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auschwitz

  • Alain Finkielkraut

    367035800.jpgSur les voyages à Auschwitz

    "Plus on parle d'Auschwitz, dans les classes ou ailleurs, plus des catégories entières de population se sentent exclues et énervées parce qu'on en parle, et se rapportent aux sévices, aux horreurs dont leurs ancêtres ont été victimes en demandant que celles-ci soient reconnues. Il y a un désir de reconnaissance qui est entretenu par Auschwitz, la compétition de victimes nourrit l'antisémitisme, et les voyages à Auschwitz d'une certaine manière aussi, puisque c'est une preuve entre mille que les Juifs ont tout le gâteau pour eux, il faudrait en laisser une part également aux autres. Nous sommes dans une situation extraordinairement difficile, extraordinairement paradoxale. Auschwitz aujourd'hui, c'est une sorte de chiffon rouge, pour toujours plus de gens. Qu'allons-nous faire ? Comment répondre à cela, je n'ai pas le remède. Je ne crois pas qu'on puisse dire, nous allons continuer les voyages et le problème se règlera. Au contraire le problème s'aggravera."
    Alain Finkielkraut, RCJ, Mémoires vives, Les voyages scolaires à Auschwitz, 20.01.2008, échange avec Anne-Marie Revcolevschi, directrice générale de la Fondation pour la mémoire de la Shoah

    Sur la lutte contre l'antisémitisme qui entretient l'antisémitisme
    « Il s’agissait pour les Guignols de l’info de dire les juifs aujourd’hui ont un tel rôle, une telle présence dans la société que lorsqu’un fait divers les touche, ils transforment tout cela en résurgence de l’hitlérisme. Je pense que beaucoup de gens raisonnent de cette manière. On a le sentiment que la lutte contre l’antisémitisme entretient l’antisémitisme, de même que la mémoire de la Shoah alimente la jalousie à l’égard des juifs. » Alain Finkielkraut, RCJ, Qui Vive, 12.03.2006

    « Quand je suis vraiment désespéré, comme ce soir, et comme cela m’arrive de plus en plus souvent, vous savez ce que j’ai envie de dire ? Qu’effectivement on parle trop de la Shoah. J’aimerais qu’on n’en parle plus figurez-vous. Parce que ce que je constate c’est qu’elle était censée, la commémoration de la Shoah, freiner le retour de l’antisémitisme. Ce qu’on prenait pour un frein est devenu un accélérateur. Plus on en parle, plus se développe un antisémitisme de ressentiment qui dit « Les juifs ont tout ! Ce sont même les rois du malheur ». Et donc moi, mon rêve, mon rêve absurde, c’est qu’effectivement on n’en parle plus. Que ceux qui veulent commémorer les morts le fassent dans la discrétion, qu’on arrête d’organiser ces voyages payés par les régions françaises, ces voyages d’élèves à Auschwitz. Que tout cela se fasse dans la piété et le silence. Mais faut-il en effet que je sois vraiment désespéré pour en arriver à ce genre de conclusion. » Alain Finkielkraut, sur France 3, Cultures et Dépendances, le 4 mai 2005

    Sur le dîner annuel du CRIF
    « Le pavillon d’Ermenonville est une merveilleuse salle de Barmitsva. Voir cet endroit transformé annuellement en une espèce de tribunal dînatoire où les membres du gouvernement français comparaissent devant un procureur communautaire, cela me met très mal à l’aise. Les Juifs ont donné trop longtemps un magnifique exemple de participation à la vie nationale politique et culturelle, et je n’aime pas qu’ils deviennent le fer de lance de la transformation de la République en mosaïques de communautés râleuses.Tous les points soulevés par le président du CRIF sont importants. L’antisémitisme doit être combattu. Il y a aussi des zones grises dans la politique étrangère française. Nous en avons suffisamment parlé ici même. Mais tout cela doit être traité autrement qu’en extériorité et sous la forme de procès. Pourquoi pas demain, le dîner de la communauté musulmane, le dîner gay et lesbien, le dîner des lycéens, le dîner des motards, le dîner des teufeurs, chacun avec ses griefs et ses impatiences ? » Alain Finkielkraut, L’Arche (le mensuel du judaïsme français) n°563-564, mars-avril 2005, p. 19-21

    "Régulièrement invité au dîner annuel du CRIF, Alain Finkielkraut répugne toujours à s'y rendre qualifiant cette cérémonie de « grotesque »." « Dîner du Crif : Sarkozy passe à table », Régis Soubrouillard, Marianne-en-ligne.fr, 4.01.2008
    Sur l'emploi du mot "antisémitisme"
    « Je peux aussi ajouter une chose sur ce mot d’antisémitisme. Il faut l’employer avec d’autant plus d’exigence et de parcimonie qu’il n’y a pas plus monstrueux. Après tout Bernanos l’a dit, et il l’a dit avec une très grande profondeur même si cette expression peut nous paraître odieuse aujourd’hui : « Hitler a déshonoré l’antisémitisme ». Oui, d’une certaine manière. Il n’y a plus d’antisémitisme acceptable, il n’y a plus d’antisémitisme innocent, tout antisémitisme doit se penser dans cet horizon-là du cimetière. Raison de plus. » Alain Finkielkraut, Conférence-débat à Science-Po, 29.5.2002

