19.11.2009
VERITES SUR LA FUSILLADE D’ALGER LE 24 JANVIER 1960
I – L’ASSASSINAT DES GENDARMES…. PAR LA GENDARMERIE
Comme je l’ai évoqué au cours de l’étude n° 22, c’est le bruit de la fusillade qui me fit bondir dans le boulevard Saint-Saëns et rejoindre ce qui était devenu le PC Ortiz.
Une fusillade entre d’une part les forces de l’ordre, en l’occurrence la gendarmerie mobile, et d’autre part, théoriquement, les manifestants.
Il y eut des morts des deux côtés. Beaucoup plus parmi les gendarmes, 14 tués, que parmi les manifestants.
L’arrêt de la fusillade coïncida avec mon arrivée sur la place de la Grande-Poste. Parce que se déployaient sur cette place, au même moment, les régiments parachutistes des colonels DUFOUR[1] et BROIZAT[2] et qu’un clairon avait fait entendre un « cessez-le-feu ».
Que s’était-il passé ?
Il faut distinguer deux phases.
- LA PREMIERE PHASE : c’est la charge des gardes mobiles.
D’après le colonel ARGOUD, c’est le général CREPIN qui donna cet ordre, sans en référer au préalable au général en chef. Un ordre émanant de DELOUVRIER, le délégué du gouvernement en Algérie.
Pourquoi ?
Parce que la manifestation qui, à 15 heures, s’illustrait comme un échec patent, devenait progressivement un succès. Un succès car la foule commençait à arriver en masse. Les salles de spectacles avaient été vidées de leurs publics, le stade municipal d’Alger aussi et nos militants du FNF étaient en mission dans tous les coins de la ville pour rameuter la population.
Ce succès, concrétisé par ce peuple qui grondait, représentait un danger pour le pouvoir gaulliste. Car son enthousiasme était contagieux. Il fallait absolument lui infliger un coup d’arrêt décisif. Il existait en effet un vieil adage dont MASSU, paraît-il, s’était fait l’interprète :
« Si vous êtes quelques centaines je vous donne la fessée. Si vous êtes quelques milliers je vous tire dessus. Si vous approchez les cent mille, je marche avec vous ».
Compte tenu de l’évolution ascendante de la concentration populaire, il paraissait évident que le nombre de manifestants allait atteindre ou peut-être dépasser le chiffre de cent mille hommes et femmes.
Dans cette éventualité, on se méfiait en haut-lieu du comportement du général CHALLE, le commandant en chef, qui aurait pu ressentir et partager, lui-aussi, les effets de l’enthousiasme populaire.
- LA DEUXIEME PHASE concerne l’ouverture du feu.
La question primordiale fut toujours de savoir si les gardes mobiles avaient tiré sur les manifestants. En particulier, s’ils avaient tiré au fusil-mitrailleur.
Cette question a trouvé une réponse au cours des audiences du célèbre procès des Barricades d’Alger auquel je participais, en tant qu’accusé.
La thèse officielle, qui était celle de l’accusation, soutenait que les gendarmes n’avaient pas tiré un seul coup de feu.
Or, trois dépositions fondamentales sont venues conférer à cette fusillade, une lumière éclatante d’enseignements. Car elle est venue lever tous les doutes à propos de l’identité des responsables du drame que nous avons vécu ce jour-là.
Le colonel GODARD, chef de tous les services de police en Algérie, est venu témoigner, cité par l’accusation. Lors d’une première déposition, il ne dit rien. Absolument rien sur la fusillade.
Quelques jours plus tard, son adjoint à la direction de toutes les polices d’Algérie, le capitaine de La BOURDONNAYE, lui-aussi témoin de l’accusation, fit sensation. En effet, il déclara, alors que l’on ne lui demandait rien, qu’il avait vu deux FM[3] de la gendarmerie mobile, tirer du Forum en direction de la foule.
Ce fut un véritable tollé dans la salle d’audience, aussi bien au niveau de l’accusation qui était représentée par un avocat général et un commissaire du gouvernement, le général GARDON. Qu’au niveau des membres du tribunal : un président, deux assesseurs civils et plusieurs officiers supérieurs et généraux. Ce fut aussi un tollé parmi tous les avocats qui assumaient la défense des accusés dont je faisais partie.
Objet de questions pressantes, véhémentes même, de la part du général GARDON, le capitaine de La BOURDONNAYE précisa qu’il n’avait pas été le seul à observer ce tir effectué par deux FM de la gendarmerie. Il déclara, en effet, qu’avec lui étaient présents au moment où le tir des gendarmes s’est déclenché, d’une part le colonel GODARD, son chef, et d’autre part le commandant ALLAIRE.
Je me souviens qu’à ce moment précis de son témoignage, le capitaine de La BOURDONNAYE avait manifesté un doute. Il ne se souvenait plus de l’identité du troisième officier. Quant tout à coup il s’exclama : « c’était un ancien officier du REP… le nom va me revenir… j’y suis ! Il s’agit du commandant ALLAIRE ».
Evidemment, le commissaire du gouvernement, qui était secoué d’une émotion qu’il ne parvenait pas à dominer, fit convoquer à la barre des témoins, le colonel GODARD tout d’abord.
Avec beaucoup d’indulgence, il lui reprocha d’avoir été silencieux sur cette partie importante de son témoignage, qu’il avait totalement occultée.
GODARD, un peu confus, fut obligé de reconnaître et d’affirmer, sous serment, qu’il avait vu deux fusils-mitrailleurs mis en batterie par la gendarmerie sur le Forum d’Alger. Ces deux FM étaient pointés en direction de la foule. Et il apporta la précision suivante : « J’affirme n’avoir vu tirer qu’un seul des deux FM ». Il ne précisa pas la durée du feu.
Quant au commandant ALLAIRE, il vint témoigner, un peu contraint et forcé. Je veux souligner par cette précision, qu’il ne s’est pas exprimé avec aisance. C’est pratiquement avec regret qu’il confirma le témoignage du colonel GODARD : deux FM de la gendarmerie étaient pointés du Forum en direction de la foule, et au moins, l’un d’eux avait tiré en direction de la foule.
Pour apprécier l’importance opérationnelle de ce TIR DE LA GENDARMERIE, il me faut vous schématiser les lieux du drame.
Imaginons un premier plateau que j’appelle le plateau supérieur : c’est la place du Forum. Elle s’étend devant le bâtiment de la Délégation Générale. C’est-là que ce sont déroulées les manifestations de mai-juin 1958. C’est du balcon du Forum d’Alger que DE GAULLE a lancé son : « Je vous ai compris ! ».
Etant sur le Forum, si nous tournons le dos à ce balcon, sur notre gauche, se développe un plan incliné : il est formé des escaliers qui permettent de rejoindre le Plateau des Glières. Sur ce plateau, s’amasse la foule algéroise. Il s’agit du deuxième plateau : le deuxième plateau inférieur.
Près de ce plateau, concentrés dans les escaliers qui conduisent du premier au second plateau, les gendarmes mobiles s’apprêtent à donner la charge. Effectivement, les escadrons dévaleront ces escaliers pour aller au contact de la foule, avec mission de la disperser. « Quitte à faire preuve de brutalité » a précisé le général COSTE, le tout récent commandant de la Zone Autonome d’Alger. Un officier pied-noir qui obéira à De Gaulle en cette circonstance. Sans état d’âme.
Retenons donc ce schéma :
- un plateau supérieur, le Forum, où deux FM étaient en batterie, et à partir duquel un FM au moins de la gendarmerie mobile a tiré ;
- un escalier qui relie les deux plateaux ;
- un plateau inférieur où un peuple chante la Marseillaise et exprime sa foi dans l’Algérie française et dans la France.
Revenons au procès des Barricades.
Après les dépositions de ces trois officiers, La BOURDONNAYE, GODARD et ALLAIRE, l’audience du lendemain fut consacrée à une nouvelle audition : celle du colonel DEBROSSE. Celui-ci, on le sait, commandait la gendarmerie mobile. C’est lui qui avait reçu la mission de dégager le Plateau des Glières.
A la demande des avocats de la défense, j’avais esquissé un plan des lieux, en forme de coupe. J’y situai la position des deux FM suspects. Maître Le CORROLLER[4], posa la question suivante au colonel DEBROSSE :
«- Si un FM de la gendarmerie avait tiré d’ici, que se serait-il passé ? » Il désignait évidemment le plateau supérieur.
« - Mais c’est impossible ! » répondit DEBROSSE, « ce FM aurait tué des gendarmes ! »
Donc, on peut affirmer que le tir de la gendarmerie fut réel et indubitable, puisqu’il fut constaté, de visu par trois officiers très expérimentés dans le domaine des armes et des opérations militaires.
Ce tir de FM, effectué à partir du Forum d’Alger, fut dirigé, très ponctuellement, contre la foule rassemblée sur le plateau inférieur. Comme on le dit vulgairement, ceux qui ont ouvert le feu, ont tiré dans le tas. Mais comme dans ce tas avançaient les gendarmes, il était pratiquement inéluctable que parmi ceux-ci certains d’entre eux fussent tués et blessés. Intentionnellement ? J’ose répondre par l’affirmative. Car il fallait un prétexte au pouvoir pour clore cette journée dans un bain de sang.
Au-delà des responsabilités, la gravité de cette affaire est illustrée avant tout par le nombre de morts et de blessés. C’est un drame connu. Il n’entre pas dans cette étude n° 25 de l’évoquer par une arithmétique de cadavres inopportune.
Car une autre vérité accentue la dimension dramatique, inattendue et particulièrement infâmante de cette gravité. C’est la vérité suivante : les premières lignes de mobiles qui chargèrent la foule, étaient constituées pour une grande part de gendarmes pieds-noirs dont les armes avaient été désapprovisionnées au préalable. Avant leur charge.
Un coup de feu provocateur est sûrement parti de la foule. Il a déclenché le tir du ou des FM de la gendarmerie, à partir du Forum.
Il est important de souligner aujourd’hui encore que les quatorze gendarmes tués, n’ont pas été autopsiés. Aucune précision ne fut apportée concernant l’origine des projectiles qui les avaient atteints.
J’ai connu au moins l’un des gardes[5] originaire de Fort-de-l’Eau qui participa à cette charge. Il fut toujours convaincu que lui et ses compagnons étaient tombés dans un infâme traquenard.
Il précisait même que celui-ci avait été monté par-dessus la tête du colonel DEBROSSE. Il rejoignit l’OAS quelques temps plus tard, avec plusieurs autres des gardes mobiles qui participèrent à cette charge du 24 janvier.
Il le fit après avoir incendié la caserne de la gendarmerie mobile de Maison-Carré.
Il fut condamné par contumace à 20 ans de détention. Il est mort en Espagne. Il s’appelait Vincent Ginester.
Cette intervention des forces de l’ordre se devait d’être sanglante, avant tout, pour ceux qui l’avaient déclenchée. Et surtout pour ceux qui avaient planifié le feu de la gendarmerie, sans en référer au général CHALLE.
Il fallait du sang à ces messieurs, de manière à disposer d’un prétexte qui aurait permis au pouvoir gaulliste de résoudre dans un bain de sang, répétons-le, cette soirée des Barricades d’Alger. Cette soirée du 24 janvier 1960.
Se débarrasser par-là même, de ceux dont je faisais partie, qui avaient beaucoup donné, depuis cinq ans déjà, pour la défense de l’Algérie française.
Ceux qui avaient mis en jeu leur carrière, leur équilibre familial, leur liberté et leur vie. Ceux qui, cependant, sont encore traités par certaines organisations et publications amies, avec une désinvolture irritante. Voire un dédain insultant.
Commença alors la nuit tragique.
Nos effectifs étaient regroupés autour du PC Ortiz, ainsi qu’à l’intérieur des locaux de cet immeuble que nous occupions.
