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allemagne

  • Sophie Scholl : Die Weiße Rose

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    Le groupe de La Rose blanche ( Die Weiße Rose ) était composé de cinq étudiants et d'un de leurs professeurs. Après avoir lancé des tracts dans la cour intérieure de l’université de Munich, Sophie Scholl est dénoncée à la Gestapo et est arrêtée avec son frère Hans le 18 février 1943. Conduite devant le« Tribunal du peuple », elle est condamnée à mort après un procès mené en trois heures seulement. Au cours du procès, Sophie dont la défense touchante sonne comme un appel au courage civil "Zivilcourage" en allemand , fait face avec un courage inébranlable et déclare :

    « Ce que nous avons dit et écrit, beaucoup le pensent. Mais ils n’osent pas l’exprimer. »

    C'est Freisler lui-même, le chef du Tribunal du peuple, venu spécialement de Berlin, qui annonce la sentence pour faits de « haute trahison, propagande subversive, complicité avec l'ennemi et démoralisation des forces militaires ». Elle sera guillotinée le jour même le 22 février1943 à Munich, et cela malgré la législation allemande qui imposait un délai de 99 jours avant l'exécution d'un condamné.

    « Le local d'exécution était situé à l'abri des regards et des intrus. La guillotine (die Fallschwertmaschine) était cachée derrière un rideau noir, et en état de marche. A 17 heures, deux gardiens amenèrent la condamnée. »

    «Le préposé à l'exécution rappelle son identité et lui lit la sentence, puis la remet entre les mains du bourreau. Les employés du bourreau la conduisent devant la guillotine et la font glisser sous le couperet.»

    Le procès-verbal mentionne aussi que « la condamnée était tranquille et sereine ». Sophie Scholl, héroïne de 20 ans, exemplaire de courage et de foi mérite d'être connue, aimée, admirée.

