26.10.2009

OAS : LEROY, VILLARD, LA PARTITION

ecusson.gif
Une question se posait à l’époque de l’OAS, et se pose aujourd’hui encore :
les membres de l’OAS étaient-ils tous partisans de « l’Algérie française » ?

 

C’est-à-dire étaient-ils tous partisans de l’intégration de la province-Algérie à l’ensemble des provinces françaises ?

 

La réponse est NON. Je dis bien NON.

 

 

En septembre 1961, le général SALAN fut de retour à Alger. Il avait passé un été tranquille dans la Mitidja où il s’était refait santé et tonus.

 

En octobre 1961, SALAN accepta que CARUANA, SUSINI et DEGUELDRE se rendissent chez Jacques CHEVALLIER dans sa maison d’El-Biar.

 

Je ne sais pas si le général SALAN avait donné son accord pour cette prise de contact. Il ne me l’a jamais dit. Où plutôt, il m’a affirmé que non, lorsque je l’ai revu après l’amnistie dans son logement parisien de la rue Théodore de Banville, en décembre 1968.

 

Mais que SUSINI, DEGUELDRE et CARUANA aient pris contact, dès cette époque avec l’ancien maire FLN d’Alger, c’est maintenant quelque chose d’établi. Un événement qui fut en quelque sorte tenu secret jusqu’en 1975.

 

Au départ, il existait ainsi plusieurs fausses notes dans le comportement d’anciens responsables de l’OAS.

 

Mon rôle à la tête de l’O.R.O. nationale était d’observer, de contrôler et de prendre garde …

 

L’OAS en réalité, était née beaucoup trop tard. Je l’ai dit et je le redis. C’est au plus tard dès 1956 que le peuple d’Algérie aurait dû s’organiser en armée secrète avec tout ce que cela comportait comme changement de psychologie individuelle, et de mentalité.

 

En 1961, l’OAS d’Algérie, est apparue comme un bébé né après une grossesse pathologiquement prolongée : ridé, fripé, vieilli, fatigué.

Son manque initial de structuration, son manque de recul, la rendait fragile. Et c’est de cette fragilité que naquit la possibilité pour SUSINI d’organiser une entrevue avec Jacques CHEVALLIER. Mais pour une initiative de cette gravité, il avait besoin de l’acquiescement de Roger DEGUELDRE.

 

Je l’ai su en son temps. La lutte à mort était déjà engagée. Les convictions « Algérie française » du général SALAN s’étaient largement confirmées et exprimées.

 

Ce thème était redevenu le support idéologique unique de notre action. Il ne m’appartenait plus, en demandant des comptes pour ces contacts avec un ennemi de notre cause, de porter atteinte à l’unité d’un appareil de combat que nous avions eu tant de peine à mettre sur pied.

 

Plus tard, se manifesta un autre déviationnisme aussi dangereux et cela pour plusieurs raisons :

 

1.     parce qu’il était inspiré par les gaullistes,

2.     parce que ses partisans voulurent l’imposer par un coup de force à l’intérieur de l’OAS,

3.     parce qu’il s’agissait de la partition, ineptie géopolitique s’il en fut.

 

Je souligne aujourd’hui encore, que je n’aurais pas joué une seconde de ma liberté sur ce projet.

 

Cette fois, SUSINI n’était pas concerné. Le général en chef, SALAN, préconisa des sanctions contre les affiliés à cette nouvelle conjuration anti-OAS. Ces hommes n’étaient pas des traîtres. Ils eurent le tort néanmoins :

 

1.     de désobéir à un moment très difficile pour l’organisation ;

2.     d’avoir été assez naïfs pour se laisser séduire par des hommes politiques plus ou moins mandatés par des services secrets qui n’aspiraient qu’à les manipuler ;

3.     de vouloir imposer leur point de vue par la force.

 

Le drame d’une organisation clandestine c’est qu’en cas de dysfonctionnement grave, il n’existe pas de sanctions punitives bénignes. Il n’existe pas « d’arrêts de rigueur » ni d’incarcération possible. L’adhésion à la doctrine du général en chef, était d’une absolue nécessité, sans nuance.

 

Est intervenu dans cette conjuration, un curieux personnage : le préfet PETITBON.

 

Celui-ci fut appelé par Jean MORIN, délégué général du gouvernement français en Algérie. Officiellement, PETITBON avait manifesté l’intention de s’occuper des jeunesses algériennes.

