03.12.2009

DE L’IDENTITE NATIONALE

 

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Peut être, quand on s’appelle Farida schera Bakhouche, qu’il est plus facile que pour d’autres de parler de l’identité nationale, tout simplement parce que l’on a eu besoin de définir sa place très tôt dans la communauté Nationale et donc de réfléchir à qui l’on est par rapport au pays dans lequel on vit. La France est une Idée. Il n’était pas écrit de toute éternité que les hommes vivant à l’intérieur de ses frontières naturelles formeraient une seule nation. Jules César le notait déjà, les peuples qui habitaient la Gaule étaient des peuples divers, qui différaient par la langue, les coutumes et les lois et dont seule une partie était celte et les autres étaient d’origine germanique ou ibérique. C’est pour cette raison que je me reconnais dans cette idée, admirable dans son absurdité même, selon laquelle il y a 2000 ans mon pays s’appelait la Gaule et mes ancêtres s’appelaient les gaulois. L’Identité française ce n’est pas un sentiment d’appartenance à un groupe ethnique, une religion, une idéologie, encore moins à une race. L’identité française c’est se sentir une communauté de destin avec d’autres hommes vivant sur le territoire national définit par ses frontières naturelles. Au moment où nous célébrons l’Amitié franco-allemande il faut avoir en tête que nous avons entre nos deux peuples une différence fondamentale : pour un allemand, là où est l’homme allemand, là est la terre allemande, pour un français, là où est la terre de France, là est l’homme français. Droit du sang, Droit du sol. L’Identité Nationale est donc basée sur l’adhésion individuelle de chaque Français à des Valeurs communes, quelle que soit son origine ou celle de ses parents. Rien n’est plus étranger à notre Identité Nationale que la notion de « communauté », de quelque nature qu’elle soit, qui enferme chacun dans un groupe en le prédéterminant collectivement sans lui laisser la Liberté de choix en tant que personne. Il ne s’agit pas de nier et donc de se priver de l’apport que constituent nos différences, (elles enrichissent bien au contraire notre Identité Nationale), mais elles ne doivent pas devenir à ce point discriminant qu’elles permettent à un groupe de s’autoriser à se croire autonome vis-à-vis du destin collectif. Alors, bien entendu et c’est ce qui fait l’actualité de ce débat, l’Identité Nationale française n’est pas une chose figée, elle évolue, non pas dans ses composantes mais dans leur importance relative. En 2009, en Europe, et d’ailleurs dans le monde, la France n’a pas l’exclusivité d’être un état de Droit, une Démocratie, un pays pacifique, prospère, ou les citoyens bénéficient de la protection sociale, de l’enseignement gratuit, de la Liberté de penser, de pratiquer ou non la religion de leur choix, d’en changer s’ils le veulent, de s’associer, d’entreprendre, un pays de l’égalité des droits entre hommes et femmes. Ceci ne veut pas dire que tout soit toujours, tout le temps, et totalement parfait. Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas en permanence être vigilant en ces matières. Être citoyen français ne signifie pas non plus que nous soyons les seuls à être les héritiers d’une grande Histoire, d’une grande Culture, d’autres Nations peuvent aussi s’en prévaloir. Mais dans le contexte de la mondialisation quelques heures d’avion suffisent pour se rendre compte de notre chance d’être les Citoyens d’un tel pays. Parler d’Identité nationale, c’est par nature parler de ce que sont nos spécificités par rapport aux autres nations et pour ma part j’en retiendrai trois. Tout d’abord la passion française de l’Intelligence qui se matérialise par le culte du diplôme et par le goût des débats d’idées à tout propos qui fascine les autres peuples où le pragmatisme à l’anglo-saxon est la règle plutôt que l’exception. Certes, c’est souvent un handicap en termes d’efficacité, mais je voudrais rappeler que le grand père d’un Prix Nobel de physique français prit la décision de quitter son ghetto de Lituanie à la fin du 19ème siècle car il pensait qu’un pays capable de s’enflammer et de s’entre-déchirer pour préserver l’Honneur d’un petit capitaine juif inconnu serait le seul pays où il pourrait vivre dignement. La deuxième caractéristique identitaire française me semble être la passion de l’Égalité avec son corollaire qui est le refus du privilège qu’il soit social ou de naissance car seuls les avantages obtenus par le talent le travail et l’esprit d’entreprise sont tolérés en France dans ce qu’on appelle le Mérite Républicain. La troisième caractéristique identitaire française tellement spécifique qu’elle n’a d’équivalence dans aucun pays ni même de traduction dans aucune langue étrangère est le principe de Laïcité. La Laïcité est à mes yeux la pierre angulaire du pacte Républicain non seulement parce qu’elle affirme la neutralité de l’État en matière religieuse mais surtout parce qu’en confinant à l’espace privé et au libre examen individuel le domaine de la foi, elle préserve la sérénité des rapports citoyens. La Laïcité c’est bien sûr le principe du Citoyen libre dans une société libre, mais c’est aussi le principe de respect que chacun se doit de porter aux croyances ou à l’absence de croyance en une transcendance chez les autres. La Laïcité c’est l’idée que la vie des Citoyens français, les règles du vivre-ensemble qu’ils se donnent librement et d’une façon générale la Politique de la Nation ressortent du débat démocratique à l’exclusion de quoi que ce soit d’autre sauf si des Représentants légitimes du pays ont conclu des traités qui nous font obligation, ratifiés par le libre examen des citoyens comme c’est le cas dans la construction Européenne à laquelle notre pays prend la place qui lui revient c’est-à-dire très souvent en avant-garde. Bien sûr, comme toute médaille a son revers, ces caractéristiques identitaires ont aussi leurs limites, leurs travers, leurs ridicules parfois, mais ce sont les nôtres, celles de la Nation, celles qui font que nous sommes heureux et fiers d’être français.

Farida Schera Bakhouche

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19.04.2009

Le monde kabyle : réflexions sur des printemps clairs obscurs

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Printemps berbère 2009

Reprenons d’abord les données factuelles. 10 mars 1980 : cela fait pratiquement 1/3 de siècle! Ce jour-là, le paisible savant, Mouloud Mammeri, heureux de l’opportunité de transmettre le résultat de ses recherches aux jeunes générations, se dirigeait vers la toute nouvelle université de Tizi-Ouzou. Il devait y faire une conférence sur les “Poèmes kabyles anciens”, poèmes qu’il avait collectés avec amour, consignés, traduits, commentés et publiés dans un ouvrage aux Editions Maspéro à Paris.
Printemps berbère 1980, des poèmes anciens suspects ...

Les étudiants et certains de leurs professeurs l’attendaient fébrilement. Ils étaient naturellement curieux, grisés de bonheur, tout fiers à l’idée de pouvoir écouter celui qui était déjà à l’époque l’un des mentors les plus en vue, sur un patrimoine ancestrale jusque-là enseveli.

Tout semblait aller de soi quand la nouvelle de son interpellation tomba comme un couperet ! Le reste des événements est connu : à nouveau le drame a gagné cette Kabylie meurtrie depuis des générations, une Kabylie bouc émissaire du pays, réceptacle de toutes les souffrances.

Dans le contexte de l’époque, les tenants du régime algérien jetaient hors de la culture tout ce qui ne se conformait pas à la norme arabo-centrique au sens idéologique hérité du nassérisme égyptien. Dans ce cadre étroit de la politique, le fait berbère était frappé de vice de forme et ne pouvait alimenter le patriotisme verbal dont se nourrissait le régime. Il pouvait au contraire dangereusement le menacer tant il est porteur d’une idée de pluralisme. Revendiquer la langue et la culture berbères, c’était, pour les dirigeants d’alors, refuser d’adhérer au sentiment de loyauté dont avait besoin le groupe paranoïaque dominant dans une Algérie nouvellement indépendante et dont il avait pris le pouvoir par la force des armes! C’est se situer dans l’out-group et refuser d’épouser les ambitions du FLN parti-Etat « entièrement dévoué à l’intérêt du peuple » que de se désinscrire du registre géo-cultuel arabo-centrique ! Le FLN, ne cesse de rappeler qu’il a libéré le pays, c’est pourquoi il se donne la légitimité d’assujettir la société, la mettre au service de ses ambitions hégémoniques. Pour le parti unique, la poésie kabyle est suspecte, fût-elle du 18ème siècle ! Elle peut véhiculer une pensée autonome et, du coup, être  une voix discordante  dans le concert monocorde du système.