Nous étions sous la menace d’une attaque en règle dirigée contre la Barricade du PC Ortiz. Mais nous étions là. Pratiquement tout l’effectif des commandos de choc du FNF. Ceux qui le matin avaient enfoncé les barrages des parachutistes et de la gendarmerie. Ceux qui avaient rameuté la foule vers le plateau des Glières.
Le capitaine HAUTECHAUD, du 1ER REP, affecté à d’autres fonctions auprès du général MASSU à la préfecture d’Alger, vint nous rendre visite peu avant minuit. Il déclara textuellement, à Ortiz et à moi-même : « Dans deux heures, nous déplorerons 600 morts à Alger ».
Il était manifestement pessimiste.
Mais, le 1er REP se cantonna à ce moment-là sur la place de la Grande-Poste. Le colonel DUFOUR vint nous contacter. Il déclara à Ortiz et à moi-même : « Soyez calmes cette nuit, reposez-vous et surtout dormez. Il ne se passera rien et demain… il fera jour ».
Effectivement la nuit se passa au mieux possible.
Nous eûmes, hélas, à déplorer un drame inattendu. Le suicide de l’un des nôtres. Raphaël Senach. Il souffrait d’un état dépressif apparemment quiescent qui s’est brutalement décompensé après la fusillade.
Paul Ribaud, dans un livre un peu romantique, Barricades pour un drapeau a montré dans une très belle photo, la foule qui assista, quelques jours plus tard, à l’enterrement de Raphaël. On voit, en plein milieu de cette foule, le visage de Jean Perez, mon père, qui, avec ma mère, mes sœurs et beaucoup de parents, assistèrent à toutes les manifestations. Mon jeune frère Jacques était à son poste, à la tête de son groupe, à l’intérieur des Barricades.
Cette nuit, fut pour moi l’occasion de faire la connaissance du capitaine SERGENT. J’y reviendrai un peu plus loin dans le cadre de cette étude n° 25.
Ainsi, à 2 heures du matin, l’aventure du 24 janvier 1960 était terminée.
Pointaient les premières heures du 25 janvier.
Allait naître alors une autre aventure, beaucoup moins risquée : celle de la semaine des Barricades d’Alger, qui ne fut qu’une queue de ce qui s’était passé pendant les journées des 23 et 24 janvier.
Est arrivé le moment de poser une question : quels sont les responsables de la fusillade ?
La réponse est nette. Sans équivoque. Je l’ai d’ailleurs évoquée.
A/ Le premier responsable, le responsable opérationnel, c’est DELOUVRIER, le Délégué du gouvernement en Algérie. Plus tard, quand il fut mis sur la touche de la vie politique par le général De Gaulle, il déclara en substance à son idole :
« J’ai pourtant pris la responsabilité de faire couler le sang à Alger ».
B/ Après lui, parce qu’ils lui ont obéi, sans exiger une confirmation par le général CHALLE qui ne fut pas informé de la décision de faire charger les gendarmes, sont responsables le général CREPIN, nouveau commandant du corps d’armée d’Alger et le colonel FONDE, commandant du secteur Alger-Sahel.
Le colonel DEBROSSE ne fut qu’un simple exécutant.
Il est acquis d’une façon certaine que des personnalités politiques, évoluant très près du Président de la République, sont intervenues pour engager DELOUVRIER dans cette responsabilité : faire couler le sang à Alger.
Des personnalités très liées avant tout à Georges Pompidou et à son état-major. Pompidou, fondé de pouvoir de la banque Rothschild qui occupait, à ce moment-là, les fonctions de chef de cabinet de De Gaulle.
Dès 1958, lors de l’accession au pouvoir par celui-ci en juin 1958, en tant que dernier président du Conseil de la IVème République, Pompidou avait fait connaître son plan de négociations avec le FLN pour aboutir à un cessez-le-feu avant la victoire.
Ce plan s’exprimait dans un document d’une importance déterminante dont on a très peu parlé et aujourd’hui encore moins qu’hier : le document Pompidou préparé à l’aide de BROUILLET et de TRICOT.
Pompidou et les « pompidoliens » furent des acteurs dont le rôle fut de la plus haute efficacité dans le largage de l’Algérie française. Au nom du délestage économique de l’Algérie dans le but d’augmenter la valeur ajoutée des investissements. Ce plan Pompidou concrétisait auprès de l’exécuteur en chef qu’était De Gaulle, l’objectif de l’un des états-majors opérationnels les plus efficaces du capitalisme financier de l’époque. Et c’est dans le cadre du délestage économique de l’Algérie, que sont intervenus des hommes comme Giscard d’Estaing, qui ont manifesté à haute voix, leur volonté que les Barricades d’Alger fussent réduites par la force. C’est-à-dire, au prix de quelques centaines de morts.
II – LE 25 JANVIER 1960, A PARTIR DE 5 HEURES DU MATIN : MES RENCONTRES, CE MATIN-LA, AVEC SERGENT, BROIZAT, LE GENERAL GRACIEUX, COMMANDANT DE LA 10ème D.P.
« Demain il fera jour…. » avait déclaré DUFOUR, commandant du 1er REP. En plein milieu de la nuit il effaça par ce propos les effets anxiogènes de la réflexion pessimiste du capitaine HAUTECHAUD : « Cette nuit il y aura 600 morts de plus à Alger ».
La fusillade remontait à plusieurs heures. L’état de siège avait été décrété à Alger par le général CHALLE.
L’information générale nous traitait d’assassins, de factieux sans foi ni loi… mais rien ne se passait.
Durant cette nuit, nous savions très bien que si l’armée donnait l’assaut, nous serions balayés en quelques minutes. D’autant plus que nous n’aurions jamais ouvert le feu sur l’armée française. Je tiens à le préciser. Tels étaient mes ordres.
Donc, c’était devenu quoi ce 24 janvier 1960, à Alger ? Un bluff ? Pourquoi pas ? C’était le moment ou jamais d’être capable de bluffer.
Je pressentais que rien ne se passerait… et par intermittence, je m’offrais quelques minutes de sommeil, sur le coin d’une table.
Certains parmi les nôtres, m’interrogeaient avec angoisse. Mon camarade de jeunesse et frère d’armes, Georges Beauvais me demanda : «vais-je mourir cette nuit ? Je veux le savoir ».
« Je n’en sais rien », lui ai-je répondu. « Il nous faut attendre et rester calmes ».
Malgré cette incertitude, nos militants du FNF sont restés sur place : autour du PC ORTIZ et à l’intérieur de l’immeuble. A monter une garde symbolique.
C’est à ce moment là qu’une voix s’est élevée parmi eux. C’était celle de Sauveur Marco, un de nos commandos de choc du FNF, un bagarreur teigneux s’il en fut, qui avait fait partie avec Charlie Falzon, Robert Laugier, son frère et d’autres encore…. du fameux bélier de 200 casques lourds qui avaient enfoncé les barrages du matin, avec moi à leur tête. Et que nous disait Sauveur ?
« Vous vous imaginiez tous qu’on allait défendre l’Algérie française par des défilés, des chants et quelques gueulantes ! Qu’on allait sauver l’Algérie française, comme ça, en rigolant et en manifestant. Et bien la vérité c’est cette nuit ! Alors dormez et bonne nuit ! ».
J’essaie aujourd’hui, de traduire en langage décent la formulation très couleur locale dont nous avait gratifiés Sauveur et que je n’ose pas transcrire.
Quoi qu’il en soit, nous attendions la suite des évènements. Tout allait dépendre du comportement de l’armée.
Vers 4 heures du matin, quelqu’un vint me chercher.
« Un capitaine du REP demande à te rencontrer ». me dit-il. « Il t’attend de l’autre côté de la barricade ».
Je m’y rendis. J’eus droit à un salut classique, « Pierre SERGENT, du 1er REP, mes respects docteur ».
Il me dit immédiatement :
« Le commandant V…, commandant en second du régiment, vous invite à venir le rencontrer au PC du régiment, le plus rapidement possible ».
« Je vous suis » lui répondis-je.
Il me conduisit à quelques centaines de mètres du PC ORTIZ, et me présenta au commandant V…., le commandant en second de cette belle unité de la Légion étrangère.
« Très honoré de vous rencontrer » me dit-il. « Je vous ai prié de venir pour vous inviter au calme, vous et vos troupes » ajouta-t-il.
Et il enchaîna : « tout se passera bien. Je suis pour l’Algérie française. Le régiment est pour l’Algérie française. Le général GRACIEUX, commandant la 10ème DP est pour l’Algérie française. Le général CHALLE est pour l’Algérie française. Donc, le sauvetage de l’Algérie française, c’est l’affaire de quelques heures …. Car « le coup va partir ». Maintenez le calme parmi vos effectifs. Nous vous solliciterons le moment venu ».
Voilà dans l’esprit, les propos que me tint ce brillant officier du REP, ce lundi 25 janvier, un peu avant l’aube.
Je m’en retournai au PC pour informer Ortiz et les autres de cet entretien et je réussis enfin à dormir 1 heure.
Je fus appelé dans la matinée (9 heures ? 10 heures ?) par une estafette qui me déclara :
« Le colonel BROIZAT veut te parler d’urgence ».
Je connaissais BROIZAT. Il commandait le 1er RCP et j’avais tenu avec lui et deux autres colonels du Bureau préfectoral de MASSU, une réunion très importante dans la villa du capitaine FILIPPI, située au Balcon Saint Raphaël, vers la fin de l’année 1959.
BROIZAT, ce 25 janvier vers 9/10 heures du matin, me présenta deux autres officiers, que je n’avais pas encore vus :
« Le général GRACIEUX » me dit-il et « mon second, le commandant B…. ».
BROIZAT manifesta à haute voix, sa satisfaction devant le déroulement de l’opération.
« Le fait que rien ne se soit passé cette nuit, est très significatif ». me dit-il. Il faisait référence aux intentions probables du général CHALLE.
« Ils n’ont pas osé …, donc …, donc quoi ? », telle était en réalité la question que je me posais in petto.
A ce moment-là, le général GRACIEUX s’adressa à moi avec courtoisie et il me renouvela les recommandations techniques du commandant V…., transmises quelques heures plus tôt au PC du 1ER REP.
« Tenez vos effectifs en mains », précisa-t-il. Il ajouta : « La 10ème DP va marcher pour sauver l’Algérie française, le général CHALLE va prendre la tête du mouvement et l’armée va s’engager dans cette opération, c’est une question de quelques heures : l’Algérie française est sauvée ».
Je ne puis exprimer aujourd’hui l’émotion que j’éprouvai à cet instant-là.
Je ressentis un immense espoir dans un destin nouveau pour l’Algérie et pour la France.
Pratiquement à ce moment-à, intervint un sous-officier des transmissions pour un message téléphonique destiné au général GRACIEUX. Celui-ci se retourna vers BROIZAT :
« Tous les commandants d’unités de la 10ème DP à l’EMI »[6] dit-il à BROIZAT.
Celui-ci se retourna alors vers son second, le chef d’escadron B…, que j’ai évoqué un peu plus haut :
« Je laisse le régiment entre vos mains. Je vous donne l’ordre de n’obéir qu’aux ordres que je vous transmettrai moi-même. En particulier je vous donne l’ordre de désobéir à tout ordre qui viendrait d’ailleurs, et qui vous commanderait de tirer sur la foule ».
Je fus témoin de cette scène et je me souviens encore de l’enthousiasme « Algérie-française » qui animait le chef d’escadron B…, commandant en second du 1er RCP[7].
Donc le 25 janvier au matin, l’enthousiasme militaire « Algérie-française » commençait à s’exprimer à nouveau et ne demandait qu’à exploser.