 

Comme on le voit, le moment était bien choisi en 1961, pour s’orienter dans ce style d’activité ! On lui attribua néanmoins la direction d’un SFJA (Service de Formation de la Jeunesse en Algérie). Service qui, curieusement, dépendait de l’autorité du premier ministre, Michel DEBRE. Plus exactement, de l’autorité des services spéciaux qui fonctionnaient sous sa direction. Sans perdre de temps, à la fin de l’année 1961 et dès le début de l’année 1962, PETITBON prit l’initiative de contacter certains hommes de l’OAS.

 

En réalité, il mit en œuvre d’une manière très technique, une opération de noyautage et de division à l’intérieur de notre appareil de combat.

 

Il promit monts et merveilles à quelques uns. Il s’engagea à fournir armes et moyens de guerre à une fraction juxtaposée de l’OAS. Celle du Front Nationaliste. Celui-ci était dirigé par LEROY, qui avait toujours refusé, je le redis, son allégeance aux organes de commandement de notre organisation. Il se considérait comme un allié de l’OAS et non pas comme un effectif intégré au dispositif opérationnel de l’OAS.

 

PETITBON, grâce à certaines fournitures d’armes, réussit à circonvenir LEROY, que je connaissais bien, et SARRADET que je n’ai jamais connu. Il fit miroiter une possibilité de solution de secours que nous avons évoquée dans les paragraphes précédents : celle d’une partition de l’Algérie.

 

Une partie de la terre algérienne allait rester sous l’administration française et le reste sous l’administration du FLN ! Ce fut une manœuvre d’intoxication affectée d’un ridicule indiscutable. Mais elle fut redoutable, car elle faillit provoquer un éclatement de ce qui restait de l’OAS.

 

J’eus personnellement, à propos de cette option à laquelle il adhérait, un entretien sérieux avec LEROY. Je sais que je l’ai déjà dit. Je me suis employé à le convaincre de la signification réelle de la manœuvre à laquelle il souscrivait.

 

Cette manœuvre consistait à noyauter et à détruire l’OAS, avec laquelle il avait combattu jusqu’alors, même si ce n’était qu’en tant qu’allié. Je l’ai mis en garde contre une opération intérieure de police qu’il nous obligeait à prévoir. Je lui ai proposé de faire marche arrière.

 

Je lui ai offert une place d’adjoint au commandement national de l’O.R.O. J’avais déjà obtenu l’adhésion de l’un de ses subordonnés SCHAMBIL qui occupait depuis quelques jours un poste de responsabilité au sein du BCR national.

 

LEROY était un homme sincère, courageux et il était convaincu d’être loyal. J’éprouvais pour lui une fraternelle amitié. Malheureusement, il était tombé entre les mains de Matignon, par l’intermédiaire de celui qui coordonnait le fonctionnement des services secrets. Le drame était inéluctable.

 

J’affirme que je n’aurais jamais ordonné ou accepté l’exécution de LEROY si j’avais été tenu informé de l’opération qui fut décidée et déclenchée à mon insu.

 

DEGUELDRE sous l’influence d’un cadre de l’OAS, ancien ami très personnel de LEROY et qui tenait encore SALAN sous son influence, fit exécuter LEROY en même temps que VILLARD.

 

Pourquoi VILLARD ?

 

Parce « qu’on » ne trouva pas SARRADET, qui était à la fois le premier contact et surtout, le contact le plus sérieux du préfet PETITBON.

 

Ne trouvant pas SARRADET, Le PIVAIN exécuta VILLARD par ce « qu’on » lui avait certifié que VILLARD était engagé dans cette conjuration.

 

Quelques jours plus tard, Le PIVAIN fut informé du mal fondé de son opération. Il manifesta à haute voix sa volonté de faire rendre des comptes à l’inspirateur qui avait manipulé DEGUELDRE pour faire exécuter LEROY et VILLARD, dans le seul but d’annexer le Front Nationaliste pour son propre compte.

 

Le PIVAIN, en raison de ses imprudences verbales, fut « donné » aux forces de l’ordre. Il tomba dans une embuscade très opportuniste tendue par des exécuteurs gaullistes qui l’attendaient là où il fallait l’attendre.

 

Ce fut un grand drame de l’OAS.