L’ethnocentrisme et tous les ethnocentrismes représentent, on le sait, la racine des intolérances, des nationalismes chauvins, des xénophobies et des racismes. L’ethnocentrisme rend compte des manifestations, des attitudes qui ont cours entre groupes culturellement différents et particulièrement lorsqu’un groupe possède les moyens politiques de sa domination. 
Dans cette logique, le pouvoir arabo-centrique, incarné par les caciques du FLN, ne se préoccupe pas de la survie de groupes algériens menacés de disparition aveuglé qu’il est par la légitimité des armes. La peur de se désagréger, de disparaître, de perdre des pans entiers de la culture millénaire du pays, cette peur là ne pouvait pas émouvoir ceux pour qui leur opinion tient lieu de vérité historique et de stratégie politique. Ainsi, s’il advenait que les Kabyles (les berbères en général) cessaient de croire dans les inestimables richesses de leur langue, de leur culture et qu’ils cessaient d’exister, les tenants du système s’en trouveraient totalement réjouis. Or c’est cette menace de désagrégation finale qui a présidé à l’irruption du MCB en 1980 puis une génération plus tard, à l’émergence des Archs ! C’est en cela que le printemps berbère est avant tout la lutte d’un peuple, une lutte toujours d’actualité, sans doute sous de nouvelles formes actuelles ou à inventer, une lutte qui a déjà enfanté le RCD et le MAK. 

Un événement historique de grande ampleur

L’impact du mouvement berbère de 1980 est considérable. Il signe un nouvel état émotionnel collectif. Un état qui nous renvoie à l’instinct de survie que connaissent les peuples opprimés, que vivent "les espèces menacées de disparition", un état de résilience d’où peut surgir l’énergie nécessaire pour sauvegarder l’essentiel.
La société kabyle a retrouvé ses ressorts qui lui permirent de réagir en organisant des marches dans tous les coins de la région. Le sentiment d’appartenance à un groupe menacé a repris très vite racine. De son côté, le pouvoir, aux pulsions guerrières plusieurs fois avérées, répondit à ce mouvement de la façon la plus primaire que tout le monde connaît : répression, arrestations, humiliations, provoquant, du coup, d’autres manifestations et révoltes. Et le 20 avril, El Hadi Khediri, alors patron de la DGSN, envoya les CNS pour investir avec violence le campus universitaire. L’effet fut effroyable et la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre ! Toute la région kabyle  (puis une partie de l’algérois) se trouva enflammée et prit la rue d’assaut, retrouvant ainsi son système culturellement organisé de l’émotion que G. Bateson appelle l’éthos. Des rumeurs des plus alarmantes circulaient et les gestes de solidarité se multipliaient. Quelques mois plus tard, 24 détenus sur des centaines d’autres étaient présentés devant la cour de sûreté de l’Etat pour l’exemple. L’Etat a voulu démontré qu’il était capable de lancer sa machine de terreur contre la société dans le but d’obtenir sa soumission. Avec le recul, je reste convaincu que sans la mobilisation de l’immigration qui a alerté l’opinion internationale et notamment les médias européens, certains de ces prévenus auraient risqué la peine capitale. L’assassinat des 126 jeunes du Printemps noir confirme, 20 ans après, la légitimité de la crainte de l’époque de voir s’aggraver le chapitre des souffrances. C’est que, en ces temps-là, l’Algérie était encore sous l’influence du boumédiénisme triomphant. Le sombre colonel-président n’avait pas hésité à éliminer physiquement ses adversaires : Mohamed Khider, Krim Belkacem, Médeghri ( ?), pour ne citer que les plus célèbres.

Par effet de boomerang, la révolte de 1980 a ouvert la voie à la lutte pour les droits de l'Homme qui a connu son apogée en 1985-86. Elle a ensuite rendu possible l'embrasement du pays le 5 octobre 1988. La Kabylie, contre toute attente, a extirpé la peur par tous les pores du corps social. En ce sens, la Kabylie a oxygéné l'Algérie entière mais aussi le Maroc. La Kabylie a mis en échec la volonté politique du régime de maintenir la société en laisse. L'onde de choc a même trouvé son écho dans l'Atlas et le Souss au grand dam du palais royal lui aussi inféodé à l'idéologie arabo-islamique totalitaire du Proche-Orient, une idéologie qui a conduit à la situation actuelle de l'Irak et à la fragilité historique de la Syrie, de l'Egypte et sans doute de l'Algérie. Il faut rappeler que Ben Bella était un véritable agent de Nasser et de Fethi Dib, chef des services secrets égyptiens. C’est dans cette logique que nous l'avons vu voter à Baghdad pour Saddam Hussein avec beaucoup d’ostentation et…d’obéissance. Tout cela est lié. Pour revenir au point de départ, le mouvement de Kabylie a semé les graines de la révolte dans l’esprit des Algériens, les luttes sociales hors cadre officielle le démontrent chaque jour dans tous les recoins du pays.

L’écho en France

Les militants de France de la cause berbère ont participé de très près au soulèvement de leur région d’origine. De nombreuses manifestations se sont déroulées dans les grandes villes de l’hexagone, d’Europe et du Canada mais surtout à Paris. Par ailleurs, il faut rappeler que certains enseignants de l’université de Tizi-Ouzou, acteurs de cette époque, étaient partis de France après un parcours de militant. La concertation entre les différents acteurs était très étroite des deux côtés de la Méditerranée d’autant plus que beaucoup de leaders venaient de rejoindre le FFS clandestin. Je pense notamment au Groupe d’Etudes Berbère de l’université de Paris 8 Vincennes, et à la coopérative Imedyazen qui étaient de véritables plaques tournantes de la revendication et les relais d’information entre les différents groupes de militants. En France, il y avait à la fois l’espoir de changement et la crainte de voir la répression s’abattre immanquablement sur les membres actifs du mouvement restés au pays. Le soulèvement de Kabylie a donné un souffle nouveau à l’immigration kabyle. Un mouvement associatif a pris racine dans l’hexagone et connaît, une ampleur confirmée d’année en année. La révolte Kabyle a changé le regard des jeunes générations sur leurs parents et sur leur pays d’origine comme elle a changé la stratégie d’intégration en France. La prise en compte de l’identité parentale fait partie des revendications des jeunes introduits dans les circuits politiques français.

2001: le printemps noir un scénario reproductible ?

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. L’indicible horreur commencée avec l’assassinat de Guermah Massinissa au cœur d’une gendarmerie, peut tout à fait se reproduire. Le chef de l’Etat lui-même dit ignorer ce qui s’est passé. Le rapport du professeur est donc enseveli dans les tiroirs ! On peut alors lui rejouer la scène à toutes fins utiles ! La société algérienne reste en effet verrouillée et les droits des Algériens berbérophones sont toujours niés malgré quelques acquis arrachés de haute lutte. Nous avons vu récemment au début de l’année 2009 comment la constitution a été modifiée pour perpétuer le système et pour permettre au chef de l’Etat d’incarner une fois de plus et pour le troisième mandat cette situation bloquée, ce système à la mécanique brutale. C’est l’une des raisons qui font qu’aujourd’hui, l’Algérie est devenue une vaste salle d’attente de laquelle jeunes et moins jeunes veulent s’extraire, y compris en prenant des risques de naufrage en haute mer ! Le visa pour l’occident ou pour Dubaï reste le rêve national  tant le pays mais surtout la Kabylie intériorise la probabilité de revivre la répression subie jusque-là et tant la chape de plomb pèse toujours sur la société lui interdisant toute respiration. Hélas ! le phénomène répressif s’est vérifié et reste latent. Le printemps noir de 2001 a vu 126 jeunes Kabyles tombés sous les balles de ceux-là mêmes qui sont censés les protéger. C’est une tragédie pour tous les peuples voisins dont la plupart voyait en l’Algérie un espoir d’émancipation! Et si d’autres régions s’embrasaient à leur tour, elles feraient face à la répression aussi bête et méchante. Les symptômes de la cruauté institutionnelle traduisent la présence permanente du rouleau compresseur du système algérien, un système profondément boumédiénisé, c'est-à-dire violent, opaque et despotique et dirigé par des hommes ego/ethnocentriques!
Les deux mouvements de Kabylie (printemps berbère et printemps noir et il y en d’autres) portent la marque matérielle indélébile du drame algérien. Pourtant, ce que veulent les Kabyles c'est remodeler l'Algérie dans l'intérêt des Algériens, c’est faire du pays un lieu où il est possible de rêver, de construire des projets et les faire aboutir. Mais pour cela, il faut leur donner de larges parcelles de pouvoir et les moyens y afférents : la démocratie de proximité, le partage équitable de la rente pétrolière, un enseignement débarrassé de l’idéologie apologétique. Sans un minimum démocratique, l’érosion de la confiance dans les tenants du pouvoir restera la mèche toujours prête à la combustion tellement le pays bouillonne. L’Algérie restera de ce fait toujours non attractive, les discours  de circonstance, même avec le renfort d’anciens militants désormais cooptés par le système, ne changeront rien, l’ouverture n’est pas au programme de demain !