  • Karl Haushofer

    1101733032201.jpgNé le 27 août 1869 à Munich, Karl Haushofer choisit la carrière militaire dès 1887. Officier d'artillerie dans l'armée bavaroise en 1890, il épouse le 8 juillet 1896, Martha Mayer-Doss, issue d'une famille d'origine israélite de Munich. Elle lui donnera deux fils, Albrecht (né en 1903) et Heinz (né en 1906). Gravissant rapidement tous les échelons de la hiérarchie militaire, Haushofer devient professeur à l'Académie de guerre en 1904. En octobre 1908, il est envoyé au Japon pour y organiser l'armée impériale. Il rencontre en Inde Lord Kitchener, qui lui prédit que tout affrontement entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne coûtera aux deux puissances leurs positions dans le Pacifique au profit des Etats-Unis et du Japon; remarque prophétique que Haushofer retiendra toujours, surtout quand il élaborera ses thèses sur l'aire pacifique. Après son long périple, il est affecté au Régiment d'artillerie de campagne de la 16ième Division japonaise. Le 19 novembre 1909, il est présenté à l'Empereur Mutsuhito (1852-1912), initiateur de l'ère Meiji, et à l'Impératrice Haruko. En retournant en Allemagne, il passe par la Sibérie en empruntant le transsibérien, se rendant compte de visu des immensités continentales de l'Eurasie russe. En 1913, paraît son premier ouvrage destiné au grand public, Dai Nihon (le Grand Japon), bilan de son expérience japonaise qui connaîtra un vif succès. En avril 1913, il commence à suivre les cours de géographie à l'Université de Munich, en vue d'obtenir le titre de docteur qu'il obtiendra de fait sous le patronage du Professeur August von Drygalski. Mobilisé en 1914, il part d'abord pour le front occidental, où il combattra en Lorraine et en Picardie. En 1915, il est déplacé en Galicie pour revenir rapidement en Alsace et en Champagne. En 1916, il est dans les Carpates. Il termine la guerre en Alsace. Pendant les hostilités, sa pensée (géo)politique se précise: les historiens anglais Macaulay et Gibbon, le théoricien allemand de la politique Albrecht Roscher lui donnent le cadre où s'inscriront ses réflexions historiques et politiques tandis que Ratzel et Kjellen lui procurent l'armature de sa pensée géographique. Après l'armistice, il est nommé commandeur de la 1ière Brigade d'artillerie bavaroise. Il se réinscrit à l'université, présente une thèse sur les mers intérieures du Japon (17 juillet 1919), est nommé professeur de géographie à Munich et donne son premier cours sur l'anthropogéographie de l'Asie orientale. Il fait la connaissance de Rudolf Hess le 4 avril 1919; une amitié indéfectible liera les deux hommes. En tant que dirigeant national-socialiste, Hess étendra toujours son aile protectrice sur l'épouse de Haushofer, descendante par son père d'une vieille lignée sépharade, et sur ses fils, considérés comme "demi-juifs" après la promulgation des lois de Nuremberg.
    Pendant les années 20, Haushofer fonde la célèbre Zeitschrift für Geopolitik (Revue de géopolitique), destinée à donner aux diplomates allemands une conscience pratique des mouvements politiques, économiques et sociaux qui animent le monde. Les plus grands spécialistes des relations internationales y ont collaboré, dès la parution du premier numéro en janvier 1924. Parallèlement à cette activité, il organise une association, le Verein für das Deutschtum im Ausland (Association pour les Allemands de l'étranger), qui se donne pour but de défendre et d'illustrer la culture des minorités allemandes en dehors du Reich. Dès 1923, Haushofer accepte d'organiser les travaux préparatoires à la fondation d'une "Académie allemande", pendant des académies française, italienne et suédoise. Cette académie sera officiellement fondée le 5 mai 1925. En 1927, paraît à Berlin son étude magistrale sur les frontières. Pendant cette décennie, Haushofer rencontre plusieurs personnages importants: Ludendorff, Spengler, les Colonels et diplomates japonais Kashyi, Oshima et Koozuki, l'Amiral Tirpitz, le Général suisse U. Wille, le Cardinal Schulte (Cologne), Konrad Adenauer, Hitler et le Comte Coudenhove-Kalergi, fondateur du concept de "Paneurope".
    Ses fils entament une brillante carrière; l'aîné, Albrecht, fait un voyage au Brésil après avoir acquis son titre de docteur en philosophie à Munich. Il sera le secrétaire de son père pendant les travaux préparatoires à la fondation de l'"Académie allemande", puis deviendra le secrétaire de la Gesellschaft für Erdkunde (Société de géographie) de Berlin. Le cadet, Heinz, obtient son diplôme d'ingénieur agronome.
    En 1930, Karl Haushofer devient Fellow de l'American Geographical Society. Il effectue de nombreuses tournées de conférences en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Italie et dans les Pays Baltes. Le 10 mars 1933, un commando national-socialiste perquisitionne la maison des Haushofer à la recherche d'armes. Jouissant de la protection de Hess, qui leur accorde une "lettre de protection" le 19 août 1933, Haushofer et ses fils conservent leurs postes universitaires et en acquièrent de nouveaux, malgré les protestations des "enragés" à propos de l'ascendance de leur épouse et mère. Le 11 mars 1934, Haushofer est nommé Président de l'"Académie allemande". Il le restera jusqu'en avril 1937. Au cours de cette décennie marquée par l'hitlérisme, Haushofer rencontre, outre les dignitaires du nouveau régime, dont Hitler lui-même, l'historien Hans Kohn, le maire indépendantiste indien de Calcutta, Subra Chandra Bose, le Premier ministre hongrois Gömbös, l'ambassadeur à Rome Ulrich von Hassell, Monseigneur Hudal, Pie XI, Konrad Henlein, le leader des Allemands des Sudètes, l'ambassadeur du Japon, le Comte Mushakoji, l'Amiral Canaris, le Cardinal Pacelli, etc.
    C'est surtout son fils aîné, Albrecht Haushofer, qui occupe une place importante dans la diplomatie allemande à partir de 1935. Cette année-là, de février à décembre, Albrecht effectue, pour le compte de la diplomatie allemande, six voyages en Angleterre. Il y retourne l'année suivante. En 1936 toujours, il est envoyé pour une "mission secrète" à Prague et rencontre Benes. En 1937, il est aux Etats-Unis et au Japon.
    Quand la guerre éclate, Haushofer entre dans une profonde dépression: il avait voulu l'éviter. Mais le sort de la famille est scellé quand Hess s'envole vers l'Angleterre en mai 1941. Albrecht est arrêté à Berlin et Karl Haushofer est convoqué à la Gestapo. En 1944, après l'attentat manqué du 20 juillet contre Hitler, la Gestapo perquisitionne la maison du géopoliticien et l'interne à Dachau. Albrecht Haushofer entre dans la clandestinité et n'est arrêté qu'en décembre. Heinz, le cadet, est enfermé à la prison de Moabit à Berlin avec sa femme. Le 22 ou le 23 avril 1945, un commando exécute Albrecht d'une balle dans la nuque. Heinz est libéré.
    Après l'effondrement du IIIième Reich, Haushofer est interrogé par des officiers américains, parmi lesquels le Professeur Walsh qui tente de le protéger. Le 21 novembre 1945, un décret des autorités d'occupation américaines lui retire son titre de professeur honoraire et ses droits à une pension. Déprimés, Martha et Karl Haushofer se suicident le 10 mars 1946.
    La géopolitique de Haushofer était essentiellement anti-impérialiste, dans le sens où elle s'opposait aux menées conquérantes des puissances thalassocratiques anglo-saxonnes. Ces dernières empêchaient le déploiement harmonieux des peuples qu'elles soumettaient et divisaient inutilement les continents. Séduit par les idées pan asiatiques et paneuropéennes (Coudenhove-Kalergi), Haushofer entendait dépasser les nationalismes et voulait contribuer, par ses écrits, à l'émergence de "grands espaces continentaux" formés de nations solidaires. Ensuite, il a souhaité la collaboration des Européens, des Russes et des Japonais dans une grande alliance eurasienne, fermée aux influences anglaises et américaines.

