18.12.2008

Une nation européenne est-elle possible ?

Au moment où la France achève une présidence de l’Union marquée par la crise financière, «Marianne» a demandé à Hubert Védrine* et au philosophe libéral Pierre Manent** d’évaluer la solidité de la construction européenne face au nouveau contexte international.

Marianne : Selon vous, une « nation » européenne, au sens plein du terme, a-t-elle une chance d’advenir ?

Hubert Védrine : Personnellement, j’ai toujours été activement européen, mais je n’ai jamais cru en l’idée fédéraliste stricto sensu. Il s’agit d’une belle idée, mais l’expérience m’a convaincu qu’elle ne s’appliquait pas à l’ensemble européen. L’expression « Etats-Unis d’Europe » a été un slogan utile pour sortir les Européens des ornières du repli sur soi, mais pas un programme véritable. Mon sentiment, aujourd’hui plus fort que jamais, est qu’il n’y a pas une « nation » européenne ; il y a des nations européennes qui sont toujours là et, selon la formule déjà ancienne de Delors, une « fédération d’Etats-nations ».Je ne crois pas non plus en l’idée d’une « dynamique », sur le mode : « c’est une étape », « on ira plus loin », « l’opinion n’est pas encore mûre », etc. Il me semble que les opinions n’évoluent guère à ce sujet, qu’elles régressent même plutôt… Je ne conçois donc pas l’avenir de l’Europe comme s’inscrivant dans un processus de fabrication d’une nation européenne venant en punition, en substitution ou en sublimation des anciennes nations. Je crois en plus de coopération, plus de convergence, d’actions communes, etc., entre elles. Bref, je vois les choses d’une façon ambitieuse, mais autrement…

Pierre Manent : Je partage la perspective que vous venez de tracer. Qu’il faille aller vers toujours plus de coopération entre les nations européennes est un point sur lequel les citoyens des différents pays européens peuvent se retrouver ; mais cela suppose que les nations demeurent les éléments de base de notre vie politique. Et ce pour trois raisons principales. D’abord parce que, comme l’illustre l’histoire, le surgissement du principe consistant à « se gouverner soi-même » passe par la constitution des unités nationales. Il y a une solidarité étroite entre la formation des nations et la cristallisation des démocraties européennes, au point qu’on se demande si une démocratie détachée des nations est envisageable. En tout cas, cela ne s’est jamais vu.La deuxième raison est que la constitution de l’Europe comme puissance n’a fait qu’un avec la montée en puissance des nations. De même que la cité était la forme politique propre à la Grèce, l’Etat-Nation est celle de l’Europe. Les partisans doctrinaires d’une nation européenne rêveraient donc de séparer l’effet de sa cause, la civilisation européenne de sa raison politique, qui réside dans une relation entre les nations, faite d’un mélange de rivalités et d’émulation. Le dernier argument concerne un point de morale politique au sens large, vient du fait que, pour que la vie politique soit humainement satisfaisante, qu’elle ouvre un avenir qui ait du sens, il faut que les hommes politiques soient responsables devant les citoyens. Et ceci ne peut advenir qu’à l’intérieur d’une unité bien circonscrite. Les Etats-Unis sont un pays très ouvert, à la population mêlée, mais il y a une frontière nette entre les Américains et les autres, un processus d’acquisition de la nationalité très strict, un contrôle sévère des frontières. Le problème des institutions européennes est qu’on ne sait pas devant qui elles sont responsables et qu’elles-mêmes l’ignorent ! Hormis, bien sûr, devant une certaine idée de l’Europe qu’elles ont produite et entretenue. Ce manque de substance politique explique aisément leur discrédit…

Marianne : Une « nation » européenne peut-elle néanmoins valoir en tant que but ultime des Européens, horizon de leurs actions communes ?