Une certaine Algérie re-kabylisée ?

Il faut noter que le printemps berbère a déteint significativement sur les mentalités en Algérie et c’est là la note d’optimisme. Sur le registre de l’idéal démocratique, de la revendication et de la révolte spontanée contre les abus flagrants des agents de  l’Etat et de ses institutions, nous pouvons affirmer que la société algérienne s’est « re-kabylisée » même si c’est encore de façon fragile car le panurgisme entretenu par les médias et l’école est toujours latent. Mais la peur du gendarme, la peur des services occultes n’est plus ce qu’elle était, l’abstention pour les élections, symbole d’une confiance toujours mise à mal, s’est généralisée et amplifiée. La parole s’est libérée un peu partout et la société manifeste ses mécontentements comme on le voit dans plusieurs villes même si cela prend des allures de jacqueries : soulèvements contre l’inégalité dans la distribution de logements, routes nationales barrées pour non acheminement d’eau potable, saccage des symboles de l’Etat pour des revendications sociales, lettres ouvertes et pétitions fréquentes dans la presse etc.
C’est vrai que la société manifeste parfois des lassitudes et que la culture consumériste se répand à grand coefficient d’accélération mais les ressorts de la révolte sont toujours vivants. Il faut dire que les  facteurs qui les régénèrent sont permanents. En même temps, ce qui risque d’anesthésier la société, ce sont moins les forces de répression que le modèle ostentatoire de consommation. Un modèle qui menace de nous conduire vers l’apathie politique et vers un repli croissant sur la sphère privée ! La société-véto n’a pas que des avantages, les risques de voir l’émergence d’un citoyen passif est à prendre au sérieux. Il est donc utile de réfléchir à élargir le répertoire d’expression politique tant celui des suffrages est pour le moment inopérant quand il s’agit du sommet de l’Etat. En ce sens, des mécanismes d’appartenance collective peuvent se mettre en place comme des syndicats indépendants, une autonomisation des régions ou, à minima, une décentralisation conséquente incluant la coopération avec les collectivités locales ou régionales étrangères notamment européennes.

Quel impact chez les jeunes  aujourd’hui?

Dans le contexte sociopolitique des années 2000, les jeunes restent toujours porteurs de revendications et leur langue et culture y occupent une place significative le plus souvent de façon implicite. Cela dit, les formes de luttes changent et l’expression de ces luttes sur le terrain change aussi. Les jeunes font face à une vie économique, politique, affective difficile et imprévisible. Les attitudes de méfiance connaissent une montée en puissance. Il règne un sentiment d’impuissance chez les jeunes et ils ne croient plus (ou de moins en moins) en personne, pas même aux partis de l’opposition. Mais si une revendication peut être un moment ensevelie, elle peut ré-émerger tel un volcan dont l’onde de choc peut s’avérer incontrôlable. De ce point de vue, le pouvoir joue avec le feu ! Encore une fois, ce qui peut conduire au silence des jeunes, c’est plutôt le modèle de vie consumériste. Les besoins augmentent à grand coefficient d’accélération alors que les revenus stagnent ou augmentent pour certains de façon illégale. La campagne électorale présidentielle courant mars-avril 2009 l’a bien montré : une profusion d’argent facile gaspillé dans une propagande théâtrale.  Cette arrogance ostentatoire aggrave la fracture et peut engendrer le radicalisme. Les suicides, les kidnappings, la drogue, la prostitution sont les symptômes d’une mal-vie insupportable et compte tenu de l’autisme des tenants du système, le feu inextinguible enfoui dans le cœur des hommes peut jaillir, à tout moment, au cœur de la société.

Statut de la langue berbère et son enseignement 

C’est un statut de seconde zone qui est accordé à tamazight. Ce qui lui est octroyé est fait avec un calcul politicien, sans volonté réelle de changement. Le pouvoir algérien passe son temps à s’opposer à sa société, à créer des mécanismes de contre-démocratie. Il prend un malin plaisir à bafouer la souveraineté du peuple. Et quand des promesses de changement sont faites, les rouages politiques en place ne peuvent pas contraindre les dirigeants à tenir leurs engagements. C’est pourquoi la Kabylie (et de plus en plus la société algérienne dans sa majorité) porte en permanence un regard sourcilleux sur les actes des gouvernants. Elle détecte avec facilité les farces du pouvoir et refuse de s’y engouffrer comme elle n’accepte pas de se rendre disponible pour les grandes cérémonies (présidentielles, commémoratives, cultuelles…)  toutes travesties et dans lesquelles elle se sait d’avance desservie, trompée.

 Alors dans un tel contexte, il existe un enseignement officiel mais sans garantie de résultat. Il sert à amadouer une frange de militants pour tenter de domestiquer la région. Bien sûr, cette tentative n’empêche pas que beaucoup d’enseignants/formateurs font correctement leur travail. Ils le font malgré l’attitude schizophrénique du pouvoir algérien face au fait berbère qui est d’autoriser en verrouillant, de promouvoir en dévalorisant, d’avancer à reculons !

Y a-t-il des perspectives possibles ?

De la part du pouvoir, il n’y a rien à attendre, il est toujours tenté par la culture brejnévienne teintée de jacobinisme français. Pour le reste et pour le moment, les acteurs de la revendication amazighe sont pour beaucoup orientés conflits, surtout conflits internes. Les souffrances répétées et multiformes qu’a vécu la région,  expliquent pour beaucoup cette situation. Nous confondons les problèmes posés avec les personnes qui, à nos yeux, semblent en être à l’origine. Or, en définissant les problèmes que nous vivons en termes de personnes, nous invitons les Kabyles (les Berbères) à se fractionner. Ils activent en fonction des liens relationnels tissés avec tel ou tel leader ou pour certains en fonction de leur intérêt immédiat. Cette démarche renforce les coteries, actionne le registre de l’affectif et pousse à un raisonnement en termes de loyauté ou de trahison. C’est pourquoi, d’année en année nous rajoutons des problèmes aux problèmes. Quand nous n’avons pas de liens de loyauté précis à défendre, nous identifions le système, l’histoire, la conjoncture comme seuls fondements de tous nos maux. Dans les deux cas de figure, nous restons dans une cause inaccessible qui génère une vision de la situation dépourvue de solution. Nous avons du mal à passer du militant adepte au militant adulte ! Cette attitude nous amène à faire circuler des accusations réciproques, à montrer du doigt les montagnes d’imperfections chez l’autre, à désigner des boucs émissaires et à crédibiliser les rumeurs fabriquées par nos adversaires ! Nous sommes pratiquement tous des autodidactes de la politique alors comment travailler avec ces handicaps ? De mon point de vue, nous ne regardons pas assez les solutions qui dépendent de nous-mêmes. Nous attendons toujours que d’autres fassent, que d’autres reconnaissent, que d’autres se repentissent…Et les mêmes comportements produisent naturellement les mêmes résultats.
Pour reprendre l’image du baron de Münchausen, comment se soulever soi-même en se tirant par les cheveux ? Autrement dit, comment arriver à penser autrement que comme nous pensons, à trouver d’autres solutions qui ne sont pas les nôtres, à agir différemment en prenant la dé-mesure de notre narcissisme ? La tâche n’est pas aisée. Nos réactions sont conditionnées par notre façon rigide de percevoir la situation. Elles sont influencées par nos expériences subjectives bases de nos jugements, déterminées par nos propres attentes fondement de nos critères etc. Pour arrêter de persévérer dans l’erreur, est-il possible pour chacun des acteurs clé  de notre cause de travailler sur soi et de revenir à la bonne vieille méthode de trouver des médiateurs et d’accepter des solutions qui risquent d’égratigner son égo, de remettre en question ses comportements névrotiques ? Ce travail est difficile car il nous confronte à notre propre ombre au sens junguien, mais il reste tout de même dans le champ des possibles ! « il y a une sorte de psychanalyse de l’esprit humain qui est la condition d’une lutte organisée. Disons qu’une lutte politique organisée commence par soi-même » nous dit Pierre Bourdieu ou pour reprendre Lounis Aït Menguellet, « wi ibghan ad tseggem, iseggem iman-is ». 
Peut-être faut-il constituer un groupe étoffé de personnalités  neutres et capables de dialoguer en vue d’une interaction entre le FFS, le RCD, le MAK, le CMA, les Achs, les leaders hors cadre structuré, les artistes et qui sais-je encore ? Abdenour Ali Yahia a déjà fait un pas dans ce sens. Il s’agirait de jouer dans un premier temps un rôle de catalyseur, de médiateur et de veiller à ce que tout ce monde soit respecté et écouté. L’idée n’est pas de reprendre le fantasme de l’union comme le claironnent certains mais de réfléchir à comment atteindre une performance collective dans le respect de la spécificité de chacun avec une recherche d’objectifs communs. Comme diraient les systémiciens, comment passer de l’espace problème à l’espace solution ? Nos adversaires réussissent bien leur coalition, est-ce une utopie pour nous autres Kabyles que de passer des accords sur des points consensuels?
La mise en scène présidentielle im-pitoyable qui vient de désigner le chef de l’Etat a montré le paradoxe pathétique kabyle. Toutes les forces politiques qui comptent dans la région ont appelé au boycott, mais une stratégie du chacun pour soi a prévalu à l’ère d’une logique… planétaire! Le résultat est connu. Il faut, en conséquence, rechercher les facteurs possibles de résilience face au burn-out qui frappe la société et touche beaucoup de militants. Je reste convaincu qu’une période post-traumatique est possible dès lors qu’on prendra conscience que la ruine de solidarité qu’on observe est le résultat de notre rapport subjectif à la chose politique. Nous avons trop négligé les enjeux psychiques du militantisme, ils peuvent nous aider à retrouver un fil conducteur pour un nouveau souffle. Pour créer ce cadre, un changement de vision peut s’avérer nécessaire : à la culture  activiste qui est la nôtre, associer celle du résultat. Nos amis d’Amérique du nord et d’Allemagne doivent être bien placés pour nous y sensibiliser. Alors, et seulement alors, nous pourrons faire de la Kabylie une région attractive pour elle-même et d’espoir pour tout le pays !