 

Seulement… seulement quoi ? J’étais le chef de l’O.R.O. J’ai donc assumé hiérarchiquement la responsabilité de ces deux opérations, bien que ne les ayant pas ordonnées, pour deux raisons.

 

Première raison : je n’avais pas été en mesure d’interdire ces exécutions. Elles ont été réalisées, par une branche subalterne de l’O.R.O. Je ne fus informé qu’après coup.

 

Deuxième raison : il me fallait à tout prix et de toute urgence couvrir DEGUELDRE. De manière à garantir l’homogénéité de la BAO que DEGUELDRE commandait. Nous avions besoin de tout le monde. De tous ceux qui restaient. J’ai donc officiellement déchargé DEGUELDRE de la responsabilité de ces deux exécutions.

 

 

J’étais violent, je le concède. Il m’est arrivé parfois d’être expéditif dans l’extrême-urgence. Mais j’étais loin d’être sanguinaire. Si LEROY m’avait fait confiance, il aurait évité le drame qu’il a connu.

 

S’il avait rejoint un poste d’adjoint au commandement de l’O.R.O. que je lui ai proposé, personne n’aurait osé s’attaquer à quelqu’un qui fut sous mes ordres. J’étais intraitable sur ce point très précis. Comment a réagi LEROY à ma proposition. Je l’ai déjà relaté :

 

« Si tu ne marches pas avec nous, tu trinqueras comme les autres ».

 

Il avait oublié à qui il parlait. Il se croyait intouchable parce qu’il était manipulé par le patron des services secrets de Matignon.

 

Ce fut un drame. Un de plus parmi ceux que j’ai vécus.

 

Comme j’envie, aujourd’hui encore, les spectateurs pieds-noirs qui sont restés bien quiets chez eux ! Qui nous ont jugés ! Qui nous ont condamnés ! Et qui, aujourd’hui, nous oublient !

 

Je n’ai jamais voulu tuer ces hommes. Leur seule protection c’était l’O.R.O. Là, personne ne les aurait touchés.

 

SCHAMBIL l’avait compris puisque, comme je vous l’ai rappelé ci-dessus, il est venu apporter son concours volontairement au fonctionnement du BCR au sein duquel il fut traité en frère d’armes.

 

Ce fut un drame de l’OAS…. Que je déplore. Je n’en suis pas l’ordonnateur. Mais il faut essayer de se remettre dans l’ambiance de l’époque pour comprendre l’atmosphère dramatique au sein de laquelle nous évoluions, surtout moi, à la tête de cette O.R.O. nationale à qui incombaient les décisions les plus graves à prendre pour tenter de sauver ce qu’il était encore possible de sauver.

 

 

Jean-Claude PEREZ

Nice, le 24 octobre 2009

21.10.2009

Le sang d’Algérie

Le 16 septembre 2009, Jean-Marc de SANTI, m’interpellait avec fermeté et courtoisie sur la thèse de la partition de l’Algérie française. Thèse que j’ai toujours rejetée. Ainsi que sur mon rôle supposé dans la mort de LEROY, de VILLARS, et j’ajoute : dans l’événement qui fut corollaire de ces drames. Je veux évoquer la mort du capitaine Le PIVAIN.

 

Cette étude est  proposée en deux parties :

 

-         cette étude 23 proprement dite,

-         une étude 23 bis.

 

 

delta.jpg


ETUDE N° 23

 

 

1.     Je précise tout d’abord, que je ne me souviens pas d’avoir connu SARRADET.

 

2.     Que je n’ai jamais donné l’ordre de tuer VILLARD, LEROY, PARRACHINI et SCHAMBIL.

 

3.     Je n’ai jamais été partisan de la solution partitionniste. J’étais convaincu, et je le suis aujourd’hui encore plus qu’hier, que la partition  de l’Algérie était un piège. Comme par enchantement, celui-ci fut élaboré à la fin de l’année 1961, dans l’entourage d’un journaliste parisien Robert H.

En réalité, il s’agit d’un piège élaboré, j’insiste, par les services secrets de Matignon. Ceux-ci ont essayé de lui donner vie par l’intermédiaire du sous-préfet PETITBON, avec la collaboration opérationnelle du chef de la Sécurité Militaire d’Algérie.

Celui-ci concentrait entre ses mains le fonctionnement de tous les services spéciaux, en particulier, les anciennes branches du C.C.I. et B.E.L.[1].

