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  • L’Iran « achète » les services de Jimmy Carter

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    Sorti de l’histoire par la petite porte, humilié par l’Iran en 1980 avec l’échec lamentable de l’opération Eagle Claw destinée à libérer les otages américains détenus dans l’ambassade de Washington à Téhéran depuis novembre 1979, Jimmy Carter tente de refaire surface au détriment du Liban.

    Mais l’âge avancé de l’ancien président américain, qui a collectionné les maladresses déjà dans sa jeunesse, n’arrange pas les choses. Bien au contraire. A 84 ans, Jimmy Carter semble avoir perdu toutes ses capacités de discernement, et il est sur le point de commettre au Liban l’une des plus graves et plus dangereuses intervention de sa carrière politique.

    En effet, des sources américaines bien informées soupçonnent Jimmy Carter d’avoir été « retourné » par l’Iran et la Syrie. Ces deux pays, qui ne connaissent de la démocratie que le nom, cherchent à exploiter Carter et sa Fondation pour la promotion de la démocratie en leur faveur, pour doter le terrorisme d’Etat qu’ils excellent, d’une caution démocratique « achetée » à Carter.

    Au printemps dernier, Carter avait effectué une tournée régionale, et rencontré des responsables du Hamas palestinien en Syrie et d’autres venus de Gaza, au Caire lire ici notre éditorial du 22 avril 2008]. Il avait plaidé contre le blocus de Gaza, qualifié de crime contre l’humanité. Sans porter un jugement sur la politique israélienne, l’initiative de Carter était considérée comme très embarrassante, alors que le Hamas était (et est toujours) inscrit sur la liste des organisations terroristes par Washington. Aujourd’hui, Carter récidive et vient de passer une semaine au Liban, où il a tendu la main au Hezbollah, lui aussi accusé d’être un mouvement terroriste. Or, le mouvement chiite, bras armé extérieur de l’Iran, a refusé de rencontrer Carter, pourtant reçu avec les honneurs en Syrie.

    Une mise en scène machiavélique

    A Washington, on redoute une mise en scène machiavélique qui achèvera le rêve démocratique du Liban, et anéantira tous les espoirs de voir ce pays recouvrer sa pleine souveraineté et son indépendance. En effet, à l’approche des élections législatives du printemps prochain et de la mise en place du Tribunal international, théoriquement début mars 2009 (Ban Ki-Moon vient de lier le lancement du TPI à son financement, ce qui risque de le renvoyer au-delà des législatives, avec les risques qu’une telle décision engendre), le Liban risque bien de tornades et de tempêtes. La Syrie met tout en place et use de toutes ses capacités de nuisance et de dissuasion pour échapper à la justice. Elle s’emploie à « récupérer », l’un après l’autre, les dirigeants libanais qui acceptent de se vendre. Le dernier exemple fut celui du général Michel Aoun, mais bien d’autres l’avaient précédé et lui succèderont sur les chemins de Damas. La visite du général Jean Kahwaji, le commandant en chef de l’armée, n’est pas sans rappeler celle du général Aoun en 1984, une visite secrète au cours de laquelle les Syriens ont réussi à le retourner contre le président d’alors, Amine Gemayel, contre la promesse de le propulser à la présidence de la République. Ce fut alors l’alliance entre Aoun et l’autre agent syrien, Elie Hobeïka. Aujourd’hui, Aoun remercie Damas et demande aux Libanais de présenter leurs excuses aux Syriens !

    Cette mise en scène vise à vider les institutions libanaises de leur contenu patriotique. Désormais, toute la hiérarchie militaire et une bonne partie de la classe politique sont liés directement ou indirectement à la Syrie. Seule l’Alliance du 14 mars y échappe. Pour la soumettre, ou la pulvériser, Damas et ses alliés libanais s’appuient sur Jimmy Carter. C’est ainsi que ce dernier a été boycotté par le Hezbollah, pour mettre la majorité en confiance. La Fondation Carter a proposé l’envoi d’observateurs pour surveiller le prochain scrutin. Le Hezbollah a refusé, mais l’ensemble de la classe politique a accepté. Ce faisant, cette surveillance, qui ne saurait couvrir tous le pays et l’ensemble des bureaux de vote, n’aura aucun moyen de dissuader la fraude dans les régions sous contrôle militaire du Hezbollah et de ses alliés, où l’argent et les armes feront la différence. A la sortie, le Liban aura connu un scrutin truqué, mais validé par le vieux Carter. Le Hezbollah s’en réjouira d’autant qu’il avait refusé de le rencontrer. Un piège implacable qui se prépare.

    Ainsi, la Syrie, qui a toujours promis que les élections seront remportées par ses alliés, aura honoré ses promesses, et retrouvé à Beyrouth un pouvoir ami. Le président Michel Sleimane ne lui oppose aucune hostilité. Bien au contraire, il n’aurait jamais été maintenu à la tête de l’armée pendant neuf ans, sous le président Emile Lahoud, s’il n’était pas digne de la confiance de la Syrie. Le commandant en chef actuel, Kahwaji, vient d’être coopté et a effectué une visite à Damas. Le président du Parlement, Nabih Berri, n’est autre que le plus fidèle allié de la Syrie qui n’avait pas hésité à remercier le régime avec sa fameuse expression « merci la Syrie ». Le possible ou probable ajournement du TPI permettra au Liban d’organiser les législatives et la fraude sous le contrôle de Jimmy Carter, et de se doter d’une nouvelle majorité composée du Hezbollah, du mouvement Amal, du général Aoun et de Sleimane Frangieh. Une fois devenue majoritaire, l’Alliance du 8 mars, qui s’est toujours opposée à la formation du TPI pour juger les assassins de Rafic Hariri, ne manquera pas d’annuler d’un trait de stylo les accords signés par les gouvernements Siniora, dont le TPI. Le Liban s’apprête à retourner à la case départ, et la Syrie à étendre son influence une nouvelle fois sur le pays du Cèdre.

    Ce scénario n’est pas virtuel. A Washington, l’administration sortante en est consciente et redoute ses effets néfastes sur la crédibilité des Etats-Unis et de la gouvernance Obama. Mais les Républicains reconnaissent qu’ils sont démunis face à l’activisme de Carter et de sa Fondation, qui mènent des initiatives privées. Reste à savoir si l’initiative de Carter est coordonnée avec Barack Obama et les démocrates, ou si elle est réellement privée. Quoiqu’il en soit, les dirigeants libanais doivent en être conscients et prendre les précautions qui s’imposent avant que le piège ne se referme sur eux. Ils doivent se méfier de Carter, qui n’est pas à son premier coup d’éclat. Ils sont invités à consulter l’histoire de cet homme qui a vu des OVNI, et qui a été agressé par un lapin. Qui peut encore lui faire confiance ?

    Khaled Asmar © « MediArabe.info »