Hacène HIRECHE
Universitaire http://www.kabyle.com/

31.03.2009

Deux poids, deux mesures ...

AFP 

La Cour de cassation a confirmé mardi la relaxe du président divers gauche de la Région Languedoc-Roussillon Georges Frêche, poursuivi par plusieurs associations pour "injure raciale" après des propos controversés en 2006 sur la communauté harkie.

 

La Cour a estimé que les harkis ne constituaient pas une des communautés protégées par la loi du 29 juillet 1881, relative à la diffamation et à l'injure.

Le 11 février 2006 à Montpellier, lors d'un hommage à un ancien leader pied-noir et sur fond de discussion sur l'article de loi évoquant le rôle "positif" de la colonisation, le président de la communauté d'agglomération de Montpellier s'en était pris à des harkis qui avaient assisté le même jour à une manifestation similaire de l'UMP.

"Vous êtes allés avec les gaullistes (...) Ils ont massacré les vôtres en Algérie (...). Ils les ont égorgés comme des porcs. Vous faites partie de ces harkis qui ont vocation à être cocus jusqu'à la fin des temps (...). Vous êtes des sous-hommes, vous êtes sans honneur", avait lancé M. Frêche à un groupe de harkis, suscitant une vive réaction dans la communauté en France.

Poursuivi pour injure raciale, le président (DVG) de la région Languedoc-Roussillon avait été condamné en janvier 2007 à une amende de 15.000 euros. Mais le 13 septembre 2007, il avait été relaxé par la cour d'appel de Montpellier.

Habitué des écarts de langage, M. Frêche avait été exclu du PS quelques mois plus tôt, après avoir jugé anormale la proportion de Noirs dans l'équipe nationale de football.

Abasourdis par cette décision, l'association Génération Mémoire Harkis, la Ligue des droits de l'Homme et le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) avaient formé un pourvoi en cassation.

Mardi, la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté leur pourvoi, en considérant que les magistrats montpelliérains avaient "exactement apprécié le sens et la portée des propos incriminés".

Dans son arrêt, l'instance judiciaire suprême considère que "la communauté des harkis ne constitue pas un groupe de personnes entrant dans l'une des catégories" énumérées par la loi du 29 juillet 1881, relative à la diffamation et à l'injure.

Une décision choquante pour l'avocat des associations, Me Emmanuel Piwnica. En d'autres termes, regrette-t-il, la Cour de cassation estime que les harkis ne sont "pas un groupe protégé par la loi" sur l'injure, contrairement aux homosexuels par exemple, qui depuis une disposition spécifique dans une loi de 2005, sont eux bien considérés comme une communauté ...

28.03.2009

Nationalité algérienne

Mesdames, messieurs,

nous vous invitons à prendre connaissance de ce qui suit.

Bien sûr, cela n'engage que les adhérents à D'Algérie-Djezaïr, le Mouvement multi-ethnique et pluri-confessionnel que nous avons créé. Il est le fruit de femmes et d'hommes d'expériences qui au-delà de leurs diversités, de leurs divergences de vues, ont fait le choix de se rassembler autour d'un dénominateur commun, et qu'ils offrent en partage.

Il est un chemin encore à défricher. Chemin accompli dans le respect de ceux prêts à le parcourir avec nous et attentifs aux autres sensibilités.

Nous formulons donc l'espérance qu'au-delà d'éventuelles différences d'appréciations, et d'actions, celles-ci s'exprimeront dans un respect réciproque auquel nous sommes attachés.

En effet, quelques soient les sentiments (agréables, indifférents ou même passionnels) que susciteront en vous la lecture des documents joints, sachez que nous avons toujours eu à l'esprit la diversité des mémoires heureuses et douloureuses de ce morceau d'Histoire commune et que nous sommes respectueux de celles-ci.

Quelques soient vos réactions, nous en mesurerons pleinement la dimension car elles appartiendront à notre patrimoine commun de déracinés.

Merci de nous accueillir un petit moment dans votre quotidien.

Bien respectueusement.

Les adhérents à D'Algérie-Djezaïr.



Voilà ce que depuis 15 jours a été envoyé aux médias, aux personnalités, aux citoyens Algériens.... et qui, pour information, nous vaut très majoritairement des échos positifs :

 

Mesdames, messieurs, de la Société Civile en Algérie,

Notre Mouvement, D'Algérie-Djezaïr, souhaite s'adresser aux candidats à l'élection présidentielle, au peuple algérien ainsi qu' à vous-même.

Pour cela, nous prenons ce contact afin de vous faire connaître le texte suivant - "nationalité" -pour en informer le grand public, de même que l'information des éléments l'accompagnant définissant la philosophie de notre Mouvement.

Merci de votre attention et de votre aide.

Respectueuses salutations.

Les adhérents à D'Algérie-Djezaïr

Messieurs les candidats à la Présidence de la République,

nous, adhérents au Mouvement D'Algérie-Djezaïr, sommes particulièrement heureux de vous saisir de cette demande au moment où vous vous préparez à solliciter la confiance du peuple algérien.

Nous sommes persuadés que vous aurez la volonté de donner votre opinion à propos d'un sujet tenant au coeur de chaque algérien. Ceux ayant la nationalité algérienne comme ceux qui auraient voulu pouvoir exercer un véritable choix pour ne pas en être à jamais automatiquement exclus.

Ayant constaté que ces dernières années le Code de la Nationalité avait évolué dans le sens de l'ouverture, nous serions plus heureux si ce Code continuait d'évoluer dans le sens d'une authentique réconciliation historique où tout serait dit entre ceux qui se déchirèrent et se séparèrent hier.

Ce serait alors la concrétisation de ce qui se passe quotidiennement depuis plusieurs années lorsque Pieds-Noirs et Juifs reviennent vers les villes et les villages d'enfance de leur pays où ils sont accueillis dans la liesse d'une fraternité ressurgissante quasi intacte malgré les décennies de rupture.

