occupation ottomane.
Et le drame éclate !
Quelques coups de flingue bien ajustés par un Serbe, Gavrilo Princip, et voilà mon archiduc ainsi que son épouse qui sont mis au tapis. Pour le compte. Morts et bien morts.
Cet assassinat, on le sait bien évidemment, va mettre en route une gigantesque tragédie. On l’appellera à juste titre la Grande Guerre, car la particularité historique de ce conflit sera de mettre en route le génocide des peuples européens, de l’Atlantique à l’Oural. Le génocide de la race européenne. Ne craignons pas la vérité de mots.
A partir de ce meurtre en effet, les ultimatums vont se succéder et dégringoler comme autant de couperets sur la nuque des gouvernants. L’angoisse s’empare des ministères. Pendant ce même temps, les officiers d’état-major ne ratent pas l’occasion de gonfler leurs pectoraux. Ils ressortent de leurs archives de vieux plans de batailles, tout poussiéreux. Clausewitz et les maîtres à penser de la guerre deviennent à nouveau leurs seuls génies de référence. Ils préparent avec avidité leurs opérations militaires. Oui, c’est bien d’une fébrilité avide qu’ils sont atteints, car ils sont pressés d’en découdre. La paix, en effet, apparaît lénifiante à ces dieux de la guerre.
En Russie, le Tsar Nicolas II, historiquement mort déjà, mais il ne veut pas le croire, voit dans un conflit avec l’Autriche-Hongrie, l’occasion offerte par Dieu de sauver la Sainte Russie. De sauver ainsi du même coup la dynastie des Romanov menacée d’anéantissement par le raz de marée révolutionnaire qui s’annonce. Qui s’est déjà mis en mouvement.
Un délire aigu et collectif s’empare des nations européennes. Il se traduit par une fuite en avant, vers la mort, au pas de charge.
- A Paris ! braillent les uns.
- A Berlin ! vocifèrent les autres.
C’est tout juste si des danses rituelles de la mort ne viennent pas cadencer cette paranoïa martiale. Comme des Balubas ! Comme des Tutsi ! Comme des Hutus ! Seuls manquent les masques de guerre et les machettes. La vie ne compte plus. C’est une pulsion de mort qui déferle ainsi comme un ouragan sur les nations d’Occident.
* *
*
Les promoteurs du sacrifice de la jeunesse européenne, dans ce qu’elle signifie de merveilleux pour le présent et de richesse pour l’avenir, semblent avoir perdu la notion de l’importance, comme facteur de stabilité, donc de bonheur, des républiques, royaumes et empires que le destin et la fatalité historique ont placé entre leurs mains de vieillards angoissés. Monarques et présidents courbent l’échine à leur tour.
Comme les prêtres aztèques, ils vont donner leur agrément au jeu de massacre.
Ils vont ouvrir le bal en s’incorporant à la nouvelle danse macabre qui fait entendre ses premières mesures.
Ils vont provoquer ainsi l’éclatement de ces républiques, royaumes et empires qui auraient pu assurer pour longtemps encore l’équilibre des nations d’Europe et par là même la joie de vivre des peuples qui ont généré le rayonnement de ces nations. Car une nation ne peut survivre que grâce à la vitalité, à la pugnacité et à l’enthousiasme des peuples qui l’ont élaborée au fil des siècles.
Après ce conflit, Lénine, Staline, Bela Kun, Béria, Hitler, Mao Tse Tung, Pol Pot, Amin Dada et tant d’autres se chargeront de porter un coup de grâce à un univers européen qui va s’effondrer dans une mutation perverse. Morcellement des empires et des nations. Epuisement biologique des peuples, consécutif à cette tuerie qui fera des nations européennes, les unes vaincues, les autres victorieuses, mais collectivement défaites, des nations vieillies, fripées, stérilisées. Prêtes à plier genoux sous la pression d’un infra-monde qui pourra ainsi déployer une vigueur inattendue.
La guerre est donc là et bien là. Fraîche et joyeuse !
A Berlin, le 5 août 1914, l’ancien chancelier du Reich, le prince Bülow, court à la Chancellerie. Il tient à rencontrer son successeur Bethmann-Hollweg. Tout essoufflé, il est reçu sur le champ. Il réajuste son monocle. Puis, figé dans un garde-à-vous impeccable, au milieu de ses halètements de vieillard oppressé, mais dans un merveilleux élan de lucidité géopolitique, il réussit à formuler cette interrogation, ô combien pleine de génie, au chef de l’Etat prussien :
- Dites-moi ! Comment cela est-il arrivé ?
Et son interlocuteur, grand responsable de la politique du Reich allemand de lui répondre dans un trait de clairvoyance historique qui atteint des sommets :
- Ah ! Si on savait !
* *
*
Et bien ! Voilà le genre de question idiote, inepte, dégradante, que je me suis posée des milliers de fois à propos de la mort irrévocable de l’Algérie française. Comment cela est-il arrivé ?
