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nazisme

  • Une curiosité : Degrelle - Tintin mon copain

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    Tintin mon copain est un livre introuvable qui évoque de manière détaillée la vie et les influences d'Hergé. Il ne s'agit pas d'une BD mais d'une véritable encyclopédie de 231 pages avec des photos, de nombreuses reproductions de planches et écrits d'Hergé. Pourtant le titre n'a rien d'agressif ! Mais c'est le nom de l'auteur qui pose problème : Léon Degrelle, le célèbre nazi belge ...

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  • Sophie Scholl : Die Weiße Rose

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    Le groupe de La Rose blanche ( Die Weiße Rose ) était composé de cinq étudiants et d'un de leurs professeurs. Après avoir lancé des tracts dans la cour intérieure de l’université de Munich, Sophie Scholl est dénoncée à la Gestapo et est arrêtée avec son frère Hans le 18 février 1943. Conduite devant le« Tribunal du peuple », elle est condamnée à mort après un procès mené en trois heures seulement. Au cours du procès, Sophie dont la défense touchante sonne comme un appel au courage civil "Zivilcourage" en allemand , fait face avec un courage inébranlable et déclare :

    « Ce que nous avons dit et écrit, beaucoup le pensent. Mais ils n’osent pas l’exprimer. »

    C'est Freisler lui-même, le chef du Tribunal du peuple, venu spécialement de Berlin, qui annonce la sentence pour faits de « haute trahison, propagande subversive, complicité avec l'ennemi et démoralisation des forces militaires ». Elle sera guillotinée le jour même le 22 février1943 à Munich, et cela malgré la législation allemande qui imposait un délai de 99 jours avant l'exécution d'un condamné.

    « Le local d'exécution était situé à l'abri des regards et des intrus. La guillotine (die Fallschwertmaschine) était cachée derrière un rideau noir, et en état de marche. A 17 heures, deux gardiens amenèrent la condamnée. »

    «Le préposé à l'exécution rappelle son identité et lui lit la sentence, puis la remet entre les mains du bourreau. Les employés du bourreau la conduisent devant la guillotine et la font glisser sous le couperet.»

    Le procès-verbal mentionne aussi que « la condamnée était tranquille et sereine ». Sophie Scholl, héroïne de 20 ans, exemplaire de courage et de foi mérite d'être connue, aimée, admirée.

  • The sins of their fathers

    A relative of Hitler is now Jewish and living in Israêl. So is the son of a Waffen-SS man. Tanya Gold talks to the descendants of Nazis who have embraced Judaism ...

    Two years ago I read a strange little story in an obscure American magazine for Orthodox Jews, claiming that a descendant of Adolf Hitler had converted to Judaism and was living in Israel. I had heard rumours in Jewish circles for years about "the penitents" - children of Nazis who become Jews to try to expiate the sins of their fathers. Could it be true? I dug further and discovered that a man with a family connection to Hitler does indeed live in Israel as an Orthodox Jew. Virtually unnoticed in the English-speaking world, he was exposed seven years ago in an Israeli tabloid. Then he sank from sight. I went to Israel to meet him - and on the way I was plunged into the strange subculture of the Nazi-descended Jews.

    I am walking through the alleys of the Old City of Jerusalem, to meet Aharon Shear-Yashuv. He is the son of a Nazi. And yet he was a senior rabbi in the Israeli armed forces. He lives in an apartment in the Jewish quarter, near the Western Wall. I walk through a pale gold alley; Orthodox Jewish men in long black coats and round fur hats dart past. He opens the door and looks like every other rabbi I have ever met - a black suit, a beard, a questioning shrug. He takes me into his study, settles into a chair, and says, in a thick German accent: "My father was in the Waffen-SS."

    Lire la suite : http://www.guardian.co.uk/world/2008/aug/06/judaism.secondworldwar

    Un des descendants d'Hitler s'est converti au judaïsme

    C'est le quotidien britannique The Guardian qui a retrouvé ce descendant d'Hitler, dont la présence en Israël et la conversion demeuraient une sorte de légende urbaine dans les pays occidentaux. Pas en Israël, curieusement, où un tabloïd avait sorti l'histoire voilà 7 ans. En découle une longue enquête, décortiquée en longueur dans les pages du journal, pour retrouver l'arrière- petit fils du demi-frère d'Hitler. Il ne donnera pas son nom, mais raconte son histoire au journal. Ses parents étaient contre la politique menée par le Führer, lui même s'est senti "embarrassé" quand il a lu Mein Kampf. "Comment les gens ont pu élire quelqu'un qui a écrit un tel livre? C'est lamentable!