Hubert Védrine : En rappelant le décalage qui existe entre la vision post-nationale que certains ont de l’Europe et l’Europe telle qu’elle a été historiquement, Pierre Manent montre bien les limites de cette idée. Car l’Europe n’a paradoxalement jamais été aussi forte que lorsqu’elle était divisée : c’est la désunion - ou plutôt la compétition et la rivalité entre les nations - qui ont fait sa force du XVIe au XIXe siècle. Bien sûr, il n’est pas question de transposer ces leçons au temps présent, mais parler d’une nation européenne tient manifestement de l’oxymore. Je ne pense donc pas que ce puisse être le but ultime.Non seulement cela n’arrivera pas, mais, si l’on considère les opinions européennes, la curiosité des unes envers les autres est même plutôt moins aiguisée qu’auparavant. On le voit bien en ce qui concerne la langue, la culture, et même Erasmus. Les Français parlent moins l’allemand qu’avant ; et il s’est généralisé, chez nous comme ailleurs, une sorte d’anglais d’aéroport, purement fonctionnel, qui ne témoigne d’aucun intérêt pour les autres cultures européennes, pas même britannique ! Le temps ne me semble donc pas travailler en faveur de la formation d’une nation européenne. C’est, à mon avis, une illusion, et donc aussi une machine à créer de la désillusion.J’ajouterais que cette idée est propre à entretenir une sorte d’incompréhension radicale du monde extérieur par les Européens. S’ils continuent à croire qu’ils vivent dans un monde post-tragique, post-identitaire et post-national, ils risquent de moins comprendre que jadis ce qui se passe dans le monde, y compris aux Etats-Unis. L’objectif reste donc bien pour moi plus d’Europe, mais pas au sens d’une dépossession des nations au profit d’un système mou, au rôle mal défini et à la responsabilité incertaine : c’est plus d’Europe au sens de plus de coopération entre les nations, plus de politiques communes. Bref, il s’agit de prendre acte de la diversité de l’Europe, sans en faire un drame, et de transformer cette diversité en force. Qu’on arrête donc de sermonner les peuples européens en leur faisant honte de ce qu’ils sont ! Se libérer de la représentation d’une Europe transnationale permettrait de consacrer plus d’énergie à trouver entre nous des objectifs communs.

Pierre Manent : Je constate d’ailleurs le même manque de curiosité mutuelle, que vous déplorez, dans mon propre métier. La formule selon laquelle « l’Europe nous ouvre l’esprit » dit exactement le contraire de ce qu’on observe. Quel doit donc être l’objectif pour nous, dans ces conditions ? Des institutions communes, nous en avons suffisamment, peut-être même trop ; ce dont nous manquons, c’est d’actions communes, dans laquelle les pays européens puissent se reconnaître et se réunir.

Marianne : Des événements dramatiques comme la crise actuelle ne peuvent-ils pas modifier de fond en comble ces données et pousser l’Europe à l’intégration ?

Hubert Védrine : Je n’y crois pas. On évoquait tout à l’heure les cités grecques. Je ne suis pas sûr que la menace perse ait abouti à les faire fusionner…

Pierre Manent : Non, et chacune procédait dans son coin à ses petites négociations avec les Perses…

Hubert Védrine : Même la menace stalinienne, à l’origine de la construction européenne, n’a pas entraîné une fusion des nations. Elle a engendré des structures collectives de défense, une construction économique, un marché commun, pas plus… Je ne vois pas quel phénomène extérieur, même la crise actuelle (sauf si la Chine voulait dominer le monde et absorber l’Europe, ce qui n’est pas le cas) pourrait forger une nation européenne. Comme le montre l’histoire des nations anglaise, française ou autre, cela a été un processus très long, avec beaucoup de violence, et de répression, l’interdiction des langues locales, de la purification ethnique, etc. Tout cela est heureusement impensable à l’époque moderne. En revanche, le moment est peut-être favorable pour que l’Europe élabore ce « point de vue actif » dont a parlé Pierre Manent.C’est même indispensable : si les Européens veulent conserver leur mode de vie et leur type très particulier de société, avec ses équilibres et sa qualité de liberté, ils doivent accepter de devenir une puissance - sinon, ils seront condamnés à la dépendance et échoueront à se préserver. Et il me semble qu’il y a, en ce moment, une vraie opportunité. Une certaine désillusion se fait jour, le réalisme est à nouveau compris, et avec des crises à répétitions, alimentaire, énergétique, écologique, financière, etc., on entrevoit la fin d’un cycle américain irresponsable. Tout cela crée une occasion pour que les Européens s’affirment, à condition, bien sûr, d’en finir avec l’illusion du dépassement des identités - officiellement abandonné mais subliminalement obsédant -, qui handicape l’élaboration d’une vraie politique commune des Européens face au monde.

Pierre Manent : A condition que l’on sorte aussi de cette « délégitimation » intime des nations, née des guerres du XXe siècle et qui, depuis l’Allemagne, s’est répandue à des degrés divers dans toute l’Europe. Comme si l’histoire de nos nations se réduisait à la succession de leurs crimes, réels ou supposés. Comment donc faire en sorte que chacune d’entre elles retrouve une certaine « amitié avec soi-même » ? Peut-être la crise aura-t-elle ce bon effet de nous ramener à une vie plus sobre et plus juste de ce que nous sommes et pouvons être.