A l'instar du peuple algérien dont nous nous considérons aussi faire partie, nous serons donc attentifs à vos réactions, à vos réponses à notre démarche que nous aimerions ne pas voir déçue car correspondant de plus, à notre humble avis, au sens de l'évolution humaine dite "mondialisée".

Nous vous présentons, dans l'attente, nos respectueuses salutations.

Les adhérents à D'Algérie-Djezaïr

Attribution automatique de la nationalité algérienne.doc

14.02.2009

Kahena une reine pas comme les autres

 KAHINA.jpg

Kahena, de son vrai nom Dihya ou Damia, est une reine guerrière berbère qui combattit l'expansion islamique en Afrique du Nord au VIIe siècle. Elle est la principale figure, avec Kusayla (chef de la tribus des Awarbas), de la résistance berbère en Afrique du Nord à l'avancée des troupes musulmanes entre 695 à 705.

À l'aube de l'arrivée des Arabes en Afrique du Nord, l'unité politique et administrative de la Berbérie Orientale et Centrale (les Aurès, actuelle Algérie) était en grande partie réalisée par Kusayla. À son décès en 688, Dihya prend la tête de la résistance. Issue de la tribu des Dejrawa, une tribu zénète implantée dans les Aurès (à l'est de l'actuelle Algérie) - comme le furent plusieurs rois (agellid, pluriel igelliden) berbères de Numidie - a été élue ou nommée à cette charge par le conseil de la confédération des tribus. Dihya procéda ainsi à la réunification de nombreuses tribus de l'Afrique du Nord orientale et du Sud.

Histoire selon Ibn Khaldoun

La tribu des Dejrawa était forte et puissante de la confédération des Zénètes. La conquête de l'Afrique du Nord sera ordonnée par Muawiya ( chef de la dynastie Omeyade).

À l'aube de l'arrivée des Arabes en Afrique du Nord, l'unité politique et administrative de la Berbérie Orientale et centrale (les Aurès, actuellement à l'est de l' Algérie et de la Tunisie) était en grande partie réalisée par Kusayla. Par la suite, Kusayla entre en conflit avec Oqba Ibn Nafi Al Fihri. Àprès la mort de Kusayla en 688, Dihya prend la tête de la résistance. Dihya a commandé la tribu des Dejrawas pendant 65 ans, d'après les propos d' Ad Darisi,qui ont été rapporté par Ibn Khadloun, la Dihya a vécu 127 ans. La même source d'Ibn Khaldoun ajoute que Dihya a gouverné l'Ifriqiya pendant 5 années.

Dihiya ordonne la mort de Oqba Ibn Nafi Al Fihri . Les Berbère Tahuda exécutent l'ordre de tuer Oqba Ibn Nafi Al Fihri. La guerre se déclenche entre les Berbères et les Omeyades. La tribu berbère des Banou Ifren Zénète sera la première tribu à défendre les territoires au côté de la Kahina [1].

La Dihya sortira vainqueur et triomphante de cette guerre.

Hassan demandera les renforts musulams. En 693, Après le renforcement des troupes musulmanes, Hassan écrasera les troupes berbère commandés par la Dihya. Cent mille berbères seront masacrés par Hassan dans les Aurès.

La Dihya, surnommé Kahina par quelques historiens arabe, sera tuée par Hassan et ses fils adoptent l'Islam par la suite.

Avant sa mort, elle ordonne à ses fils d'aller rejoindre Hassan.

 Parcours

Alors que les musulmans ont déjà conquis un vaste territoire ils butent sur la résistance des byzantins (chrétiens), implantés essentiellement sur les côtes et en particulier à Carthage et Septum, mais aussi celle des Berbères. Les troupes musulmanes dirigés par Hassan Ibn Numan cherchaient à s'emparer de Carthage pour posséder l'Ifriqiya et se frayer un chemin vers l'Ouest. Le roi Kusayla, les Carthaginois et Dihya se liguèrent pour empêcher ce passage. Carthage finit par tomber aux mains des troupes musulmanes en 695 et Hassan Ibn Numan se fait nommer gouverneur d'Ifriqiya. L'empereur Leonitos récupère Carthage pour trois ans. La seule résistance qui demeurait alors était celle de Dihya. Hassan demandera les renforts musulams. En 693, Après le renforcement des troupes musulmanes, Hassan écrasera les troupes berbère commandés par la Dihya. Cent mille berbères seront masacrés par Hassan dans les Aurès.

À la première bataille, Dihya remporta une victoire sur les troupes d'Ibn Numan à Miskyana, entre Tebessa et Aïn Beïda, dans la région constantinoise) :
Dans la vallée de la rivière, déserte et à sec, la Dihya décide d'y dissimuler son armée pendant la nuit, en partie dans la montagne, en partie derrière, sa cavalerie et ses troupeaux de chameaux, pour prendre en embuscade les troupes d'Ibn Numan. Lorsque les Arabes attaquent, ils sont accueillis par une pluie de flèches tirées entre les jambes des chameaux des Berbères. Les Arabes sont écrasés. Les Aurésiens les poursuivront jusqu’à Gabès. La Dihya vient de remporter sa plus prestigieuse victoire, celle de la Meskiana, qu'on appellera « La bataille des chameaux », et parvient à repousser les troupes du Calife jusqu'en Tripolitaine. Ibn Numan sera à nouveau battu en 695 prés de Tabarqa par la Dihya.

Ibn Numan reporta ses efforts sur Carthage en 699, qu'il reprend, avec la maitrise des mers et du bassin occidental de la Méditerranée. Il demanda alors un supplément d'hommes au calife Ibn Marwan pour s'attaquer aux Aurès, seul rempart restant. Sachant sa défaite imminente, Dihya fit pratiquer la politique de la terre brûlée en vue de dissuader l'envahisseur de s'approprier les terres, s'aliénant par là une partie de son peuple : Berbères sédentaires citadins, nomades et des campagnes.

Kahena s'engagea une dernière fois dans la bataille en 702 à Tabarqa. La défaite des troupes de Dihya est en partie due à la trahison par Khalid, jeune Arabe que la reine avait épargné et adopté selon la coutume de l'anaïa (« protection ») en vigueur chez les anciens Berbères [réf. nécessaire][2].

Faite prisionnière, Dyhia fut décapitée, et sa tête apportée au calife. Ses deux fils, Ifran et Yezdia, sont forcés de se convertir à l'islam et rejoignent les troupes maures en partance pour l'Espagne. Elle eut également une fille nommé Khenchela.

Divergences historiques

Le rôle joué par Dahia a constitué un enjeu considérable pour ses commentateurs. Les sources que nous avons sur Kahina, symbole indirectement du frein à l'expansion musulmane, proviennent en grande partie des historiens musulmans. C'est donc pour certains d'entre eux, sur des arrière-pensées et vues politiques que sont basées leurs affirmations. Cela est d'autant plus difficiles à vérifier que les autres sources sont rares.

Véritable nom

Son véritable nom reste inconnu[réf. nécessaire]. Elle s'appelait peut être Kahena, Kahya, Dihya (Dihya bent Matya bent Tifane), ou Damya.

En effet, cet élément fait objet de nombreuses interprétations idéologiques, ainsi le surnom de Kahina, qui signifierait en un sens « sorcière », car décrite comme un personnage haïssable par certains historiens musulmans[réf. nécessaire], comme Ibn Ben Attir et Le Bayan [réf. nécessaire]. Mais le sens n'est probablement pas péjoratif, puisqu'à l'origine, ce terme dérive de l'hébreu "Cahen, Cohen" qui signifie prêtresse et du grec être pure. Ces mêmes historiens rapportent que son vrai nom serait Dihya.

De même le surnom Damya, dérivé du verbe amazigh edmy signifie « devineresse », « prophétesse ». Dihya, en berbère signifie « la belle ». Elle fut souvent appelée Reine Dihya Tadmayt/Tadmut (« La belle Reine gazelle »).

Religion

La religion de cette Berbère, d'origine noble et descendante probablement d'une longue lignée royale des Aurès, n'est pas établie de manière sûre. Était-elle chrétienne ? Animiste ? Les sources historiques apportent des témoignages bien divergents.

Selon l'historien et géographe français, le professeur Émile Félix Gauthier : « Les Djeraouas ne sont plus des chrétiens comme les Aurébas, mais bien des juifs ». Auparavant, Strabon avait témoigné à l'époque romaine que les juifs étaient nombreux en Afrique du Nord. Certains y étaient venus librement au fil des siècles avec les phéniciens, dès le temps des Carthaginois, tandis que d'autres y avaient été déportés par Trajan, après avoir tenu tête en Cyrénaïque aux légions romaines. Ainsi avaient-ils participé à la conversion de nombreuses tribus berbères.