Jusqu'au jour où, après avoir enterré mes complexes, j’ai pris une décision : celle de ne pas mourir idiot, ou du moins totalement ignorant à propos de ce suicide partiel, de cette euthanasie fragmentaire de notre patrie : l’assassinat de la province française d’Algérie, la sécession des départements français d’Algérie et du Sahara. Stimulé, dopé même par cette crainte de mourir idiot, je me suis consacré ou plutôt, je me suis astreint à une réflexion permanente. A une étude. Plus encore, à une recherche, au diable la modestie et la timidité !
Une recherche pour comprendre le Pourquoi et le Comment réels des événements extrêmement graves que nous avons connus et au sein desquels l’Histoire nous a propulsés. Le Pourquoi et le Comment du drame que nous avons vécu.
Mais à l’instant même je me rends compte que je viens d’écrire, à plusieurs reprises, « nous ». De qui s’agit-il ? Il s’agit bien évidemment de cet ensemble, aujourd’hui on dit plus volontiers ce collectif, des Français d’outre-mer. De ces Français d’outre-mer dont on a écrit à maintes reprises qu’à l’égard de la France ils se sont toujours comportés comme les compagnons des mauvais jours. Il s’agit là d’une vérité que l’on ne peut pas nier. Il convient néanmoins de la rappeler.
Nous, Français d’outre-mer, n’avons jamais renié, jamais abandonné, jamais trahi la France, quand notre patrie souffrait, pleurait ou saignait. Nous sommes toujours restés agrippés, rivés charnellement à la France et il faudra une intervention satanique pour arracher l’Algérie française à la France. Car bien évidemment, parmi ces Français d’outre-mer, je fais une place à part aux Français d’Algérie. A ce million de Français qui vivaient là-bas et que j’ai appelés la « fraction vivante de la nation française ».
Mais, que l’on me permette de faire une place privilégiée à la « fraction lucide » du peuple français. Fraction lucide du peuple français de métropole, d’Algérie et d’ailleurs qui n’a pas accepté sans réagir cette euthanasie, insistons sur ce terme, cette euthanasie partielle, inutile, donc criminelle de la France. Fraction lucide qui acceptera le combat à mort que les ennemis de l’Algérie française vont lui imposer. J’évoque ici, bien sûr, les combattants de l’O.A.S. dont je m’enorgueillis d’avoir fait partie à un échelon redoutable et redouté de responsabilité.
- Responsabilité que j’ai assumée comme beaucoup d’autres par le passé, sur le plan pénal, puisque la Ve République m’a gratifié d’une condamnation à mort par contumace.
- Responsabilité que j’assume encore aujourd’hui, comme beaucoup moins d’autres cette fois, sur le plan humain. Certes, ce qui est fait reste fait. Mais l’on se doit toujours, même convaincu de son bon droit, et c’est mon cas, d’être en mesure d’expliquer, sinon de justifier ce que l’on a fait. En particulier, les actes de violence que l’on a soi-même commis. Mais surtout, car c’est beaucoup plus grave, les actes de violence que l’on a fait commettre par d’autres.
Avoir accepté, parce que je ne pouvais pas m’y dérober, la responsabilité opérationnelle de six cents morts dans le grand Alger lors d’une émission télévisée, au mois de janvier 1991, n’est pas suffisant. Je n’ai pas l’âme particulièrement malapartienne et je n’éprouve aucune vocation de « Christ interdit ». J’ai accepté cette responsabilité en public parce que mes fonctions dans la hiérarchie de notre combat m’ont situé à l’échelon le plus élevé de commandement dans le cadre des opérations et du renseignement. Je ne dépendais en réalité que du général Salan. J’ai toujours insisté sur le rôle purement figuratif que tenaient certains militaires, colonels et généraux de l’O.A.S. dont je n’ai jamais reçu ni d’ordres, ni de directives, ni de moyens d’actions. J’ai assumé ce commandement tant que l’O.A.S. se battait. Tant que l’O.A.S. restait violente. Tant qu’elle prétendait être encore un appareil de guerre. Et lorsque certains ont pris la décision, en catimini et à la demande de nos ennemis, d’imposer le cessez-le-feu au mois de mai 1962, j’ai pris progressivement et par écrit la décision de me désolidariser de ceux qui voulaient s’engager sur un chemin extrêmement dangereux, que j’ai stigmatisé à maintes reprises : celui par lequel on se proposait de faire rester les Pieds-Noirs en Algérie après l’indépendance. Ce qui était d’une imprudence criminelle. En tout cas irresponsable.
Mes fonctions étaient terribles certes. Mais je précise que mes responsabilités n’ont pas été partagées par ceux qui s’exhibent parfois aujourd’hui, comme des notables historiques de notre combat. En particulier, lorsqu’ils affirment avoir exercé un commandement, alors qu’il n’y avait plus rien à commander, si ce n’est quelques règlements de compte personnels. Il est classique et vérifié de dire qu’un chef de service de renseignement et d’action doit être présent partout, même s’il lui est prescrit de n’apparaître nulle part. Au contraire de l’homme de propagande qui doit apparaître partout, mais qui, en fait, n’est présent nulle part.