Hubert Védrine : On ne sortira, je crois, de ce dilemme que par une approche le plus lucide possible de l’histoire, ce qui est le contraire de la repentance. Et face à la crise économique, c’est la combinaison des réponses nationales adéquates et coordonnées qui fait la réponse européenne. Bref, on n’arrivera pas à imposer une Europe-puissance par une substitution de l’Europe aux nations, mais par une prise de conscience par celles-ci de la nouvelle dureté du monde et une volonté commune, déterminée et durable.

Source: http://www.gaullisme.fr

* Ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, auteur de Continuer l’histoire, Fayard, 2008.
**Directeur du centre Raymond-Aron, auteur de La Raison des nations, Gallimard, 2006.

06.12.2008

Naomi Klein : La Stratégie du Choc

31.08.2008

Ce curieux besoin de s’inventer des ennemis

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Les diplomaties occidentales, avec leurs cris de vierges effarouchées, n’auront fait que précipiter l’inéluctable issue de la crise géorgienne. Très logiquement, la Russie a reconnu hier l’indépendance des provinces sécessionnistes d’Ossétie du sud et d’Abkahzie. En dépit de toute rationalité comme de ses propres intérêts, la communauté internationale s’insurge depuis contre « cet acte irresponsable qui bafoue le sacro-saint principe d’intégrité territoriale », relayé en cela par un appareil de presse hystérique qui n’hésite plus à présenter la Russie comme la nouvelle grande menace géopolitique de ce siècle.

L’affaire géorgienne n’est pourtant qu’une réplique light du Kossovo où il est bien difficile de reprocher grand chose à la Russie. Contrairement au Kossovo, les provinces étaient déjà, de fait, indépendantes depuis une quinzaine d’années. Contrairement à l’OTAN en 1999, la Russie n’a pas inventé de toute pièce une menace contre les populations civiles pour intervenir. Elle n’a pas provoqué de nettoyage ethnique ni bombardé la capitale de l’ennemi, ni même destitué le responsable de l’agression. La Géorgie est toujours un état souverain. Saakachvili est toujours au pouvoir. Le pays n’est pas occupé militairement. Et les territoires séparatistes ne sont pas moins géorgiens aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier.

La Russie n’a même pas renié sa parole. Sa position sur cette affaire a toujours été d’une extrême clarté et d’une parfaire constance. En Mai dernier j’indiquais déjà que « Le message de la Russie à l'égard de ses voisins est très clair. L'adhésion à l'alliance atlantique ne pourra s'envisager qu'au prix d'un éclatement de ces pays. La Géorgie devra faire son deuil de l'Abkhazie et de l'Ossetie du sud ». Et au moment de la négociation du plan de paix par Sarkozy je n’avais pas manqué de souligner que « Quand Sarkozy insistait sur la souveraineté de la Géorgie, Medvedev en appelait à l’auto-détermination des républiques séparatistes, faisant explicitement référence au précédent du Kossovo »

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Putin spara a zero: guerra made in Usa per aiutare McCain

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Vladimir Putin

sa usare i media decisamente meglio del suo successore Dmitrij Medvedev. La scelta di una intervista alla Cnn per lanciare la più pesante delle accuse contro l'amministrazione Bush - aver orchestrato la guerra in Sud-Ossezia, partecipandovi con propri militari, per dare un vantaggio al candidato repubblicano John McCain - è un colpo da maestro: l'emittente statunitense ha ben altro impatto sull'opinione pubblica internazionale di quanto non abbiano i media russi e l'accusa - buttata lì in una frasetta non circostanziata - è di quelle che intrigano e che alla lunga si depositano nel subcoscio della gente. Potrebbe essere un ottimo spunto per Obama se il candidato democratico volesse fare una campagna d'attacco contro il suo rivale; ma non sembra questo il caso.

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Poutine tire à boulets rouges : guerre made in USA pour aider McCain

Vladimir Poutine sait décidément utiliser les médias mieux que son successeur Dmitri Medvedev. Son choix d’une interview par CNN pour lancer la plus lourde des accusations contre l’administration Bush – avoir orchestré la guerre en Ossétie du Sud, en y participant avec ses propres militaires, pour donner un avantage au candidat républicain McCain (sauf qu’il a l’habileté de ne pas citer de nom, NDT)- est un coup de maître : la chaîne étasunienne a un tout autre impact sur l’opinion publique internationale que les médias russes, et l’accusation – lancée dans une petite phrase non circonstanciée- est de celles qui intriguent et qui, à la longue, se déposent dans l’inconscient des gens. Cela pourrait être un très bon point pour Obama si le candidat démocrate voulait faire une campagne agressive contre son rival ; mais cela ne semble pas être le cas.

