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  • Les peuples : nos seuls camarades

     

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    L’histoire que l’on enseigne dans les prestigieuses universités par les faiseurs d’opinions se pare de la vertu de la cohésion, de la logique et de la science. Au bout du compte tout s’expliquerait d’une manière rationnelle. Par exemple, il fallait écraser l’Allemagne nazie comme le Japon Impérial- c’est-à-dire aussi des peuples innocents – par le fer et par le feu. Il était normal que le pacte germano-soviétique se rompit et que l’URSS s’accoquinât avec l’impérialisme américain, Stalingrad effaçant Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne. On se devait de soutenir la juste lutte des peuples colonisés, mais en fermant les yeux sur les atrocités commises, aussi, par les indépendantistes. Bref, on nous fait et refait sans cesse, le coup «du sens de l’Histoire» sans s’inquiéter des racines des malheurs des temps et du prix exorbitant à payer par les populations. Déjà, nous pouvons prévoir qu’on éduquera les futurs robots des espérances planétaires dans l’idée qu’il était finalement souhaitable de démanteler l’Irak, de persécuter les afghans ou demain de faire disparaître Israël de la carte, sans doute pour marquer, comme il se doit dans une perspective historique « correcte », le triomphe définitif sur les patries charnelles, du libéralisme économique mondialisé, cette fin de l’Histoire.

    Les idéologues manipulateurs «de renom» ne se contentent pas d’être des conformistes obéissants et d’acter le passé. Ils en font une philosophie du déterminisme : Puisque c’est arrivé, c’est que le phénomène était aussi inévitable et naturel que la nuit succédant au jour. Il y a eu des massacres de peuples, des destructions massives mais après vient toujours le temps de la «reconstruction» économique. En réalité triste jeu télévisé où l’animateur, employé par Big Brother, un petit carton rempli de réponses, qui lui confère l’autorité cathodique, joue les encyclopédistes en répétant la ritournelle des doctes : « Mais oui, bien sûr ! Vous ne le saviez pas ? »

    Savoir quoi ? Que les gentils deviennent très méchants mais qu’ils ont toutes les excuses ? Que les méchants finissent par nous apitoyer devant le spectacle hideux de leurs enfants agonisants ? Qu’à la fin c’est toujours le gros riche dont le fric pue les cadavres immolés qui tire son épingle du jeu sanguinaire et conserve son magot ?

    Que le seul vainqueur c’est celui qui sait être boutefeux à l’hôtel Bilderberg au début, cynique, pendant, à Londres et new-yorkais modéré de l’ONU, à la fin ?

    Nous le connaissons ce grand seigneur et saigneur par procuration. Il est toujours là pour rebâtir et faire des affaires. C’est l’affairiste «marchand de gloire» poussant le mutilé médaillé sur scène, et des coulisses lui soufflant son discours.

    C’est Barras le mandataire corrompu du Directoire, c’est le carpetbagger nordiste, profiteur de la guerre de Sécession, c’est Poincaré décidant l’occupation de la Ruhr, c’est Alfred Krupp, membre de la SS dès 1931, arrêté, jugé puis acquitté, et finalement libre en 1951, c’est le chinois nouveau en Afrique et le trader américain partout.

    Mais nous connaissons aussi les vaincus, les foules des misérables, des minables détritus jetés en paquets sur les routes des exodes ou qu’on oublie à la Kolyma, dans les Laogaï, qu’on persécute à Dachau et exécute à Auschwitz. ou dans les villes ghettos , Varsovie, Cracovie, Lodz hier, aujourd’hui les favelas, Gaza et demain Beíer Sheva, Lod, Afula, Hébron ou Tel Aviv.

    Il n’y a aucune logique.

    Ceux qui résistent, les frères Bielski dans la région de Lida et de Novogrudok en 1942, les jeunes tchétchènes, kabardes, tcherkesses, ingouches ou lezguiens aujourd’hui, les chrétiens d’Orient, les tibétains … Eux ne seront jamais riches, et ne seront plus là pour témoigner. Pour eux parleront des témoins faussaires, des résistants de la dernière heure, des intellectuels réfugiés à l’étranger tous des roublards encostumés d’anciens Topaze, qui, par veulerie auront épousé, à temps, les valeurs de la « haute ».

    Et les gueux qui n’ont droit qu’aux monuments funéraires gravés à leurs noms ne verront jamais les fruits de leur sacrifice. Et, pour une fois, ils ont bien de la chance, cela leur évite de côtoyer avec nous la pourriture de la récolte.

    Ce sont eux, les damnés de la terre, qui sont nos camarades, ceux à qui les propriétaires de Rolex font croire que l’autre est leur ennemi. Ceux qui n’ont pas voulu admettre qu’il n’existe qu’une dialectique désespérante : celle des exploiteurs et des sacrifiés, des voleurs et des spoliés, des bourreaux et des victimes, des banquiers et des naïfs.