Il n’en reste pas moins vrai que mon propre vécu de notre drame a confirmé une opinion sur la guerre en général. Malgré tous les discours des littérateurs avertis, je tiens à exprimer qu’une guerre ne comporte rien de beau, rien d’élégant, rien qui puisse prétendre à l’élévation de l’esprit. Evoquer mes responsabilités, c’est évoquer un moment très dur de ma vie. Je n’éprouve aucune joie, aucune satisfaction, aucune fierté même à le faire. Car une guerre traduit toujours, d’une manière aiguë une pathologie d’urgence, une pathologie collective. Elle illustre avec éclat une fatalité historique qu’il faut affronter avec tous ses drames. Ses morts, ses trahisons, ses lâchetés, ses mensonges, ses tromperies, ses escroqueries. Avec ses viols collectifs de milliers et milliers de femmes et d’enfants sans défense. Ses massacres de populations civiles. Ses assassinats massifs d’hommes désarmés, lynchés au fusil mitrailleur dans des camps de prisonniers. Des hommes affamés, insultés, battus dans des camps de déportation. Fatalité historique avec aussi ses fanfaronnades, ses flagorneries, ses tartarinades. Rarement, avec ses espérances et ses enthousiasmes. Mais bien évidemment, les drames imputables à l’O.A.S., en comparaison de ces horreurs apocalyptiques vécues en d’autres lieux et en d’autres temps, restent dans des proportions de l’infiniment petit. Il convient de le préciser.
- Responsabilité enfin, compte tenu de mes propres convictions, que j’assumerai ad vitam aeternam sur le plan spirituel. Je garde au fond de moi, en effet, malgré un scepticisme croissant qui m’a éloigné parfois de l’Eglise, un capital inaltérable de l’engagement chrétien auquel j’ai souscrit durant mon enfance, à Alger, dans mon quartier de Bab-El-Oued.
J’y ai fait ma communion privée en 1938, en pleine guerre d’Espagne. Au milieu des manifestations de soutien aux Rouges espagnols, durant lesquelles nous ne pouvions pas ne pas entendre l’Internationale et les chants révolutionnaires communistes interprétés dans les rues de notre faubourg. 1939 est l’année de ma communion solennelle. Après la messe, j’ai effectué avec enthousiasme la procession rituelle qui nous conduisait de notre paroisse à la basilique de Notre-Dame d’Afrique où, avec la foi et la pureté de l’enfance, nous allions renouveler aux pieds de la Sainte Vierge, Reine de France et Patronne de l’Afrique, notre serment de combattre à outrance les œuvres de Satan et de ses sbires.
Mais Satan veillait au grain ! Il saura nous arracher l’Algérie. Il nous la volera. Il mobilisera une armée de démons qui attendaient avec avidité l’heure de la curée. Démons déguisés en responsables politiques de talent. Parfois, en notables religieux. Mais tous revêtus de tenues camouflées faites de social, d’humanitaire, et parfois aussi de spirituel.
Qui étaient ces démons ? Qui parfois « au nom de Dieu » et du « Sacré-Cœur de Jésus », mais toujours au nom du progrès, de la justice, de la grandeur de la France, des nouvelles exigences de l’Histoire et des Droits de l’Homme, ont convaincu le peuple français que cette amputation territoriale était nécessaire ? Qui ont convaincu la nation française de rejeter cette province du nord de l’Afrique et du sud de la Méditerranée, dont nous prétendions faire la plus belle des Californies, dans laquelle enfin l’homme d’Occident et l’homme d’Orient allaient pouvoir dialoguer ? C’est-à-dire se parler comme des hommes libres, des hommes heureux de se rencontrer enfin, des hommes orgueilleux de la vie qui leur était offerte. Responsables du destin qu’il fallait assumer ensemble.
Des hommes qui allaient refuser un comportement de sauvages.
Comme hier à Sarajevo.
Comme au Rwanda, au Burundi, au Soudan, au Nigéria, en Angola, au Libéria, au Congo, en Indonésie et ailleurs.
Comme hier et peut-être aujourd’hui en Algérie, nation souveraine, indépendante, libre, responsable du nouveau destin de son peuple. Nation accouchée de la France, ne l’oublions pas.
Car l’Algérie n’existait pas en 1830. Ce qui existait, c’était un territoire, la Régence turque d’Alger. Province vassale de la Sublime Porte, abandonnée à son destin sans perspectives, par son suzerain, le sultan de Constantinople. C’était un bien vacant auquel la France a donné la vie.
Qu’à-t-on osé en faire de cette vie ?
* *
*
Fort heureusement, au cours des années que je viens de vivre, riches en émotions, en péripéties de toutes sortes, en inquiétudes et en deuils familiaux, mais riches aussi d’un brillant succès socio-professionnel, installé dans une retraite que je ne veux pas douillette, j’ai réussi à m’affranchir de cette agression émotionnelle liée au passé de militant engagé que je fus.
Et je me mets au service de ceux qui ont pris part au combat.