  • Karl Haushofer

    1101733032201.jpgNé le 27 août 1869 à Munich, Karl Haushofer choisit la carrière militaire dès 1887. Officier d'artillerie dans l'armée bavaroise en 1890, il épouse le 8 juillet 1896, Martha Mayer-Doss, issue d'une famille d'origine israélite de Munich. Elle lui donnera deux fils, Albrecht (né en 1903) et Heinz (né en 1906). Gravissant rapidement tous les échelons de la hiérarchie militaire, Haushofer devient professeur à l'Académie de guerre en 1904. En octobre 1908, il est envoyé au Japon pour y organiser l'armée impériale. Il rencontre en Inde Lord Kitchener, qui lui prédit que tout affrontement entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne coûtera aux deux puissances leurs positions dans le Pacifique au profit des Etats-Unis et du Japon; remarque prophétique que Haushofer retiendra toujours, surtout quand il élaborera ses thèses sur l'aire pacifique. Après son long périple, il est affecté au Régiment d'artillerie de campagne de la 16ième Division japonaise. Le 19 novembre 1909, il est présenté à l'Empereur Mutsuhito (1852-1912), initiateur de l'ère Meiji, et à l'Impératrice Haruko. En retournant en Allemagne, il passe par la Sibérie en empruntant le transsibérien, se rendant compte de visu des immensités continentales de l'Eurasie russe. En 1913, paraît son premier ouvrage destiné au grand public, Dai Nihon (le Grand Japon), bilan de son expérience japonaise qui connaîtra un vif succès. En avril 1913, il commence à suivre les cours de géographie à l'Université de Munich, en vue d'obtenir le titre de docteur qu'il obtiendra de fait sous le patronage du Professeur August von Drygalski. Mobilisé en 1914, il part d'abord pour le front occidental, où il combattra en Lorraine et en Picardie. En 1915, il est déplacé en Galicie pour revenir rapidement en Alsace et en Champagne. En 1916, il est dans les Carpates. Il termine la guerre en Alsace. Pendant les hostilités, sa pensée (géo)politique se précise: les historiens anglais Macaulay et Gibbon, le théoricien allemand de la politique Albrecht Roscher lui donnent le cadre où s'inscriront ses réflexions historiques et politiques tandis que Ratzel et Kjellen lui procurent l'armature de sa pensée géographique. Après l'armistice, il est nommé commandeur de la 1ière Brigade d'artillerie bavaroise. Il se réinscrit à l'université, présente une thèse sur les mers intérieures du Japon (17 juillet 1919), est nommé professeur de géographie à Munich et donne son premier cours sur l'anthropogéographie de l'Asie orientale. Il fait la connaissance de Rudolf Hess le 4 avril 1919; une amitié indéfectible liera les deux hommes. En tant que dirigeant national-socialiste, Hess étendra toujours son aile protectrice sur l'épouse de Haushofer, descendante par son père d'une vieille lignée sépharade, et sur ses fils, considérés comme "demi-juifs" après la promulgation des lois de Nuremberg.
    Pendant les années 20, Haushofer fonde la célèbre Zeitschrift für Geopolitik (Revue de géopolitique), destinée à donner aux diplomates allemands une conscience pratique des mouvements politiques, économiques et sociaux qui animent le monde. Les plus grands spécialistes des relations internationales y ont collaboré, dès la parution du premier numéro en janvier 1924. Parallèlement à cette activité, il organise une association, le Verein für das Deutschtum im Ausland (Association pour les Allemands de l'étranger), qui se donne pour but de défendre et d'illustrer la culture des minorités allemandes en dehors du Reich. Dès 1923, Haushofer accepte d'organiser les travaux préparatoires à la fondation d'une "Académie allemande", pendant des académies française, italienne et suédoise. Cette académie sera officiellement fondée le 5 mai 1925. En 1927, paraît à Berlin son étude magistrale sur les frontières. Pendant cette décennie, Haushofer rencontre plusieurs personnages importants: Ludendorff, Spengler, les Colonels et diplomates japonais Kashyi, Oshima et Koozuki, l'Amiral Tirpitz, le Général suisse U. Wille, le Cardinal Schulte (Cologne), Konrad Adenauer, Hitler et le Comte Coudenhove-Kalergi, fondateur du concept de "Paneurope".