Le premier ministre russe a en tout cas fait de son mieux pour diviser le front occidental, en assortissant sa très lourde accusation contre les Usa d’un engagement à ne pas utiliser l’arme énergétique (les livraisons de gaz et pétrole) pour répondre à d’éventuelles anctions européennes. "Nous, nous ne politisons pas les relations économiques – a déclaré Poutine, en ajoutant avec malice (l’auteur a écrit malignement, je préfère traduire en changeant le terme et le signale, NdT) que « nous nous étonnons de voir des émissaires étasuniens qui circulent à travers les pays européens en essayant de les convaincre de ne pas acheter nos produits ». Le fait est que le gouvernement russe allonge en ce moment la liste des produits étasuniens (tous du secteur alimentaire) qu’il est interdit d’importer en Russie pour des « motifs sanitaires » ou qui sont lourdement taxés. Poutine a aussi évoqué une contre-mesure russe qui fait très peur : « Mais si notre opinion est si peu importante, si on veut nous tenir à l’extérieur du G8 ou autres instances, pourquoi alors, grands dieux, les occidentaux ne se débrouillent-ils pas tout seuls avec l’Iran ? ».

Quant aux hypothétiques sanctions brandies tout est encore très confus. Un porte-parole de la Maison Blanche a admis qu’« il est prématuré de parler » de sanctions étasuniennes. La seule mesure à l’étude est le blocus du méga-accord sur le nucléaire pacifique, accord dont le blocus, au demeurant, porterait tort de façon équivalente aux entreprises étasuniennes et russes. Les grandes entreprises US font en effet pression discrètement sur la Maison Blanche pour qu’elle traîne les pieds sur le terrain des sanctions. L’Union européenne de son côté bredouille dans la confusion la plus totale, qui reflète la réalité des rapports bien plus que les retentissantes déclarations des leaders des 27. Mercredi le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait exclus qu’on puisse parler de sanctions au sommet européen de lundi prochain (1er septembre) ; hier, en y repensant, il a par contre annoncé que oui, on discutera de ça ; mais pour se démentir après qu’un porte-parole de la Commission européenne ait déclaré sèchement « il n’en est pas question ». Le ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, n’a pas tort quand il dit simplement de Kouchner : « Notre collègue parle beaucoup ».

Le front est dans le brouillard. L’OTAN promet « un appui total » à la Géorgie, et ses leaders encouragent le président ukrainien Viktor Youchenko à se montrer de plus en plus agressif envers Moscou ; mais les appels de Michaïl Saakashvili pour une entrée rapide dans l’Alliance sont élégamment snobés (« les procédures de contact avec nos partenaires géorgiens se poursuivront régulièrement », récite hypocritement un communiqué , ce qui veut dire qu’on en reparlera en décembre), et l’Ukraine est de fait laissée seule avec ses désastres (sauf des apparitions à Kiev de tel ou tel leader occidental). Hier un énorme dépôt de munitions proche (de Kiev ? NdT) a sauté : des sources russes affirment que c’est de là justement qu’était en train de s’organiser un transfert d’explosifs destinés à la Géorgie.

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7062

25.08.2008

De Tbilissi à Kaboul

Point n'est besoin d'être d'accord sur tout pour apprendre ou se souvenir de deux ou trois choses ... A lire donc A Dufour !

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J’aurais tant voulu, moi aussi, parler de la Géorgie, Etat indépendant agressé par le parrain de la maffia russe pour cause d’indocilité. Mais Youri Kasparov, ancien champion mondial d’échecs et fin connaisseur de l’univers soviétique, pour y être né et y avoir grandi, le fait avec plus de compétence et de talent que moi dans son article «Don Putin». http://docs.google.com/Doc?id=dc2m8p62_289sjsx3nh8

J’ajouterai seulement que la Russie n’a nul besoin d’être gouvernée par cette mafia pour rester remarquablement constante dans sa façon de faire. Alors qu’elle soutenait, voire suscitait tous les mouvements indépendantistes dans les empires coloniaux de l’Occident, l’URSS est la seule puissance coloniale à n’avoir jamais envisagé de décoloniser. Il est vrai que l’impérialisme russe ne s’exerçait pas outre-mer, sauf, vers la fin, dans quelques pays décolonisés d’Afrique où elle a laissé des graves séquelles. Soviétique ou impérial, le colonialisme russe emprunte la voie terrestre pour s’assurer une continuité territoriale avec ses colonies. Elle ne se résignera donc pas à respecter l’indépendance des républiques caucasiennes et d’Asie centrale qui, pour quelques unes d’entre elles, aggravent leur cas en exportant leur pétrole ou qui sont le lieu de passage de pipelines contournant la Russie.