Au sein de ces branches, nous avions conservé de sérieux concours.

 

4.     La solution israélienne dont rêve J.M.D.S, n’était pas envisageable en Algérie : militairement, politiquement et surtout spirituellement.

Les juifs d’Israël défendent avant tout, en Palestine, un rayonnement idéologique et religieux à partir de leur implantation sur la terre palestinienne. Pour conférer à cette terre la vigueur d’une terre de rayonnement, après qu’elle ait connu celle de « terre promise », ils disposent d’un peuple qui ne vit en Palestine que pour se battre. Ils disposent de régiments d’élite, d’un équipement militaire ultra moderne, de services spéciaux remarquablement structurés et plus que tout, ils jouissent de l’appui d’un énorme soutien financier international.

Ils peuvent se permettre d’être encore animés d’un esprit perpétuellement offensif. Je mets n’importe qui au défit de démontrer que cet état d’esprit pouvait être retrouvé chez les P.N d’Algérie, en 1961-1962.

Notre population n’aurait bénéficié d’aucun appui international, population qui au nom du dieu « pétrole » était vouée au sacrifice, voire à un génocide éventuel par tous les potentats financiers internationaux.

Quant on fait le constat, sans complaisance, des divisions passées et surtout des divisions actuelles, qui se manifestent au sein du monde dit « rapatrié », il est facile de comprendre avant toute autre spéculation, pourquoi nous avons perdu l’Algérie.

Un esprit de clocher, chauvin et déstructurant, voilà ce qui nous gangrène aujourd’hui encore et réduit à presque 0 notre représentation nationale.

 

Quoi qu’il en soit, une vérité apparaît évidente : que les Israéliens le veuillent ou non, par la position politico-spirituelle qu’ils occupent au Proche-Orient, ils constituent un des premiers bastions de défense de l’Occident.

C’est comme ça. C’est objectif. C’est mathématique.

Pour l’heure, ils sont les seuls à s’opposer, en effet, avec conviction et surtout avec efficacité, à l’enseignement universel du nouveau mein kampf arabo-islamiste : le « mein kampf » officiel d’Al qaïda, illustré par les Epitres djihadiens. Nous disons le « mein kampf officiel » d’Al qaïda, mais aussi le « mein kampf secret » de la majorité des potentats de la finance arabe qui ouvrent des banques en France et en Europe et dont le fonctionnement sera conforme aux exigences de la charria.

 

5.     Quand on songe aux participations financières restreintes que nous ont consenties, sous la menace, certains potentats des oligarchies financières d’Algérie, quand on les compare à leurs généreuses participations consenties au bénéfice du FLN, on ne nourrit aucune illusion sur leur soutien éventuel si nous avions été tentés par la thèse suicidaire de la partition.

 

6       La partition dans l’esprit de ses inspirateurs gaullistes, constituait dans sa réalité opérationnelle, à regrouper sur un espace restreint, ce qui survivait des combattants d’Algérie française pour les anéantir en une seule fois

 

7       Il n’en reste pas moins vrai que des négociations étaient engagées entre l’Exécutif Provisoire de Farès et un secteur de l’OAS.

Entre Jacques CHEVALLIER, l’ancien maire FLN d’Alger, et un clan très connu de l’OAS, des contacts avaient été mis en route dès le mois d’octobre 1961. C’est aujourd’hui une vérité de notoriété publique. De mon poste à la tête de l’ORO nationale[2], je me contentais de surveiller ces contacts. Je n’y intervenais pas. Je contrôlais de loin, ou plutôt je les suivais au mieux possible.

Bien plus tard, après le cessez-le-feu, du 19 mars 1962, qui officialisa la défaite de la Vème République devant le FLN, un secteur du BCR[3] fut l’objet d’un contact de la part de membres de la Wilaya III, une Wilaya Kabyle. En résumant leur message, voici ce que l’on nous proposait :

« FARES est un Kabyle ambitieux. Il dispose aujourd’hui de la force locale, de l’appui de pratiquement tous les combattants de l’intérieur. Il lui manque l’appui des Pieds-Noirs et surtout de l’OAS pour lui permettre de damer le pion au GPRA. Transmettez cette information « à qui de droit » pour agir, si possible, dans la perspective d’une Algérie occidentale. »

« Qui de droit », en l’occurrence c’était moi.

