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histoire du kosovo

  • Le Kosovo : passé et avenir de l’Europe

    1631115766.jpgL’événement qui a marqué le début du XXIe siècle, l’entrée dans un nouveau millénaire (entrée qui se charge toujours d’une signification beaucoup plus large que celle d’une simple addition mécanique des années), n’a pas – malgré sa brutalité, sa soudaineté et ses conséquences – été le 11 septembre 2001. Certes, ce terrible événement, qui frappait les Etats-Unis chez eux et anéantissait, en un instant[1], des symboles d’un pouvoir jusque-là censé presque invincible, tragédie humaine éveillant la compassion des étrangers et provoquant chez les Américains le rejaillissement d’un intense sentiment de solidarité humaine et nationale, cet événement a naturellement troublé beaucoup d’esprits et bouleversé l’idée qu’on avait pu se faire, assez naïvement, d’une époque de tranquillité, de sécurité, voire d’harmonie globale. Il a paru révélateur, il l’est sûrement, de la condition humaine hantée par l’insécurité et la vulnérabilité, par l’imprévisible tragique, d’une humanité toujours déchirée par des conflits irréconciliables, par des incompatibilités sous le rapport des mentalités, voire des civilisations, révélateur encore de la trame des forces politiques et militaires planétaires.

    L’événement qui signalait, en réalité, le commencement du XXIe siècle, événement encore plus révélateur, car mettant à nu non pas seulement des rapports de force mais des conflits d’ordre spirituel autrement graves, qu’un regard encore ébloui par la chute spectaculaire du communisme, espérant en un renouveau spirituel européen (prise de conscience, retour en arrière, réflexion nouvelle) comme suite à cette chute, n’avait pas encore décelés, cet événement a été la guerre de l’OTAN dans un coin d’Europe, coin obscur, tombé dans l’oubli – oubli d’autant plus intéressant et moins innocent que la mémoire en était constitutive non pas uniquement d’un seul peuple mais de la conscience de soi de l’Europe : le Kosovo[2]. C’est cette guerre qui a constitué l’événement le plus profond, le plus significatif, et le plus révélateur du temps, l’événement qui définissait à lui seul l’essence de l’époque post-communiste et dévoilait l’orientation mentale politique et la destinée historique des peuples à peine affranchis du communisme.

    Tandis que décembre 1989 marquait un renversement des choses, une rupture, une brèche, la présence (au moins potentielle) d’une liberté où l’homme peut choisir son chemin, la décennie qui a suivi, a, peu à peu, fait entrevoir la continuité fondamentale des deux périodes – continuité dans les idées, dans le fonctionnement des systèmes, similitude dans les intentions et les comportements politiques, ce qui n’est pas sans rappeler l’image, que nous donne le livre de l’Exode, des eaux de la mer qui “ se fendirent ” pour un moment, permettant le passage, et qui revinrent par la suite, quand “ le vent d’est ” cessa (Ex 14,21-28).

    Dix ans après la chute du communisme, la guerre de l’OTAN contre la Serbie : guerre opposant une force militaire gigantesque (la force de 19 Etats, pour la plupart des pays avancés, ayant joui d’un demi-siècle de paix et d’abondance matérielle, la force de la seule Superpuissance à l’heure actuelle) aux possibilités de défense naturellement minces d’un petit Etat, et, qui plus est, d’un pays en crise, pas encore guéri des blessures d’un passé récent odieux (le communisme) et d’un présent pas moins douloureux[3] ; guerre dépourvue d’appui légal (sans mandat des Nations unies) et constituant une violation évidente des principes tant modernes qu’anciens du droit international[4] ; guerre revêtant de surcroît une dimension spirituelle à part : commencée les 23-24 mars 1999, poursuivie pendant 78 jours, la guerre de l’OTAN contre la Serbie s’est déroulée pendant le Carême et la fête de la Résurrection du Seigneur. Le fait que les bombardements américains se sont prolongés pendant les Pâques n’est pas seulement significatif en lui-même, il l’est d’autant plus par comparaison au respect que les Américains ont tenu à manifester pour le sentiment religieux des musulmans d’Irak, interrompant les hostilités pendant le Ramadan[5].

    http://www.rastko.org.yu/rastko/delo/12234