La Russie ne comprend le voisinage que sous forme d’Etats satellites. Ceux qui sont surpris de l’agression russe contre la Géorgie, présentée par nombre d’hommes politiques occidentaux déjà vassalisés, ainsi que par les agents stipendiés de la Russie, comme une agression de la méchante Géorgie contre la frêle et pacifique Russie (http://www.voltairenet.org/article157864.html relayé par http://www.club-russie.net) devraient se souvenir que la Russie ne fait que récidiver. Ce pays, annexé par la Russie tsariste en 1802, avait décidé de ne pas adhérer à l’URSS, ce que la constitution de celle-ci autorisait. Il y eut donc, dès 1918 une République géorgienne indépendante, démocratique, avec un parlement où tous les partis étaient représentés jusqu’au jour où, en 1920, répondant à l’appel des députés communistes du parlement de cette jeune République, Lénine y dépêcha Trotski à la tête de l’Armée Rouge et la Géorgie fut engloutie dans l’URSS. Ceci est, en passant, un petit rappel aux gogos et aux jobards qui se réclament du «bon» communisme de Lénine et de Trotski, contre le «mauvais» communisme de Staline.
LIRE LA SUITE : http://www.libertyvox.com:80/article.php?id=340

19.08.2008

UN SAAKACHVILI PEUT METTRE LE FEU A LA PLAINE ! Par Claude Beaulieu

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Nombreux sont les commentateurs politiques qui considèrent que Mikhaïl Saakachvili, s’il est bien responsable du carnage provoqué en Ossétie du Sud par l’intervention militaire et les bombardements géorgiens qu’il a déclenchés, n’en est pas le principal initiateur.

Dans Libération, Bernard Guetta par exemple a estimé que : « Mikhaïl Saakachvili n’est pas le seul coupable. Ses responsabilités sont immenses. Il s’est lancé à la reconquête de l’Ossétie sécessionniste sans penser le coup d’après, sur un coup de dés, sans être certain que l’Occident l’appuierait face à l’inéluctable réaction russe. Il a créé une crise internationale de première ampleur et mené son peuple à une défaite assurée, mais la profondeur même de cette aberration dit qu’elle ne peut pas relever de sa seule erreur ».

Saakachvili n’est qu’un agent américain installé à la tête de l’Etat géorgien par les services étasuniens, comme d’autres dirigeants actuels dans d’autres ex- pays de l’Union Soviétique. Il est impensable qu’il ait pu se lancer dans cette aventure belliqueuse de sa propre initiative et sans y avoir été incité. Coïncidence : Condoleeza Rice était précisément à Tbilissi les 8 et 9 juillet 2008, où elle devait préparer « le coup du 8 Août et rencontrer très officiellement la marionnette ossète, Dimitri Sanakojew, chef du « gouvernement ossète en exil » fabriqué par Saakhachvili, qui aurait dû être installé à Tshkinvali après l’éviction manu militari, voire la liquidation physique, de l’actuel gouvernement de l’Ossétie du Sud » (voir l’article "Les Gros sabots de l’impérialisme" de Comaguer dans la rubrique "Brèves").

Des manœuvres militaires américano-géorgiennes auxquelles participaient, outre les nombreux « instructeurs » présents en permanence, 1000 autres soldats US venus d’Italie et d’Allemagne, ont été terminées en Géorgie la veille de la provocation militaire menée par les mercenaires des Américains contre l’Ossétie. Manifestement tout était planifié, y compris, assez probablement, la déconfiture inéluctable de ce supplétif des Américains qu’est Saakhachvili. Celui-ci semble avoir été manipulé par les néo-conservateurs étasuniens afin de relancer leur stratégie de guerres préventives.

LIRE LA SUITE : http://www.comite-valmy.org/spip.php?article75

Merci Guillaume.

13.08.2008

Guerre Russie-Géorgie : Vers la fin du nouvel ordre mondial ?

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Pour la première fois depuis la chute de l’URSS et l’avènement du nouvel ordre mondial, la Russie mène une opération militaire hors de ses frontières, dans un pays voisin et souverain et ce afin de défendre des citoyens russes. Le jeudi 7 août 2008 restera dans les annale car l’opération militaire russe actuellement en cours va modifier à "jamais" les relations internationales.

Comment en est-on arrivé là et pourquoi cette petite bande de territoire semble avoir tellement d’importance pour Moscou, Tbilissi, Washington ou encore l’UE ? Et quelles sont les perspectives ?