Certains (c'est le cas de Gabriel Camps dans son livre Berbères - Au marges de l'histoire) pensent que Dihya était chrétienne parce qu'elle était la fille de Matya lui-même fils de Tifan. Des noms qui seraient les déformations de Matthieu (comme l'Apôtre) et Théophane (repris par de nombreux Saints chrétiens). Aussi le christianisme était largement répandu, une grande partie des populations berbères du nord avaient été christianisés sous l'empire romain.

D'autres laissent entendre que Dihya aurait pû être animiste sans pouvoir pour autant préciser de quel culte il s'agirait, les Berbères ayant été païens avant l'arrivée du christianisme. Ainsi, la signification prêtresse et être pure de son nom Kahena, correspondrait à une tradition animiste en Afrique du Nord, selon laquelle les prêtresses subiraient un rituel de purification.
En prenant pour exemple la reine touareg Tin Hinan que l'on supposait, de la même manière, chrétienne, alors que la découverte récente de son tombeau laisse penser qu'elle était animiste.

Politique de la terre brûlée

L'historiographie a également mis l'accent sur la politique de la terre brûlée qui aurait été pratiquée sous la Kahena, d'après Ibn Khaldoun, Ibn El Athir et Le Bayan, ce qui aurait motivé le mécontentement des cultivateurs de la côte. Cette version est contestée par certains selon lesquels, il se serait agi, pour les historiens musulmans, de discréditer la reine berbère hostile à l'expansion musulmane : des villes et des villages auraient certes effectivement été brûlés, mais cela s'expliquerait non par l'invasion arabe, mais par le fait que l'Afrique du Nord, depuis la chute de l'empire romain d'Occident, était le théâtre d'affrontements entre Byzantins et autochtones, voire entre Berbères nomades et sédentaires.

Archéologie

En Algérie, dans la région des Aurès, aucune étude sérieuse n'a été entreprise à ce jour. Mais depuis 2006, les autorités algérienne affirment entreprendre des recherches[3]. En Tunisie, le seul endroit qui témoigne de l'existence de cette femme est l'amphithéâtre d'El Djem[4].

Anecdotes

Entre l'antique Thevest romaine (aujourd'hui Tebessa) et l'agglomération de Bir El Ater se trouve un puits appelé « Bir el kahina » (le puits de la kahina), en référence ou en souvenir du lieu où elle aurait été tuée. À Baghaï, actuellement petit village à une vingtaine de kilomètres de Khenchela, les habitants désignent certaines ruines anciennes comme étant les ruines du « palais de la Kahina ».
Le nom de la rivière Meskian, où Kahina y remporta sa première victoire contre le général Ibn Numan, ainsi que celui du village de Meskiana qu'elle traverse, viendrait des mots berbères Mis n Kahina qui signifie « les fils de Kahina ».
Certains berbères chaouis des Aurès disent qu'ils ont le « nez de la Kahina » qui d'une grande beauté aurait eu, un peu comme Cleopâtre, un nez particulier, mais cette fois non pas long mais doté d'une petite bosse.
Dans toute la region des Aurès, le nom Diyya est assez courant chez les chaouis. Aussi, le personnage historique de Dihya est devenue de nos jours un symbole, aux cotés de Massinissa et de Jugurtha, etc. La tradition orale des chaouis ne donne pas beaucoup de renseignements précis sur tout le parcours historique de la Kahina ni même sur sa tribu des Dejrawa ni d'ailleurs sur les Zénètes ni des Houaras ni des Aurébas.

Notes et références

   1.  Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères , partie des Zénètes , traduit par Slane, édition Berti, Alger 2003
   2.  L'Anaïa était accordée obligatoirement à toute personne qui en faisait la demande. Par exemple, le roi Massinissa l'avait accordée à ceux qui furent au départ ses ennemis (Meztul, Lacumazes, Sophonisbe, etc).
   3.  « Khenchela, Hommage à El Kahina », Le Soir d'Algérie.
   4.  « Inscriptions de l'Amphithéâtre d'El-Djem (1), (Tunisie) », Revue Africaine, Octobre 1856 - N°01.

 Bibliographie [modifier]

    Voir références sur Dihya/Dimya (Kahina) sur http://www.mondeberbere.com/

    * Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères (traduit de l'arabe par le Baron de Slane), Tome I, Alger, 1852-1856, p.208.
    * Émile Félix Gauthier, Les Siècles obscurs du Maghreb, Payot, Paris, 1927, p.245.
    * André Chouraqui, "Histoire des Juifs d'Afrique du Nord" PUF, Paris, 1952.
    * Nabile Farès, Mémoire de l'absent, Éditions du Seuil, Paris, 1974.
    * Tahar Djaout, L'Invention du désert, Éditions du Seuil, Paris, 1987, pp. 31-33.
    * Gisèle Halimi, La Kahina (roman), Plon, 5 octobre 2006.

AFRICTICE.NET

10.02.2009

Massacre de Berriane, la vidéo qui prouve l’existence d’un complot contre le peuple algérien (vidéo)


Chaque fois que nous avions tenté de démontrer que le régime qui nous dirige est composé de malfaiteurs qui tentent de déstabiliser le pays, pour mieux s’imposer à nous, on nous a traité de farfelus qui gonflent et exagèrent les évènements, et qui lancent des accusations gratuites.

Cela a été le cas lorsque nous avons alerté notre peuple sur la construction d’une base militaire américaine à son insu, jusqu’à ce qu’il découvre que la CIA avait un bureau à Alger, dont les locaux lui avaient été loués par un baron du régime...

LIRE LA SUITE : http://www.mecanopolis.org/?p=3634

02.12.2008

Le coup de gueule d’un écrivain algérien

Ancien haut fonctionnaire devenu romancier et aujourd’hui pamphlétaire, l’auteur du Serment des barbares et de Poste restante : Alger dresse contre son pays un impitoyable réquisitoire dicté autant par la colère que par l’espoir. Pouvoir, islamistes, société civile ou intellectuels, personne n’échappe à ce jeu de massacre.

Il y a dans la vie et la carrière de Boualem Sansal (57 ans) un avant et un après. Tout bascule à la fin des années 1990. Jusque-là, il s’est exclusivement passionné pour les théories économiques et les turboréacteurs. Il est haut fonctionnaire au ministère algérien de l’Industrie. Et puis, à près de 50 ans, sous le choc de l’atroce guerre civile qui dévaste son pays, il se lance dans l’écriture. En 1999, il adresse par la poste à l’éditeur français Gallimard le manuscrit d’un roman. Le Serment des barbares - c’est le titre de cet ovni littéraire - est aussitôt accepté et connaît un succès considérable. En France et dans le monde entier. Il sera suivi de trois autres œuvres de fiction : L’Enfant fou de l’arbre creux (2000), Dis-moi le Paradis (2003) et Harraga (2005), qui sont autant de témoignages impitoyables sur la société algérienne d’aujourd’hui. On imagine aisément qu’en découvrant l’œuvre littéraire de ce grand commis de l’État sa hiérarchie n’ait pas été transportée d’enthousiasme. En 2003, à la suite d’une énième interview, il est limogé de la fonction publique.

Avec la publication, toujours chez Gallimard, de Poste restante : Alger. Lettres de colère et d’espoir à mes compatriotes, Boualem Sansal s’essaie aujourd’hui à un nouveau genre, le pamphlet. Nouveauté relative, d’ailleurs, puisque ses romans ne sont évidemment pas dépourvus de cette dimension. Poste restante - c’est la loi du genre - ne fait pas dans la dentelle. Sansal s’y livre à un véritable jeu de massacre contre les mythes fondateurs de la République algérienne démocratique et populaire, des « constantes nationales » à la « famille révolutionnaire ». Il n’épargne ni les jeunes émeutiers d’aujourd’hui, ni la passivité - pour ne pas dire la complicité - d’une large fraction des intellectuels et de la société civile. Bref, c’est le coup de gueule d’un écrivain tout à la fois contre le pouvoir et contre les islamistes. Contre la télé et contre la mosquée. Contre l’arabité et contre le pétrole. Contre l’amnistie et contre l’oubli. À peine sortie d’un conflit qui a officiellement provoqué la mort de deux cent mille de ses ressortissants, dont vingt-cinq mille insurgés islamistes, l’Algérie aborde une période cruciale de son histoire avec l’entrée en vigueur, le 1er mars, de la Charte sur la paix et la réconciliation, cette sorte de « paix des braves » à l’algérienne. Solution politique pour les uns, consécration de l’impunité pour les autres, la réconciliation nationale n’a jamais été sérieusement débattue dans le pays. Raison de plus pour y revenir avec Boualem Sansal, qui improvise ici sur une série de thèmes que nous lui avons proposés.