    Sur le devoir de mémoire
    « Le devoir de mémoire essentiel, il n’est pas occupé uniquement par la repentance. Il peut y avoir de la louange dans la mémoire. Il peut y avoir de la gratitude. Il peut y avoir toutes autres sortes de dettes. Nous avons empli la mémoire par de la repentance, pour de très bonnes raisons. Ces très bonnes raisons écrasent la vérité, et je ne sais pas d’ailleurs si les juifs en seront longtemps bénéficiaires, parce qu’une mémoire réduite à la repentance et organisée soit autour du colonialisme soit autour de la Shoah peut avoir tendance à dépeupler l’univers, à ne voir que les bourreaux et les victimes, et quand les juifs cessent d’être victimes, alors quelle place leur est-il fait sinon celle du bourreau. » Alain Finkielkraut, Conférence-débat à Science-Po, 29.5.2002

    « Quand une génération se livre à la repentance, c'est pour affirmer, en réalité, sa supériorité morale sur les générations précédentes. La France est aujourd'hui peuplée de pénitents arrogants qui auraient pris le maquis dès 1940 et qui hurlent au fascisme à la moindre occasion pour bien montrer de quel bois résistant ils se chauffent. Cette repentance n'est pas un mea culpa, c'est une pratique effrontément narcissique et anachronique de la mémoire. » Alain Finkielkraut, Le Monde, 10.11.2007

    « On ne doit plus militer pour davantage de cérémonie ou davantage de repentance. L’essentiel est fait. Et maintenant le travail doit se faire en chacun, dans chaque foyer, au travers d’un certain nombre de lectures. Et je vois personnellement avec inquiétude se profiler l’éventualité, en France et en Europe, d’un enseignement distincte de la Shoah. Notre religion positive, c’est les droits de l’homme, dont notre religion négative ce serait la Shoah, ce qui arrive à une société totalement oublieuse des droits de l’homme. Il ne faut pas arracher, soustraire cet événement à son histoire, et donc aux professeurs d’histoire. Ne pas introduire un catéchisme de la Shoah, ce serait aller beaucoup trop loin, et cela aurait de multiples effets pervers. » Alain Finkielkraut, L’entretien, France 2, 19.03.2001

    « Il émane beaucoup moins d’humilité que de fatuité de l’actuel climat de repentance. Notre manière d’honorer le devoir de mémoire nous délie, en effet, et beaucoup mieux que l’amnésie ne saurait le faire, de toute dette à l’égard des hommes anciens. » Alain Finkielkraut, L’ingratitude, p. 221, novembre 2000

    Sur les mutations de l'antisémitisme
    « Les Juifs, ces familiers du pire, ont "une âme insurprenable", a dit, citant Rebecca West, Leon Wieseltier, le responsable des pages littéraires du magazine The New Republic. C'est là, justement, que le bât blesse : la compréhension du monde qui vient demande une âme surprenable. Il ne suffit pas d'être sans illusions pour accéder au vrai. Le pessimisme n'a pas droit à la paresse : même les mauvaises nouvelles peuvent être nouvelles ; même les démons peuvent être dans la fleur de l'âge et piaffer d'innocence. » Alain Finkielkraut, Au Nom de l'Autre, Réflexions sur l'antisémitisme qui vient, Gallimard, 2003, p. 12

    Sur les juifs imaginaires
    « … Et j’expie maintenant cette ivresse narcissique en reportant sur le judaïsme tel que je ne l’ai pas vécu le désir dépensé à me bâtir des ghettos en Espagne. » Alain Finkielkraut, Le juif imaginaire, p. 215

    Sur l'assassinat d'Ilan Halimi
    « Si, du point de vue de l'amour de l'argent, vous choisissez les juifs parce qu'ils ont de l'argent, vous ne leur en faites pas grief, et en ce cas il y a quand même quelque chose de contingent dans le choix de la victime. Si on vous dit que telle autre communauté a de l'argent, vous pourrez évidemment choisir votre victime dans cette communauté. Et c'est là où je veux en venir, si la cible est juive mais de cette manière un peu contingente, alors parler immédiatement d'un acte antisémite, dire "Ilan Halimi est mort parce qu'il est juif", c'est en quelque sorte frustrer les gens d'une part de leur inquiétude. Vous dites que leurs concitoyens qui étaient épargnés par la haine ne se sont pas manifestés, mais peut-être certains d'entre eux ne se sont-ils pas manifestés précisément parce qu'on ne voulait pas reconnaître que la haine pouvait s'adresser à tout le monde. [...] Et en faisant de ce crime un attentat exclusivement antisémite, on a pu retenir certains de manifester leur douleur ou leur inquiétude parce qu'ils étaient comme frustrés de la peur qui les tenaillait. [...] Ceux qui s'en prennent à un juif parce qu'il a de l'argent et non pas à l'argent à travers le juif, ceux-là sont prêts à s'abattre sur n'importe quel proie. » Alain Finkielkraut, Répliques, 3.03.2007