Le lendemain du Vendredi Saint 1962, jour de l’arrestation du général SALAN, j’ai demandé un contact à SUSINI. Il est venu me rencontrer dans l’un de mes PC. Celui-ci était situé au boulevard Saint Saëns, au 2ème étage d’un bel immeuble, dans un appartement que mon confrère GOURGUES avait définitivement mis à ma disposition. J’y disposais d’une cache, une pièce entière escamotée, grâce à l’astuce technique d’un ingénieur des Ateliers Terrin.

Je fis part à SUSINI de ce message émanant de la Wilaya III et je lui demandai d’en faire le meilleur usage, pour conduire des négociations avec FARES dans le but de gagner du temps.

Pas de protestation évidemment, mais plutôt un acquiescement immédiat de sa part. Je n’avais d’ailleurs aucun doute sur ses réactions éventuelles, car je savais qu’il était lui-même engagé dans un processus de contacts secrets depuis des mois.

 

8.     Je lui fis part de mon intention de ne pas participer personnellement aux négociations, ce qui allait évidemment dans le sens de SES desiderata puisque depuis des mois déjà, il jouait seul et n’aspirait qu’à une chose : continuer à jouer seul. Quel avantage pouvais-je espérer de ces négociations ?

Gagner du temps.

Du temps pour quoi faire ?

 

9.     Pour sauver le maximum d’opérationnels de l’OAS, car ils « tombaient » avec fréquence, depuis la fin de l’affaire de l’Ouarsenis. Je rappelle que dans le seul quartier de Belcourt, ou plutôt le quartier III du secteur centre, le chef de la BAO[4] locale, le chef du BCR local, et huit opérationnels ont été tués en opérations, dont quatre dans l’Ouarsenis. Pour sauver de la capture ou de la liquidation physique ce qui restait de l’appareil opérationnel de l’OAS, il m’était interdit de baisser les bras. Il me fallait tenter ce qu’il était possible de tenter.

FARES ne s’y est pas trompé quant il m’a fait transmettre par SUSINI, ou plutôt selon SUSINI lui-même, le message suivant :

« Surtout, que PEREZ ne s’arrête pas, car c’est la violence de l’OAS qui en fait pour le moment un interlocuteur valable ».

Je ne me faisais aucune illusion sur l’aboutissement de ces négociations. Et je considérais comme inéluctable, qu’à un moment donné, une dernière bataille allait s’imposer entre les combattants de l’OAS et l’ALN de l’intérieur qui, en dernier recours, se rallierait au GPRA d’abord et à Ben BELLA ensuite.

 

10.                       Cette dernière bataille, c’est à Alger que l’OAS devait la livrer. Sous la forme de combats de rue, de Saint-Eugène à Maison-Carré, de Birkadem, Birmandreis, El Biar à la Méditerranée. Une bataille contre qui ?

Contre l’ALN évidemment et seulement contre elle. Nous ne voulions pas accepter sans combattre, son installation à Alger.

 

11.                       Dans le souci de préparer cette bataille du mieux possible, j’avais invité plusieurs patrons de la faculté de médecine d’Alger, à se réunir, pour nous conseiller sur l’organisation sanitaire et alimentaire de ces derniers combats. Les professeurs CLAUDE, BOURGEON, DESCUNS et d’autres… tinrent au cours de ce contact, à me faire part de leurs observations. Cette réunion se déroula dans le même immeuble où se situait le logement de mon confrère GOURGUES mais cette fois, dans un appartement du rez-de-chaussée, chez un autre de mes confrères algérois.

Le professeur CLAUDE qui plus tard, m’a suivi dans mes publications, fut d’un concours particulièrement précieux dans ce travail d’intendance et de stockage alimentaire, nécessaire aux combats de rue que nous prétendions mener dans les meilleures conditions matérielles possibles.

 

12.                       A partir de cette décision de me consacrer à la dernière bataille, l’OAS connut un paroxysme de violence. Je voulais donner l’impression d’un « jusqu’au boutisme » perceptible. Qu’on le veuille ou non, je l’ai fait sur la recommandation de FARES lui-même, via SUSINI.

Je suis allé jusqu’à transmettre par le relai de notre radio-pirate un message insistant sur les risques d’épidémie qui menaçaient au sein des concentrations populaires, privées temporairement du secours des médecins français.