Ch.O Le coup de gueule d’un écrivain Par Boualem Sansal

(JPG) L’islamisme, c’est comme un gaz. Il occupe tout le volume disponible. Par effet de pression, il chasse tout ce qui est différent de lui. Les islamistes prennent peu à peu le contrôle de tous les domaines : l’économie, le culturel, le social... Depuis le retour de Bouteflika de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris, ils multiplient les demandes comme s’ils voulaient achever rapidement on ne sait quelle course. Ces derniers jours, ils paraissent pris de folie et ça leur réussit ! Ils ont réclamé la fermeture des écoles privées qui enseignent en français, et ils l’ont obtenue. Ils ont réclamé la suppression de la Star Ac’, et ils l’ont obtenue. Ils ont exigé que la télé et la radio diffusent les appels à la prière, et ils l’ont obtenu. Ça marche d’autant mieux que la société civile qui se réclame de la démocratie reste remarquablement silencieuse.

Dès lors, la question qui se pose est la suivante : le président Bouteflika est-il dans l’incapacité de s’y opposer, lui qui s’est tant démené pour donner de lui à l’étranger l’image d’un démocrate fort et intransigeant ? Ou est-il en train de passer discrètement la main aux islamistes, comme on fait une donation à ses héritiers ?

La télé est devenue une annexe de la mosquée. Je veux dire par là que l’Algérie est déjà une immense mosquée et que le gouvernement se comporte désormais comme un imam en chef. Le mot « religion » renvoie à la foi, à la spiritualité, aux grandes angoisses de l’humanité, à ses doutes immémoriaux, à ses pathétiques tentatives pour parvenir à quelques certitudes qui lui permettent de tenir le coup.

Est-ce le cas en Algérie ?

Non, la religion y est dévoyée, elle n’est plus qu’une idéologie de bazar, un poison qui a ruiné notre pays, détruit ses valeurs morales et compromis son avenir. Regardez notre télé, écoutez les prêches des imams, lisez les discours des responsables politiques et vous comprendrez la nature de cette religion qu’on nous force à ingurgiter avec tant d’arrogance. Favoriser l’acculturation, c’est ainsi que les fascismes ont toujours procédé.

Cette paix qui nous dépouille de notre citoyenneté…

La religion n’est pas seule à avoir été dévoyée. Les mots, qui, comme chacun sait, sont trompeurs, l’ont été eux aussi.

Qu’est-ce que c’est que cette réconciliation entre malfaiteurs qui se fait sur le dos des victimes ? Qu’est-ce que c’est que cette paix qui nous dépouille de notre citoyenneté et nous promet l’humiliation pour le restant de nos jours ? Qu’est-ce que c’est que cette justice qui interdit à la victime de lever ne serait-ce que le regard sur son ancien bourreau ? Au nom de la réconciliation, le droit, la justice, la vérité ont changé de camp, ils sont du côté des tueurs et des malfaisants. Hier, les intellectuels étaient la cible des terroristes islamistes. Hier, on leur coupait la tête.

Aujourd’hui, on leur coupe la langue et les vivres, on les marginalise, on les culpabilise, on les traite de hizb frança [parti de la France] et de traîtres à la nation. Bref, on les accuse de tous les maux. Que faire quand n’existe plus aucune issue et que la surveillance autour de vous se renforce de jour en jour ? Vous vous taisez ou vous vous exilez. Notre élite est partie à l’étranger, en France et au Canada principalement. Ceux qui sont restés vivent un exil intérieur sans fin, qui les stérilise et en fait des aigris. Il ne fait pas bon être un intellectuel sous le soleil d’Alger.

Mais le silence des hommes de culture est quand même assourdissant. Ils ne parlent plus, ils n’écrivent plus, on se demande même s’ils respirent.

L’imposture arabo-musulmane

Le pouvoir algérien a une définition définitive et intemporelle, c’est-à-dire totalitaire, de l’identité algérienne. « Nous sommes arabes et musulmans, nous l’avons toujours été et le resterons jusqu’à la fin des temps », point. Voilà ce qui est dit et répété à longueur de discours officiels, avec une véhémence qui frise l’insulte. Cela devrait suffire à clore le débat, mais il n’en est rien : l’Algérien ne cesse de se demander ce qu’il a été, ce qu’il est devenu et ce qu’il sera à l’avenir. Plus il découvre son histoire et la place de son pays dans le monde - un vaste village ouvert aux quatre vents -, et plus il s’interroge. Hélas ! à un excès dans un sens répond un excès dans le sens opposé. On se souvient des revendications berbéristes radicales qui ont secoué certaines régions d’Algérie - la Kabylie, les Aurès, le Mzab - et de la répression qui s’est ensuivie. Au choc des idées nous avons préféré le choc des ignorances.

Résultat : nous voilà embarqués dans un processus bête et méchant qui sera fatal à l’unité nationale, par ailleurs fortement mise à mal par les politiques économiques, sociales et culturelles du gouvernement. Comme tous les pays de la Méditerranée, et singulièrement le Maghreb, l’Algérie a toujours été un carrefour où se sont croisés l’Orient, l’Occident et l’Afrique. La ramener à une seule dimension revient à la mutiler, à faire de la répression le mode de gestion des revendications légitimes des populations. Pourrons-nous un jour aborder tranquillement ces thèmes (l’identité, la religion, la langue, la culture) sans nous renier, sans nous anathématiser les uns les autres, sans prendre les armes ? Oui, sans doute, un jour, lorsque l’Algérie aura pleinement accédé à la démocratie. Le FLN a privatisé la mémoire collective « Dormez tranquilles, bonnes gens, on s’occupe de tout ! » Voilà ce que nous répète le FLN depuis ce jour fameux où l’Algérie a enfin accédé à l’indépendance. L’enthousiasme était grand, à l’époque, nous pouvions nous permettre d’être naïfs : nous l’avons cru. Le Guide a si bien fait son travail que nous voilà confrontés à une atroce guerre civile, à la ruine économique, au désordre institutionnel et, pour les plus atteints d’entre nous, à la démence pure et simple. En ne comptant que les terroristes islamistes présents dans les maquis et ceux qui viennent d’être graciés, l’Algérie compte aujourd’hui l’un des taux de criminels et de racketteurs au kilomètre carré parmi les plus élevés au monde. Et il faut y ajouter les criminels de droit commun, de plus en plus nombreux. Le pays réel est dans un état de délabrement indescriptible. En vérité, le mal est plus profond. À elles seules, la mauvaise gestion et l’incompétence du Guide n’auraient pas abouti à un tel résultat. Nous y avons massivement contribué. En s’emparant de notre conscience et de notre mémoire, le FLN a fait de nous des militants enragés qui répondaient au doigt et à l’œil à ses directives. Se libérer du FLN, c’est d’abord se libérer du clone qu’il a réussi à installer en chacun de nous. La partie n’est pas gagnée. Le président a parfaitement su renouveler le discours primitif du FLN. Aujourd’hui, les nouvelles élites boivent ses paroles comme on déguste un nectar.

Un mythe chasse l’autre

Le mythe du million et demi de martyrs de la guerre de libération est loin, très loin d’être le seul. Le pouvoir en a inventé pour toutes les circonstances. Souvenez-vous de la « Démocratie responsable », du « Combattant suprême », de l’Algérie « championne du Nouvel ordre mondial », de la « Famille révolutionnaire », des Constantes nationales, etc.

J’aimerais savoir qui a décrété que la guerre d’Algérie a fait 1,5 million de morts. Est-ce que les Algériens abattus par le FLN pour avoir fumé, chiqué, bu, fréquenté des Français ou refusé de payer l’impôt du djihad sont comptabilisés ? Si tel n’est pas le cas, le bilan est incomplet. Nous connaissons à peu près le nombre des victimes de l’armée française et celui des Français tués par le FLN/ALN, mais quid des autres ? Pertes et profits ? Ou s’agit-il, comme aujourd’hui, de simples « disparus » ?