C’est alors que nous vîmes arriver, l’un après l’autre, tous les chefs de bataillons UT qui, la veille, étaient restés chez eux. Les officiers UT qui la veille, nous avaient lâchés. Ils se présentèrent en uniforme, pistolet au côté, avec la prétention d’organiser les effectifs de leurs compagnies qui parfois, les accablaient de quelques quolibets grinçants.
Ces hommes avaient vécu, pour beaucoup d’entre eux, le véritable 24 janvier et surtout, ils étaient restés présents durant cette nuit du 24 au 25 janvier, à espérer, malgré l’incertitude qui nous menaçait et que le capitaine HAUTECHAUD avait aggravée par la phrase qui m’avait impressionné : « Cette nuit il y aura 600 morts de plus à Alger ».
Je n’ai pas l’intention de décrire la suite de la semaine des Barricades, qui pour moi, est d’un intérêt mineur si on la compare aux journées des 23 et 24 janvier et à la première moitié de la journée du 25 janvier.
C’est DELOUVRIER qui réussit à obtenir la liquidation des Barricades, lorsqu’il prit la décision d’emmener le jeudi 28 janvier, le général CHALLE à la REGHAÏA[8]. A extirper CHALLE de l’enthousiasme patriotique qui émanait de la foule auquel il n’était pas imperméable. Ce fut le piège que DELOUVRIER réussit à monter pour obtenir la fin de la Semaine des Barricades d’Alger.
A partir du moment où l’armée refusait de s’engager, nous ne pouvions plus rien faire.
Ce même jeudi 28 janvier, en fin d’après-midi, je fis la connaissance du colonel GODARD que j’évoquais au début de ce chapitre. Il s’était rendu dans l’enceinte des barricades et était accompagné du capitaine de la BOURDONNAYE dont j’ignorais l’identité à ce moment-là.
GODARD, me paraissait gêné. Il suggérait… Il n’osait pas s’exprimer clairement. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il attendait de nous. En réalité, ce qu’il n’osait pas nous exprimer, c’était sa conviction que jamais l’armée ne donnerait l’assaut contre les Barricades. Il était persuadé qu’aucun chef de corps n’accepterait de jouer le rôle de bourreau du peuple d’Alger. Il était aussi désespéré que nous du comportement désastreusement attentiste de ses frères d’armes. Il aurait voulu relancer l’affaire.
Mais il ne nous offrait aucun moyen d’action. Il aurait fallu qu’une unité entière prît position symboliquement dans l’enceinte des Barricades pour que l’aventure fût relancée.
J’avais maintenu avec SERGENT des contacts quotidiens.
Plein d’amertume, il vint me dire le vendredi 29 dans l’après-midi :
« C’est notre régiment qui va pénétrer dans les Barricades, de manière à éviter un drame…, le drame de la fin. Vos hommes remettront leurs armes et tout se passera bien pour eux. Mais pas pour vous Jean-Claude, ni pour Susini, Ortiz et Lagaillarde ».
Je lui opposai avec véhémence :
« Vous ne pouvez pas nous faire ça ! Vous ne pouvez pas entrer en armes dans les Barricades et nous humilier ainsi encore plus ! »
Je précisai ma pensée :
« Vous allez transformer la fin des Barricades en une défaite pour nous. Restez en dehors des Barricades et accueillez avec les honneurs, avec respect et avec estime, ceux qui en sortiront dans la dignité ». Tel fut le propos que je lui tins avec fermeté.
« Je vais transmettre de toute urgence au colonel » me dit-il.
Je ne sais si cette position que j’ai prise ce vendredi 29 janvier et que SERGENT a rappelée dans son témoignage au procès des Barricades, eut une influence sur le comportement du colonel DUFOUR. En tout cas, celui-ci accepta une évacuation du camp retranché, qui s’effectua dans des conditions plus qu’honorables. Mais tous avaient tenu à m’avertir : ne pas me faire prendre durant les premières heures qui suivraient les Barricades.
Pour Ortiz et pour moi, le compte était déjà réglé dans l’esprit de certaines autorités.
Ortiz se mit définitivement à l’abri.
Personnellement, je me mis à l’abri pendant 24 heures, avant de rejoindre le commando ALCAZAR, qui était en train d’être formé dans les quartiers du 1er REP, à ZERALDA, par des volontaires.
Je fus accueilli avec chaleur, par tous mes vieux camarades en particulier par Jean Ghnassia, Jourdes, Forzy, Ronda et d’autres, et tout particulièrement par l’aumônier du régiment.
A partir de là, s’amorça pour moi une suite que vous connaissez peut-être :
- la Santé
- l’OAS
- l’exil
- la condamnation à mort
- le retour
- et ce combat que je continue de mener pour défendre envers et contre tout, au mieux possible, le souvenir de ce qui fut la plus belle bataille livrée pour la défense de l’Occident :
LA BATAILLE DE L’OAS
Jean-Claude PEREZ
Nice,
Le 18 novembre 2009
[1] DUFOUR : commandant le 1er REP (1er Régiment Etranger Parachutiste)
[2] BROIZAT : commandant le 1er RCP (1er Régiment de Chasseurs Parachutistes)
[3] FM : Fusil-mitrailleur
[4] Le CORROLLER : l’un des avocats de la défense du Procès des Barricades
[5] Aujourd’hui encore, je ne m’accorde pas le droit de donner les noms d’autres gardes mobiles qui plus tard, rejoignirent l’OAS
[6] EMI : Etat-major Inter-Armes
[7] BROIZAT confirma ce propos, à quelques détails près, dans sa déposition au procès des Barricades, en tant que témoin de l’accusation
[8] La Reghaïa.. : siège à l’est d’Alger de l’Etat Major Inter-armes (E.M.I.)
20:00 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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26.10.2009
OAS : LEROY, VILLARD, LA PARTITION

C’est-à-dire étaient-ils tous partisans de l’intégration de la province-Algérie à l’ensemble des provinces françaises ?
La réponse est NON. Je dis bien NON.
En septembre 1961, le général SALAN fut de retour à Alger. Il avait passé un été tranquille dans la Mitidja où il s’était refait santé et tonus.
En octobre 1961, SALAN accepta que CARUANA, SUSINI et DEGUELDRE se rendissent chez Jacques CHEVALLIER dans sa maison d’El-Biar.
Je ne sais pas si le général SALAN avait donné son accord pour cette prise de contact. Il ne me l’a jamais dit. Où plutôt, il m’a affirmé que non, lorsque je l’ai revu après l’amnistie dans son logement parisien de la rue Théodore de Banville, en décembre 1968.
Mais que SUSINI, DEGUELDRE et CARUANA aient pris contact, dès cette époque avec l’ancien maire FLN d’Alger, c’est maintenant quelque chose d’établi. Un événement qui fut en quelque sorte tenu secret jusqu’en 1975.
Au départ, il existait ainsi plusieurs fausses notes dans le comportement d’anciens responsables de l’OAS.
Mon rôle à la tête de l’O.R.O. nationale était d’observer, de contrôler et de prendre garde …
L’OAS en réalité, était née beaucoup trop tard. Je l’ai dit et je le redis. C’est au plus tard dès 1956 que le peuple d’Algérie aurait dû s’organiser en armée secrète avec tout ce que cela comportait comme changement de psychologie individuelle, et de mentalité.
En 1961, l’OAS d’Algérie, est apparue comme un bébé né après une grossesse pathologiquement prolongée : ridé, fripé, vieilli, fatigué.
Son manque initial de structuration, son manque de recul, la rendait fragile. Et c’est de cette fragilité que naquit la possibilité pour SUSINI d’organiser une entrevue avec Jacques CHEVALLIER. Mais pour une initiative de cette gravité, il avait besoin de l’acquiescement de Roger DEGUELDRE.
Je l’ai su en son temps. La lutte à mort était déjà engagée. Les convictions « Algérie française » du général SALAN s’étaient largement confirmées et exprimées.
Ce thème était redevenu le support idéologique unique de notre action. Il ne m’appartenait plus, en demandant des comptes pour ces contacts avec un ennemi de notre cause, de porter atteinte à l’unité d’un appareil de combat que nous avions eu tant de peine à mettre sur pied.
Plus tard, se manifesta un autre déviationnisme aussi dangereux et cela pour plusieurs raisons :
1. parce qu’il était inspiré par les gaullistes,
2. parce que ses partisans voulurent l’imposer par un coup de force à l’intérieur de l’OAS,
3. parce qu’il s’agissait de la partition, ineptie géopolitique s’il en fut.
Je souligne aujourd’hui encore, que je n’aurais pas joué une seconde de ma liberté sur ce projet.
Cette fois, SUSINI n’était pas concerné. Le général en chef, SALAN, préconisa des sanctions contre les affiliés à cette nouvelle conjuration anti-OAS. Ces hommes n’étaient pas des traîtres. Ils eurent le tort néanmoins :
1. de désobéir à un moment très difficile pour l’organisation ;
2. d’avoir été assez naïfs pour se laisser séduire par des hommes politiques plus ou moins mandatés par des services secrets qui n’aspiraient qu’à les manipuler ;
3. de vouloir imposer leur point de vue par la force.
Le drame d’une organisation clandestine c’est qu’en cas de dysfonctionnement grave, il n’existe pas de sanctions punitives bénignes. Il n’existe pas « d’arrêts de rigueur » ni d’incarcération possible. L’adhésion à la doctrine du général en chef, était d’une absolue nécessité, sans nuance.
Est intervenu dans cette conjuration, un curieux personnage : le préfet PETITBON.
Celui-ci fut appelé par Jean MORIN, délégué général du gouvernement français en Algérie. Officiellement, PETITBON avait manifesté l’intention de s’occuper des jeunesses algériennes.
Comme on le voit, le moment était bien choisi en 1961, pour s’orienter dans ce style d’activité ! On lui attribua néanmoins la direction d’un SFJA (Service de Formation de la Jeunesse en Algérie). Service qui, curieusement, dépendait de l’autorité du premier ministre, Michel DEBRE. Plus exactement, de l’autorité des services spéciaux qui fonctionnaient sous sa direction. Sans perdre de temps, à la fin de l’année 1961 et dès le début de l’année 1962, PETITBON prit l’initiative de contacter certains hommes de l’OAS.
En réalité, il mit en œuvre d’une manière très technique, une opération de noyautage et de division à l’intérieur de notre appareil de combat.
Il promit monts et merveilles à quelques uns. Il s’engagea à fournir armes et moyens de guerre à une fraction juxtaposée de l’OAS. Celle du Front Nationaliste. Celui-ci était dirigé par LEROY, qui avait toujours refusé, je le redis, son allégeance aux organes de commandement de notre organisation. Il se considérait comme un allié de l’OAS et non pas comme un effectif intégré au dispositif opérationnel de l’OAS.
PETITBON, grâce à certaines fournitures d’armes, réussit à circonvenir LEROY, que je connaissais bien, et SARRADET que je n’ai jamais connu. Il fit miroiter une possibilité de solution de secours que nous avons évoquée dans les paragraphes précédents : celle d’une partition de l’Algérie.
Une partie de la terre algérienne allait rester sous l’administration française et le reste sous l’administration du FLN ! Ce fut une manœuvre d’intoxication affectée d’un ridicule indiscutable. Mais elle fut redoutable, car elle faillit provoquer un éclatement de ce qui restait de l’OAS.
J’eus personnellement, à propos de cette option à laquelle il adhérait, un entretien sérieux avec LEROY. Je sais que je l’ai déjà dit. Je me suis employé à le convaincre de la signification réelle de la manœuvre à laquelle il souscrivait.
Cette manœuvre consistait à noyauter et à détruire l’OAS, avec laquelle il avait combattu jusqu’alors, même si ce n’était qu’en tant qu’allié. Je l’ai mis en garde contre une opération intérieure de police qu’il nous obligeait à prévoir. Je lui ai proposé de faire marche arrière.