    Depardieu, tout bouffi de viande grasse et d’alcools de luxe peut impunément traiter de cons « les ouvriers qui ne se révoltent pas », il est vrai qu’il ne se risque d’être Jean Valjean que dans des films de fiction.

    Alors il ne reste, à tous ceux qui n’ont comme seul bien que la terre de leur patrie de se devoir assistance et fraternité. C’est en s’enracinant sur leur sol, en cultivant leur singularité, en préservant leurs héritages qu’ils résisteront le mieux aux folies messianiques des fossoyeurs des identités, lissés au botox.

    Chaque patrie préservée, chaque peuple debout est une digue contre la déferlante babélienne. Soyons fiers d’être européen, africain ou asiatique. Aimons chez l’autre sa beauté brute et non caviardée. Nous ne devons pas aimer l’Islam mais le musulman dans l’Islam et le musulman comme le juif n’ont pas à aimer le christianisme mais Jésus le rabbin prophète… Et que l’athée se contente de saluer le cheminement chaotique et grandiose de la pensée humaine dans le religieux.

    Peuples, nos seuls camarades, traduisez vos livres dans la langue de l’autre, accueillez l’étranger en transhumance, émerveillez-vous des odeurs et des couleurs inconnues, apprenez de vos frères de passage et retournez à vos champs.

    Et si des individus tombent en amour devant une de vos civilisations, laissez-le épouser vos fils et vos filles et devenir un des vôtres, le meilleur d’entre vous, mais en reniant à jamais sa culture première, en oubliant pour toujours cet autre qu’il fut, en déchirant son passé sans jamais vous en reprocher la douleur : La paix est à ce prix.

    Jean-Marc Desanti

  • Mercure contre Sion

     


    «Oui Je vous entends dire Sion Jeruscialaïm …

    Mais, ô peuple, ce sont des mots vides de sens que vous murmurez là.

    Égarés, sans guide ni lumière, nous errons

    Perdus parmi les foules.

    Nous ne sommes que le fantôme de notre ancienne nation …

    Nous ne sommes plus rien ! »

    Flora Randegger

    «L’exilé est un mort sans tombeau. »

    Publius Syrus

     

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    On ne dira jamais combien la complexité inhérente à toute vie, à toute société, à toute civilisation nous prive , non seulement du plaisir que serait de déguster ensemble, toutes individualités confondues, la simplicité des choses et des gens, mais aussi combien ce paradigme de la réalité peut causer, dans le contrat social, autant de dommage que de préjudices irréparables. L’Homme aime les choses élémentaires, les modèles théoriques qui roulent encore, par leurs simples forces d’inertie, sur les rails d’une pensée rudimentaire, rustique mais opérante. Yuri Slezkine dans son ouvrage Le siècle juif nous invite à un voyage subtil dans la tourmente du vrai savoir de cette connaissance que Nietzsche nomma Die fröhliche Wissenschaft, la gaya scienza.

    Abandonnons le « superficiel » « au troupeau », qui se nourrit de certitudes satisfaites et affrontons le tragique de l’existence … La délivrance de notre condition de dévot viendra de cette recherche de la vérité, cependant, intrinsèquement mortelle, contre toute illusion intrinsèquement vitale parce que si rassurante.

    Que nous enseigne Slezkine ? Il nous rappelle tout d’abord la permanence dans toute civilisation de l’opposition structurale entre guerriers « apolliniens » et nomades fonctionnels « mercuriens », vivant de leur « agilité d’esprit ». Le début de l’ouvrage nous comble. Le juif est bien ce mercurien nomade qui deviendra un capitaliste moderne et même, dans la tradition babélienne, un messianique sentencieux pendant la révolution russe. Nous voilà rassurés. Les choses sont si simples. Seulement Slezkine pour nous aider comme Thésée à ne pas se perdre dans le Labyrinthe continue de détricoter le fil d’Ariane : « Hier peuple élu par Dieu, les juifs sont devenus le peuple élu par les nazis, et ce faisant, le peuple élu par le monde occidental ( …) En créant un Etat-nation de type européen, le projet sioniste a donné naissance au plus excentrique de tous les États européens. Cela explique le degré de liberté et d’action qui prévaut en Israël mais aussi l’isolement croissant de l’État juif. La liberté par rapport aux conventions est à la fois cause et conséquence de l’isolement. »

    Fukuyama comme Hegel, en son temps, nous annoncèrent « la fin de l’Histoire » car nous sommes parvenus au consensus universel sur la démocratie libérale qui met un point final aux conflits idéologiques. Mercure triomphe. Big Brother lui vole sa place. Tirons le rideau.