    Ses fils entament une brillante carrière; l'aîné, Albrecht, fait un voyage au Brésil après avoir acquis son titre de docteur en philosophie à Munich. Il sera le secrétaire de son père pendant les travaux préparatoires à la fondation de l'"Académie allemande", puis deviendra le secrétaire de la Gesellschaft für Erdkunde (Société de géographie) de Berlin. Le cadet, Heinz, obtient son diplôme d'ingénieur agronome.
    En 1930, Karl Haushofer devient Fellow de l'American Geographical Society. Il effectue de nombreuses tournées de conférences en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Italie et dans les Pays Baltes. Le 10 mars 1933, un commando national-socialiste perquisitionne la maison des Haushofer à la recherche d'armes. Jouissant de la protection de Hess, qui leur accorde une "lettre de protection" le 19 août 1933, Haushofer et ses fils conservent leurs postes universitaires et en acquièrent de nouveaux, malgré les protestations des "enragés" à propos de l'ascendance de leur épouse et mère. Le 11 mars 1934, Haushofer est nommé Président de l'"Académie allemande". Il le restera jusqu'en avril 1937. Au cours de cette décennie marquée par l'hitlérisme, Haushofer rencontre, outre les dignitaires du nouveau régime, dont Hitler lui-même, l'historien Hans Kohn, le maire indépendantiste indien de Calcutta, Subra Chandra Bose, le Premier ministre hongrois Gömbös, l'ambassadeur à Rome Ulrich von Hassell, Monseigneur Hudal, Pie XI, Konrad Henlein, le leader des Allemands des Sudètes, l'ambassadeur du Japon, le Comte Mushakoji, l'Amiral Canaris, le Cardinal Pacelli, etc.
    C'est surtout son fils aîné, Albrecht Haushofer, qui occupe une place importante dans la diplomatie allemande à partir de 1935. Cette année-là, de février à décembre, Albrecht effectue, pour le compte de la diplomatie allemande, six voyages en Angleterre. Il y retourne l'année suivante. En 1936 toujours, il est envoyé pour une "mission secrète" à Prague et rencontre Benes. En 1937, il est aux Etats-Unis et au Japon.
    Quand la guerre éclate, Haushofer entre dans une profonde dépression: il avait voulu l'éviter. Mais le sort de la famille est scellé quand Hess s'envole vers l'Angleterre en mai 1941. Albrecht est arrêté à Berlin et Karl Haushofer est convoqué à la Gestapo. En 1944, après l'attentat manqué du 20 juillet contre Hitler, la Gestapo perquisitionne la maison du géopoliticien et l'interne à Dachau. Albrecht Haushofer entre dans la clandestinité et n'est arrêté qu'en décembre. Heinz, le cadet, est enfermé à la prison de Moabit à Berlin avec sa femme. Le 22 ou le 23 avril 1945, un commando exécute Albrecht d'une balle dans la nuque. Heinz est libéré.
    Après l'effondrement du IIIième Reich, Haushofer est interrogé par des officiers américains, parmi lesquels le Professeur Walsh qui tente de le protéger. Le 21 novembre 1945, un décret des autorités d'occupation américaines lui retire son titre de professeur honoraire et ses droits à une pension. Déprimés, Martha et Karl Haushofer se suicident le 10 mars 1946.
    La géopolitique de Haushofer était essentiellement anti-impérialiste, dans le sens où elle s'opposait aux menées conquérantes des puissances thalassocratiques anglo-saxonnes. Ces dernières empêchaient le déploiement harmonieux des peuples qu'elles soumettaient et divisaient inutilement les continents. Séduit par les idées pan asiatiques et paneuropéennes (Coudenhove-Kalergi), Haushofer entendait dépasser les nationalismes et voulait contribuer, par ses écrits, à l'émergence de "grands espaces continentaux" formés de nations solidaires. Ensuite, il a souhaité la collaboration des Européens, des Russes et des Japonais dans une grande alliance eurasienne, fermée aux influences anglaises et américaines.

