15.06.2009
Voile : Obama désavoue des millions de Musulmanes
![]() Au président des Etats-Unis d’Amérique, sur quelques petites phrases de son discours prononcé au Caire le 4 juin 2009. Monsieur le Président, en novembre 2008 j’ai été magnifiquement accueillie par l’université de Princeton, où votre épouse Michelle a fait une partie de ses études. Avec les étudiants et mes collègues, nous avons parlé de sujets « académiques », de littérature, de musique. Mais, à la demande des collègues qui me recevaient, j’ai donné une conférence sur la laïcité. Et j’ai pu constater, lors des discussions qui ont suivi, que la laïcité n’est nullement méconnue ni incomprise par les Américains comme on le croit faussement en France - comme si la laïcité était une spécialité régionale réservée aux seuls initiés... On nous accuse, nous Français, de faire volontiers la leçon. Je ne vous ferai pas l’injure de croire que ce sujet vous est étranger. Vous savez que la laïcité est un minimalisme qui suppose que le lien religieux n’est pas nécessaire pour penser et construire le lien politique. Vous savez que la France l’a installée à la suite de plusieurs siècles d’histoire, face à une religion dominatrice et hégémonique -expérience dont les Américains n’ont pas fait l’épreuve, mais qu’ils connaissent et qui mérite, sinon l’approbation, du moins un peu d’attention. Vous savez que la laïcité ne s’oppose pas aux religions : elle s’oppose seulement à leurs prétentions politiques en leur demandant de renoncer à faire la loi. Vous savez que l’abstention qu’elle exige dans l’espace relevant de l’autorité publique a pour corollaire la plus grande liberté dans l’espace civil pour toutes les croyances et incroyances. Vous n’avez, il est vrai, donné aucune leçon. Vous n’avez pas non plus présenté une opinion, un souhait qui vous serait propre. Reprenant sur ce point la tradition de vos prédécesseurs vous avez simplement, tranquillement, avec l’assurance et l’arrogance d’un maître du monde, accordé une caution, exprimé un désaveu et donné des ordres. En encourageant et en justifiant le port du voile islamique, vous avez désavoué les millions de musulmanes qui ne le portent pas, vous avez réduit au silence celles qui luttent pour la liberté de conduire leur vie au péril même de celle-ci, vous n’avez même fait aucune distinction entre celles qui le portent librement et celles auxquelles il est imposé. Parmi toutes les interprétations de l’islam, et malgré votre volonté de vous adresser par ailleurs aux musulmans qui rejettent l’intégrisme, vous avez ainsi fait un choix, n’hésitant pas à vous mêler aux débats internes à une religion. A entendre l’approbation que vous avez reçue sur ce point des organisations les plus dures, les plus rétrogrades du monde musulman, nul ne peut douter que ce choix est politique. Ce choix n’est pas nouveau, et là encore vous renouez avec une tradition que vous prétendez par ailleurs rompre : car votre pays l’a fait naguère en soutenant les talibans ; on en connaît les conséquences aujourd’hui. Vous avez offert sur un plateau les femmes et des millions de musulmans non intégristes en cadeau aux groupes les plus réactionnaires : est-ce le prix que vous avez choisi pour la nécessaire réconciliation de votre pays avec le monde musulman ? Un tel prix risque d’attiser la violence y compris en Europe. Car, par cet éloge appuyé du voile islamique, vous risquez de redonner vigueur à ceux qui, aux Pays-Bas, ont assassiné Theo Van Gogh, à ceux qui, au Royaume-Uni, rendent une justice dite « islamique » où la parole d’une femme ne vaut pas celle d’un homme, à ceux qui, au Danemark, ont prétendu faire taire la presse en criant au blasphème, à ceux qui, dans plusieurs pays d’Europe, ferment les yeux sur les crimes dits « d’honneur ».
