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mikis theodorakis

  • LE TROISIEME CERCLE

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    Article de Mikis Theodorakis paru dans RESALTO n° 32 d'octobre 2008


    Il semblerait que, sous peu, le troisième cercle de la chute des valeurs qui, jusqu’à ce jour, définissaient tant bien que mal notre vie nationale soit lui aussi complété pour mener enfin notre pays sur la voie du protectorat qui s’ouvre largement devant nous, ce que chacun peut observer à l’œil nu.

    Les deux autres cercles concernaient la civilisation grecque et la constitution morale de notre peuple, autrement dit, nos valeurs culturelles et morales.

    Le troisième et dernier cercle dont notre pays vit les derniers spasmes avant la fin, c’est la politique qui est entraînée dans sa chute* par le monde politique lui-même et le faisceau de rapports et dépendances qu’il a lui-même constitué autour de lui.

    La question qui se pose de savoir dans quelle mesure cette voie catastrophique est due à des erreurs commises par notre peuple lui-même ou à des forces à l’intérieur et à l’extérieur de notre pays, qui, pour des raisons qui leur sont propres, ont aidé ou ont réussi à créer les conditions propices à ce que, en un espace de temps relativement court, nous encourrions le risque de tomber sous une forme de dépendance comparable à celle de l’Albanie, du Kosovo, de l’Arym (FYROM), de l’Ukraine, de la Géorgie, de l’Irak et d’autres pays analogues, devenus, ni plus ni moins, les marionnettes des jeux politiques américains.

    A cette question, seule une étude minutieuse et scientifiquement fondée pourrait apporter une réponse définitive.

    Pour l’heure cependant, et pour des raisons d’intérêt national, intérêt pour lequel il est du devoir de chacun d’exprimer son opinion quelle qu’elle soit, en assumant les responsabilités qui en découleraient, j’oserai affirmer pour ma part, que cette voie négative n’est pas due à des erreurs de notre peuple, mais à celles de ses représentants de tous bords. Elle est due aussi à l’ingérence active de tous ceux qui ont tout intérêt à soumettre la marche générale de notre pays à la stratégie qu’ils ont planifiée et qui sert leurs propres intérêts même à l’échelle internationale.

    Toutes les théories concernant la fin de l’histoire et l’ensemble des peuples corrompus qui devront être punis (l’Irak, lui, a déjà été puni en premier) sont connues, tout comme les données nouvelles qui découlent de la mondialisation etc., etc.

    Récemment cependant, des changements imprévus et très profonds se sont opérés sur le plan des relations et des équilibres internationaux avec la montée économique spectaculaire de la Chine et surtout le retour de la Russie dans un rôle de puissance économique et stratégique avec lequel il faut compter.

    Ces deux phénomènes ont conduit la superpuissance à une réévaluation (et dans une certaine mesure, à un repli) de sa stratégie offensive qui la mène à des initiatives et des tactiques propres à celles de la guerre froide qui, on le sait, avaient deux caractéristiques:

    En premier lieu, l’isolement de l’Union soviétique d’alors (aujourd’hui, la Russie).

    En second lieu, l’encerclement de cette dernière par des bases militaires aussi proches que possible de ses territoires, encerclement renouvelé aujourd’hui*.

    D’où l’installation de missiles en Pologne, Tchéquie et Slovaquie* et la transformation du Kosovo, de la Fyrom, de la Géorgie et autres républiques ex-soviétiques, en plus de l’Afghanistan et de l’Irak, en bases offensives.

    L’élément nouveau par rapport à la guerre froide est que la couverture idéologique manque au camp américain de l’OTAN pour prétexter d’un besoin de « défense » contre le communisme. Aujourd’hui, la Russie est déjà admise par l’occident comme un pays démocratique à l’économie de marché, faisant même partie intégrante du G8.

    En conséquence de quoi, le camp américain de l’OTAN n’est plus en mesure de dénoncer une puissance occidentale ou un chef de gouvernement occidental comme sympathisant pro-communiste comme elle l'a fait de par le passé, parce que justement cette couverture idéologique fait défaut.

    Par exemple, aurait-il été possible, hier encore, qu’un chef d’état comme C. Caramanlis ose dire « non » en face à tout dirigeant planétaire américain?

    Dans un tel cas, il aurait été qualifié de sympathisant (communiste*) et fort sûrement mené devant le peloton d’exécution aux côtés de Beloyannis*.

    Que se passe-t-il aujourd’hui sans la couverture* de l’anticommunisme, lorsque quelqu’un ignore ces deux commandements fondamentaux de la superpuissance, à savoi: l’isolement de la Russie et la transformation de la Grèce en passerelle offensive contre cette dernière?

