Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

guerre de l'eau

  • Vers les guerres du pain et de l’eau ?

    "Quand les temps seront venus, – Aucune famille – N’aura plus d’enfants pieds-nus,
    Traînant la guenille. – Tout le monde aura du pain, – Vive la Commune, – Enfants"
    ( Eugène Chatelain )

    Alarme Genève, Cambriolage Genève, Changements climatiques, Controle d'accès Genève, Cybercriminalité, Economie, Entreprise Genève, Genève, Géoéconomie, Géophysique, Guerre alimentaire, Guerre de l'eau, Guerre du pain, Guerred e pain, Politique, Sécurité alimentaire, Sécurité Genève, Stratégie globale de défense, Vidéosurveillance Genève

    Qui ne se rappelle aujourd’hui encore le slogan qui voyageait de New-York à Berlin et de Londres à Rome pendant la crise de 1929 : « le pain et la liberté ! » ? Ces mots avaient été les mêmes en 1905 et 1917 en Russie, en 1956 lors du soulèvement de Poznan en Pologne et en 1953 et 1989 en Allemagne de l’Est avec les conséquences que l’on connait …

    Or aujourd’hui encore plus qu’hier, le problème des émeutes de la faim , cette manifestation des besoins physiologiques de survie élémentaire (manger, boire, dormir, respirer), est à la base de bien des enjeux planétaires.

    La sécurité alimentaire est le point de rencontre de trois vecteurs mondiaux instables :

    • La géophysique (les changements environnementaux à grande échelle, dont l’urbanisation et les changements climatiques).

    • La géoéconomie (le déplacement du centre de gravité économique vers l’Asie et l’émergence du capitalisme chinois prenant la forme, par exemple, d’investissements de fonds souverains visant des terres agricoles).

    • La géopolitique (les rapports nouveaux et incertains entre l’Orient, l’Occident ).

    Ces trois facteurs influent sur la sécurité alimentaire.

    À titre d’exemple, les vagues de chaleur qu’a connues la Russie en 2010 ont contribué à la sécheresse et donc aux incendies qui ont détruit les récoltes. Or, pour sa propre stabilité, la Russie doit veiller à conserver des réserves intérieures de blé à un coût abordable. Elle a donc décidé d’interdire les exportations de blé, qui est devenu un bien stratégique nécessaire à la sécurité intérieure plutôt qu’une denrée échangée sur le marché libre. Le retrait du blé russe du marché a favorisé la spéculation et exacerbé le prix déjà exorbitant des aliments à l’échelle mondiale.

    L’un des plus gros importateurs de blé de la Russie est l’Égypte.

    Le gouvernement égyptien devant, lui aussi, fournir des denrées à un prix abordable dans l’intérêt de la sécurité intérieure, subventionnait fortement le pain depuis longtemps. Privée du blé russe et devant la hausse des prix sur le marché, l’Égypte n’a pu faire autrement que d’augmenter le prix du pain. Ainsi, le coût du blé sur le marché mondial ayant augmenté de 80 % dans l’année, le prix du pain en Égypte augmenta de 30 % dans la même période. Cette hausse suscita le mécontentement populaire et contribua aux bouleversements politiques en Égypte et au « Printemps arabe » dans le reste du monde arabe. Mais le soulèvement de ses habitants affaiblit la position de l’Égypte face à ses voisins, ce qui ouvrit la porte aux autres États du réseau hydrographique du Nil, dont le Soudan, pour exiger un accès accru à cette eau, si vitale aussi.

    Le Soudan n’a-t-il pas déjà conclu un partenariat avec la Chine pour la construction de barrages qui risquent de faire éclater des conflits, ce qui pourrait avoir un effet considérable sur la stabilité dans la région et au delà ?

    Dans un monde où l’interdépendance s’accroît sans cesse, l’approvisionnement alimentaire à prix abordable devient rapidement l’un des secteurs les plus critiques de conflits éventuels.

    L’occident, lui, se croit à l’abri de troubles liés au prix des aliments. Pourtant, dans les pays riches, le recours aux banques alimentaires augmente et la nourriture devient un enjeu politique.

    La sécurité alimentaire est une manifestation omniprésente et tangible du célèbre « effet papillon ».

    Déjà, et ce sans même qu’il y ait eu d’attaque délibérée contre le système alimentaire mondial, la sécurité du système et la sécurité fournie par le système sont chancelantes. Il suffit d’évoquer la possibilité d’une attaque contre un maillon critique de la chaîne d’approvisionnement alimentaire pour que l’utilité de stratégies alimentaires nationales devienne évidente.

    Une stratégie globale « de défense » tiendrait compte, non seulement, des trois « vecteurs » mais elle prendrait, aussi, en considération les politiques, l’économie et les ressources naturelles d’aujourd’hui, mais encore leurs projections dans l’avenir.

    Certains États ont une longueur d’avance dans l’élaboration d’une stratégie de sécurité alimentaire. Il en va ainsi de la politique de l’enfant unique en vigueur en Chine. Cela a eu pour effet de réduire la demande de nourriture et d’autres ressources. Parallèlement, le gouvernement chinois tente de s’assurer un approvisionnement fiable sur les marchés, cherche à faciliter l’achat de terres agricoles à l’étranger, à investir ses fonds souverains et à établir des relations avec des États qui, comme le Zimbabwe, sont isolés politiquement, mais riches en ressources naturelles. Les épigones de Pékin savent bien que, pour se sentir en sécurité, ils doivent fournir à la majorité de la population de la nourriture à un prix abordable.

    En Chine comme en Russie, les denrées alimentaires sont ainsi considérées comme des biens stratégiques plutôt que des produits de base. Les pays industrialisés exportateurs de produits alimentaires ont encore tendance à considérer la nourriture comme une denrée « ordinaire ».

    Par ailleurs, les investissements considérables faits par les pays du Golfe, entre autres, dans les terres agricoles à l’étranger pourraient, par exemple, renforcer l’incertitude quant au prix du blé et, par ricochet, toucher les producteurs des pays riches de l’hémisphère nord.

    Alors que de plus en plus de pays entreprennent des évaluations stratégiques de la propriété, de la vulnérabilité et de l’accessibilité du système alimentaire mondial et élaborent des stratégies alimentaires nationales (en janvier 2010, la Russie a mis en œuvre sa doctrine de sécurité alimentaire), les retardataires, que nous sommes, pourraient être acculés à des choix de plus en plus limités nous menant à des chocs et à des situations de crise.

    Jean-Marc DESANTI