    Seulement Slezkine sort sa botte secrète … On ne peut avoir eu, durant trois mille ans, des ancêtres qui ont été torturés, battus, humiliés, ruinés, exclus, parce que dans leur prières, ils répétaient sans cesse «  l’an prochain à Jérusalem  », et demander après, aux héritiers, de faire abstraction de cette volonté. Du désert au désir . Les adolescents qui ont survécu à l’Holocauste n’avaient pas pour objectif, en théorie, de tuer en eux « le vieux juif gênant  »- mais ne l’avait-il vraiment pas ? La nature des commandements du Sionisme polarisa la pénible intégration de ces jeunes dans une vie difficile, faite d’un travail éreintant sur un sol aride et de préhension vitale de la langue hébraïque, tout cela sur fond de razzias incessantes d’indigènes ulcérés… Hier mercuriens exemplaires dans un monde d’apolliniens, les juifs devenus, pour certains d’entre eux, israéliens sont aujourd’hui des apolliniens dans un monde occidental acquis au règne universel de Mercure. Ils incarnent la violence justicière et le nationalisme ethnique en un temps eschatologique ( A’harit HaYamim ) qui ne leur accorde plus aucune valeur. Ils représentent l’acceptation par chacun , de la responsabilité pour chacun, du destin des autres ( Kol Yisrael Arevim Zeh Lazeh )

    C’est ce caprice de la destinée historique qui nous désoriente. Une religion, une terre, un peuple, une exclusion . L’Europe en Orient ? D’un côté des jeunes filles qui bronzent nues sur des plages. De l’autre des femmes en tchador qui ne peuvent pas toujours faire des études et qui sont condamnées au « petits boulots ingrats ». Volonté post Saint-Simonienne humaniste contre théocratie identitaire musulmane. Imagine-t-on un bus d’amis arabes et juifs allant, ensemble, visiter La Mecque ?

    Quoi donc ? Nous assistons au découplage de l’alliance indéfectible entre les USA et Israël ? Des juifs américains comme Alan Sabrosky ( professeur à l’US Army War Collège ) peuvent déclarer : « j’ai honte – parce que j’ai une famille juive, dont aucun n’est sioniste – la grande majorité des juifs américains donnent leur allégeance à un pays étranger. Ils peuvent avoir la citoyenneté américaine, mais leur allégeance va à Israël. Et comme je l’ai dit dans l’article, c’est une forme de bigamie politique. ils sont des traîtres. » et de réclamer rien moins, que la destruction d’Israël. Des juifs, présentés comme des « progressistes » de gauche, embauchés par la Maison Blanche préconisent la paix avec tout le monde, mais font leurs guerres, obligent Israël à suivre un processus catastrophique comparable à l’Afrique du Sud pour une seule raison : le triomphe des affaires. La finance est juive, arabe, protestante, chinoise, athée … Elle est apatride et s’apprête à sacrifier Israël comme elle domine l’Europe en osant, par un véritable coup d’État, placer sous tutelle économique seize pays de la zone euro. Mais il est très vraisemblable que ces actions, pour nous encore, largement incompréhensibles, marquent l’absolue puissance obscène des victorieux mercuriens. Ils eurent besoin d’Israël pour mieux régner sur ce Moyen-Orient, autrefois position stratégique pour tenir le monde islamique, bénéficier de son pétrole et contrôler le sud de la Russie. Mais aujourd’hui, à quoi bon une telle charge, à l’heure où les élites planétaires immorales se mélangent à Dubaï, pôle « du tourisme d’affaires », première destination mondiale du « luxe », réincarnation de Sodome et Gomorrhe ? A quoi bon aujourd’hui où la puissance technologique US a permis de piéger les systèmes informatiques russes de défense nucléaire et d’imposer ainsi la sécurité de la « double clé » ?

    Les médias simples outils de propagande nous repassent en boucle des images de terroristes résistants au Nouvel Ordre Mondial, histoire de dérouler, devant nos yeux désespérés et apeurés, la possibilité que quelque chose se passe … Espérez encore braves gens, l’Histoire se fracasse mais la vieille carcasse frémit encore !

    La disparition programmée d’Israël représente-t-elle seulement une défaite juive ou bien plus fondamentalement une autre version de la défaite de la civilisation ? C’est une parabole de la fin de la survivance que nous commençons à vivre. Tous les peuples libres et de quelque identité sont manipulés menacés et finalement annihilés.

    Notre optique se doit d’être infiniment plus large et de cerner la « maladie », ou dans une autre sémantique « l’anomalie », de tous les petits d’homme en diaspora qui perdent leur âme, en quêtes vaines, à se noyer dans la diversité d’un monde sans autres frontières que Coca ou Pepsi.

    Le juif en exil comme le palestinien, l’africain, l’européen ou l’asiatique sont les victimes du chaos mercurien, de l’holocauste spirituel, ce processus contemporain en pleine accélération.

    Jean-Marc Desanti