Je lui ai offert une place d’adjoint au commandement national de l’O.R.O. J’avais déjà obtenu l’adhésion de l’un de ses subordonnés SCHAMBIL qui occupait depuis quelques jours un poste de responsabilité au sein du BCR national.
LEROY était un homme sincère, courageux et il était convaincu d’être loyal. J’éprouvais pour lui une fraternelle amitié. Malheureusement, il était tombé entre les mains de Matignon, par l’intermédiaire de celui qui coordonnait le fonctionnement des services secrets. Le drame était inéluctable.
J’affirme que je n’aurais jamais ordonné ou accepté l’exécution de LEROY si j’avais été tenu informé de l’opération qui fut décidée et déclenchée à mon insu.
DEGUELDRE sous l’influence d’un cadre de l’OAS, ancien ami très personnel de LEROY et qui tenait encore SALAN sous son influence, fit exécuter LEROY en même temps que VILLARD.
Pourquoi VILLARD ?
Parce « qu’on » ne trouva pas SARRADET, qui était à la fois le premier contact et surtout, le contact le plus sérieux du préfet PETITBON.
Ne trouvant pas SARRADET, Le PIVAIN exécuta VILLARD par ce « qu’on » lui avait certifié que VILLARD était engagé dans cette conjuration.
Quelques jours plus tard, Le PIVAIN fut informé du mal fondé de son opération. Il manifesta à haute voix sa volonté de faire rendre des comptes à l’inspirateur qui avait manipulé DEGUELDRE pour faire exécuter LEROY et VILLARD, dans le seul but d’annexer le Front Nationaliste pour son propre compte.
Le PIVAIN, en raison de ses imprudences verbales, fut « donné » aux forces de l’ordre. Il tomba dans une embuscade très opportuniste tendue par des exécuteurs gaullistes qui l’attendaient là où il fallait l’attendre.
Ce fut un grand drame de l’OAS.
Seulement… seulement quoi ? J’étais le chef de l’O.R.O. J’ai donc assumé hiérarchiquement la responsabilité de ces deux opérations, bien que ne les ayant pas ordonnées, pour deux raisons.
Première raison : je n’avais pas été en mesure d’interdire ces exécutions. Elles ont été réalisées, par une branche subalterne de l’O.R.O. Je ne fus informé qu’après coup.
Deuxième raison : il me fallait à tout prix et de toute urgence couvrir DEGUELDRE. De manière à garantir l’homogénéité de la BAO que DEGUELDRE commandait. Nous avions besoin de tout le monde. De tous ceux qui restaient. J’ai donc officiellement déchargé DEGUELDRE de la responsabilité de ces deux exécutions.
J’étais violent, je le concède. Il m’est arrivé parfois d’être expéditif dans l’extrême-urgence. Mais j’étais loin d’être sanguinaire. Si LEROY m’avait fait confiance, il aurait évité le drame qu’il a connu.
S’il avait rejoint un poste d’adjoint au commandement de l’O.R.O. que je lui ai proposé, personne n’aurait osé s’attaquer à quelqu’un qui fut sous mes ordres. J’étais intraitable sur ce point très précis. Comment a réagi LEROY à ma proposition. Je l’ai déjà relaté :
« Si tu ne marches pas avec nous, tu trinqueras comme les autres ».
Il avait oublié à qui il parlait. Il se croyait intouchable parce qu’il était manipulé par le patron des services secrets de Matignon.
Ce fut un drame. Un de plus parmi ceux que j’ai vécus.
Comme j’envie, aujourd’hui encore, les spectateurs pieds-noirs qui sont restés bien quiets chez eux ! Qui nous ont jugés ! Qui nous ont condamnés ! Et qui, aujourd’hui, nous oublient !
Je n’ai jamais voulu tuer ces hommes. Leur seule protection c’était l’O.R.O. Là, personne ne les aurait touchés.
SCHAMBIL l’avait compris puisque, comme je vous l’ai rappelé ci-dessus, il est venu apporter son concours volontairement au fonctionnement du BCR au sein duquel il fut traité en frère d’armes.
Ce fut un drame de l’OAS…. Que je déplore. Je n’en suis pas l’ordonnateur. Mais il faut essayer de se remettre dans l’ambiance de l’époque pour comprendre l’atmosphère dramatique au sein de laquelle nous évoluions, surtout moi, à la tête de cette O.R.O. nationale à qui incombaient les décisions les plus graves à prendre pour tenter de sauver ce qu’il était encore possible de sauver.
Jean-Claude PEREZ
Nice, le 24 octobre 2009
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21.10.2009
Le sang d’Algérie
Le 16 septembre 2009, Jean-Marc de SANTI, m’interpellait avec fermeté et courtoisie sur la thèse de la partition de l’Algérie française. Thèse que j’ai toujours rejetée. Ainsi que sur mon rôle supposé dans la mort de LEROY, de VILLARS, et j’ajoute : dans l’événement qui fut corollaire de ces drames. Je veux évoquer la mort du capitaine Le PIVAIN.
Cette étude est proposée en deux parties :
- cette étude 23 proprement dite,
- une étude 23 bis.

ETUDE N° 23
1. Je précise tout d’abord, que je ne me souviens pas d’avoir connu SARRADET.
2. Que je n’ai jamais donné l’ordre de tuer VILLARD, LEROY, PARRACHINI et SCHAMBIL.
3. Je n’ai jamais été partisan de la solution partitionniste. J’étais convaincu, et je le suis aujourd’hui encore plus qu’hier, que la partition de l’Algérie était un piège. Comme par enchantement, celui-ci fut élaboré à la fin de l’année 1961, dans l’entourage d’un journaliste parisien Robert H.
En réalité, il s’agit d’un piège élaboré, j’insiste, par les services secrets de Matignon. Ceux-ci ont essayé de lui donner vie par l’intermédiaire du sous-préfet PETITBON, avec la collaboration opérationnelle du chef de la Sécurité Militaire d’Algérie.
Celui-ci concentrait entre ses mains le fonctionnement de tous les services spéciaux, en particulier, les anciennes branches du C.C.I. et B.E.L.[1].
Au sein de ces branches, nous avions conservé de sérieux concours.
4. La solution israélienne dont rêve J.M.D.S, n’était pas envisageable en Algérie : militairement, politiquement et surtout spirituellement.
Les juifs d’Israël défendent avant tout, en Palestine, un rayonnement idéologique et religieux à partir de leur implantation sur la terre palestinienne. Pour conférer à cette terre la vigueur d’une terre de rayonnement, après qu’elle ait connu celle de « terre promise », ils disposent d’un peuple qui ne vit en Palestine que pour se battre. Ils disposent de régiments d’élite, d’un équipement militaire ultra moderne, de services spéciaux remarquablement structurés et plus que tout, ils jouissent de l’appui d’un énorme soutien financier international.
Ils peuvent se permettre d’être encore animés d’un esprit perpétuellement offensif. Je mets n’importe qui au défit de démontrer que cet état d’esprit pouvait être retrouvé chez les P.N d’Algérie, en 1961-1962.
Notre population n’aurait bénéficié d’aucun appui international, population qui au nom du dieu « pétrole » était vouée au sacrifice, voire à un génocide éventuel par tous les potentats financiers internationaux.
Quant on fait le constat, sans complaisance, des divisions passées et surtout des divisions actuelles, qui se manifestent au sein du monde dit « rapatrié », il est facile de comprendre avant toute autre spéculation, pourquoi nous avons perdu l’Algérie.
Un esprit de clocher, chauvin et déstructurant, voilà ce qui nous gangrène aujourd’hui encore et réduit à presque 0 notre représentation nationale.
Quoi qu’il en soit, une vérité apparaît évidente : que les Israéliens le veuillent ou non, par la position politico-spirituelle qu’ils occupent au Proche-Orient, ils constituent un des premiers bastions de défense de l’Occident.
C’est comme ça. C’est objectif. C’est mathématique.
Pour l’heure, ils sont les seuls à s’opposer, en effet, avec conviction et surtout avec efficacité, à l’enseignement universel du nouveau mein kampf arabo-islamiste : le « mein kampf » officiel d’Al qaïda, illustré par les Epitres djihadiens. Nous disons le « mein kampf officiel » d’Al qaïda, mais aussi le « mein kampf secret » de la majorité des potentats de la finance arabe qui ouvrent des banques en France et en Europe et dont le fonctionnement sera conforme aux exigences de la charria.
5. Quand on songe aux participations financières restreintes que nous ont consenties, sous la menace, certains potentats des oligarchies financières d’Algérie, quand on les compare à leurs généreuses participations consenties au bénéfice du FLN, on ne nourrit aucune illusion sur leur soutien éventuel si nous avions été tentés par la thèse suicidaire de la partition.
6 La partition dans l’esprit de ses inspirateurs gaullistes, constituait dans sa réalité opérationnelle, à regrouper sur un espace restreint, ce qui survivait des combattants d’Algérie française pour les anéantir en une seule fois
7 Il n’en reste pas moins vrai que des négociations étaient engagées entre l’Exécutif Provisoire de Farès et un secteur de l’OAS.
Entre Jacques CHEVALLIER, l’ancien maire FLN d’Alger, et un clan très connu de l’OAS, des contacts avaient été mis en route dès le mois d’octobre 1961. C’est aujourd’hui une vérité de notoriété publique. De mon poste à la tête de l’ORO nationale[2], je me contentais de surveiller ces contacts. Je n’y intervenais pas. Je contrôlais de loin, ou plutôt je les suivais au mieux possible.
Bien plus tard, après le cessez-le-feu, du 19 mars 1962, qui officialisa la défaite de la Vème République devant le FLN, un secteur du BCR[3] fut l’objet d’un contact de la part de membres de la Wilaya III, une Wilaya Kabyle. En résumant leur message, voici ce que l’on nous proposait :
« FARES est un Kabyle ambitieux. Il dispose aujourd’hui de la force locale, de l’appui de pratiquement tous les combattants de l’intérieur. Il lui manque l’appui des Pieds-Noirs et surtout de l’OAS pour lui permettre de damer le pion au GPRA. Transmettez cette information « à qui de droit » pour agir, si possible, dans la perspective d’une Algérie occidentale. »
« Qui de droit », en l’occurrence c’était moi.
Le lendemain du Vendredi Saint 1962, jour de l’arrestation du général SALAN, j’ai demandé un contact à SUSINI. Il est venu me rencontrer dans l’un de mes PC. Celui-ci était situé au boulevard Saint Saëns, au 2ème étage d’un bel immeuble, dans un appartement que mon confrère GOURGUES avait définitivement mis à ma disposition. J’y disposais d’une cache, une pièce entière escamotée, grâce à l’astuce technique d’un ingénieur des Ateliers Terrin.
Je fis part à SUSINI de ce message émanant de la Wilaya III et je lui demandai d’en faire le meilleur usage, pour conduire des négociations avec FARES dans le but de gagner du temps.
Pas de protestation évidemment, mais plutôt un acquiescement immédiat de sa part. Je n’avais d’ailleurs aucun doute sur ses réactions éventuelles, car je savais qu’il était lui-même engagé dans un processus de contacts secrets depuis des mois.
8. Je lui fis part de mon intention de ne pas participer personnellement aux négociations, ce qui allait évidemment dans le sens de SES desiderata puisque depuis des mois déjà, il jouait seul et n’aspirait qu’à une chose : continuer à jouer seul. Quel avantage pouvais-je espérer de ces négociations ?
Gagner du temps.
Du temps pour quoi faire ?
9. Pour sauver le maximum d’opérationnels de l’OAS, car ils « tombaient » avec fréquence, depuis la fin de l’affaire de l’Ouarsenis. Je rappelle que dans le seul quartier de Belcourt, ou plutôt le quartier III du secteur centre, le chef de la BAO[4] locale, le chef du BCR local, et huit opérationnels ont été tués en opérations, dont quatre dans l’Ouarsenis. Pour sauver de la capture ou de la liquidation physique ce qui restait de l’appareil opérationnel de l’OAS, il m’était interdit de baisser les bras. Il me fallait tenter ce qu’il était possible de tenter.
