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le siècle juif

  • Mercure contre Sion

     


    «Oui Je vous entends dire Sion Jeruscialaïm …

    Mais, ô peuple, ce sont des mots vides de sens que vous murmurez là.

    Égarés, sans guide ni lumière, nous errons

    Perdus parmi les foules.

    Nous ne sommes que le fantôme de notre ancienne nation …

    Nous ne sommes plus rien ! »

    Flora Randegger

    «L’exilé est un mort sans tombeau. »

    Publius Syrus

     

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    On ne dira jamais combien la complexité inhérente à toute vie, à toute société, à toute civilisation nous prive , non seulement du plaisir que serait de déguster ensemble, toutes individualités confondues, la simplicité des choses et des gens, mais aussi combien ce paradigme de la réalité peut causer, dans le contrat social, autant de dommage que de préjudices irréparables. L’Homme aime les choses élémentaires, les modèles théoriques qui roulent encore, par leurs simples forces d’inertie, sur les rails d’une pensée rudimentaire, rustique mais opérante. Yuri Slezkine dans son ouvrage Le siècle juif nous invite à un voyage subtil dans la tourmente du vrai savoir de cette connaissance que Nietzsche nomma Die fröhliche Wissenschaft, la gaya scienza.

    Abandonnons le « superficiel » « au troupeau », qui se nourrit de certitudes satisfaites et affrontons le tragique de l’existence … La délivrance de notre condition de dévot viendra de cette recherche de la vérité, cependant, intrinsèquement mortelle, contre toute illusion intrinsèquement vitale parce que si rassurante.

    Que nous enseigne Slezkine ? Il nous rappelle tout d’abord la permanence dans toute civilisation de l’opposition structurale entre guerriers « apolliniens » et nomades fonctionnels « mercuriens », vivant de leur « agilité d’esprit ». Le début de l’ouvrage nous comble. Le juif est bien ce mercurien nomade qui deviendra un capitaliste moderne et même, dans la tradition babélienne, un messianique sentencieux pendant la révolution russe. Nous voilà rassurés. Les choses sont si simples. Seulement Slezkine pour nous aider comme Thésée à ne pas se perdre dans le Labyrinthe continue de détricoter le fil d’Ariane : « Hier peuple élu par Dieu, les juifs sont devenus le peuple élu par les nazis, et ce faisant, le peuple élu par le monde occidental ( …) En créant un Etat-nation de type européen, le projet sioniste a donné naissance au plus excentrique de tous les États européens. Cela explique le degré de liberté et d’action qui prévaut en Israël mais aussi l’isolement croissant de l’État juif. La liberté par rapport aux conventions est à la fois cause et conséquence de l’isolement. »

    Fukuyama comme Hegel, en son temps, nous annoncèrent « la fin de l’Histoire » car nous sommes parvenus au consensus universel sur la démocratie libérale qui met un point final aux conflits idéologiques. Mercure triomphe. Big Brother lui vole sa place. Tirons le rideau.

    Seulement Slezkine sort sa botte secrète … On ne peut avoir eu, durant trois mille ans, des ancêtres qui ont été torturés, battus, humiliés, ruinés, exclus, parce que dans leur prières, ils répétaient sans cesse «  l’an prochain à Jérusalem  », et demander après, aux héritiers, de faire abstraction de cette volonté. Du désert au désir . Les adolescents qui ont survécu à l’Holocauste n’avaient pas pour objectif, en théorie, de tuer en eux « le vieux juif gênant  »- mais ne l’avait-il vraiment pas ? La nature des commandements du Sionisme polarisa la pénible intégration de ces jeunes dans une vie difficile, faite d’un travail éreintant sur un sol aride et de préhension vitale de la langue hébraïque, tout cela sur fond de razzias incessantes d’indigènes ulcérés… Hier mercuriens exemplaires dans un monde d’apolliniens, les juifs devenus, pour certains d’entre eux, israéliens sont aujourd’hui des apolliniens dans un monde occidental acquis au règne universel de Mercure. Ils incarnent la violence justicière et le nationalisme ethnique en un temps eschatologique ( A’harit HaYamim ) qui ne leur accorde plus aucune valeur. Ils représentent l’acceptation par chacun , de la responsabilité pour chacun, du destin des autres ( Kol Yisrael Arevim Zeh Lazeh )