     

    Robert Steuckers

     

     

  • Jünger Wandervogel

    1216902354.jpgCeux qui connaissent la biographie de Jünger savent que l’adolescent détestait la rationalité, se sentait étranger à elle, tout comme à la quotidienneté du monde de son époque. Il était un rêveur qui ne connaissait rien du monde des autres et n’y cherchait pas son chemin. Cette attitude d’« anarque », nous ne cessons de la découvrir dans toute l’œuvre d’Ernst Jünger. A la même époque, Franz Kafka ou Thomas Mann affichaient une même distance par rapport au monde de la majorité. Les intérêts du jeune Jünger résident dans son monde onirique individuel. Le monde dans lequel évolue l’adolescent Jünger est marqué par tous ces facteurs sociaux qui orientaient la vie de la plupart des fils de la société bourgeoise : une maison parentale reposant sur des fondements solides, une vie quotidienne à l’école obnubilée par les bonnes notes, l’idéal d’une profession stable. C’est dans ce type de monde que le jeune homme de la Belle Époque devait trouver sa voie. L’écrivain Ernst Jünger sera le contraire de son père. En 1901, le père quitte, avec sa famille, la pittoresque cité de Heidelberg pour émigrer à Hanovre, ensuite à Schwarzenberg dans l’Erzgebirge, enfin à Rehberg : au fil de ces transplantations, Ernst se détache de plus en plus nettement de la vision du monde positiviste du XIXe siècle. Son père ne réussit qu’à lui communiquer sa passion pour l’entomologie. Mais au-delà de cela, s’est rapidement évanouie l’influence intellectuelle que le père, chimiste et pharmacien doué, exerçait sur son fils épris d’indépendance. Dès l’âge de 13 ans, naît dans le cœur de Jünger un enthousiasme et un émerveillement pour l’agencement des choses dans la nature, pour le sens qu’elles nous communiquent.
    Les séjours en pleine nature, la collection de ces petites pierres, de ces petites mosaïques, aux formes diverses, leur agencement en images aux couleurs chatoyantes, les voyages imaginaires du jeune Jünger féru de lectures dans des mondes lointains, aventureux, ont fait en sorte que les journées d’école sont vite apparues fort mornes. Dans Le cœur aventureux, Jünger dépeint ses aspirations avec une indéniable volupté : « Mes parents possédaient une serre… et, souvent, lorsque l’air brûlant frémissait sur le toit de verre, je songeais, avec un plaisir étrange, qu’il ne devait pas faire plus chaud en Afrique. Mais il devait sans doute y faire un peu plus chaud, car c’est ce qui était quasi insupportable, ce qui n’avait jamais encore été vécu, qui était le plus attirant ».
    Comme des milliers d’autres garçons, Jünger, à seize ans, en 1911, rejoint le Wandervogel. Pour beaucoup d’élèves, l’école devenait aliénante ; elle les préparait à des professions qui n’étaient plus, en dernière instance, que des « fonctions » dans les structures de la société allemande.
    Jünger ne se sentait pas exposé à la pression sociale, qui poussait les jeunes gens à terminer la seconde moitié de leurs humanités afin d’obtenir le droit d’effectuer un service militaire volontaire d’un an seulement (en 1912, Jünger décrochera finalement ce diplôme). Ce type de service militaire prévoyait un temps réduit à une seule année, permettait aux jeunes de gagner du temps et de l’argent et autorisait le volontaire à postuler le statut d’officier de réserve. Chez les Wandervögel, qui cultivaient un ressentiment certain à l’égard de la société qu’ils détestaient, ces considérations n’avaient pas leur place. L’officier de réserve issu du Wandervogel envisageait toujours une réforme « par le haut », et, plus tard, pendant la guerre, il cherchait à promouvoir une réforme globale de la vie dans le corps même des officiers. Ce fut un échec. Mais le scepticisme de ces jeunes officiers à l’égard de l’armée en tant que forme d’organisation, à l’égard de sa technicisation et de sa rationalisation, est demeuré : c’était un scepticisme pour une part plus « progressiste » que celui qui régnait dans d’autres secteurs de la société.