Comme des millions de personnes dans le monde, j’ai salué votre élection, j’ai célébré avec mes amis américains la fierté retrouvée d’un grand peuple libre et libérateur, j’ai étudié votre superbe discours dit « sur les races » avec délectation. J’ai attendu votre discours du Caire comme un grand moment pour la paix du monde : il serait stupide et malhonnête de ma part de lui refuser ce statut et ce rôle, il serait absurde de le rejeter en bloc sous prétexte de ce qui me choque dans vos propos. Mais je serais en revanche lâche et indigne de me taire sur ce que j’y considère comme décevant, humiliant et inquiétant. Aujourd’hui, en lisant ces phrases qui sont loin d’être anodines, je suis déçue, car elles me font voir en vous un président américain comparable à ceux que j’ai connus, se conduisant en maître du monde, dictant aux autres ce qui est bon et mauvais. En les lisant, je me sens humiliée comme femme -je croyais que le temps est révolu où on faisait d’elles un bien à négocier, à offrir, à sacrifier. Je me sens humiliée comme citoyenne d’un grand peuple dont vous avez balayé en quelques petites phrases une longue expérience historique et tout un pan de la pensée. Je suis gênée à l’égard de mes concitoyens musulmans sincèrement attachés à la laïcité (qui leur offre la garantie d’une vie religieuse libre et paisible) car vous les avez désavoués en tâchant de les réorienter vers ce que vous leur avez indiqué comme la bonne voie. Je suis inquiète surtout pour ceux qui, ici et ailleurs, très nombreux, luttent pour se délivrer de l’intégrisme auquel on veut les identifier sans aucun égard pour leur diversité, pour les débats qu’ils ont le courage de mener, pour leur pensée. Aujourd’hui, je crains que cette alliance légitime et nécessaire que vous offrez au monde musulman, puisqu’elle comprend hélas ce geste appuyé de désapprobation envers les pays laïques, ne scelle à terme une alliance avec tous les intégrismes contre la laïcité et contre les femmes. |
http://www.mezetulle.net Auteur de "Qu'est-ce que la laïcité", publié chez Vrin, 2007.
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18:50 Ecrit par Ivan dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : etats-unis, obama, islam, muslims, discours du caire, laïcité, voile islamique, féminisme |
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12.06.2009
Le discours du Caire comme paradigme de la dhimmitude rampante
Le discours prononcé par le président des États-Unis à l'université du Caire le 4 juin est apparu à beaucoup de braves gens comme pavé des meilleures intentions. On l'a présenté comme annonciateur de temps heureux où l'épée deviendra charrue et où le lion jouera gentiment avec la gazelle.
Cependant, il contient un tel nombre de demi-vérités et de franches légendes qu'il faut un certain temps pour les analyser froidement et en mesurer les conséquences. Dans un tel propos, l'interprétation de l'auditeur, plus encore que celle du lecteur, compte finalement plus que l'habile formulation du rédacteur.
Le mensonge brut, le plus gros, consiste à poser comme un dogme, que la civilisation se trouverait redevable en quoi que ce soit de la religion islamique. Postulat, naturellement non-démontré, car indémontrable, puisque faux, un tel sophisme alimente la propre nostalgie interne des musulmans pour leur âge d'or. Modestement d'ailleurs ceux-ci le situent entre 622 et 661, c'est-à-dire à l'époque où Mahomet, de 622 jusqu'à sa mort, puis les quatre califes dits "rachidoun" gouvernent à Médine la communauté des croyants (1).
À partir des Omeyyades, autrement dit : de la dynastie de Moawiya, gouverneur de la Syrie conquise, et qui, cinquième calife, régnera à Damas, nous considérons souvent en occident que l'empire islamique médiéval était devenu une puissance culturellement estimable. Elle le restera plus ou moins jusqu'à la destruction de la capitale abbasside de Bagdad par les Mongols en 1258.
Il se trouve que l'islamisme proprement dit professe une tout autre vision. Ceux que, par commodité, nous acceptons d'appeler "salafistes", du nom qu'ils se donnent eux-mêmes par référence à la doctrine des "pieux ancêtres", pensent de ces sociétés ultérieures : damascène, puis mésopotamienne ou persane, a fortiori andalouse ou ottomane, qu'elles témoigneraient, à les en croire, déjà d'un abâtardissement.
Revenons par conséquent aux affirmations développées dans le discours de M. Obama.
Pour qu'elles contiennent la moindre part de vérité, il faudrait pouvoir déterminer en quoi, au VIIe siècle, la prédication religieuse de la péninsule arabique a pu déterminer elle-même un seul "progrès de l'esprit humain". On reste bien en peine, du point de vue occidental.
La thèse dans laquelle s'inscrit implicitement le discours présidentiel américain se retrouve dans la triple conclusion citant successivement le Talmud, la Bible et ce qu'il appelle le "saint" Coran. En elle-même, cette présentation devrait heurter le chrétien. Elle met le livre musulman au-dessus du nôtre, dont le message spécifique s'appelle l'Évangile. Accessoirement, celui-ci ne donne aucune ligne directrice étrangère à celles de l'Ancien Testament, insistant plus spécifiquement, pour faire court sur une dimension humaniste, elle-même présente dans le Lévitique, et résolument pacifique : "quiconque vit par l'épée périra par l'épée".