    C’est ce caprice de la destinée historique qui nous désoriente. Une religion, une terre, un peuple, une exclusion . L’Europe en Orient ? D’un côté des jeunes filles qui bronzent nues sur des plages. De l’autre des femmes en tchador qui ne peuvent pas toujours faire des études et qui sont condamnées au « petits boulots ingrats ». Volonté post Saint-Simonienne humaniste contre théocratie identitaire musulmane. Imagine-t-on un bus d’amis arabes et juifs allant, ensemble, visiter La Mecque ?

    Quoi donc ? Nous assistons au découplage de l’alliance indéfectible entre les USA et Israël ? Des juifs américains comme Alan Sabrosky ( professeur à l’US Army War Collège ) peuvent déclarer : « j’ai honte – parce que j’ai une famille juive, dont aucun n’est sioniste – la grande majorité des juifs américains donnent leur allégeance à un pays étranger. Ils peuvent avoir la citoyenneté américaine, mais leur allégeance va à Israël. Et comme je l’ai dit dans l’article, c’est une forme de bigamie politique. ils sont des traîtres. » et de réclamer rien moins, que la destruction d’Israël. Des juifs, présentés comme des « progressistes » de gauche, embauchés par la Maison Blanche préconisent la paix avec tout le monde, mais font leurs guerres, obligent Israël à suivre un processus catastrophique comparable à l’Afrique du Sud pour une seule raison : le triomphe des affaires. La finance est juive, arabe, protestante, chinoise, athée … Elle est apatride et s’apprête à sacrifier Israël comme elle domine l’Europe en osant, par un véritable coup d’État, placer sous tutelle économique seize pays de la zone euro. Mais il est très vraisemblable que ces actions, pour nous encore, largement incompréhensibles, marquent l’absolue puissance obscène des victorieux mercuriens. Ils eurent besoin d’Israël pour mieux régner sur ce Moyen-Orient, autrefois position stratégique pour tenir le monde islamique, bénéficier de son pétrole et contrôler le sud de la Russie. Mais aujourd’hui, à quoi bon une telle charge, à l’heure où les élites planétaires immorales se mélangent à Dubaï, pôle « du tourisme d’affaires », première destination mondiale du « luxe », réincarnation de Sodome et Gomorrhe ? A quoi bon aujourd’hui où la puissance technologique US a permis de piéger les systèmes informatiques russes de défense nucléaire et d’imposer ainsi la sécurité de la « double clé » ?

    Les médias simples outils de propagande nous repassent en boucle des images de terroristes résistants au Nouvel Ordre Mondial, histoire de dérouler, devant nos yeux désespérés et apeurés, la possibilité que quelque chose se passe … Espérez encore braves gens, l’Histoire se fracasse mais la vieille carcasse frémit encore !

    La disparition programmée d’Israël représente-t-elle seulement une défaite juive ou bien plus fondamentalement une autre version de la défaite de la civilisation ? C’est une parabole de la fin de la survivance que nous commençons à vivre. Tous les peuples libres et de quelque identité sont manipulés menacés et finalement annihilés.

    Notre optique se doit d’être infiniment plus large et de cerner la « maladie », ou dans une autre sémantique « l’anomalie », de tous les petits d’homme en diaspora qui perdent leur âme, en quêtes vaines, à se noyer dans la diversité d’un monde sans autres frontières que Coca ou Pepsi.

    Le juif en exil comme le palestinien, l’africain, l’européen ou l’asiatique sont les victimes du chaos mercurien, de l’holocauste spirituel, ce processus contemporain en pleine accélération.

    Jean-Marc Desanti