    Ernst Jünger ne prenait pas l’école au sérieux. « Je rêvais sans tenir compte de rien, avec passion… et je me cherchais chaque nouvelle année un nouveau chef droit aux épaules larges, derrière lesquelles je pouvais opportunément me réfugier ».La fantaisie juvénile influencée par la lecture de livres d’aventures, comme ceux de Karl May, ou de récits coloniaux ou d’ouvrages de géographie, l’a conduit à rêver à de longs voyages dans des contrées inexplorées. La notion de « communauté » qui, pour d’autres, est la clef de l’aventure, ne constitue pas l’essentiel pour Jünger. A ce moment-là de son existence, comme plus tard, pendant la guerre, elle n’est qu’un moyen pour compléter son univers d’ivresse et de rêves. L’énergie pour l’aventure, Jünger la porte en lui, il n’a pas besoin d’une dynamisation complémentaire, qui lui serait transmise par d’autres. Jünger ne s’est jamais entièrement soumis à un groupe ni n’a adhéré exclusivement à un mouvement précis. C’est ce qui ressort des quelques rares descriptions qu’il livre sur le temps où il était Wandervogel : beuveries vespérales à la manière des étudiants des corporations. Sur les visites hebdomadaires aux brasseries de Hameln, où Jünger était lycéen en 1912 :« Les chansons et toute sorte de cérémonies telles que la « salamandre » étaient ordonnées après un silentium préparatoire ; un moment de détente, la fidelitas, suivait l’exécution du rituel. On buvait dans des pots à couvercle ; parfois aussi un hanap circulait à la ronde. Il avait la forme d’une botte qu’on ne cessait de remplir à nouveau, aux frais de celui qui avait été l’avant-dernier à la tenir. Quand la bière tirait à sa fin, il fallait, ou bien en boire de toutes petites gorgées, ou bien faire « cul sec » d’un trait […] Il existait toute une série de délits qu’on expiait en vidant une petite ou grande quantité de liquide ce qu’on appelait « descendre dans le pot ». Souvent des étudiants, ex-membres du club, étaient nos hôtes ; ils louaient notre zèle gambrinesque » :
    Par la suite, Jünger a essayé de traduire en actes ce que d’autres n’évoquaient qu’en paroles. A la recherche de la vie dans sa pureté la plus limpide, avec la volonté de se plonger dans l’ivresse extrême de l’aventure et dans l’émerveillement intense de nouvelles découvertes, de nouvelles couleurs, odeurs et plantes, de nouveaux animaux, Jünger décide de franchir le pas, un pas extraordinairement courageux pour un adolescent, un pas dangereux : à Verdun, sans avoir averti son père, il s’engage dans la Légion Étrangère . Un an seulement avant la Grande Guerre, avant même d’avoir passé son « examen de maturité , le jeune Jünger amorce une aventure audacieuse, mais qui sera de très courte durée. La même année, au moment où Ernst Jünger part, un revolver dans la poche, pour rejoindre la prestigieuse phalange des professionnels de l’armée française, le mouvement Wandervogel réunit ses adeptes allemands sur une montagne d’Allemagne centrale, le Hohen Meißner. Un Wandervogel autrichien avait appelé les Germains au « Combat contre les Slaves » ; les Allemands veulent prendre position et répondent, par la voix de leur porte-parole : « La guerre ? Cette manifestation de la folie des hommes, cette destruction de la vie, ce massacre en masse des hommes, faut-il la réactiver de nos jours ? Qu’un destin bienveillant, que notre œuvre quotidienne, exécutée en toute fidélité à nos idéaux, nous en préservent ! ».
    Cette attitude pacifiste a été celle de la majorité dans le mouvement de jeunesse bourgeois avant le déclenchement de la Grande Guerre. La volonté d’action de Jünger, d’une parfaite cohérence, ne pouvait pas se concrétiser dans sa patrie. Son départ pour la Légion fit la une dans les quotidiens de sa région. Par voies diplomatiques, le père de Jünger obtient assez rapidement le rapatriement de son fils fugueur, qui se trouvait déjà en Afrique. Détail intéressant : le père lui ordonne par télégramme de ne pas revenir sans s’être laissé photographier en uniforme de légionnaire.
    Jünger eut en Afrique des expériences plutôt dégrisantes. Il nous décrit par exemple comment il a été cueilli par des policiers militaires français, peu après son arrivée au Maroc, et exposé à la risée des indigènes. Les chambres sont pareilles à celles des détenus. Dès ce moment, l’aventure africaine laissait à désirer. Mais son livre Jeux africains demeure un récit légendaire, qui ne cesse de captiver ses lecteurs. En 1939, le Meyers Lexikon, pourtant fidèle à la ligne imposée par le régime, fait tout de même l’éloge de ce texte : Jünger, écrit le rédacteur, prouve avec ce livre « qu’il est doué d’une grande capacité poétique à décrire et à contempler », surtout « après avoir approché dangereusement un retournement, celui qui mène du réalisme héroïque au nihilisme sans espoir ».
    Après avoir passé un Abitur accéléré, Jünger se porte volontaire dès le début de la guerre. Sa jeunesse était définitivement passée. Le monde obsolète, endormi et médiéval, moisi et vermoulu, il l’abandonnait définitivement. Il appartiendra désormais au petit nombre de ceux qui abandonnent le romantisme sans une plainte, pour adopter le pas cadencé, pour troquer le béret de velours des Wandervögel pour le casque d’acier de l’armée impériale. Numquam retrorsum, semper prorsum !