FARES ne s’y est pas trompé quant il m’a fait transmettre par SUSINI, ou plutôt selon SUSINI lui-même, le message suivant :
« Surtout, que PEREZ ne s’arrête pas, car c’est la violence de l’OAS qui en fait pour le moment un interlocuteur valable ».
Je ne me faisais aucune illusion sur l’aboutissement de ces négociations. Et je considérais comme inéluctable, qu’à un moment donné, une dernière bataille allait s’imposer entre les combattants de l’OAS et l’ALN de l’intérieur qui, en dernier recours, se rallierait au GPRA d’abord et à Ben BELLA ensuite.
10. Cette dernière bataille, c’est à Alger que l’OAS devait la livrer. Sous la forme de combats de rue, de Saint-Eugène à Maison-Carré, de Birkadem, Birmandreis, El Biar à la Méditerranée. Une bataille contre qui ?
Contre l’ALN évidemment et seulement contre elle. Nous ne voulions pas accepter sans combattre, son installation à Alger.
11. Dans le souci de préparer cette bataille du mieux possible, j’avais invité plusieurs patrons de la faculté de médecine d’Alger, à se réunir, pour nous conseiller sur l’organisation sanitaire et alimentaire de ces derniers combats. Les professeurs CLAUDE, BOURGEON, DESCUNS et d’autres… tinrent au cours de ce contact, à me faire part de leurs observations. Cette réunion se déroula dans le même immeuble où se situait le logement de mon confrère GOURGUES mais cette fois, dans un appartement du rez-de-chaussée, chez un autre de mes confrères algérois.
Le professeur CLAUDE qui plus tard, m’a suivi dans mes publications, fut d’un concours particulièrement précieux dans ce travail d’intendance et de stockage alimentaire, nécessaire aux combats de rue que nous prétendions mener dans les meilleures conditions matérielles possibles.
12. A partir de cette décision de me consacrer à la dernière bataille, l’OAS connut un paroxysme de violence. Je voulais donner l’impression d’un « jusqu’au boutisme » perceptible. Qu’on le veuille ou non, je l’ai fait sur la recommandation de FARES lui-même, via SUSINI.
Je suis allé jusqu’à transmettre par le relai de notre radio-pirate un message insistant sur les risques d’épidémie qui menaçaient au sein des concentrations populaires, privées temporairement du secours des médecins français.
SUSINI m’a dit en commentaire de cette émission-pirate :
« FARES est affolé devant cette information qu’il interprète comme une menace camouflée de guerre bactériologique ».
« Avec quoi et comment pourrais-je déclencher une guerre bactériologique ? » lui ai-je rétorqué.
« Ce que j’ai voulu dire, ce n’est que ce que j’ai dit. Cette concentration de masses populaires urbaines, à Alger et autour d’Alger, est porteuse d’un risque épidémique très grave ».[5] Je rappelle tout cela pour souligner à quel point je considérais comme inéluctable un dernier combat à Alger.
13. Oui, livrer un combat avec le concours de quoi et de qui ?
Au mois d’avril 1962, pendant que se déroulaient des négociations que j’avais donc approuvées à partir du jour qui a suivi l’arrestation du général SALAN, je préparai mon effectif sur le grand Alger, pour l’ultime bataille. Nos forces, diminuées certes, manifestaient encore du mordant dans trois zones :
- la ZOA (Orléansville + le Haut Chélif)
- la ZEA (Est-Mitidja)
- la ZOM (Ouest-Mitidja)
Il était prévu de les intégrer aux dispositifs encore vigoureux des sous-secteurs et des quartiers d’Alger. Ces groupes d’action avaient conservé un mordant encore efficace au niveau de la zone urbaine d’Alger. Ce dispositif était renforcé évidemment par ce qui restait des Delta, structure très efficace regroupant un effectif d’élite qui fonctionnait à l’échelon du Grand Alger.
Mon but n°1 était de protéger l’embarquement de notre peuple, femmes, enfants, vieillards, vers des cieux théoriquement plus accueillants. Nous prétendions nous opposer par les armes à l’entrée de l’ALN dans Alger en livrant cette bataille dans les rues de notre capitale.
Dans cette perspective nous nourrissions encore l’espoir de bénéficier du concours anti FLN d’éléments de l’armée et de la police.
« Illusion ! » me rétorque-t-on encore aujourd’hui.
Oui, nous avions encore des illusions dans les sentiments de nos militaires, de nos policiers, des Français en général, des Européens occidentaux peut-être. Nous voulions livrer un combat à l’ALN, un combat qui fût symbolique, spectaculaire et messager.
Cette fois, c’était une volonté française et populaire qui prétendait assurer le sauvetage des femmes, enfants et vieillards en leur permettant de s’embarquer. Je reconnais que j’envisageais avec détermination de détruire une partie de ma belle Alger-la-Blanche, que je ne voulais pas abandonner intacte au FLN.
14. Nous savions que lorsqu’Alger aurait cessé de vivre en tant que ville française, l’Algérie française serait définitivement morte. Nous pressentions que la mort d’Alger-la-Française, allait entraîner une mise en danger de l’identité de la France, du monde méditerranéen et du monde occidental comme cela apparaît à l’évidence aujourd’hui.
Mais, survint le cessez-le-feu des Delta d’Alger qui fut décidé sans me consulter.
Le jour même de cette décision, l’information officielle est venue conférer, par une abondante diffusion radiophonique, un impact irréversible à cette décision prise à mon insu.
Cette information transmise généreusement par les média a réduit en quelques heures à néant la possibilité de déclencher ce dernier combat. D’autant plus qu’elle fut appuyée très rapidement par un communiqué d’ARGOUD, qui, de loin, faisait remarquer à l’opinion publique la discipline des combattants de l’OAS, qui, immédiatement, est devenue silencieuse opérationnellement. ARGOUD aurait dû savoir qu’un ordre d’arrêter les combats est un des ordres les plus faciles à donner. En tout cas plus facile qu’un ordre de combattre à outrance.
Ce fut un désengagement soudain et total dans les esprits. Les terrasses de café se remplirent à nouveau de consommateurs détendus. Les bouclages de la gendarmerie se firent plus rares et plus ouverts. L’ambiance paradoxalement, était à la détente.
J’ai évoqué dans mes différents ouvrages, les explications que j’ai demandées aux uns et aux autres de cette décision qui consacrait définitivement la mort de l’Algérie française. J’en obtins suffisamment pour comprendre :
a) que Jacques CHEVALLIER était l’ordonnateur réel du cessez-le-feu des Delta d’Alger.
b) que je devenais tout logiquement, au même instant, l’empêcheur de tourner en rond qu’il fallait neutraliser d’urgence.
15. Du jour au lendemain, ce fut une baisse de tonus chez ceux qui, quelques jours plus tôt étaient disposés à devenir les combattants de la fin. La nouvelle logique pour moi était :
a) soit de tenter une élimination physique des responsables du cessez-le-feu. Mais dans cette éventualité très hypothétique, la relance opérationnelle était techniquement impossible à envisager. L’effet lénifiant, démobilisant du cessez-le-feu, s’était rapidement installé dans l’esprit des plus déterminés.
b) soit de favoriser le sauvetage du maximum d’opérationnels en renonçant aux sanctions que certains exigeaient contre les responsables du cessez-le-feu.
Après un ordre du jour que j’ai rédigé, signé et adressé au commandement militaire théorique de l’OAS et surtout à tous mes subordonnés de l’ORO, j’expliquai ma décision de partir en la justifiant. J’avais laissé à GARDES et aux autres négociateurs un mois pour obtenir des garanties indispensables selon moi : la constitution d’une force locale européenne dans les grandes villes d’Algérie pour assurer la protection de notre peuple. Ces garanties ne m’ont pas été accordées. Je n’avais donc aucune raison de rester à Alger puisque l’on ne s’y battait plus. Puisque l’on ne voulait plus s’y battre et que l’on s’était soumis aux desiderata du FLN. J’ai très vite compris que j’étais devenu celui dont il fallait amener la tête dans la corbeille de mariage qui se nouait entre certains négociateurs et le FLN.
C’est l’un, parmi les plus prestigieux chefs de Delta, Joseph RIZZA qui est venu me rencontrer un matin, pour me proposer un départ d’Alger. Je l’avais engagé dans l’action en 1956. Lorsqu’il effectua sa première opération clandestine, ce fut sous mon commandement direct et j’étais avec lui lorsqu’il lança sa première grenade de clandestin.
Qu’est-il venu me dire après le cessez-le-feu ?
« Si tu veux prendre des sanctions, c’est tout de suite qu’il faut le faire. »
« Des sanctions, dans quel espoir ? » lui ai-je rétorqué. Et je précisai ma pensée :
« ce serait un désastre pour la population. Je refuse de déclencher une tuerie entre des hommes qui, hier encore, étaient des frères d’armes ».
« Alors il faut partir » me dit-il. « Car les autres, vont te balancer dans les heures qui vont suivre ».
C’est lui, avec la complicité d’un prêtre algérois, qui organisa mon départ et m’accompagna dans ma première phase d’exil.
Je fus escorté par tout un effectif opérationnel de l’OAS commandé par Robert L et son frère, ainsi que par un haut responsable technique de l’EGA (Electricité Gaz d’Algérie) qui me véhicula dans un véhicule de dépannage d’urgence de cette entreprise.
Je n’hésite pas à dire que ceux-là même qui avaient décidé de ma perte m’ont permis de vivre encore. Par leur décision d’arrêter le combat au printemps 1962, en effet, je n’ai pas eu à livrer le dernier combat pour défendre cette terre d’Algérie.
C’est à eux que je dois la possibilité de défendre encore le souvenir de l’Algérie française et de sublimer le combat livré par l’OAS en Algérie, comme l’un des derniers combats, le plus important, livré par l’Occident.
A SUIVRE …..
L’ETUDE N° 23 BIS SERA TRANSMISE DANS DE RAPIDES DELAIS : Elle sera intitulée : « LEROY, VILLARD, LA PARTITION », D’APRES : »
« Le sang d’Algérie »
« Attaques et Contre-attaques »
Nice, le 20 octobre 2009
J.C. PEREZ
[1] CCI : Centre de Coordination Inter-armes
BEL : Bureau d’Etudes et de Liaisons
[2] ORO : Organisation du Renseignement et des Opérations
[3] BCR : Bureau Central de Renseignements, sous-branche de l’ORO
[4] BAO : Bureau d’Action Opérationnelle
[5] André SEGUIN et BRUNO étaient nos speakers de la radio-pirate OAS. Je me souviens du bafouillage de l’un ou de l’autre quand il a essayé de mettre en garde les populations contre le risque supposé de spirochétose ictérohémorragique.
09:48 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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07.10.2009
Les Barricades d’Alger

Après le discours ( de De Gaulle ) du 16 septembre 1959, dont le cinquantenaire est passé… dans un silence plus que frileux, il a fallu s’organiser à Alger.
Nous pensions en Algérie et en Métropole que nombreux étaient ceux qui s’apprêtaient à se soulever contre ce discours. Ceux qui allaient opposer un refus efficace à l’abandon qui s’annonçait.
Mais nous qui étions animés de la volonté de nous opposer au largage de l’Algérie, avons eu à affronter un ennemi inattendu et d’une efficacité redoutable : l’apathie du peuple pied-noir pour une fraction non négligeable de son ensemble.
Il nous a fallu, aussi et surtout, composer avec l’apathie comateuse dans laquelle se complaisait notre armée.
Celle-ci avait remporté et continuait de remporter de brillantes victoires dont elle pensait qu’elles étaient définitives.