La Géorgie est un vieux pays du Caucase occupé par les Arabes (VIIe au XIe siècle), puis par les Mongols et la Horde d’or (du XIIe au XVe) puis partagé entre Ottomans et Perses (XVIe) avant de recevoir la protection de la Russie en 1783. La libération des terres géorgiennes se fera au long du XIXe siècle et sera achevée en 1864. La Géorgie déclara son indépendance en 1918, avant d’être occupée par l’Armée rouge en 1921 et de devenir la République socialiste soviétique de Géorgie en 1936. A la chute du l’URSS, la Géorgie se retrouve face à sa destinée, et à ses régions russophiles d’Ossétie et d’Abkhazie, une région de l’Empire byzantin incorporée de force à la Géorgie au XVIe siècle. Le nouveau gouvernement géorgien fait face à un conflit avec ces provinces et notamment l’Ossétie du Sud dès 1991. Celle-ci déclarera son indépendance en 1994 et en 2006, par référendum. Néanmoins la communauté internationale ne daignera jamais reconnaître cette indépendance, sauf la Russie de Vladimir Poutine et la situation restera très tendue entre la province et l’Etat géorgien, ce jusqu’en 2003 où le gouvernement d’Edouard Chevardnadzé tombe, remplacé par celui de Mikhail Saakachvili.

La Géorgie, pion du grand échiquier

En novembre 2003, la Géorgie a été victime d’un « coup d’Etat démocratique » : la Révolution des roses, une des Révolutions colorées organisées par la CIA et des officines « proches » afin de renverser des régimes des Etats jugés trop proches politiquement de Moscou ou ceux sur des emplacements stratégiques. Ont principalement été visés des Etats comme la Serbie, l’Ukraine ou encore la Géorgie (lire à ce sujet mon article).

La Serbie parce que alliée de la Russie dans les Balkans, l’Ukraine et la Géorgie parce que stratégiques dans la volonté d’encerclement (containment) de la Russie, ces deux Etats étant membres actifs du GUUAM.

Depuis la prise de pouvoir de Mikhail Saakachvili, la Géorgie est devenue un allié indéfectible de Washington, le président a lui-même été formé par Georges Soros, l’homme derrière les Révolutions colorées d’Europe centrale, l’investisseur du groupe Carlyle... Des ministres de l’actuel gouvernement sont des anciens collaborateurs du financier américain au sein de sa fondation. Un certain nombre de jeunes conseillers de Saakachvili ont également été formés aux Etats-Unis dans le cadre des échanges universitaires mis en place et gérés par la Fondation privée de Soros. Le gouvernement américain, quant à lui, a doublé son aide économique bilatérale à la Géorgie qui atteint aujourd’hui 185 millions de dollars. De plus, la Maison-Blanche est engagée dans un programme de formation des forces spéciales de l’armée géorgienne dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamiste dans la région avec l’aide d’Israël, lire à ce sujet cet article extrêmement bien documenté. À la mi-juillet, les troupes états-uniennes et géorgiennes ont tenu un exercice militaire commun dénommé « réponse immédiate » impliquant respectivement 1 200 États-Uniens et 800 Géorgiens.

J’ai déjà également traité de l’importance de la guerre énergétique en cours et notamment du pipeline BTC. Ce pipeline devant permettre de passer outre la Russie, et de desservir l’Europe du Sud via la Géorgie, la Turquie et Israël, qui souhaite par ce biais jouer un rôle essentiel dans la région bien sûr, en contournant la Russie, mais surtout dans la ré-exportation du pétrole vers l’Asie ! La revue russe Kommersant ne titrait-elle pas le 14 juillet 2006 que : « Le pipeline BTC a considérablement changé le statut des pays de la région et cimenté une nouvelle alliance pro-occidentale. Ayant influé pour la construction de l’oléoduc vers la Méditerranée, Washington a pratiquement mis en place un nouveau bloc avec l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie et Israël. »

Ces coups d’Etats fomentés par la CIA aux frontières de la Russie, l’extension à l’est de l’Otan, l’installation du système de radars américains en Europe centrale, les négociations d’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’Otan (bloquées fort heureusement par l’Allemagne), mais surtout l’extension de l’UE (désormais sur la mer Noire) et la terrible affaire du Kosovo ont été considérées par la Russie comme autant d’agressions indirectes et de viol du droit international qu’on lui prétend lui « opposer » pourtant officiellement partout.

Juillet / août 2008

Le 12 juillet 2008, une annonce du ministère géorgien de la Défense déclarait que les troupes états-uniennes et géorgiennes « s’entraînent durant trois semaines sur la base militaire de Vaziani » près de la capitale géorgienne, Tbilissi (AP, 15 juillet 2008). Ces exercices, qui se sont achevés à peine une semaine avant l’attaque du 7 août, étaient la répétition générale évidente d’une opération militaire qui, selon toute probabilité, avait été planifiée en étroite coopération avec le Pentagone.