     

    Robert Steuckers

     

     

  • "Boualem Sansal: l`islamisme se rapproche du nazisme".

    Dans la lignée des romans qui édifient le quidam sur l'histoire, je viens de lire "Le village de l'allemand" de Boulam Sansal que j'ai apprécié. Je  joins le lien vers la video qui avait retenu mon attention et encouragée vers la lecture. L'entretien de Salem et du N.O. appellerait sans doute des interrogations sur l'Union méditerranéenne, Boualem étant enthousiaste face à l'idée de Sarko. Je me rappelle aussi "Le chemin de Jérusalem" de Jean-Luc Aubarbier, beaucoup plus dense, roman historique à travers lequel on comprend bien le rôle joué par Nasser, Sadate, Khomeiny, Izetbeovic.., bons héritiers du Mufti de Jérusalem et d'Hitler.

    JO

    http://tempsreel.nouvelobs.com/videos/index.php?id_video=2590

  • Jünger était-il antinazi ?

    877171876.jpgDes «Journaux de guerre» d'Ernst Jünger, il ressort que le capitaine de la Wehrmacht, tout en occupant Paris, détesta Hitler, condamna l'antisémitisme et fut, selon le mot de Hannah Arendt, «un antinazi actif»

    Débarrassons-nous d'abord des clichés et des préjugés habituels: Ernst Jünger portait l'uniforme allemand pendant les deux guerres mondiales du XXe siècle, il a occupé Paris, n'a pas déserté, n'a été ni inquiété, ni pendu, ni fusillé, il est donc forcément criminel, et sa mort tranquille, à 103 ans, couvert d'estime et d'honneurs, est un scandale incompréhensible.

    Oui, mais voilà, on ouvre ces deux volumes de ses «Journaux», impeccablement présentés et annotés par Julien Hervier, et l'étonnement grandit: ce sont de grands livres.

    «Orages d'acier»? Le meilleur récit de guerre, selon Gide, est un précis de bruit et de fureur mécanique, annonciateur des catastrophes futures soulevées par la dictature de la technique. Un autre écrivain en a été bouleversé, et c'est Borges. Pas d'idéologie, dans ces «Orages», la description pure, force de l'écriture du jeune Jünger, plongé, à 19 ans, dans cet enfer. C'est un petit soldat aux quatorze blessures, un héros national modeste qui, par la suite, aurait pu faire carrière dans le nouveau régime totalitaire. Pourtant, il refuse tout: il ne sera ni député ni académicien, et ses livres suivants, «le Cœur aventureux» et surtout «Sur les falaises de marbre», seront considérés, à juste titre, comme très suspects par la Gestapo. Goebbels voulait frapper, mais Hitler lui-même aurait dit: «On ne touche pas à Jünger.» Ce dernier, et c'est un des aspects les plus étonnants de son existence romanesque, passe son temps à brûler des notes, des lettres, des documents, après des perquisitions chez lui. En réalité, il méprise le nouveau régime et sa clique, sa posture est résolument aristocratique, il identifie aussitôt le côté démoniaque des bourreaux plébéiens et de son chef, de plus en plus fou, qu'il surnomme «Kniebolo» dans son Journal. «Ils sont répugnants. J'ai déjà supprimé le mot "allemand" de tous mes ouvrages pour ne pas avoir à le partager avec eux.»

    Il faut ici écouter Hannah Arendt, en 1950: «Le "Journal de guerre" d'Ernst Jünger apporte sans doute le témoignage le plus probant et le plus honnête de l'extrême difficulté que rencontre un individu pour conserver son intégrité et ses critères de vérité et de moralité dans un monde où vérité et moralité n'ont plus aucune expression visible. Malgré l'influence indéniable des écrits antérieurs de Jünger sur certains membres de l'intelligentsia nazie, lui-même fut du début jusqu'à la fin un antinazi actif et sa conduite prouve que la notion d'honneur, quelque peu désuète mais jadis familière aux officiers prussiens, suffisait amplement à la résistance individuelle.»

    Comment conserver son intégrité sous la Terreur? Question d'honneur, question de goût. On a reproché à Jünger son dandysme et son esthétisme, sans comprendre son aventure métaphysique intérieure. Dès 1927, alors qu'on lui propose d'être député national-socialiste au Reichstag, il déclare qu'il lui semble préférable d'écrire un seul bon vers plutôt que de représenter 60.000 crétins. Sa stratégie défensive personnelle: la botanique, l'entomologie, la lecture intensive, les rêves. Ses descriptions de fleurs ou d'insectes sont détaillées et voluptueuses, il passe beaucoup de temps dans le parc de Bagatelle ou au jardin d'Acclimatation. C'est par ailleurs un rêveur passionné, familier de l'invention fantastique, proche en cela du grand Novalis. «Nous rêvons le monde, et il nous faut rêver plus intensément lorsque cela devient nécessaire.»

    Que lit-il, en 1942, dans sa chambre de l'hôtel Raphaël, à Paris? La Bible, et encore la Bible, et toujours la Bible (il se convertira discrètement, à la fin de sa vie, au catholicisme). On le voit marcher dans Paris, il voit Paris comme un enchantement permanent, il achète des livres rares, et tout à coup, le 25 juillet 1942: «L'après-midi au quartier Latin, où j'ai admiré une édition de Saint-Simon en vingt-deux tomes, monument de passion pour l'histoire. Cette œuvre est l'un des points de cristallisation de la modernité.» Après tout, on doit aussi à Jünger, dans l'ombre, que Paris n'ait pas été incendié et détruit selon les ordres finaux de Hitler. Le rêve, la profondeur vivante et inlassable du monde: on sait que, par la suite, Jünger a beaucoup expérimenté les drogues, et pas les plus banales, mescaline et psylocibine (comme Michaux).