     

    Patrick NEUHAUS

  • Reconnaissance du Kosovo: une démarche contraire aux intérêts de l'Europe (Schröder)

    1591056441.jpgBERLIN, 5 mai - RIA-Novosti. La reconnaissance de l'indépendance du Kosovo vis-à-vis la Serbie allait à l'encontre des intérêts de nombreux pays européens, a déclaré lundi à Berlin lors d'une interview accordée à RIA-Novosti l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder.

    "Je crois que la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo vis-à-vis la Serbie était un faux pas, dans la mesure où cette démarche était prématurée. Au lieu de régler un problème, les Etats-Unis et l'Union Européenne en ont créé beaucoup d'autres", a précisé M.Schröder, actuellement président du conseil des actionnaires du consortium Nord Stream.

    "L'Union Européenne a succombé à la pression américaine. Cette décision (la décision du parlement kosovar de proclamer l'indépendance) servait sans doute les intérêts des Etats-Unis, mais certainement pas ceux de l'Europe", a-t-il expliqué.

    Selon lui, il y avait d'autres moyens de régler la crise du Kosovo : "A mon avis, la Serbie doit devenir membre de l'UE dans un proche avenir, si elle le souhaite. Le Kosovo pouvait adhérer à l'UE tout en faisant partie de la Serbie. Enfin, on aurait pu créer un Etat kosovar indépendant dans le cadre de l'entrée commune de la Serbie et du Kosovo à l'UE", a-t-il conclu.

     


  • Camarade Strasser

    40771117.jpgNé, il y a 111 ans, dans une famille bavaroise, Otto Strasser fut volontaire comme simple soldat en 1914 et finit la guerre avec le grade d’officier. En 1919, alors que son frère Gregor s’engageait dans l’action nationaliste et militait avec Adolf Hitler, Otto Strasser lui partit pour Berlin où, étudiant en sciences politiques, il adhéra au Parti Social Démocrate. Collaborateur de Vorwärts, le quotidien de celui-ci, et fondateur de l’Association Universitaire des Anciens Combattants Socialistes, il combattit à la tête d’une centurie rouge le putsch réactionnaire de Kapp. En avril 1920, il quitta le PSD sur sa gauche et participa aux travaux du Parti Social Démocrate Indépendant, une importante structure d’extrême-gauche. Dans le cadre de ce parti, il rencontra Zinoviev avec qui il se lia et qui sut le convaincre de la validité de l’expérience révolutionnaire bolchevique, en tant que telle et comme modèle d’action pour l’Allemagne, ainsi que du nécessaire rapprochement de l’Allemagne et de la Russie. Parallèlement, Strasser passa un doctorat, tout en étudiant la pensée de Spengler et de Moeller van den Bruck et en fréquentant les cercles jeunes-conservateurs et nationalistes.

    Gregor Strasser de son côté s’était installé dans l’Allemagne du Nord comme organisateur régional du NSDAP. Il y avait pris conscience de la difficulté d’y développer un mouvement essentiellement raciste et nationaliste dans les conditions économiques et sociales de cette partie de l’Allemagne, et du fait de l’importante implantation dans les masses du PSD et du Parti Communiste Allemand. Pour lui les 25 points du programme du NSDAP étaient inadaptés et il demanda à son frère de l’aider dans un travail d’élaboration d’une idéologie nationale socialiste, transformée et rénovée. Otto Strasser accepta avec enthousiasme. Les deux frères se répartirent alors les tâches en fonction de leurs talents : Otto devint l’idéologue et Gregor l’organisateur et le propagandiste.