    Comment la superpuissance oublierait-t-elle le « non » du peuple chypriote accompagné de la neutralité du gouvernement grec, ce qui a ramené ses objectifs militaires à une époque antérieure, étant donné que Chypre, dans l’éventualité d’une guerre avec l’Iran, aurait pu constituer le soutien déterminant- la base d’attaque essentielle pour une entreprise d’une telle envergure?

    Ces erreurs sont inexcusables aux yeux des faucons du Pentagone, qui, indépendamment des Clinton, Bush ou Obama tracent, sans états d’âme, la stratégie générale des E-U-A qui vise avec fermeté, à l’établissement d’un empire planétaire.

    Par rapport à d’autres pays occidentaux, le peuple grec a la particularité d’avoir subi dans sa chair les résultats de cette politique américaine sans scrupules qui, pour faire aboutir ses propres objectifs, n’hésite pas à marcher sur des cadavres.

    Tout comme les faucons du Pentagone ont transformé en cadavre la démocratie grecque et les libertés du peuple grec pendant les 7 ans de la junte militaire (1967-1974*), ils ont de la même manière, empli Chypre de cadavres humains en se servant de leur fidèle alliée et collaboratrice: la junte militaire turque.

    Il était donc normal, après ces deux immenses catastrophes nationales imposées aussi crûment et avec autant de dureté, que le peuple grec en soit venu, pratiquement dans son ensemble, à une attitude au moins réservée face à ses anciens alliés, réserve partagée même par les nationalistes qui furent leurs amis dans la mesure où les E-U-A ont dépensé des millions de dollars pour les sauver du communisme.

    Car eux-mêmes n’oublient pas que s’ils ont été sauvés des détestables communistes grecs c’est pour mieux être livrés, pieds et poings liés, à leur* amie, la junte militaire, tandis que Chypre était livrée aux amis et alliés des E-U-A: les généraux turcs.

    Tout cela, les Grecs ne l’oublient pas et ne risquent pas de jamais l’oublier, d’autant plus que les Américains complotent contre nous en se servant de l’un ou de l’autre alternativement, tout en mettant en avant sans la moindre honte les Droits de l’homme des hauteurs des grilles de Guantánamo, c'est-à-dire du haut du mépris le plus absolu non seulement des Droits de l’homme, mais de la chair humaine tout court, dans la mesure où il ne s’agit plus d’êtres humains qui y sont gardés, mais de chairs humaines qui y subissent, depuis bon nombre d’années, la douleur et l’humiliation.

    Les Américains nous punissent donc, tout simplement, parce que nous possédons une mémoire et une dignité nationale; par conséquent, pour mettre en place leurs objectifs, il faut que notre mémoire et notre dignité nationale, c'est-à-dire notre culture et notre morale, soient effacées.

    Ce qu’ils ont d’ailleurs réussi à faire en grande partie et dans une large mesure, grâce au soutien de leurs puissants amis grecs, agents, propagandistes, essentiellement des personnalités de la vie économique et des politicards ambitieux et insensés, pour que vienne ensuite le tour de la politique et des politiciens, puisque ces derniers ont échoué, dans leur majorité, à se « conformer » aux diktats et à imposer un système d’alignement total à la stratégie générale des E-U-A, un système en substance de type protectorat.

    C’est pour cette raison que se prépare à toute vitesse une mise en scène politique dont va émerger le nouveau système (lequel, au fait?) qui, accompagné de proclamations, condamnations et vœux pieux tonitruants comme d’habitude, va suivre la route tracée par Berisha, Grouefsky, Loutchenko, Tadic, Saakachvili et tant et tant d’autres chevaliers servants de la plus pitoyable espèce.

    Si vous voulez mon avis cependant, je crois que cette fois-ci, ils ne vont pas réussir.

    Le peuple grec a mûri à la suite de tant et tant d’épreuves, le niveau d’éducation s’est élevé et par ailleurs, un grand éventail de possibilités de production a été développé qui nous offre une autonomie importante. Enfin, notre place dans le monde s’est généralement améliorée, de sorte qu’amis comme ennemis prennent nos positions en considération.

    Bien sûr, dans le domaine de la culture et de l’éthique, il y a eu des ruptures. Je ne crois pas cependant qu’elles soient arrivées au point d’altérer le caractère de notre peuple qui, dans une large mesure, conserve son amour, sa foi et son attachement aux traditions culturelles et morales nationales.

    De même dans le domaine de la politique, la crise est superficielle. La grande majorité de notre monde politique reflète la morale et la culture de notre peuple, malgré une propagande enragée qui tente de faire croire qu’il est dans sa totalité coupé de notre peuple, de ses besoins, de ses valeurs. Ne nous laissons pas impressionner par les jeux que jouent en surface une grande partie de la presse et de la télévision qui sont devenues, à une échelle dangereuse, les porte-voix des puissances funestes qui veulent nous détruire.