Dans un premier temps, la Géorgie, puissamment armée et entraînée par l’Amérique et Israël, a contesté l’organe chargé de régler le conflit – la Commission mixte de contrôle – qui est coprésidé par la Russie, la Géorgie, l’Ossétie du Nord et l’Ossétie du Sud.

Le 7 août, coïncidant avec la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques de Beijing, le président de Géorgie ordonne d’attaquer militairement tous azimuts la capitale de l’Ossétie du Sud, Tskhinvali. Une attaque militaire d’assez haute intensité pour « rétablir l’ordre constitutionnel ». La Russie a alors réagi comme se doit de réagir un Etat souverain chatouillé sur sa frontière et dont les citoyens sont menacés militairement. Elle a répliqué afin de chasser les soldats géorgiens et de protéger ses citoyens. L’attaque contre l’Ossétie a abouti à l’affrontement direct avec les forces russes.

Ces cinq derniers jours, les combats ont été extrêmement violents, ce soir, mardi, l’armée géorgienne a été repoussée hors d’Ossétie et les combats entre troupes russes et géorgiennes se seraient rapprochés de l’est du pays, vers la capitale Tbilissi. Comme l’affirme Alexandre Lomaia, le chef du Conseil national de sécurité géorgien, «  Nous n’avons pas capitulé, notre armée reste en bon ordre malgré les pertesJe peux vous assurer que nous recevons une aide militaire de l’étranger… Et nous la recevrons jusqu’à ce que nous ayons chassé les Russes du pays. »

Le Kremlin a ouvertement accusé l’Amérique de « favoriser » la Géorgie. Comme le Premier ministre, Vladimir Poutine, l’a dit lui-même : « Ce n’est pas le cynisme des politiques (américains) qui étonne (...) mais c’est le niveau de ce cynisme, la capacité à présenter ce qui est blanc en noir, ce qui est noir en blanc, la capacité à présenter l’agresseur en victime de l’agression » «  Saddam Hussein devait être pendu parce qu’il a détruit quelques villages chiites, mais les autorités géorgiennes actuelles doivent être défendues alors qu’elles ont rayé de la Terre en une heure des dizaines de villages ossètes, qu’elles ont écrasé vieillards et enfants avec leurs chars et qu’elles ont brûlé vif les gens dans leurs maisons ». Pourtant malgré l’aide internationale l’armée russe est en train de « très sérieusement » affaiblir la force militaire géorgienne, afin de simplement éviter qu’une opération d’une telle ampleur ne puisse se reproduire.

«  Qu’est-ce qui peut empêcher les Russes d’aller jusqu’à Tbilissi ? … Saakachvili a pensé qu’il allait pouvoir regagner du terrain par la force. Imaginer que cette petite avancée tactique serait acceptée par la Russie est le calcul de quelqu’un de stupide », reconnaissait hier un diplomate européen plein d’amertume. Effectivement, si l’on regarde les forces en présence, on ne peut comprendre le geste de folie de Mikhail Saakachvili, sauf si ce dernier a naïvement cru que le fait d’être dans les bonnes grâces des Occidentaux lui donnait tous les droits…

Jugez vous-même :

RUSSIE : 1 000 000 d’hommes / 23 000 tanks / 26 000 pièces d’artillerie / 1 802 avion de combats / 1 932 hélicoptères.

GEORGIE : 32 000 hommes / 128 tanks / 109 pièces d’artillerie / 8 avions d’attaques / 37 hélicoptères.

Comment dans ces conditions et sans l’aval de certains le Petit Poucet géorgien pouvait-il penser faire tomber l’ogre russe, ce dernier bénéficiant en plus de l’appui des milices ossètes et des volontaires cosaques ! Les vrais responsables des tragiques événements ne sont pas la Russie, qui ne fait que défendre des citoyens russes victimes d’une agression militaire de l’armée géorgienne, mais bel et bien la politique de fou de l’Amérique dans cette partie du monde, Amérique qui a fait miroiter à Saakachvili tout et n’importe quoi, de l’Union européenne à l’Otan, celui-ci n’ayant en fait servi que de marionnette pour permettre la création du pipeline BTC sus-cité, et servir de fusible pour chatouiller l’ours sur sa frontière…

Comme tout fusible, ce dernier va finir par brûler et ce sont les civils géorgiens et ossètes qui vont et ont déjà commencé à en faire les frais. Parallèlement, un second front s’est ouvert en Abkhazie. La Géorgie vient tout simplement de disparaître en tant qu’Etat souverain.