    En septembre 1925, ils convoquèrent un congrès à Hagen en Westphalie afin d’acquérir une certaine autonomie vis-à-vis de la direction de Munich. Cela se concrétisa par la création de la Communauté de Travail des Gau Nord et Ouest-Allemands du NSDAP, dirigée par les Strasser, le futur chef de la SA Lutze et Goebbels qui était de loin le plus pro-bolchevique de ceux-ci. Cette communauté de travail se dota d’une revue théorique les Nationalsozialistische Briefe.

    Lors du congrès national du NSDAP de 1926, les Strasser présentèrent un programme alternatif à celui d’Adolf Hitler qui insistait sur la nationalisation des moyens de production, sur une réduction de la propriété privée et sur une alliance avec l’URSS. Hitler, gêné par ces opposant dans sa propre stratégie d’alliance avec les forces réactionnaires, entreprit alors de disloquer leur bloc dirigeant. Il réussit à la fin de 1926 à obtenir le ralliement de Goebbels, puis neutralisa Gregor Strasser en janvier 1928 en le nommant chef de l’organisation du NSDAP pour le Reich. Parallèlement tous les cadres supérieurs du NSDAP favorables à la gauche comme les Gauleiter de Silésie, de Poméranie et de Saxe furent exclus. Otto Strasser se retrouva donc seul avec une poignée de cadres à défendre son programme socialiste dans un Gau berlinois de surcroît dirigé par Goebbels.

    La crise économique de 1929, radicalisa les positions. Hitler donna comme axes stratégiques au NSDAP le respect de la légalité institutionnelle et du principe électif, la fin de la propagande anti-capitaliste, un rapprochement avec les conservateurs et l’église catholiques et une intensification de la lutte anti-marxiste et antisémite. Otto Strasser, lui, affirmait que la fondation du III° Reich passait nécessairement par une révolution nationale et antiraciste faite au côté des communistes. La rupture était inévitable, et le 4 juillet 1930, Strasser quitta le NSDAP pour fonder la Communauté Nationale-Socialiste Révolutionnaire et l’hebdomadaire Die Deutsche Revolution. Il fut rejoint par 6.000 membres du parti nazi - dont les Gauleiter de Brandebourg et de Dantzig , de la SA et de la Hitler Jugend.

    En mars 1931, une crise grave toucha la SA du nord de l’Allemagne et 10.000 de ses membres, suivant leur chef régional Stennes, rompirent avec le NSDAP. En mai, ils fusionnèrent avec les partisans de Strasser pour donner naissance à la Communauté de Combat Nationale-Socialiste d’Allemagne. Mais celle-ci se disloqua dès l’automne et connu une importante hémorragie de membres qui rejoignirent directement le Parti Communiste Allemand ... Strasser reconstitua alors la Communauté nationale-socialiste révolutionnaire et lança en parallèle un front : le Front Noir. Celui-ci regroupait hors les strasseriens, des membres du Mouvement Paysan, le corps franc Les Loups Garous, la Ligue Oberland et les cercles de lecteurs de la revue Die Tat. Au plan international, les strasseriens se lièrent en France et en Grande-Bretagne aux " non-conformistes des années 30 " (Ordre Nouveau et revue Plan de Philippe Lamour en France, mouvement New Britain en Grande-Bretagne), en Espagne à Lesdesma Ramos et à ses JONS et dans la plupart des pays européens, ils prirent contacts avec les mouvements indépendantistes .

    Dès la prise du pouvoir par Hitler, le Front Noir subit une violente répression et ses membres inaugurèrent les camps de concentration . Cependant de 1934 à 1938, celui-ci pu maintenir une activité clandestine qui alla de la distribution de tracts et de journaux à la mise en place d’une radio pirate et à une tentative d’assassinat contre Hitler. Strasser, qui avait émigré dès 1933 en Autriche puis en Tchécoslovaquie, fut victime de plusieurs tentatives d’enlèvements et d’assassinats de la part de la Gestapo. Il dut s’enfuir au Portugal, puis aux USA et enfin au Canada.

    Dans ce pays, lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale il fut assigné à résidence dans une petite ville du Québec, et cette assignation dura jusqu’en 1954 malgré une intervention en sa faveur du Président du conseil français Robert Schumann. De plus, Strasser fut inscrit sur la liste noire des Alliés au même titre que Bormann ou Eichmann et déclaré déchu de sa nationalité ...