Il appartient aux historiens de nous dire ce qu’il en est. Quoi qu’il en soit, la guerre d’Algérie a fait beaucoup trop de morts. Les dégâts et les traumatismes ont été considérables. La preuve est là : quarante-quatre ans après l’indépendance, l’Algérie et la France ne sont toujours pas parvenues à instaurer entre elles des relations apaisées. Seule la parfaite connaissance de notre histoire commune nous permettra d’atteindre ce but. Les mensonges, les faux-semblants et les contrevérités ne sont d’aucune utilité. Voulez-vous un autre mythe ? En 1962, il y avait quarante mille anciens combattants vivants. En 2006, alors que la guerre est finie depuis près d’un demi-siècle, nous en avons dix fois plus, quatre cent mille, dont la plupart sont nés un peu avant ou un peu après le cessez-le-feu.

Ils forment ce que le discours officiel désigne sous le vocable de « Famille révolutionnaire ». Après une guerre, il y a toujours une bataille de chiffres. Est-ce affaire de statut et d’indemnisation ? Une manière de se dédouaner ? Est-ce pour mieux culpabiliser l’autre ? Dieu seul le sait.

Le pétrole, bénédiction ou malédiction ?

Le pétrole est une richesse naturelle comme les autres. C’est ce que l’on en fait qui compte. Si l’argent qu’il procure est mis au service d’un vrai développement, le pétrole est une bénédiction. S’il est utilisé pour infantiliser le peuple et l’asservir, c’est une terrible malédiction. Nous sommes, hélas ! dans ce dernier cas de figure. L’Algérie est riche, son peuple est pauvre, et l’écart s’agrandit de jour en jour. Chaque fois que le prix du baril monte d’un point à la Bourse, le peuple descend d’une marche l’escalier de la misère. La classe moyenne est la plus durement touchée. À cela s’ajoute la mauvaise gestion : plus aucun mécanisme d’amortissement ne fonctionne. Le gouvernement ne réagit même plus, sinon par la répression, devant les émeutes qui se multiplient dangereusement dans tout le pays et jusque dans les faubourgs de la capitale.

Les conséquences sont parfaitement visibles : remontée de l’islamisme militant, accroissement vertigineux de la délinquance, du grand banditisme, du suicide, de la corruption, etc.

Il n’y a pire malédiction pour le peuple que de vivre sous la férule d’une caste dirigeante aveugle et insensible ayant sous la main un pactole faramineux.

Les Algériens ? Un peuple de râleurs

Oui, je le dirais comme ça : on râle pour râler. Nous n’avons pas atteint le stade de ces peuples qui ont appris à mettre leur colère au service d’une refondation des rapports sociaux, au profit de tous. Nos réactions restent très primaires. On s’énerve, on déborde aussitôt, on casse tout, on brûle et on rentre chez soi, la queue entre les pattes. Et puis, on accumule de nouvelles frustrations qui alimenteront de futures colères. C’est assez peu productif. D’autant que la police est maintenant bien équipée et qu’elle a appris à mater ces mouvements de foule spontanés et désordonnés. L’étape suivante devrait nous permettre de capitaliser nos démarches, de les organiser dans un processus positif : on râle, puis on se regroupe, on parle, on analyse les tenants et les aboutissants, on hiérarchise nos actions, on revendique, on manifeste, on maintient la pression sur les décideurs jusqu’à obtention de nos droits.

Propos recueillis par Farid Alilat

13.11.2008

ALGERIE : un coup d‘état déguisé

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C’est “un coup d‘état déguisé”, crie l’opposition algérienne après la décision du parlement d’autoriser la réélection de Bouteflika. Hier, à une écrasante majorité, 500 contre 21, députés et sénateurs ont adopté une réforme constitutionnelle qui ouvre la voie à un troisième mandat pour Abdelaziz Bouteflika.

Le chef de l’Etat algérien a été élu en 1999 avec le soutien de l’armée, puis réélu en 2004. L’opposition dénonce une tentative de s’incruster au pouvoir : “Nous sommes face à un coup d‘état déguisé, explique Said Saadi, l’un des rares à avoir voté contre, c’est pourquoi, en tant qu’opposition, nous devons nous mobiliser."

Le 12 novembre restera une journée noire dans l’histoire de l’Algérie indépendante.”
Pour cette réforme, rajoute Louisa Hanoune, "le peuple devrait avoir le droit de donner son avis, pour avoir plus de contrôle, de pouvoir, comme ça se passe dans tous les pays du monde.”

La prochaine présidentielle, c’est avril 2009. Abdelaziz Bouteflika, 71 ans, n’a pas encore dit s’il se représenterait, mais pour ses opposants, depuis hier, cela ne fait plus aucun doute.

04.10.2008

Document choc : Entretien avec Ayman Al-Zawahiri coordonné par le Centre Médiatique Al Fajr et la Production Médiatique As-Sahab

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Transcription française :

RafidaynCenter Publications

 

Au nom d’Allah, et toutes les louanges sont à Allah, que les prières et la paix soient sur le Messager d’Allah, sur sa famille, ses compagnons et ses alliés.

Mes frères Musulmans de toute part: que la paix soit sur vous ainsi que la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions.

En outre:

Je remercie tous ceux qui ont porté un intérêt à l’invitation d’as-Sahab pour une rencontre ouverte avec moi, et je remercie particulièrement les soldats inconnus assignés à nos lignes de front dans le média Jihadique. Qu’Allah les récompense pour les efforts qu’ils ont accompli pour cette rencontre, et j’espère qu’Allah nous guidera dans ce qu’Il aime et dans ce dont Il est satisfait, et que les questionneurs en trouveront un bénéfice pour eux-mêmes. Et j’espère que ceux qui ont envoyé des questions n’ont pas été contrariés par l’attente entre le moment où ils ont posé les questions et la publication des réponses. Allah sait que j’ai fait de mon mieux pour répondre rapidement aux questions, mais il y a certaines circonstances qui s’imposent, par exemple, l’insistance des frères qui se chargent de la sécurité sur le fait que certaines procédures peuvent être suivies en communication, et - par exemple - ma préférence à donner priorité sur toute autre réalisation à la production du livre « L’Exonération », qui répond aux ambiguïtés de ce qui fut appelé le « document de la guidance du Jihad », ou - après examen - le « document mettre le Jihad à genoux ». Et louange à Allah pour avoir rendu ceci possible, et auprès de Lui nous cherchons de l’aide pour toutes les bonnes choses.

J’avais l’intention auparavant, à l’arrivée des questions, de répondre à chacune d’entre elles qui m’atteindraient, à l’exception de deux types de questions: celles qui concernent les divergences personnelles et les querelles, et celles qui concernent les affaires de sécurité. Cependant, j’ai vu que les frères m’ont honoré avec un flot de questions auxquelles je ne peux répondre entièrement. J’ai donc cherché la guidance d’Allah et j’ai choisit parmi elles 90 questions, qui en réalité dépassent les 100, car beaucoup de questionneurs en ont posé plusieurs. Je pense que celles que j’ai sélectionnées sont les plus importantes questions, et je pense que les réponses répondent à la plupart des questionneurs, car il y a beaucoup de questions qui se répètent. Celui qui écoute et celui qui lit remarquera que j’ai donné plus de place aux questions des opposants, en dépit du fait qu’elles soient moins nombreuses que celles des supporteurs, et ce dans le but d’encourager les opposants à éclaircir leurs objections afin d’y répondre et de réfuter et que les preuves des Moujahidines soient montrées.

A la vue du grand nombre de questions, j’ai jugé bon  de répandre mes réponses dans deux fascicules. Je commence avec le premier fascicule, et je dis, en cherchant l’aide d’Allah:

Dans un premier temps, je répondrais en détail, puis je mentionnerais les questions qui se répètent et celles qui sont similaires auxquelles j’ai déjà répondu.

J’ai aussi divisé les questions en groupes autant que possible, car le questionneur peut poser plusieurs questions sur plus d’un sujet.

Et c’est pour Allah que nous œuvrons et c’est Lui qui guide dans le chemin. Je n’ai aucun pouvoir d’accomplir quoi que ce soit si ce n’est à travers Allah. En Lui je place ma confiance et c’est vers Lui que je me tourne.

Je commence avec le premier groupe, qui concerne le meurtre d’innocents.

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06.09.2008

Qaïdate Al-Jihad Fil Maghreb Al-Islami : deux communiqués et un document vidéo

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