Jean-Claude PEREZ
Nice,
Le 14 juillet 2009
19:45 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : algérie française, oas, identité française, islam, islamistes, occident, perez |
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17.06.2009
OAS

José écrit : "L’OAS, c’était à la fois, le combattant de l’ombre, l’enfant qui collait une affiche..." C'est vrai, je peux en témoigner, j'avais 6 ans en 1962.
JM
Rappelez-vous ! C’était le 27 juin 1962 : dans une ultime émission pirate, le speaker de l’OAS annonça d’une voix brisée : « Notre combat est sans espoir et sans solution. Tout est fini. Adieu Algérie ! »… et il éclata en sanglots.
Fini !… Oui… Fini ! Tout était fini. La page de l’OAS était tournée et en cet instant d’extrême émotion, ce furent des milliers d’Européens qui pleurèrent dans un même chagrin.
Si officieusement l’OAS n’existait déjà plus, officiellement elle déposa les armes ce 27 juin 1962. Son aventure était historiquement terminée. Le temps du combat s’était achevé, tandis que pour la plupart commençait le temps de l’exil ou celui des prisons…
En déclenchant le feu et le sang, on a dit que ces commandos de l’OAS étaient des irréductibles, voire, des factieux. C’est faux ! Ils étaient tout simplement des désespérés et leurs objectifs n’ont jamais dépassé les termes d’un refus fondamental. Il ne s’agissait pas pour l’Organisation de « prendre le pouvoir » comme l’affirmaient sans relâche les autorités à court d’argument crédible, ni d’imposer un certain type de régime, il s’agissait essentiellement d’empêcher la constitution d’un Etat National Algérien Indépendant, de briser le mécanisme des négociations engagées entre le gouvernement de la V° République et le GPRA, de s’opposer à la fois à la politique d’abandon menée par de Gaulle et de poursuivre la lutte contre le FLN.
L’Organisation Armée Secrète est née au début de 1961, en Espagne, dans un groupuscule où apparaissent le général Salan, Lagaillarde, Susini, le docteur Lefèvre… C’est après l’effondrement du putsch, d’avril 1961, qu’elle devait atteindre à la notoriété en Algérie et devint vraiment active qu’au lendemain de cette chose extraordinaire qui ne fut qu’une vaste fumisterie : la trêve « unilatérale » décidée par Paris et qui permit aux rescapés de l’Armée de Libération Nationale (A.L.N) de reprendre la population en main aussi bien dans les campagnes que dans les centres urbains. Attentats, égorgements, mutilations se multipliaient. Devant les cadavres des égorgés et les visages grimaçants des mutilés, toute velléité de résistance s’effondrait. Le ressort se brisait. Les Musulmans fidèles à la France étaient les premières victimes ; la peur, peu à peu, les menait dans les rangs du FLN.
Pour encourager ce processus, Le gouvernement gaulliste annonça une nouvelle « mesure positive » (sic) : 2297 autres libérations de détenus FLN et 32 millions de Francs de crédits nouveaux !… Encouragés, les tueurs du FLN sévirent désormais en toute impunité… La moyenne quotidienne des attentats passa de 20 à 37 et les manifestations avec slogans et drapeaux verts et blancs se multiplièrent…
Chez les Européens, la colère montait :
« Voilà le résultat de leurs négociations. La grande Zohra (surnom donné à de Gaulle) est tout juste bonne à interrompre les offensives de l’armée et à nous laisser assassiner par les fellaghas. Ca ne se passera pas comme ça ! »
Et aux quatre coins du pays, on battait le rappel des bonnes volontés. On s’organisait pour lutter à la fois contre le FLN et l’ennemi gaulliste. Les effectifs de l’OAS ne cessaient de gonfler…
Le 30 juin 1961, de Gaulle mit le feu aux poudres. En réponse à cette colère et à la popularité sans cesse croissante de l’OAS, il fit connaître sa décision de rapatrier en Métropole la 11e Division Légère d’Intervention, constituée en parti d’éléments parachutistes ayant participé au putsch et de la remplacer par… cinq compagnies de CRS métropolitaines, afin de réprimer dans les villes le « soulèvement » des Européens. Dans toute l’Algérie les murs se couvrirent d’affiches : « L’OAS veille »… « Aux armes citoyens ! »
Répliquant au FLN, qui contrôlait les quartiers arabes par une organisation politico-administrative parallèle, l’OAS allait structurer les villes européennes. D’un côté flottait le drapeau vert et blanc marqué de l’étoile et du croissant rouge, de l’autre, côte à côte, le drapeau tricolore et le pavillon noir de l’OAS…
« De Gaulle veut notre mort ! » Ce fut le cri de guerre et de désespoir d’un million d’Européens qui, las d’apprendre le massacre de familles françaises, s’organisèrent en commando. Les magasins arabes flambèrent à leur tour, le plastic détruisit des bains maures. Les affrontements, les combats de rues se multiplièrent sans que les forces de l’ordre arrivent à juguler cette flambée de violence. L’Algérie entière était déchaînée. Les « stroungas » explosaient partout et aux grenades lancées dans les tramways et les autobus par le FLN, répondaient les mitraillages des cafés maures. Partout du sang, des morts qu’on enjambait dans les rues sans même un instant d’émotion. La folie s’était emparée de ce pays autrefois si paisible et si heureux.