    Aussi, une fois encore, je demande à la classe politique essentiellement, de porter quelque attention à l’analyse ci-dessus pour comprendre où se situe notre principal problème national, afin que tous mettent de côté leur différends qui, selon moi, sont de second ordre, et concentrent leur attention sur le danger national principal qui nous menace, à savoir la tentative d’asphyxie qui s’abat sur notre pays pour le transformer en protectorat. Pas un Grec digne de ce nom ne laisserait un tel événement se produire, j’en suis persuadé.

    Athènes le 22/09/2008

    Mikis Theodorakis


    PS : J’aurais attendu, de la part du gouvernement, qu’au moment où le prétendu négociateur M. Nimitz a osé poser sur la table des négociations le sujet de la soi-disant « nationalité et de la langue macédoniennes », celui-ci ordonnât à son représentant de quitter immédiatement les pourparlers et de se retirer en signe de protestation. Cependant, notre gouvernement s’est abstenu de le faire, ce qui me préoccupe au plus haut poin; j’espère que cette erreur ne se répétera pas.

    J’ai déjà souligné dès 1992, et ce au Conseil des ministres, que tous les problèmes proviennent du nom de « Macédoine* » en premier lieu, pour que s’ensuivent la nationalité, la langue et les minorités « macédoniennes » en Macédoine grecque, afin que le terrain soit prêt pour que la politique américaine commence à exercer des pressions violentes et des menaces concernant notre intégrité territoriale, au cas où nous ne nous conformerions pas totalement à ses volontés.

    Traduction: Catherine Teuler
  • MACEDOINE : POSITION DE MIKIS THEODORAKIS

     

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    Athènes, qui refuse de reconnaître le nom du pays voisin ( à savoir "Macédoine"), envisage de mettre son veto à l’adhésion de celui-ci à l’OTAN ... Cette intransigeance est également illustrée par une déclaration de l’artiste et héros national Mikis Theodorakis:

    Sans attendre de savoir qui sera le prochain président des États-Unis, leur colossale machine militaire est déjà en marche pour démolir ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis.
    Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule cible. Ce sont les Balkans, avec pour principal allié la “Grande Albanie”, à commencer par le Kosovo et ses hommes de main de l’UCK. Bien entendu, il s’agit d’une provocation des États-Unis, ayant pour but d’analyser nos réactions et de préparer nos voisins pour le jour où nous nous opposerons à l’expansion de l’Albanie sur une grande ­partie des régions albanophones de Skopje, puis sur nos propres territoires. De l’autre côté, la Turquie prépare le terrain pour des manœuvres visant la Grèce, en mer Égée et à Chypre, mais aussi avec la minorité musulmane de Thrace, qui, suivant le modèle du Kosovo, pourrait demander son indépendance. Les dirigeants de Skopje semblent bien renseignés sur les projets américains – d’où leur arrogante intransigeance. Depuis leur indépendance en 1991, ils veulent porter le nom de “Macédoine”.
    Mais que feront-ils quand la seconde phase débutera, celle de la tactique albanophile ? Leur territoire sera-t-il alors divisé ? Parce que, à ce moment-là, il faudra que ces dirigeants reconnaissent – et les États-Unis avec eux – qu’ils peuvent peut-être s’autoproclamer “Macédoniens” mais que leur race est slave et que, par conséquent, ils sont classés comme les ennemis des États-Unis tout comme la Russie et la Serbie mais aussi la Bulgarie qui, elle non plus, ne doit pas se faire d’illusions.
    Il est à l’évidence impossible de convaincre les Américains, parce qu’ils ont peur et qu’ils détestent notre peuple. Sauf si nous décidons de nous agenouiller et de leur embrasser les pieds en promettant qu’à partir de maintenant nous serons de bons petits soldats et de simples pions dans leurs stratégies politiques.
    Mais, puisque la partie est perdue d’avance, gardons la tête haute. Nous sommes seuls contre tous. Essayons donc d’être sans reproche, fiers et pourquoi pas heureux, puisque nous aurons pris la grande décision d’être tous unis face à la trahison et à l’horreur. Tout comme la reconnaissance du Kosovo était honteuse, il est insupportable d’être humiliés et insultés sous la houlette des Américains. Les “Skopjiens” et nous-mêmes sommes allés jusqu’à implorer les Américains de servir de médiateurs, dégradant ainsi chaque jour un peu plus notre fierté et notre dignité humaine.
    Fermons donc nos frontières, rompons nos relations économiques et diplomatiques, et laissons-les s’appeler comme ils veulent ! Ils se ridiculiseront tous seuls. Nous souffrirons peut-être, mais l’important est de rester grecs. N’oublions pas que nous avons déjà enduré de douloureuses épreuves, mais que nous en sommes toujours sortis vainqueurs.

    Mikis Theodorakis