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fiume

  • Chrestomathie d'Annunzienne

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    La dernière fois que j’ai croisé Gabriele d’Annunzio, c’était à Fiume le 22 septembre 1919. Je m’en souviens comme si c’était hier, car c’est hier ou presque que j’ai relu l’inoubliable relation qu’Albert Londres a fait de leur rencontre. L’envoyé spécial d’Excelsior voulait poser quelques questions à celui que les Italiens, subjugués par son éloquence, tenait pour un oracle. Venu interroger le commandante de la Squadra de San Marco, il se laissa également envoûter par tous les d’Annunzio que le soldat abritait en lui, le romancier, le dramaturge, le journaliste et le poète. Il avait donc franchi les barrages et bravé le blocus pour retrouver l’homme coulé vivant dans sa statue de bronze à Fiume, où d’Annunzio s’était retranché avec ses hommes afin d’éviter que la ville forgée d’héroïsme, attribuée à la Yougoslavie par le Congrès de Paris, ne fût mise à sac par les Croates. La suite dans les papiers d’Albert Londres que vous retrouverez dans le gros volume de ses Câbles et reportages publié il y a deux ans (Arléa). Si j’y pense à nouveau, c’est que vient de me parvenir Poèmes d’amour et de gloire (édition et traduction de l’italien de Muriel Gallot, 238 pages, 15 euros, Cahiers de l’Hôtel de Gallifet). Un mot d’abord de l’éditeur, dont le nom doit paraître assez mystérieux : il s’agit en fait de l’Istituto Italiano di Cultura de Paris qui a pris l’heureuse initiative de rééditer à sa façon des textes majeurs (Calvino, Bassani, Alfieri…) dans une présentation bilingue.

    Lire la suite : http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/06/28/chrestomathie-dannunzienne/

  • Gabriele d'Annunzio et Fiume

    1256899167.jpgGabriele d'Annunzio (1863-1938), au temps de la Belle époque, était le seul poète italien connu dans le monde entier. Après la première guerre mondiale, sa gloire est devenue plutôt muséale, sans doute parce qu'il l'a lui-même voulu. Il devint ainsi Prince de Montenevoso. Un institut d'État édita ses oeuvres complètes en 49 volumes. Surtout, il transforma la Villa Cargnacco, sur les rives du Lac de Garde, en un mausolée tout à fait particulier ( Il Vittoriale degli Italiani ) qui, après la seconde guerre mondiale, a attiré plus de touristes que ses livres de lecteurs. Aujourd'hui, nous savons que le grand décadent a sans doute été le dernier poète-souverain de l'histoire. A quel autre écrivain pourrait-on donner ce titre?

    En 1918, la ville et le port adriatique de Fiume (en croate Rijeka, en allemand Sankt-Veit am Flaum ) était peuplée à 50% d'Italiens. Les conférences parisiennes des vainqueurs de la première guerre mondiale avaient réussi à faire de cette cité un pomme de discorde entre l'Italie et la nouvelle Yougoslavie. Le Traité secret de Londres, qui envisageait de récompenser largement l'Italie pour son entrée en guerre en lui octroyant des territoires dans les Balkans, en Afrique et en Europe centrale, n'avait pas évoqué Fiume. Le Président Wilson n'avait pas envie d'abandonner à l'Italie l'Istrie et la Dalmatie.

    Après l'effondrement de l'Autriche-Hongrie, une assemblée populaire proclame à Fiume le rattachement à l'Italie. Des troupes envoyées par plusieurs nations alliées prennent position dans la ville. Des soldats et des civils italiens abattent une douzaine de soldats français issus de régiments coloniaux annamites . Aussitôt le Conseil Interallié ordonne le repli du régiment de grenadiers sardes, seule troupe italienne présente dans la cité. Ce régiment se retire à Ronchi près de Trieste. Là, quelques officiers demandent au héros de guerre d'Annunzio de les ramener à Fiume. Le 12 septembre 1919, d'Annunzio pénètre dans la ville à la tête d'un corps franc. Le soir même, le Commando, avec le poète comme Comandante in capo, prend le contrôle de la ville. Les Anglais et les Américains se retirent. D'Annunzio attend en vain l'arrivée de combattants, d'arditi, de volontaires et de futuristes pour transporter le modèle de Fiume dans toute l'Italie.

    Des festivités et des chorégraphies de masse, des actions et des coups de force symboliques rendent Fiume célèbre. D'Annunzio voulait même débaptiser la ville et la nommer Olocausta ( de holocauste, dans le sens premier de sacrifice par le feu ). Sur le plan de la politique étrangère, le commandement de Fiume annonce dans son programme l'alliance de la nouvelle entité politique avec tous les peuples opprimés, surtout avec les adversaires du royaume grand-serbe et yougoslave. L'entité étatique prend le nom de Reggenza Italiana del Carnaro et se donne une constitution absolument non conventionnelle, la Carta del Carnaro. Son mot d'ordre est annoncé d'emblée: spiritus pro nobis, quis contra nos? ( Si l'esprit est avec nous, qui est contre nous? ). Le Premier ministre italien de l'époque était Giovanni Giolitti, âgé de 78 ans. Sous son égide, l'Italie et la nouvelle Yougoslavie s'unissent par le Traité de Rapallo. Avant qu'il ne soit ratifié, le héros de la guerre aérienne, Guido Keller, jette sur le parlement de Rome un pot de chambre, rempli de navets et accompagné d'un message sur les événements. Rien n'y fit. L'Italie attaque Fiume par terre et par mer. C'est le Noël de Sang ( Il Natale di Sangue ). Le régime de d'Annunzio prend fin, après quinze mois d'existence.

     

    L'État national classique italien était en bout de course, se sentait devenir caduc, mais refusait encore d’être remplacé par une forme néo-impériale, par une renovatio imperii sur le modèle de Fiume.

    Quelque temps plus tard, Mussolini et le fascisme reprenait le flambeau de Fiume

     

    Ludwig Veit