De nouveau la presse se déchaîna qualifiant de « monstrueux » les attentats commis contre les Musulmans. Elle baptisa de « ratonnades » ces actions inconsidérées et elle affirma sans vergogne que « les tueurs nazis de l’OAS se livraient au racket et au massacre sur les Musulmans et les « patriotes » gaullistes ! »
Faute de protection de l’armée ou de la police, la foule se faisait justice elle-même appliquant la loi du talion, condamnable par son aveuglement, mais explicable par les souffrances endurées depuis sept années.
On oubliait la terreur qui avait régné depuis si longtemps, on ne se souvenait plus des charniers de Mélouza et d’El-Halia, des bombes du stade d’El-Biar et du casino de la Corniche, on ne prêtait aucune attention aux grenades qui explosaient chaque jour dans les cafés, les écoles, aux arrêts d’autobus, dans les quartiers européens, on feignait d’ignorer les enlèvements qui se multipliaient dans tous les coins du territoire, les égorgements et les viols. Seuls importaient les ratonnades que le journaliste, Yves Lavoquer, comparait aux « pogroms de la Russie tsariste et aux massacres nazis » !…
Cependant, sourds aux cris des hyènes et des chacals, dans un pays désormais ravagé par la guerre civile, des hommes résistaient. Effarent paradoxe que ce conflit qui, dans sa nouvelle et ultime phase, voyait des Français se dresser contre d’autres Français pour sauvegarder une parcelle de terre française…
Sans uniformes, sans moyens militaires, sans autres armes que de fortune, n’ayant en commun que leur volonté de vivre et de mourir sur la terre de leurs ancêtres, ces combattants là, menaient un combat héroïque et sans espoir. Combat chaotique, désespéré, mortel, mais si efficace qu’il semait l’angoisse et la crainte dans les plus hautes sphères… et que la fatalité des circonstances précipitera vers un dénouement tragique
L’OAS était une révolte : révolte des habitants de toute une province qui se sentaient abandonnés par la mère Patrie et qui se voyaient placés dans l’alternative suivante : quitter leur sol natal et devenir des déracinés ou rester sur place pour subir les spoliations et les vengeances, le couteau, la balle et la hache. Et qui formait ses rangs, sinon des hommes courageux, le plus souvent des humbles qui n’avaient ni privilège à défendre, ni fortune à sauver ?
L’OAS, c’était à la fois, le combattant de l’ombre, l’enfant qui collait une affiche et mourait le pinceau à la main, le vieillard qui guettait et sifflait à l’entrée d’un quartier pour avertir de l’arrivée des « forces de l’ordre », la ménagère qui transportait des tracts dans son panier en allant au marché et ces familles qui hébergeaient les légionnaires du 1er REP après la dissolution de cette prestigieuse unité. Elle était une armée d’ombres, l’armée miraculeuse de l’amour et du malheur. Elle représentait, pour la population d’Algérie, le dernier espoir et l’ultime recours contre un désespoir passionnel. C’était la bouée de sauvetage à laquelle le naufragé tente de s’accrocher.
Ce sigle représentait un idéal de combat contre le déracinement et contre la honte. Il n’avait aucun caractère politique, puisque spécifiquement charnel. Un des fondateurs –sinon le père de l’OAS- avait écrit dans l’Echo d’Alger, le 6 décembre 1957 : « L’insurrection, pour l’Algérie française est l’insurrection légitime ! »… L’auteur de cette phrase n’était autre que Michel Debré, Premier ministre de de Gaulle.
Ces hommes se battaient non par ambition, non par intérêt, mais parce qu’un sentiment sur lequel aucun raisonnement n’avait de prise -l’attachement profond à la terre natale- les avait conduit à la révolte. L’OAS c’était, comme l’a écrit Alain Peyrefitte, « le sursaut d’un peuple qui ne veut pas mourir ».
Ils ne se demandaient pas, ils ne se demandaient plus où était leur Patrie. Elle était là, dans cette terre. Ils refusaient d’être dépossédés de ce qu’ils avaient acquis, pierre par pierre et sou par sou. Ils refusaient de se séparer du cadre qui avait bercé leur enfance, de leurs souvenirs, de leurs morts. C’était l’essence même de leur vie… et ils défendaient leur vie.
Puisqu’ils étaient attachés à l’Algérie de toute leur âme, comment vivre ailleurs alors ? Une terre se défendait comme une femme, comme tout ce qu’on aimait et ici on mourrait pour ce qui donnait du prix à la vie, pour une raison d’être et de demeurer.