SUSINI m’a dit en commentaire de cette émission-pirate :

« FARES est affolé devant cette information qu’il interprète comme une menace camouflée de guerre bactériologique ».

« Avec quoi et comment pourrais-je déclencher une guerre bactériologique ? » lui ai-je rétorqué.

« Ce que j’ai voulu dire, ce n’est que ce que j’ai dit. Cette concentration de masses populaires urbaines, à Alger et autour d’Alger, est porteuse d’un risque épidémique très grave ».[5] Je rappelle tout cela pour souligner à quel point je considérais comme inéluctable un dernier combat à Alger.

 

13.                       Oui, livrer un combat avec le concours de quoi et de qui ?

Au mois d’avril 1962, pendant que se déroulaient des négociations que j’avais donc approuvées à partir du jour qui a suivi l’arrestation du général SALAN, je préparai mon effectif sur le grand Alger, pour l’ultime bataille. Nos forces, diminuées certes, manifestaient encore du mordant dans trois zones :

-         la ZOA (Orléansville + le Haut Chélif)

-         la ZEA (Est-Mitidja)

-         la ZOM (Ouest-Mitidja)

Il était prévu de les intégrer aux dispositifs encore vigoureux des sous-secteurs et des quartiers d’Alger. Ces groupes d’action avaient conservé un mordant encore efficace au niveau de la zone urbaine d’Alger. Ce dispositif était renforcé évidemment par ce qui restait des Delta, structure très efficace regroupant un effectif d’élite qui fonctionnait à l’échelon du Grand Alger.

Mon but n°1 était de protéger l’embarquement de notre peuple, femmes, enfants, vieillards, vers des cieux théoriquement plus accueillants. Nous prétendions nous opposer par les armes à l’entrée de l’ALN dans Alger en livrant cette bataille dans les rues de notre capitale.

Dans cette perspective nous nourrissions encore l’espoir de bénéficier du concours anti FLN d’éléments de l’armée et de la police.

« Illusion ! » me rétorque-t-on encore aujourd’hui.

Oui, nous avions encore des illusions dans les sentiments de nos militaires, de nos policiers, des Français en général, des Européens occidentaux peut-être. Nous voulions livrer un combat à l’ALN, un combat qui fût symbolique, spectaculaire et messager.

Cette fois, c’était une volonté française et populaire qui prétendait assurer le sauvetage des femmes, enfants et vieillards en leur permettant de s’embarquer. Je reconnais que j’envisageais avec détermination de détruire une partie de ma belle Alger-la-Blanche, que je ne voulais pas abandonner intacte au FLN.

 

14.                       Nous savions que lorsqu’Alger aurait cessé de vivre en tant que ville française, l’Algérie française serait définitivement morte. Nous pressentions que la mort d’Alger-la-Française, allait entraîner une mise en danger de l’identité de la France, du monde méditerranéen et du monde occidental comme cela apparaît à l’évidence aujourd’hui.

Mais, survint le cessez-le-feu des Delta d’Alger qui fut décidé sans me consulter.

Le jour même de cette décision, l’information officielle est venue conférer, par une abondante diffusion radiophonique, un impact irréversible à cette décision prise à mon insu.

Cette information transmise généreusement par les média a réduit en quelques heures à néant la possibilité de déclencher ce dernier combat. D’autant plus qu’elle fut appuyée très rapidement par un communiqué d’ARGOUD, qui, de loin, faisait remarquer à l’opinion publique la discipline des combattants de l’OAS, qui, immédiatement, est devenue silencieuse opérationnellement. ARGOUD aurait dû savoir qu’un ordre d’arrêter les combats est un des ordres les plus faciles à donner. En tout cas plus facile qu’un ordre de combattre à outrance.

Ce fut un désengagement soudain et total dans les esprits. Les terrasses de café se remplirent à nouveau de consommateurs détendus. Les bouclages de la gendarmerie se firent plus rares et plus ouverts. L’ambiance paradoxalement, était à la détente.

J’ai évoqué dans mes différents ouvrages, les explications que j’ai demandées aux uns et aux autres de cette décision qui consacrait définitivement la mort de l’Algérie française. J’en obtins suffisamment pour comprendre :

a)     que Jacques CHEVALLIER était l’ordonnateur réel du cessez-le-feu des Delta d’Alger.

b)    que je devenais tout logiquement, au même instant, l’empêcheur de tourner en rond qu’il fallait neutraliser d’urgence.