De l’Ossétie au Kosovo, l’échec de l’Otan

Derrière le conflit qui aboutira sans doute à la partition territoriale de l’Ossétie et de l’Abkhazie, comment ne pas voir un des ricochets de la politique irrationnelle de Washington dans les Balkans et notamment la sombre affaire du Kosovo ? Certes, les cas de figures sont différents, certes les Ossètes n’ont pas envahi l’Ossétie comme les Albanais le Kosovo, mais puisque les Américains ont prouvé que l’on pouvait modifier les frontières des Etats sans aucune raison au mépris des peuples et de toutes les règles de droit international, pourquoi ce qui serait valable pour les Kosovars ne le serait pas pour les Ossètes ou les Abkhazes ? Vladimir Poutine avait parlé de l’Amérique dans des termes "post-guerre froide", comparant ce pays à : "un loup affamé qui mange et n’écoute personne"… Au début de cette année, le ministre russe des Affaires étrangères, Lavrov, avait prévenu son homologue américain que : "la reconnaissance du Kosovo constituerait un précédent pour l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud". Mais celui-ci n’a pas été écouté.

Naïvement, Saakashvili a pensé que d’être dans les bonnes grâces du Pentagone lui conférait un blanc-seing et le droit de recourir à la force sans aucune raison. En ce sens, un parallèle est faisable entre le viol de la souveraineté territoriale de la Serbie (à savoir la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, alors que la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU - qui réaffirmait sans ambiguïté la souveraineté de la Serbie sur ce territoire) et l’agression militaire contre l’Ossétie de jeudi dernier.

Néanmoins, s’il est facile d’agresser un voisin faible, il l’est beaucoup moins contre un voisin fort, à savoir la Russie. Cette dernière affirme en outre que près de 2 000 civils auraient péri dans les combats, que 30 000 réfugiés auraient fui en Ossétie du Nord et parle habilement et ouvertement de génocide à l’encontre du peuple ossète, des termes qui rappellent ceux utilisés par l’Otan pour justifier sa campagne de bombardements en Serbie en 1999.

En ce sens, la réaction russe de ces derniers jours est non seulement parfaitement justifiée, mais elle est saine pour l’Europe et l’humanité tout entière : elle prouve que l’Otan ne peut impunément violer les règles de droit international sans que personne ne s’y oppose. Si l’implication de Washington semble évidente pour les Russes, il semble certain que les premiers qui le nient ont lourdement sous-estimés la capacité de réaction russe.

Vers la fin du nouvel ordre mondial

L’opération militaire en cours a un sens bien plus important que le seul affrontement russo-géorgien. En effet, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, la confrontation Russie-Amérique vient de tourner à l’avantage des Russes. Pour la première fois, un coup d’arrêt clair et net est imposé a l’aigle, par un ours réveillé et en colère. Pour la première fois surtout, la Russie vient de s’opposer militairement et de façon "indirecte" à l’Amérique en dehors de ses frontières. Il ne faut pas se tromper sur le sens réel des événements et essayer de comprendre la démonstration de forces des Russes. Le trio "Medvedev-Poutine-Lavrov" vient simplement de mettre fin au système unilatéral agencé par l’Otan pendant la guerre du Golfe de 1991.

Après la décennie de l’effondrement (de 1990 à 1999), la décennie de l’extension à l’est de l’Otan et parallèlement du réveil russe (de 1999 à 2008), il est fort plausible que nous entrions dans la décennie du reflux à l’Ouest et du regain d’influence russe sur les anciennes marches de l’Empire.

Eltsine n’avait rien pu faire face à l’endormissement de l’ours, Poutine l’a réveillé, celui-ci est désormais éveillé et attentif. Alors que se tendent les relations russo-américaines via l’Europe de l’Est et le Caucase, se dessinent sensiblement de nouvelles frontières du monde de demain.

Plus qu’un message à l’humanité, la Russie a montré sa détermination et sa capacité à répondre désormais à toute agression injustifiée. Pour les Européens qui se cherchent toujours une réelle politique militaire, l’heure approche où il faudra prendre position pour ou contre la Russie et par conséquent devoir imaginer à très court terme de se séparer de l’Otan pour former la grande alliance continentale pré-esquissée par le général de Gaulle et souhaitée par Vladimir Poutine aujourd’hui : l’alliance continentale Euro-Russe, seule garante de la paix sur notre continent.

Dans le cas contraire, l’Europe se coupant de la Russie et de ses voisins se suiciderait littéralement, condamnée à ne rester que la vassale de l’Amérique, en froid avec son principal fournisseur énergétique.


Alexandre Latsa http://alexandrelatsa.blogspot.com/

02.04.2008

Vers un gouvernement mondial ?