    Cependant, dès 1948, d’anciens membres du Front Noir créèrent en Allemagne la Ligue pour le renouveau de l’Allemagne, qui se transforma le 17 juin 1956 en Union Sociale Allemande. Dans cette partie de sa vie et jusqu'à son décès le 27 août 1974, Strasser insista beaucoup sur l’unification de la Nation Européenne et sur la construction d’un parti européen. A ce titre, il fut membre fondateur du Mouvement Populaire Européen et proche de Jean Thiriart sur lequel il eut une profonde influence.

    Au niveau idéologique, Strasser prônait le retour à la terre, la dislocation de la société industrielle, le démantèlement des usines et la réduction des populations urbaines, ce qui a fait comparer ses thèses à celles des Khmers rouges ou de la Révolution Culturelle Chinoise. Il proposait aussi une démocratie basiste et la nationalisation des moyens de production. Partisan d’une Europe aux cent drapeaux, il fut l’un des premiers à s’intéresser à la coordination des nationalismes ethniques dans lesquels il voyait un outil de la réorganisation de l’Europe.

    Albert J

  • DU NATIONAL-BOLCHEVISME

    1463737841.pngLe National- bolchevisme, au-delà de ses précurseurs au premier plan desquels se trouvent Georges Sorel, est né historiquement en Allemagne du choc de la défaite en 1918 et de la crise consécutive à la création de la Russie Bolchevique en 1917. Dés sa naissance le National bolchevisme allemand présenta deux tendances,d'une part une alliance entre intellectuels nationalistes et communistes, d'autre part un authentique mouvement National- Révolutionnaire, fusionnant l'idéologie léniniste avec un contenu nationaliste. Le National- bolchevisme est né d'une réaction à l'ordre international imposé par le Traité de Versailles, dont les véritables victimes furent principalement l'Allemagne et la Russie Soviétique, ainsi que l'Italie. Au delà des oppositions idéologiques, le poids de l'ordre de Versailles, dicté en grande partie par les États-Unis du Président Wilson va dicter une position commune aux nationalistes allemands et aux communistes russes. Avant d'être une construction théorique ou une construction politique révolutionnaire, le National- Bolchevisme sera surtout la rencontre des frustrations allemandes et russes face à l'ordre de Versailles. Devant le pillage et le démembrement de l'Allemagne et de la Russie par les vainqueurs de 1918, devant leurs exigences démesurées, de nombreux intellectuels allemands déclarèrent ouvertement que le régime Bolchevique récemment instauré en Russie était préférable à l'humiliation et à la ruine imposées à la patrie allemande.

    Le "Bolchevisme" national naît dans la fièvre, à la rencontre de deux peurs, mais dans des circonstances objectivement défavorables ... Solution héroïque, séduisante , il plonge ses racines dans une tradition authentiquement européenne,il déborde ainsi le cadre d'une simple combinaison de circonstances et c'est pourquoi la "tentation" survit et se manifeste dès que la situation extérieure ou intérieure offre la perspective d'une remise en cause radicale - mais nationale - d'un désordre causé par le déclin de l'Occident .

    Paul Eltzbacher professeur de Droit , sera le premier à théoriser cette position, en avril 1919 dans une proclamation à Berlin qui constitue la manifestation doctrinale cohérente du National- Bolchevisme.

    Les idées d’Eltzbacher trouvèrent une oreille attentive du côté soviétique, où Karl Radek, chargé par l'International communiste de la préparation de la révolution en Allemagne, prônera l'alliance entre nationalistes allemands et communistes russes.

    En novembre 1919, Radek devait déclarer : "Voilà pourquoi les nationalistes honnêtes comme Eltzbacher , révolté par la Paix de Versailles, ont prôné l'union avec la Russie soviétique, ce que l'ont appelle le Bolchevisme National"

    A cette première convergence intellectuelle devait rapidement répondre ce qui est l'essence même et véritable du Bolchevisme, la fusion entre Nationalisme et Communisme léniniste dans une formation politique commune.

    Celle-ci devait s'incarner dès 1919 dans le « courant de Hambourg » par les deux leaders de la révolution soviétique de 1918 dans cette ville, Heinrich Lauffenberg et Friedrich Wolffheim , qui développèrent des positions nationales communistes: affirmation de positions communistes radicales en alliance avec des tendances nationales marquées. En 1919 et 1920, Wolffheim et Lauffenberg animèrent, aussi bien en Allemagne qu'au sein de l'Internationale, un courant national bolchevique, qui faisait concurrence aux positions des Spartakistes qui venaient de constituer le "Parti Communiste Allemand" (K.P.D).