 

15.                       Du jour au lendemain, ce fut une baisse de tonus chez ceux qui, quelques jours plus tôt étaient disposés à devenir les combattants de la fin. La nouvelle logique pour moi était :

a)     soit de tenter une élimination physique des responsables du cessez-le-feu. Mais dans cette éventualité très hypothétique, la relance opérationnelle était techniquement impossible à envisager. L’effet lénifiant, démobilisant du cessez-le-feu, s’était rapidement installé dans l’esprit des plus déterminés.

b)    soit de favoriser le sauvetage du maximum d’opérationnels en renonçant aux sanctions que certains exigeaient contre les responsables du cessez-le-feu.

 

Après un ordre du jour que j’ai rédigé, signé et adressé au commandement militaire théorique de l’OAS et surtout à tous mes subordonnés de l’ORO, j’expliquai ma décision de partir en la justifiant. J’avais laissé à GARDES et aux autres négociateurs un mois pour obtenir des garanties indispensables selon moi : la constitution d’une force locale européenne dans les grandes villes d’Algérie pour assurer la protection de notre peuple. Ces garanties ne m’ont pas été accordées. Je n’avais donc aucune raison de rester à Alger puisque l’on ne s’y battait plus. Puisque l’on ne voulait plus s’y battre et que l’on s’était soumis aux desiderata du FLN. J’ai très vite compris que j’étais devenu celui dont il fallait amener la tête dans la corbeille de mariage qui se nouait entre certains négociateurs et le FLN.

 

C’est l’un, parmi les plus prestigieux chefs de Delta, Joseph RIZZA qui est venu me rencontrer un matin, pour me proposer un départ d’Alger. Je l’avais engagé dans l’action en 1956. Lorsqu’il effectua sa première opération clandestine, ce fut sous mon commandement direct et j’étais avec lui lorsqu’il lança sa première grenade de clandestin.

 

Qu’est-il venu me dire après le cessez-le-feu ?

 

« Si tu veux prendre des sanctions, c’est tout de suite qu’il faut le faire. »

« Des sanctions, dans quel espoir ? » lui ai-je rétorqué. Et je précisai ma pensée :

« ce serait un désastre pour la population. Je refuse de déclencher une tuerie entre des hommes qui, hier encore, étaient des frères d’armes ».

« Alors il faut partir » me dit-il. « Car les autres, vont te balancer dans les heures qui vont suivre ».

C’est lui, avec la complicité d’un prêtre algérois, qui organisa mon départ et m’accompagna dans ma première phase d’exil.

Je fus escorté par tout un effectif opérationnel de l’OAS commandé par Robert L et son frère, ainsi que par un haut responsable technique de l’EGA (Electricité Gaz d’Algérie) qui me véhicula dans un véhicule de dépannage d’urgence de cette entreprise.

Je n’hésite pas à dire que ceux-là même qui avaient décidé de ma perte m’ont permis de vivre encore. Par leur décision d’arrêter le combat au printemps 1962, en effet, je n’ai pas eu à livrer le dernier combat pour défendre cette terre d’Algérie.

C’est à eux que je dois la possibilité de défendre encore le souvenir de l’Algérie française et de sublimer le combat livré par l’OAS en Algérie, comme l’un des derniers combats, le plus important, livré par l’Occident.

 

 

A SUIVRE …..

 

 

L’ETUDE N° 23 BIS SERA TRANSMISE DANS DE RAPIDES DELAIS : Elle sera intitulée : « LEROY, VILLARD, LA PARTITION », D’APRES : »

 

« Le sang d’Algérie »

« Attaques et Contre-attaques »

 

 

Nice, le 20 octobre 2009

 

J.C. PEREZ



[1] CCI : Centre de Coordination Inter-armes

  BEL : Bureau d’Etudes et de Liaisons

[2] ORO : Organisation du Renseignement et des Opérations

[3] BCR : Bureau Central de Renseignements, sous-branche de l’ORO

[4] BAO : Bureau d’Action Opérationnelle

[5] André SEGUIN et BRUNO étaient nos speakers de la radio-pirate OAS. Je me souviens du bafouillage de l’un ou de l’autre quand il a essayé de mettre en garde les populations contre le risque supposé de spirochétose ictérohémorragique.