L’opération Jumelle, en particulier, offrait un bilan flatteur, illustrant un brillant succès technique. La wilaya 3 en Kabylie, en effet, était réduite à quelques bandes éparses. Les Katibas erraient, complètement déstructurées.
Il en allait de même un peu partout. Nos soldats effectuaient avec efficacité et enthousiasme, et surtout avec courage et héroïsme, une traque permanente contre l’ALN de l’intérieur.
Mais ces mêmes soldats, quand ils prenaient le risque de se faire tuer, ne connaissaient pas le pourquoi réel de ces magnifiques opérations. Des opérations menées sur les crêtes comme le soulignait Challe, le général en chef.
Ils ne savaient pas que ces opérations étaient conduites à la suite d’une conjuration montée par De Gaulle et Ferhat Abbas, dans le but de se débarrasser des maquis de l’intérieur.
S’en débarrasser pour le plus grand bénéfice du GPRA qui, rappelons-le, existait officiellement depuis le 18 septembre 1958. Sa naissance fut annoncée officiellement au Caire par Ferhat Abbas lui-même au cours d’une présentation à la presse internationale, en présence de deux émissaires clandestins du général De Gaulle : l’écrivain Amrouche et Abderrahmane Farès.
Qui aurait pu se permettre de faire avaler à nos brillantes unités, que le FLN était en train de gagner la guerre grâce à toutes SES batailles perdues !
Nous, les Français d’Algérie, étions étreints par l’angoisse de l’abandon et pensions avant toute chose, à notre destin, si l’armée française et la nation française acceptaient la défaite que De Gaulle voulait leur infliger. Le destin de ce peuple pied-noir, de ce peuple qui s’interrogeait sur des lendemains qui ne chantaient pas.
« Que vont devenir ma femme, mon travail, ma maison, mon jardin, mes enfants, mes vieux parents ? Que vont-ils devenir lorsque le FLN détiendra le pouvoir ? Faudra-t-il nous soumettre à la loi de ceux qui exigeront de nous faire payer notre présence, ici, en Algérie ?
Qui peut s’investir du pouvoir de soumettre plus d’un million de Français d’Algérie, plusieurs millions de Musulmans qui veulent être et plus encore, qui veulent devenir réellement Français, à une organisation révolutionnaire raciste et intégriste qui avait déclenché la Révolution algérienne pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam (Ibrahim Bachir, le 1/11/1954) ? Qui était suffisamment dépravé dans son intellect pour prendre une décision qui contribuera à porter atteinte en l’aggravant, à l’instabilité pour ne pas dire à la fragilité géopolitique de l’Occident chrétien ? ».
Pour la majorité d’entre nous, la réflexion politique ne s’était encore, hélas, pas révélée nécessaire. Défendre l’Algérie, nos maisons, nos situations, la vie de nos proches, éviter une servitude infâmante pour nos femmes, nos mères, nos sœurs et nos filles, représentaient une raison suffisante et exhaustive de prendre les armes. Certes, l’armée, la police, la vigueur militaire de la France, s’exprimaient encore, pour défendre une partie du territoire national, pour défendre un peuple de France.
Mais il nous était imposé, à nous, Français d’Algérie, de nous inclure dans ce combat : dans la clandestinité, dans la violence. Car l’Algérie française méritait bien que l’on risquât pour elle, sa liberté et sa vie.
Oui, il existait un risque de mort pour ces quelques clandestins qui, dès 1955, ont souvent joué leur vie et leur liberté dans des opérations illégales auxquelles ils ont activement participé. Une poignée.
Pour l’honneur du peuple pied-noir. Tant pis pour ceux qui ont préféré nous regarder.
Mais, il nous a fallu élargir nos connaissances, découvrir des horizons. On ne prend pas « COMME ÇA » du jour au lendemain, le risque de tuer ou de faire tuer des hommes. Il nous a fallu donc comprendre d’abord. Et faire comprendre ensuite, la nécessité du combat en faveur de l’Algérie française. Un combat auquel devait s’intégrer au moins, l’élite du peuple pied-noir de Marnia à Tabarka.
Pour nous conférer le droit de le faire, il a fallu accéder à un savoir politique : par l’étude, puis par l’explication que nous avons tenté de donner à ceux qui voulaient comprendre et savoir pourquoi nous les invitions au combat.
Et c’est pour conduire au mieux possible cette volonté d’expliquer la dimension réelle, planétaire de la guerre d’Algérie, que personnellement, j’ai joué quotidiennement les Enjolras[1] dans les caves d’Alger et d’ailleurs, pour expliquer que le discours du 16 septembre 1959 ne laissait aucun doute quant à la volonté du général De Gaulle d’abandonner l’Algérie. Quel que fût le drame qui s’en suivrait pour ses concitoyens d’Algérie, de toutes confessions.
Nous avons dû affronter cependant, un ennemi puissant : le coma dans lequel était plongée notre armée française, unique espoir dans lequel se réfugiait la plus grande partie du peuple pied-noir, après le discours du 16 septembre 1959.
Un coma qui paraissait affecter aussi notre « élite socio-économique ».
Les oligarchies financières d’Algérie, en effet, se sont toutes comportées en complices de De Gaulle et de l’abandon. Elles étaient déjà complices, financièrement, et même opérationnellement, du FLN depuis des années.
Blachette, le mentor de Jacques Chevallier avec ses libres exploitations des champs d’Alpha, n’était qu’un exemple parmi d’autres. Il en existait qui rendaient compte par radio à Lotfi en Oranie, de leurs collectes de fonds parmi quelques gros propriétaires terriens et certains industriels européens. Comme ailleurs en Algérie.
Mais dans le cadre de Lotfi qui commandait la wilaya 5 en Oranie, les choses avaient connu une évolution bien particulière. Lotfi fut tué au cours d’une opération et son dispositif radio tomba intégralement entre les mains de nos services spéciaux. Le général Jacquin (colonel à l’époque) qui commandait le B.E.L. (bureau d’études et de liaisons) disposa, à la suite de cette opération, des codes radio de Lotfi. C’est ainsi qu’il fut le destinataire réel des messages transmis par les traîtres qui finançaient l’ALN. Ceux-ci en effet, étaient persuadés correspondre avec les responsables du FLN local. Nous fûmes informés, ainsi, du rôle néfaste joué par un fonctionnaire de la sous-préfecture de Paul Cazelles, de celui de tel jésuite de Pérrégaux, et du rôle de quelques autres.
Ces anomalies de comportement étaient évidemment retrouvées dans toute l’Algérie et c’est l’épisode Lotfi qui nous a permis d’avoir des renseignements très précis quant à l’identité de certains pourvoyeurs de fonds du FLN.
C’est dans cette ambiance, au milieu de ces trahisons, dont nous ne savions rien, qu’il nous a fallu réagir au discours du 16 septembre 1959.
Je me suis consacré, avec vigueur et constance, à fédérer des énergies, par l’intermédiaire de notre mouvement, le Front National Français. J’en assurais la responsabilité du service intérieur, plus particulièrement de ce que j’ai appelé « les unités de choc ».
Nous avons obtenu un concours inespéré, que nous pensions être de valeur inestimable pour notre implantation dans le département d’Alger, de la part du général Massu, commandant du Corps d’Armée d’Alger. Je rappelle que le colonel Argoud occupait les fonctions de chef d’état-major de ce même corps d’armée.
Aujourd’hui encore, à propos de l’appui octroyé par Massu, je suis partagé entre deux hypothèses.
Ce concours,
- l’a-t-il concédé dans l’espoir de voir De Gaulle plier devant l’enthousiasme patriotique des Français d’Algérie ?
- l’a-t-il concédé au contraire, dans le but de nous contrôler pour éventuellement nous neutraliser ?
Je pense qu’il a été assailli, à un moment donné, par un doute sérieux.
Sans me préoccuper outre mesure de ces interrogations, j’ai organisé au mieux possible, les unités intérieures du FNF en groupes de militants très actifs.
Massu, par l’intermédiaire du commandant Navarro du cabinet militaire de la préfecture d’Alger, m’a autorisé à faire du recrutement au sein des effectifs des UT (Unités Territoriales) ainsi qu’au sein du DPU (Dispositif de Protection Urbaine).
Ce dernier, avait été créé durant la bataille d’Alger, en 1957 et faisait appel à des volontaires.
Après ma sortie de la prison de Barberousse, le 1er avril 1957, je m’étais présenté au PC d’Alger-Sahel près de la cathédrale d’Alger, rue Bruce. Je prétendais bien sûr, solliciter un poste de responsabilité au sein du DPU algérois.
Je fus reçu par un officier particulièrement actif de la lutte anti FLN, le lieutenant Darcet. Celui-ci m’a déclaré être enchanté, au nom de son commandement, de la collaboration que je lui offrais. Il connaissait tous mes antécédents et c’est en frère d’armes qu’il m’a reçu ce jour là.
Oui…. Mais…. Silence radio. Je ne fus jamais autorisé à faire partie du DPU.
Une opposition supérieure s’était manifestée en silence, mais surtout avec ténacité.
Après le discours du 16 septembre 1959, Massu me donne donc l’autorisation d’incorporer mon dispositif au quadriage du DPU. En fait, implicitement, il m’autorisait à incorporer le DPU à mon propre effectif opérationnel.
Il ne l’a pas nié au procès des barricades, puisqu’à la question du Président du tribunal :
« Connaissez-vous personnellement les accusés ? »
Il répondit :
« Ils ont tous été sous mes ordres ».
Et à propos des groupes d’actions du FNF, il a précisé en substance :
« Oui, je savais qu’ils étaient commandés par le Docteur PEREZ »
Donc Massu ? Une équivoque ? Un tourment ? Un « Que vais-je faire » permanent et angoissé ? NON.
Malgré son indiscutable attachement à l’Algérie française, il restera en dernière option, fidèle au général De Gaulle, comme il l’avait exprimé, d’une manière définitive, avant le voyage du général De Gaulle à Alger en juin 1958.
Il l’avait exprimé auprès de ses anciens frères d’armes qui venaient, depuis Paris, solliciter son concours pour neutraliser l’homme de Colombey.
Un ancien officier parachutiste, qui en 1961-1962 s’approcha très près de l’OAS mais qui ne s’y intégra pas, Botella, m’a déclaré un jour à Argenteuil, c’était en 1974 :
« En mai 1958, nous étions avertis depuis longtemps au sein des services, de la détermination anti-Algérie française de De Gaulle. Certains services de police, spécialisés, avaient constitué des dossiers depuis 1956, établissant les contacts entre De Gaulle et l’organisation extérieure de la rébellion algérienne. Ces contacts se nouaient par l’intermédiaire de Me Boumendjiel du barreau de Paris, de l’ambassadeur de Tunisie à Paris, de Rosenberg un journaliste autrichien, et surtout par l’intermédiaire de Palewski, ambassadeur de France à Rome.
Il y avait largement de quoi inculper De Gaulle d’atteinte à la sûreté extérieure et intérieure de l’Etat.
Mais, un des patrons des polices spécialisées, était muselé par le pouvoir de la IVème République, et par des influences occultes menaçantes. En désespoir de cause, il manda à Alger deux officiers parachutistes, anciens compagnons d’armes de Massu et de Botella. Ils se sont présentés à Massu après le 13 mai 1958, avant le voyage algérois de De Gaulle pour lui demander de neutraliser l’homme du 18 juin. Car il venait à Alger, ont-ils affirmé, pour liquider l’Algérie française ».
Massu s’est dérobé devant cette mission officieuse, que lui confiaient ses anciens compagnons de la France libre.
Il est resté, comme il l’a dit lui-même « con et gaulliste »…. Mais parfois le doute est venu l’assaillir. Il aurait bien voulu voir De Gaulle s’orienter dans l’autre sens. Il aurait bien voulu lui communiquer, éventuellement, l’enthousiasme patriotique de l’Algérie française.