    Chassés en octobre 1919 de ce Parti, ils fondèrent immédiatement un Parti communiste dissident, le "K.A.P.D.", "Parti Communiste Ouvrier Allemand" . Au sein de ce parti, qui sera représenté jusqu'en 1922 dans le Kominterm, ils défendaient l'idée de créer une Armée Rouge allemande afin de reprendre la guerre contre les vainqueurs de Versailles.

    A partir du milieu des Années 20 et jusqu'à l'avènement du National- socialisme en 1933, le National Bolchevisme deviendra une partie importante du paysage intellectuel de la République de Weimar. De nombreux intellectuels adopteront ses positions .

    Au premier rang de ceux-ci il faut placer Ernst Niekisch qui deviendra le plus célèbre et le principal représentant du courant national bolchevique allemand. Issu du courant socialiste Allemand, Niekisch évoluera vers des positions nationales Bolcheviques en particulier à travers la revue qu'il animait "Widerstand" (résistance), qui aura une influence considérable notamment sur les mouvements de jeunesse allemands d'avant 1933. L’organisation était constituée par d'anciens sociaux-démocrates et syndicalistes, auxquels s'ajoutèrent de nombreux représentants du courant néo-nationaliste.

    Niekisch après 1933 sera l‘un des plus brillants intellectuels anti-nazis,ce qui conduira à l'interdiction de sa revue et à son internement dans un camp de concentration .

    Il participera avant sa mort à la naissance de la République Démocratique Allemande, dans laquelle il voyait l'exaltation des valeurs communistes et prussiennes qui furent toujours les siennes.

    L'année 1923 est réputée avoir connu une nouvelle grande vague de "national bolchevisme". L'origine de cette vague est la "Ligne Schlageter" au moyen de laquelle le Parti communiste allemand (KPD) tenta de "gagner les classes moyennes en voie de prolétarisation", en usant délibérément du thème patriotique. Au cours de cette campagne, on vit des leaders du KPD engager et même rechercher le débat avec des éléments qualifiés de "fascistes" . Les sociaux-démocrates et les partis "bourgeois" relancèrent alors la vieille accusation de collusion entre les deux extrêmes... le héraut de la nouvelle ligne était ... Radek" .

    Le National Bolchevisme allemand du début des Années 20 est indissociable de la figure du dirigeant de l'Internationale Communiste Karl Radek. Chargé par le Kominterm d'organiser et de coordonner la révolution bolchevique en Allemagne, il avait fini par comprendre tout le parti qu'il pouvait tirer du phénomène national bolchevique et il ne manqua jamais alors de favoriser celui-ci. Lorsqu'en 1923 les armées françaises et belges occupèrent la Ruhr, suite au non payement des réparations de guerre par une Allemagne exsangue, un mouvement de résistance important fut organisé par des Corps francs nationaux révolutionnaires.

    Le chef d'un de ceux-ci, Léo Schlageter fut capturé et exécuté par l'armée française. Il devait devenir le premier héros du National-Socialisme. A l'occasion de sa mort, Karl Radek lui rendit hommage dans un étonnant discours. Devant les représentants de l'Internationale Communiste réunis à Moscou, Karl Radek devait énoncer ce qui suit : "La majorité du peuple allemand est composée d'hommes qui travaillent et qui doivent lutter contre la bourgeoisie allemande. Si les milieux patriotiques d'Allemagne ne se décident pas à faire leur la cause de cette majorité de la nation et à constituer ainsi un front contre le capital de l'entente et le capital allemand, alors le chemin suivit par Schlageter serait le chemin du néant".Dans ce même discours prononcé à Moscou le 20 juin 1923, Radek parle aussi de lui en tant que "voyageur du néant", d'après le titre d'un roman à succès de l'époque

    Ce discours aura un retentissement énorme en Allemagne. Il sera d'ailleurs à l'origine de nombreuses convergences et débats entres intellectuels allemands d'extrême droite et dirigeants communiste, au premier plan desquels se situait Radek lui-même.

    Warren Lerner, biographe de Karl Radek, évoque de façon saisissante l'action de ce dernier : "En 1923, il tenta d'utiliser le parti nazi naissant pour détruire la République de Weimar et favoriser la révolution communiste. Radek fournit aux nazis leur premier héros, Schlageter, fusillé dans la Rurh par les français et fit un discours célèbre à sa mémoire, approuvé par Staline et Zinoviev. Radek exprimait la conviction, partagée par les chefs du Kominterm, que "l'écrasante majorité des masses nationalistes appartiennent non au camp des nationalistes, mais aux camp des ouvriers, que des centaines de Schlageter rejoindraient le camps de la révolution."

    LCN