    En même temps, il a sur place une charmante maîtresse, Sophie Ravoux, médecin, qu'il appelle tantôt «la Doctoresse», tantôt «Charmille». Les tortures, les exécutions de masse? C'est immédiatement le dégoût (il refuse d'y assister sur le front russe, au Caucase). «L'infamie est célébrée comme une messe, parce qu'elle recèle en son tréfonds le mystère du pouvoir de la populace.» L'infamie c'est, par exemple, l'apparition des étoiles jaunes sur la poitrine des juifs à Paris, que Jünger salue au garde-à-vous («J'ai toujours salué l'étoile») tout en notant aussitôt qu'il a honte de porter son uniforme. C'est lui toujours qui met en sécurité pour l'avenir des lettres d'otages fusillés, lecture qui l'a «fortifié», dit-il, puisqu'on y vérifie que «l'amour est le plus profond de tous les liens».

    Et puis, bien entendu, il y a les portraits, tous incisifs et révélateurs. Morand, Jouhandeau, Léautaud, Céline (qu'il déteste), Picasso (qui lui propose de signer immédiatement la paix pour que les hommes puissent faire la fête le soir même). «Gaston Gallimard donne une impression d'énergie éclairée, aussi intelligente que pratique - celle-là même qui doit caractériser le bon éditeur. Il doit y avoir aussi en lui quelque chose du jardinier.» Quant à «Kniebolo» (Hitler), «son passage à Satan est de plus en plus manifeste».

    Comment se comporter dans ces conditions? «Il faut agir en cachant complètement son jeu. Il importe avant tout d'éviter toute apparence d'humanité.» Phrase terrible. Le fils de Jünger, 17 ans, a été imprudent: il est arrêté, difficilement libéré par son père portant toutes ses décorations, mais aussitôt envoyé sur le front, en Italie, où il se fait tuer dans les carrières de marbre de Carrare. Les falaises de marbre... Jünger note sèchement que son livre se prolonge dans les événements mêmes. C'est une lutte ouverte entre le démoniaque et l'art. Les portraits des démons (Himmler, Goebbels) sont aussi décapants. «Le retour de l'absolutisme, toutefois sans aristocratie - je veux dire sans distance intérieure -, rend possibles des catastrophes dont l'ampleur échappe encore à notre imagination.» Cette nostalgie date de novembre 1941. Qui dira qu'elle n'est plus actuelle? Mais aussi: «La vie divine est un présent éternel. Et il n'y a de vie que là où le divin est présent.»

    Jünger, après la guerre, voyagera beaucoup sur la planète. Il sera constamment attaqué par la presse plus ou moins communiste, visité par Gracq et Borges, et deviendra même un symbole du rapprochement franco-allemand. On va le voir en pèlerinage, Mitterrand et Kohl forcent la note, le pape le bénit en 1990. Il aura donc assisté à la chute du mur de Berlin et à la dissolution d'un siècle de sang et de larmes. La «distance intérieure» aura tenu bon. En 1995, il a 100 ans, et il meurt trois ans après, ou plutôt, comme il le pensait, il franchit la ligne. Goebbels, pendant la guerre, avait demandé au général Speidel de faire supprimer par Jünger une citation qu'il faisait d'un psaume («Dieu est bon pour Israël, pour les hommes au cœur pur»). Réponse de Speidel: «Je ne commande pas à l'esprit de mes officiers.»

    Ph. Sollers

    «Journaux de guerre», par Ernst Jünger, tome 1: 1914-1918, 944 p., tome 2: 1939-1948, 1 452 p., édition établie par Julien Hervier, avec Pascal Mercier et François Poncet, Gallimard, la Pléiade, 100 euros le coffret des deux volumes.

    Ernst Jünger (1895-1998) s'engagea à 17 ans dans la Légion étrangère française avant de participer, dans l'armée allemande, à la Première Guerre mondiale. Il fut ensuite officier de la Wehrmacht, en poste à Paris, pendant la Seconde Guerre. On lui doit notamment «Orages d'acier» (1920), «Feu et sang» (1926), «Sur les falaises de marbre» (1939) et «Approches, drogues et ivresse» (1970).

    Source : « le Nouvel Observateur » du 6 mars 2008.