Mais hélas pour nous ! L’enthousiasme patriotique des Français d’Algérie, connut à cette époque là, à l’automne 1959, une expression lénifiante désastreuse, illustrée par un manque de mordant et de détermination, qui explique l’échec ultérieur du 24 janvier 1960.
Car, dans l’événement connu sous la rubrique « les Barricades d’Alger », il faut distinguer deux phases d’identité différente.
Première phase :
les journées des 23 et 24 janvier 1960 à Alger : c’était ça la véritable essence du 24 janvier 1960.
Deuxième phase :
la semaine des Barricades, à partir du lundi 25 janvier, 1 heure du matin, ne fut qu’une comédie. Mais une comédie qui aurait pu, néanmoins, avoir un dénouement fatal pour De Gaulle si nos chefs militaires ne s’étaient pas laissé manipuler par Delouvrier[2]. Encore une fois, nos brillants officiers patriotes n’ont pas osé. Encore une fois, l’amour sacré de la patrie n’était pas suffisamment ressenti pour que le général Challe prît la résolution de donner un coup de frein définitif à l’abandon.
« L’Algérie française », « la France », « l’Occident », illustraient des concepts immensément riches, trop riches peut-être de vérité politique pour que ces officiers d’élite acceptassent de donner le coup de balai qui s’imposait.
Des officiers à qui le pouvoir faisait croire qu’ils étaient en train de gagner la guerre.
Challe a tout raté le 25 janvier 1960 parce que les « autres », colonels et généraux, ont refusé de le pousser dans la décision salvatrice qu’il fallait prendre, ce fameux lundi 25 janvier. Il était encore temps.
Nous développâmes donc notre implantation au sein de la garde territoriale. Ce qui était inéluctable puisque la majorité de nos adhérents et militants étaient des territoriaux. Mais ce ne fut pas facile, en raison du comportement, disons timoré, de la majorité des officiers de réserve qui commandaient la territoriale.
Il y avait dans le grand Alger, 22.000 territoriaux disposant de 2.200 armes, les gardes s’effectuant tous les dix jours. L’ensemble de cette garde ne représentait pas une véritable unité de combat. Mais dans l’éventualité salutaire où se serait développé en son sein, un esprit identique au nôtre, le regroupement de ces territoriaux, en armes et en uniforme, soutenus par la masse du peuple d’Alger, en aurait fait une force d’appoint inestimable pour ceux qui jouaient leur vie et leur liberté pour que vive l’Algérie française.
J’étais un de ceux-là.
Le capitaine Ronda, secrétaire général de la Fédération des Unités Territoriales, de création toute récente, faisait partie du bureau directeur du FNF. Il avait l’accord de son président le commandant Sapin-Lignières, chef d’un bataillon U.T. dont le PC était installé dans la Casbah. Il fut l’un des rares officiers des U.T., avec le capitaine Jourdes et les officiers de la compagnie opérationnelle des U.T., à prendre position dès le 24 janvier.
Revenons au déroulement des évènements.
Au mois de janvier 1960, d’odieux attentats avaient été perpétrés par le FLN en Oranie et dans l’Algérois. Ces drames avaient poussé à l’extrême la tension psychologique de la population française d’Algérie, de toutes confessions.
C’est dans cette ambiance que survint l’affaire Massu. Je vous la rappelle de façon succincte.
Le général Massu avait reçu, à la demande du général Challe, un journaliste allemand du nom de Kempski, devant lequel il tint des propos imprudents qui furent publiés le 18 janvier 1960 dans un grand quotidien allemand.
Le colonel Argoud dans son livre « La Décadence, l’Imposture et la Tragédie » rejette la thèse du piège dans lequel serait tombé Massu. Selon lui, Massu était d’humeur fantasque. La rencontre avec Kempski, s’était déroulée un jour où Massu s’était réveillé anti-gaulliste. C’est une hypothèse. D’après Argoud, le général Massu aurait dit de lui-même, rappelons-le, qu’il était toujours « con et gaulliste ». Je ne ferai pas l’effort de savoir si chacun de ces adjectifs a une valeur en soi ou si l’un est obligatoirement complémentaire de l’autre. Nous voulons espérer, aujourd’hui encore, qu’il n’a pas volontairement tenu des propos anti-gaullistes au cours de cette interview, dans le but établi à l’avance, de provoquer son départ d’Alger.
De toute façon, l’occasion ne fut pas ratée par De Gaulle. Il mit à la tête du Corps d’armée un autre officier qui ne fera pas de manière pour être complice de la liquidation de l’Algérie.
Si Massu avait refusé d’obtempérer le 19 janvier, que se serait-il passé ? Il nous est impossible de répondre. Mais à l’appel de Massu, c’est un véritable raz-de-marée qui se serait déclenché en Algérie. Raz-de-marée dont Challe aurait pris la tête. Cela supposait évidemment que nos généraux fussent des généraux révolutionnaires, attachés à la thèse révolutionnaire de l’Algérie française et non pas soumis à l’homme qui piétinait ce même idéal.
Massu obéit. Il abandonna l’Algérie. Il favorisa ainsi, volontairement ou non, l’accélération donnée à la politique d’abandon.
Il était de la plus haute importance qu’une opération de sauvetage fût tentée dans les plus rapides délais, car il restait encore en Algérie une majorité d’officiers généraux et de commandants de secteurs[3], fidèles à l’idéal de l’intégration. Réunions, recrutement, partout où c’était possible, visites aux commandements des unités territoriales, contacts très fréquents avec le colonel Gardes, tout cela fut mon travail quotidien.
Ortiz restait en communication étroite avec le colonel Argoud, chef d’état major du Corps d’Armée d’Alger et le capitaine Filippi qui faisait partie de l’état major de Massu.
Une manifestation de masse fut décidée pour le dimanche 24 janvier. Le 22 au soir, une réunion importante se tint chez Ortiz[4]. Tout le bureau directeur du FNF était rassemblé.
Le capitaine Filippi nous fit part de deux coups de téléphone qu’Argoud aurait reçus de Paris de la part de son ancien chef.
Lors du second appel téléphonique, Massu aurait fait le commentaire suivant : « De Gaulle est complètement fou, je vous donne carte blanche ».
Je quittai la réunion pour préparer les effectifs du FNF qui étaient déjà chauffés à blanc. Je me souviens de maître Jean Trape[5], me disant lors de mon départ : « Tout repose sur vous, je vous en supplie, ne vous faîtes pas prendre avant ! ».
Que devait-il se passer en théorie ?
- un appel à la population pour une grande manifestation à la Grande Poste, en fin de matinée, ce fameux dimanche 24 janvier 1960 ;
- obtenir des 22.000 UT, qu’ils participent en formation militaire, en uniforme et avec leur armement, même réduit ;
- obtenir une extension de ce mouvement par contagion, à toutes les grandes villes d’Algérie ;
- obtenir des organisations métropolitaines un soutien à notre manifestation par tout ce qu’elles pouvaient mobiliser comme moyens.
Le 23 janvier, ce fut le jour de réunion de l’assemblée générale constitutive de la toute nouvelle Fédération des Unités Territoriales d’Algérie.
Le commandant Sapin-Lignières fut élu président et le capitaine Ronda, secrétaire général.
J’ai participé, depuis le fond de la salle de réunion, à la fin de cette assemblée générale. Et je fus scandalisé de l’attitude d’un chef de bataillon UT, d’Alger-centre, ancien combattant héroïque des campagnes d’Italie et de France, qui déclara à Sapin-Lignières et à Ronda, devant moi, son opposition à la participation des UT en corps constitués à la manifestation du lendemain matin. Ce brillant officier de réserve, compte tenu de son prestige fut suivi dans cette volonté de désertion, par les autres chefs de bataillon, à l’exception de Sapin-Lignières. Lui et les autres, portent une grave responsabilité dans le dénouement dramatique de la journée du 24 janvier 1960.
Ce 23 janvier, une grève se déclencha à Belcourt puis au Champ de Manœuvre. Elle s’étendit lentement à toute la ville mais d’une manière assez incomplète. C’était une initiative spontanée, indépendante de tout ordre donné et reçu.
Je me cachai pendant la soirée du 23 au 24.
Le 24 au matin, je rejoignis le siège de la Fédération des UT qui était situé dans l’immeuble de la Compagnie Algérienne, à l’angle de la rue Charles-Péguy et du boulevard Laferrière. C’est là que se situera, par la suite, ce que l’histoire appellera « le PC Ortiz ».
Ce 24 janvier au matin, je fus étreint par une impression désastreuse. La foule n’était pas là. Des groupes épars, arrivés sur place malgré les barrages de gendarmerie, se manifestaient en chahutant. Ils provenaient presque tous de ces valeureux quartiers d’Alger que sont : le Ruisseau, le Hamma, Belcourt et le Champ de Manœuvre. Mes adjoints du FNF, responsables de ces quartiers, Armand Maigues et son épouse Mimi, Arlandis, Merkel, Conte et d’autres, essayaient de maintenir un tonus révolutionnaire sur cette place de la Grande Poste.
Mais il manquait l’essentiel : la foule. Je refusai de rester en place, avec les membres du nouveau bureau directeur de notre mouvement. J’estimai indispensable de me rendre à Bab El Oued où, Place de l’Horloge, un gros rassemblement s’était constitué et m’attendait.
Tout était prêt pour un gros cortège. Plusieurs centaines de mes camarades du FNF étaient en tenue de la garde territoriale et portaient casque lourd.
Ils se trouvaient à la tête de plusieurs milliers d’hommes et de femmes. Bras-dessus, bras-dessous, à mon signal, nous nous engageâmes dans l’avenue de la Bouzaréah. A ce moment là survint un incident grotesque mais significatif. Le chef de bataillon des UT de Bab El Oued, accompagné de son chef d’Etat major, le capitaine D.B. me fit observer violemment qu’il exigeait le retrait des uniformes. Il hurla à l’illégalité. Je lui rétorquai avec un peu de hauteur :
« Ne vous inquiétez-pas, ce n’est pas vous qui prendrez 20 ans si cela tourne mal, ce sera moi ».
Il se retira piteusement de la manifestation. Il ne se rallia pas au mouvement, même en tenue civile. Et nous entreprîmes notre progression vers le centre ville. Pas un seul officier de ces deux bataillons UT, celui de B.E.O. et celui de la Kasbah, ne prît part à ce défilé.
Nous arrivâmes très rapidement avenue de la Marne. L’une des extrémités, marque la fin de Bab El Oued. L’autre extrémité débouche sur une place où se situent face à face, le lycée Bugeaud et la caserne Pélissier, siège du Corps d’armée d’Alger.
Cette avenue était occupée d’un bout à l’autre, par plusieurs rangées de parachutistes du 3ème R.P.I.M.A., du colonel Bonnigal, qui nous interdisaient le passage.
Ce fut une bagarre d’une demi-heure. Je dis bien il y eut lutte et combat. Si ces parachutistes avaient voulu nous interdire le passage, ils auraient dû nous mitrailler pour le faire. Ils n’ont pas osé. Si nous avions renoncé à ce stade, devant la résistance sévère qu’opposèrent les parachutistes à notre progression, la journée du 24 janvier se serait terminée à ce moment là. Il n’y aurait pas eu de Semaine des Barricades.
Car là-bas, à la Grande Poste, c’était toujours « Bonjour tristesse ». Alors que dans notre cortège, derrière moi, cheminaient des hommes et des femmes, par milliers, de B.E.O. mais aussi de Saint-Eugène, de Notre-Dame d’Afrique et ceux du quartier Nelson : ces derniers s’intégrant à l’effectif du bataillon UT du commandant Sapin-Lignières, qui lui était présent au PC Ortiz.