Une évidence s’imposait alors : S’il n’y avait pas eu le FLN, il n’y aurait pas eu d’OAS. Si de Gaulle avait laissé l’armée abattre le FLN –comme elle aurait pu le faire- il n’y aurait pas eu non plus d’OAS… c’est une vérité première. Durant un an elle fit la guerre, comme le FLN la fit durant sept ans et, pour son malheur, les Français de Métropole ne retinrent d’elle que ses aspects les plus noirs. Ils ignoraient –ou feignaient d’ignorer- les exactions du FLN, des barbouzes et des gendarmes mobiles. Ils ne considéraient déjà plus l’Algérie comme un département français… et ils s’en fichaient. Ils souhaitaient se débarrasser au plus vite du « boulet algérien » -terme propre au général président- Les communistes jubilaient et poursuivaient leur propagande de destruction basée sur la sempiternelle rengaine : « Les pauvres Musulmans exploités par les salauds de colons », terme englobant tous les Européens d’Algérie, qu’ils fussent employés, ouvriers, commerçants ou fonctionnaires, tous issus d’une immigration désirée… quand elle ne fut pas imposée par la Métropole avec les déportations de 1848 et 1870.
Ces « combattants de l’ombre » avaient, tous, conscience de participer à une croisade. Ils n’avaient plus d’identité, plus de famille, plus de maison. Ils ne se nourrissaient qu’à moitié, ne dormaient jamais deux fois sous le même toit et s’imaginaient toujours être épiés. Chaque jour des camarades de combat étaient pris, puis on les torturait et on les jetait telles des loques dans des cachots sombres et humides. Ils vivaient avec la hantise de subir le même sort et s’assimilaient donc à des bêtes traquées.
Pourtant ils savaient qu’ils n’étaient pas tout à fait seuls. Ils sentaient autour d’eux toute la foi et toute la tendresse d’un peuple enchaîné qui vivait à l’heure de leurs craintes, de leurs tourments. Ils trouvaient toujours des gens pour les aider, les héberger, les soigner et les encourager. Ils étaient le maillon de la chaîne qui les reliait entre un passé heureux et un avenir compromis.
Face au péril sans cesse croissant que représentait, pour le Pouvoir, l’organisation dont le slogan : « L’OAS frappe où elle veut, quand elle veut ! » ne faisait que se renforcer, de Gaulle et ses séides surent choisir les mots et mettre en évidence les actes pouvant discréditer l’adversaire… celui-ci n’étant évidemment plus le FLN… ni les seuls membres de l’OAS… mais l’ensemble des Européens accusés d’entraver la marche vers la paix voulue par le chef de l’Etat avec le soutien de la majorité des métropolitains. Pour parvenir à ses fins, il convenait, pour l’abattre, de marginaliser et d’isoler l’OAS mais aussi la population qui avait permis son triomphe jusque là. Triomphe qui avait inquiété tant le gouvernement que le GPRA au point de faire croître leur désir respectif de conclure les accords au plus vite et, pour la partie française, par « n’importe quel moyen ».
Pour autant, l’OAS ne désarmait pas. Dans certains points du bled dont l’armée se retirait progressivement depuis l’été 1961, elle avait tenté l’implantation de maquis pour lutter directement contre l’ALN sans populations interposées et dans le secret espoir de dégager une portion de territoire où son autorité serait reconnue. Guelma, Bouira, Tipasa, Coléa… autant de vains essais. Les commandos furent encerclés par l’armée et, incapables de tirer sur des soldats français, se rendirent. L’ultime et spectaculaire tentative eut lieu dans l’Ouarsenis, le 29 mars 1962 et se solda par un sanglant échec et la mort de l’un de ses chefs, le commandant Bazin. Trahie, l’OAS, au lieu des alliés qu’elle attendait (les harkis du Bachaga Boualam et deux unités régulières de l’armée) tomba sur des concentrations de forces FLN dix fois supérieures en nombre dont il a été affirmé –et jamais démenti- qu’elles avaient été amenées à pied d’œuvre par les véhicules des gendarmes mobiles français. Un combat désespéré qui alla jusqu’au corps à corps, s’engagea. Les hommes de l’OAS qui échappèrent à la tuerie furent pourchassés et quand ils furent rejoints, sauvagement abattus. Ce fut là la dernière bataille de l’OAS… son Camerone !
José CASTANO (joseph.castano0508@orange.fr)
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10.06.2009
LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

BP 4 - 91570 BIEVRES
Tél: 06 80 21 78 54
Tél : 01 69 41 01 12
E-mail : jeunepiednoir@wanadoo.fr
Monsieur Nicolas SARKOZY
Président de la République
Par courriel – Lettre RAC Palais de l’Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 PARIS
OBJET : Demande de changement du 5 décembre au 5 juillet de la date de commémoration nationale en mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie.