Admettons cependant, un instant, que la croyance commune monothéiste, reformulée à leur manière au VIIe siècle par les Bédouins du Hedjaz, les rapprocherait d'un tronc commun judéo-chrétien. Supposons même que cela permette effectivement de parler, bien hardiment d'une "fraternité d'Abraham". On peut le concevoir en lisant honnêtement certains passages du livre saint des mahométans.
Mais, alors, si l'on se situe sur un tel terrain, la même lecture contredit totalement l'affirmation centrale du discours du Caire de M. Barack Husseïn Obama, répétant cette déclaration à peine croyable :
À Ankara, j’ai dit clairement que l’Amérique n’est pas et ne sera jamais en guerre contre l’Islam.
Comment un homme aussi documenté, épaulé par des "agences gouvernementales" – terme américain qui désigne des bureaucraties aussi puissantes que le Département d'État, la CIA, la NSA, etc. – peut-il ignorer ce que tout un chacun peut trouver tout seul dans le Coran.
Les citations djihadistes habituellement abondent. On gagnera à les retrouver soi-même.
Ici je me permets simplement d'en emprunter le tableau au plus favorable des islamologues français, l'universitaire protestant Bruno Étienne. Voici comment il résume la violence recommandée par la "récitation" coranique (2) :
- "Le combat vous est prescrit" (sourate 2 vv216-217 répété à sourate 3, vv157-158, v169, sourate 8 v17)
- "combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de luttes doctrinales et qu'il n'y ait plus d'autres religion que celle de Dieu" (sourate 8 v39) ;
- "combattez ceux qui ne croient pas en Dieu, au jour dernier, qui ne considèrent pas comme illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite, ainsi que ceux qui parmi les gens des Écritures, ne pratiquent pas la religion de la vérité, jusqu'à ce qu'ils payent, humiliés et de leurs propres mains le tribut." (sourate 9 v29)
-et enfin "ô croyants ! combattez les infidèles qui vous entourent. (sourate 9, vv41,111 et 123; sourate 97 v35 ; sourate 59 v8)
Que faut-il de plus à ce paradigme de la dhimmitude rampante ? Si l'on envisage, au-delà de ce que des musulmans ont pu accomplir de positif, leur religion elle-même (3) on doit voir la vérité en face : cet islam-là a déclaré la guerre à l'occident.
M. Obama constate que "la violence extrémiste menace gravement notre sécurité" et il parle de "la situation en Afghanistan". À qui veut-il faire croire qu'il ne s'agit pas d'une guerre ?
On s'étonnera par conséquent que le président français ait cru bon de déclarer : "Je suis totalement d'accord avec le discours du président Obama, y compris sur la question du voile. (…) en France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire. C'est sa liberté." (4)
Dans notre pays, on a pris l'habitude d'appeler des "réformes" toute modification des lois et des règlements. Au nombre de celles-ci, envisage-t-on en haut lieu d'abroger, par conséquent, la Loi du 15 mars 2004 "encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics" ou de ne pas l'appliquer ? On aimerait des précisions de la part du premier magistrat de la république.
Apostilles
- À partir du second calife, Omar ibn el-Khattab (634-644) conquérant, par l'épée,de la Syrie, de la Perse, de la Mésopotamie et de l'Égypte, les successeurs de l'envoyé (khalifa al-rasoul) y prennent le titre de commandeurs des croyants (amir al-mumenin dont l'occident médiéval a fait "miramollin") titre novateur, excluant comme "infidèles" les judéo-chrétiens.
- Dans son livre "Islamisme radical" chapitre "du Jihad au tyrannicide" publié en 1987 (Hachette) pages 179-180.
- Rappelons qu'officiellement, au moins sein de l'islam sunnite, qui prévaut à l'université égyptienne al-Azhar, "l'interprétation" (idjtihâd) est fermée depuis plus de 700 ans. Cette situation remonte aux califes abbassides. Elle irrite certes quelques "réformistes", au sens occidental du mot.
- Le 6 juin à Caen cf AFP, publié le 06/06/2009 à 14 h 05..
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/2009/06/le-discours-du-caire-comme...
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06:47 Ecrit par Ivan dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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