Monsieur le Président la République,
Comme vous avez pu encore le constater, tous les ans, une virulente polémique s’engage autour du 19 mars 1962, que deux associations d’anciens combattants essaient d’imposer, sans succès depuis 1975, comme date de commémoration officielle en mémoire des victimes civiles et militaires « morts pour la France » de la guerre d’Algérie. Leur principal argument repose sur l’application du « cessez-le-feu » signé la veille entre l’Etat français et le seul FLN qui, selon eux, aurait marqué le retour de la paix en Algérie. Or, chacun sait hélas, que le cessez-le-feu unilatéral de l’Armée française du 19 mars 1962 a été suivi, en sept mois de « paix », de plus de crimes contre les Français d’Algérie et les militaires français que sept ans de guerre. Cette date marque en réalité pour les Français d’Algérie le début de drames que vous avez si bien décrits dans vos engagements envers nos compatriotes durant la campagne présidentielle, notamment dans votre courrier du 16 avril 2007 : « Il n’est pas question que le 19 mars soit une date officielle de commémoration. Il est arrogant de condamner et de mépriser la douleur qui fut la vôtre et celle de vos familles lorsque vous fûtes chassés de vos terres, de vos maisons, et séparés de vos amis. Je le répète, c’est par respect pour vous que je n’accepterai pas que la date officielle de la commémoration des morts de la guerre d’Algérie soit celle du cessez-le-feu, qui de surcroît, n’a pas été respecté ».
Pour éviter cette polémique, le Président Jacques CHIRAC, suivant l’avis de la commission Favier qui proposait de choisir une date neutre, avait opté pour la date sans signification du 5 décembre pour l’hommage de la Nation aux militaires « morts pour la France » en Algérie. Cette date est commémorée depuis 2003 et elle a été confirmée par le Parlement, expression de la volonté du Peuple français, lors du vote de la loi du 23 février 2005 pour rendre aussi hommage aux victimes civiles de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie.
Depuis l’avis de la commission Favier et le vote de la loi du 23 février 2005 qui reconnaît dans son article 2 la « violation des accords d’Evian », la demande de nombreuses personnalités et les déclarations des principaux candidats à l’élection présidentielle invitent à réexaminer le choix du 5 décembre fait en 2003 par votre prédécesseur. En effet, la date du 5 juillet semble désormais, pour des raisons historiques et objectives, s’imposer naturellement :
1 – La date officielle de la fin de la « guerre » d’Algérie pour la prise en compte de la campagne officielle sur le théâtre d’opération est le 2 juillet 1962, comme l’atteste le décompte des services de tous les personnels militaires. Et comme le confirme d’ailleurs l’article L1 bis la loi du 18 octobre 1999.
2 – La demande persistante depuis novembre 1993 de nombreux Anciens Combattants d’Algérie, notamment de la plus importante de leur Association -l’Union Nationale des Combattants, UNC - et de son Président M. Hugues DALLEAU, pour que soient aussi considérés comme « morts pour la France » les 535 militaires français assassinés ou disparus en Algérie après le 2 juillet 1962 et jusqu’au 4 juillet 1964 dans des opérations de protection ou de secours de nos compatriotes encore sur place (cf. annexe jointe).
3 – L’assassinat le 5 juillet 1964, 2 ans après l’indépendance de l’Algérie, du jeune Jean-Claude Saint-Aubin, 23 ans, et de sa jeune passagère Mlle Dominique Kaydash, 18 ans, par les services spéciaux français qui pensaient assassiner un responsable de l’OAS. Ce crime d’Etat, commis par « erreur » de ciblage, a été reconnu officieusement par la Justice française qui a accordé aux parents du jeune Saint-Aubin une réparation morale de 500.000 francs, soit 75.000 euros, estimant que « l’institution judiciaire avait mal fonctionnée » (cf. annexe jointe).
4 - A ces faits objectifs, il serait légitime d’associer tous les soldats et civils français « morts pour la France » en Algérie du 5 juillet 1830, date officielle de la conquête française de la Régence turque d’Alger, au 5 juillet 1962, date du massacre collectif d’Oran où furent assassinés et disparurent plusieurs centaines de Français d’Algérie (peut-être même plusieurs milliers).
5 – Votre volonté personnelle de montrer publiquement votre considération pour les victimes d’actes terroristes. Le 5 juillet 2007, vous aviez accueilli à l’Elysée Mme Françoise RUDETZKI, alors présidente de l’association SOS Attentats. Le 5 juillet 2009, les familles des victimes du massacre d’Oran 5 juillet 1962, qu’aucun Président de la République française n’a reçu depuis cette date, seraient très touchées si vous acceptiez de les recevoir.
Enfin votre désir public de voir reconnu le « crime d’Etat » du 19 mars 1962. Le 31 mars 2007 devant la presse et les responsables d’associations de Français rapatriés Harkis en présence du ministre délégué aux Anciens Combattants, M. Hamlaoui MEKACHERA, vous aviez déclaré : « Si je suis élu Président de la République, je veux reconnaître la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis et d’autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance, afin que l’oubli ne les assassine pas une deuxième fois ». Cet engagement a été salué par une ovation prolongée de l’assistance car il répond à la première des attentes des deux millions de Français rapatriés et de leurs descendants. Lors de la réunion du 13 avril 2007, en présence des ministres André Santini et Christian Estrosi et des députés Kert, Diefenbacher et Vitel, à la question de savoir à quelle date vous envisagiez de tenir cet engagement de reconnaître officiellement la responsabilité de l’Etat, vous avez répondu sans ambiguïté : avant fin 2007. Reconnaissance à laquelle vous avez souhaité associer les victimes civiles : « Je vous confirme qu’outre la mémoire due aux disparus, je souhaite que les victimes françaises innocentes de cette guerre, jusqu’à l’indépendance, se voient reconnaître la qualité de morts pour la France et que leurs noms figurent sur une stèle officielle afin que personne n’oublie ces épisodes douloureux. » « Plus d’un demi-siècle après les faits, il est temps que toute la lumière soit faite sur ces disparitions, que l’on aide les familles à retrouver la paix, et que les disparus aient une reconnaissance de la Nation par l’inscription de leurs noms sur ce monument public. »
Tous ces faits historiques incontestables nous conduisent à vous demander de bien vouloir proposer au Parlement le vote d’un amendement modifiant la date de l’hommage de la Nation du 5 décembre au 5 juillet. Le Mémorial du Quai Branly à Paris pourra alors réellement devenir le lieu national de mémoire de toutes les victimes civiles et militaires « morts pour la France » en Afrique du Nord.
Les Français rapatriés, qui attendent depuis plus de deux ans du gouvernement la mise en œuvre de vos engagements en leur faveur, seront particulièrement sensibles à ce changement symbolique marquant à la fois votre volonté de voir leurs drames reconnus et celle de voir tous vos engagements tenus à leur égard.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.
Bernard COLL
Secrétaire général de Jeune Pied-Noir
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27.05.2009
Corses et juifs : Frères d'armes !

L'histoire des Juifs en Corse remonte à plusieurs centaines d'années. Les premières traces d'une présence juive dans l'île se situent aux alentours de l'an 800. A cette époque, une importante immigration venue d'Égypte s'est installée dans le Sud de la Corse ; une grande partie de ces juifs parlaient et écrivaient l'hébreu. La majorité d'entre eux s'est implantée à proximité d'un village dénommé Levie (le bien nommé), situé à l'intérieur des terres à 20 km environ de Porto-Vecchio . Par la suite, les membres de la communauté se sont disperses un peu partout dans l'île en devenant partie intégrante de la population autochtone et dans certains villages de montagne, des églises gardent encore la trace de documents rédigés en hébreu à coté de ceux rédigés en latin. Bien des siècles plus tard, dans les années 1500-1530, environ 1000 Juifs de la région de Naples trouvèrent refuge en Corse, fuyant une persécution locale, et s'installèrent dans les régions montagneuses du centre de l'île. En l'an 1684, la ville de Padoue, en Italie, qui était peuplée en grande partie par des Juifs qui habitaient un ghetto édifié en 1516, fut le théâtre de violences dirigées contre ses citoyens juifs, dont une partie faillit se faire lyncher. Une rumeur malveillante selon laquelle leurs coreligionnaires de Buda, avaient commis des actes de cruauté contre les Chrétiens de la ville hongroise, déclencha cette flambée de brutalité dirigée contre la communauté juive de la ville. C'est grâce a l'intervention d'un père Franciscain, le Père Marco, qui écrivit une lettre afin de dénoncer cette mystification, que la communauté juive échappa au massacre annoncé. Une grande partie cette communauté décida d'émigrer sous d'autres cieux plus cléments. Certains arrivèrent en Corse, et les habitants les nommèrent Padovani, ce qui signifie : venu de Padoue. Le nom de famille Padovani est un nom très répandu de nos jours en Corse.
Mais la plus importante vague d'immigration juive qu'ait connue la Corse se situe entre 1750 et 1769. La première république corse constitutionnelle et démocratique d'Europe venant de naître, Pascal Paoli fit venir 10000 Juifs du nord de l'Italie, de Milan, de Turin ainsi que de Gênes pour revitaliser l'île suite a 400 ans d'occupation génoise. Afin de les rassurer sur leur intégration et sur la volonté du peuple corse de les considérer comme leurs égaux, Paoli fit une déclaration destinée aux nouveaux venus : "Les Juifs ont les mêmes droits que les Corses puisqu'ils partagent le même sort". Cela fit comprendre aux Juifs qu'ils étaient des citoyens à part entière et qu'ils bénéficiaient d'une totale liberté de culte, ce qui n'était pas le cas dans bon nombre de pays.
En réalité, plus de 30% de la population corse a des origines juives.
Ces immigrants portaient pour la plupart des noms à consonance ashkénaze, qui étaient très difficilement prononçables par la population locale. Une partie d'entre eux étant roux, ils se virent affubles du surnom de Rossu qui signifie rouge et désigne les rouquins ce qui donne au pluriel Rossi, nom extrêmement répandu en Corse. En lisant les états civils, on peut facilement s'en rendre compte : les noms tels que Giacobbi, Zuccarelli, Costantini, Simeoni... très communs dans l'île, ne laissent planer aucun doute quant à leur origine.
Le nombre relativement peu important de membres de la comm