Après avoir disloqué par une poussée irrésistible les barrages du 3ème R.P.I.M.A, nous arrivâmes devant le Corps d’armée d’Alger. Les camions du régiment étaient disposés les uns contre les autres et constituaient une barrière redoutable, qui ne fut pas suffisante pour nous interdire d’aller plus loin. Il nous a fallu cependant déplacer les camions en les soulevant pour rejoindre l’avenue du 8 novembre. Le colonel Argoud, à la page 209 de son livre, écrit : « 11 heures, des fenêtres du Corps d’armée, nous assistons à l’arrivée des premières colonnes de manifestants. Bonnigal tient parole ».
Il a vraiment très mal vu ! Si Bonnigal a tenu parole, c’est parce qu’il n’a pas voulu nous tirer dessus ! Mais ses paras se sont battus et nous aussi. Plusieurs dizaines parmi les nôtres eurent les arcades sourcilières ouvertes et souffrirent de contusions costales. Malgré cette opposition, notre bélier de 200 casques lourds, avait réussi à enfoncer le dispositif du colonel Bonnigal. Et nous voilà enfin avenue du 8 novembre !
Arrivés devant le siège de la Fédération des Anciens Combattants d’Algérie, nous fûmes rejoints par Auguste Arnould[6] et beaucoup de notables de ces organisations.
Je me sentais moins seul en tête du cortège !
Pour rejoindre la Grande Poste par le bas du Plateau des Glières, ce fut une affaire beaucoup plus sérieuse. Plusieurs escadrons de gendarmerie mobile étaient disposés en profondeur tout le long de la rue Alfred Lelluch. Ce fut une bagarre épique. Les coups de crosse pleuvaient au cours d’une véritable mêlée. Mais ce ne fut qu’une bagarre. Pas de coup de feu. Pas de provocation malsaine. Nous en sortîmes vainqueurs puisque les gendarmes refluèrent et finirent par nous abandonner le passage.
Cette échauffourée, qui, physiquement avait marqué beaucoup d’entre nous et moi en particulier, appelle deux remarques.
- Nous étions encore à l’heure loyale du 24 janvier, puisqu’aucun coup de feu ne fut tiré.
- Ces deux obstacles, bien que franchis avec succès, avaient semé le doute parmi le peuple qui nous suivait. Mais la détermination du bélier des 200 casques lourds, ouvrit le passage et nous permit d’arriver sur la place de la Grande Poste.
J’ai résumé tout cela à l’essentiel. Car, malgré les coups reçus et donnés, ce qui fut dramatique pour nous, était représenté par la vacuité presque totale du lieu de rassemblement. C’était misérable. Quelques centaines de personnes. Où étaient nos 22.000 UT ? Où étaient Alger, El Biar, Birmandreïs, Hussein-Dey, Kouba, Birkadem, Maison-Carré ? Où était le peuple pied-noir ? On m’arracha littéralement du cortège. A qui je donnais la mission de se répandre sur la place, pour la remplir et l’animer au mieux possible. En boitant, je me rendis au PC Ortiz où se trouvaient réunis tous les membres du Bureau directeur de notre mouvement.
Je boitais, parce que j’avais les ongles des gros orteils sévèrement traumatisés par les coups de crosse des gendarmes, lors de la bagarre précédente.
Méningaud[7] se jeta littéralement sur moi en me disant : « On ne sait plus que crier pour faire arriver la foule. Vas-y, dis leur quelque chose ».
Les seuls mots que je pus prononcer avec ce qui me restait de vigueur furent ceux-ci :
« Allez chercher les pantouflards qui sont restés chez eux et conduisez-les ici. L’Algérie française a besoin de tout son peuple ! ».
A quoi était due cette première phase, ou plutôt cet échec illustré par la défection de la population algéroise ? Peut-être à la lassitude. Peut-être que mes compatriotes ne croyaient-ils plus en rien. Mais une réflexion me vient à l’esprit.
Dans les Nouvelles américaines Volkoff écrit qu’il existe une différence entre les Anglo-Saxons et les Français pour formuler une question. Là où les seconds demandent pourquoi, les premiers demandent comment ?
Et bien, les Pieds-Noirs demandaient :
« Pourquoi ? Comment ? Avec qui ? »
Pour eux, Ortiz, Sussini, Lagaillarde, le docteur Pérez n’étaient pas des gens de notoriété telle qu’un peuple descendît dans la rue à leur simple appel. Il leur fallait autre chose…
J’avais vu Lagaillarde à plusieurs reprises, en particulier la veille, le 23 janvier.
Il m’avait emmené à la Faculté où il commençait à se retrancher avec plusieurs de ses amis. Je lui avais fait connaître ce qui nous avait été promis, de la part du Corps d’armée d’Alger : les régiments parachutistes devaient en principe nous laisser passer et jouer un rôle tampon entre les manifestants et les gardes mobiles. Il m’avait fait part de son intention de ne pas participer aux cortèges et d’attendre, à l’intérieur de la Faculté, la suite des évènements.
Les notables d’Alger sont restés bien discrets durant cette première partie de la journée du 24 janvier. Les élus en particulier, et par-dessus tout, je le souligne pour la millième fois, les officiers UT du Grand Alger.
On les attendra ….on les verra plus tard, quand ils croiront l’affaire gagnée.
Après mon appel au micro du PC Ortiz, le stade municipal, les cinémas furent vidés de leurs spectateurs par nos militants. Petit à petit, la foule devint plus dense. Entre le boulevard Saint-Saens et la Grande Poste, il était difficile de circuler. Soudainement, le Plateau des Glières était devenu plus facile d’accès pour nos manifestants, comme si les barrages avaient été levés.
Il s’était en effet passé quelque chose.
Je ne l’ai appris que plus tard, au cours du procès des Barricades, lors de la déposition du commissaire central d’Alger, monsieur Troujat. Le PC d’Alger-Sahel avait transmis à toutes les forces de maintien de l’ordre, la consigne de ne plus s’opposer au passage des manifestants.
Pourquoi ?
Pour deux raisons.
I – Pour le général Crépin et le colonel Fonde[8], cette manifestation était un échec pour nous. Il fallait donc rendre ce fiasco encore plus éclatant en conférant tout son relief à la désaffection apparente du peuple d’Alger.
II – Ils avaient pris, entre temps, la décision de regrouper les forces de gendarmerie mobile pour tenter une opération de dispersion qu’ils préparaient à l’insu du général en chef, le général Challe.
Mais pendant ce temps, la population affluait enfin. Le rassemblement devenait progressivement réel, compact, impressionnant. La manifestation s’affirmait, enthousiaste, militante. Quelques élus se montrèrent enfin, couverts de leur écharpe. Le « Chant des Africains », la « Marseillaise » retentirent, entrecoupés des cris « Algérie française », « De Gaulle, trahison ! ».
Perclus de douleurs consécutives aux coups de crosse reçus pendant les bagarres du matin, j’éprouvai le besoin de me retirer quelques minutes dans un appartement « ami » où je pus me soigner. Aspirine, bandage des orteils traumatisés. Je savais que la nuit allait être longue et qu’il fallait s’y préparer. J’étais relativement rassuré sur le déroulement de la manifestation. En effet, la foule continuait d’arriver et jusqu’ici, personne n’avait perdu son sang froid. J’insiste sur ce dernier détail parce qu’il prouve l’absence de provocateurs parmi les hommes que j’avais conduits à la Grande Poste.
Rien ne laissait supposer l’évolution tragique de la manifestation. C’est le bruit de la fusillade qui me fit bondir dans la rue et rejoindre le PC Ortiz.
Un destin généreux, ou plutôt une chance inouïe, a joué en ma faveur ce 24 janvier 1960. Les coups de crosse généreusement distribués par les gendarmes du matin aux dépens de mon anatomie, m’ont sauvé du peloton d’exécution, plus tard, au moment du procès des Barricades. Grâce au témoignage de mon hôtesse, enregistré sur commission rogatoire émanant du juge d’instruction parisien, le Pouvoir s’est trouvé dans l’impossibilité de m’inculper dans l’affaire de la fusillade d’Alger.
Ce jour-là, mon ange gardien ne m’a pas fait faux-bond. Il aura l’occasion de se manifester encore à maintes reprises, lors d’épisodes ultérieurs et très compliqués de ma vie.
Jean-Claude PEREZ
Le 5 octobre 2009
[1] Enjolras : allusion à un personnage secondaire « des Misérables » de Victor Hugo : Enjolras était un révolutionnaire républicain, compagnon occasionnel de Gavroche, qui s’est fait tuer à Paris sur les barricades. Pardon de cette allusion romantique….
[2] Délégué du gouvernement français en Algérie
[3] Les généraux commandaient les zones et les corps d’armée. Les secteurs étaient sous les ordres de colonels.
[4] Ortiz : président et fondateur du FNF en 1959
[5] Jean Trape : avocat du Barreau d’Alger, membre du bureau directeur du FNF
[6] Auguste Arnould : président du comité d’entente des anciens combattants
[7] Méningaud : avocat, membre du FNF, rescapé des camps de concentration allemands. Ancien des Brigades internationales pendant la guerre civile espagnole.
[8] Nouveau commandant du Corps d’armée d’Alger, commandant du secteur d’Alger-Sahel
17:04 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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15.09.2009
Pour la naissance d’une OAS européenne et occidentale
S’APPROCHE LE 50ème anniversaire du 24 janvier 1960. Journée qui fut à l’origine de la semaine des Barricades d’Alger.
Cet événement FUT SANS AUCUN DOUTE, LA MEILLEURE OCCASION DE SAUVER L’ALGERIE FRANCAISE.
Cette étude n° 19, constitue donc LE PREMIER CHAPITRE D’UNE SERIE D’ETUDES CONSACREES A CET EVENEMENT.
Nous y étudions l’événement DECLENCHANT, c’est-à-dire :
LE DISCOURS DU 16 SEPTEMBRE 1959
PRONONCE PAR LE GENERAL DE GAULLE
Le discours du 16 septembre 1959, prononcé par le chef de l’Etat Charles De Gaulle, je l’interprète aujourd’hui encore comme une expression de dégoût.
Un dégoût suscité, suggéré, et projeté vers l’auditoire de ce discours.
Il prétend, à tout prix, générer dans l’esprit de nos concitoyens métropolitains, un refus de l’Algérie. Et plus que tout, un rejet de tous les Français d’Algérie quelles que fussent leurs religions respectives.
Après avoir évoqué les avantages de SA nouvelle république, la Vème, il précise d’emblée :
« pourtant, devant la France, un problème difficile et sanglant reste posé : celui de l’Algérie ».
Dès l’abord du sujet, il veut provoquer un réflexe de refus chez nos compatriotes, à l’égard :
« de ceux-ci ou bien ceux-là, qu’obnubilent en sens opposé, leurs intérêts, leurs passions et leurs chimères ».
Malgré l’excellente précision stylistique illustrée dans ces mots « de ceux-ci ou bien de ceux-là », on perçoit facilement que lorsqu’il parle « d’intérêts, de passions et de chimères », il fait allusion tout préférentiellement à ce qui motive d’après lui les partisans de l’Algérie française.
Quant il ajoute, un peu plus loin dans ce discours,
« là, végètent des populations ».
il ne prend pas de gant, il ne prétend qu’à une seule chose : provoquer en France, parmi ceux qui ne connaissent pas l’Algérie, une réaction d’hostilité. Il veut faire naître une réaction de mépris à l’égard de l’œuvre française en Algérie. Il insulte la France en utilisant le verbe « végéter » avec une délectation pleine de dédain pour ces populations dont il avait dit seize mois plus tôt, qu’elles étaient constituées « de Français à part entière ».
Il précise dans le même paragraphe, qu’il s’agit, avant tout, d’une population
« doublant tous les 35 ans, sur une terre en grande partie inculte ».
Il induit, dans ce détail prévisionnel, une réaction de méfiance et surtout de crainte à l’égard des populations d’Algérie qui
« sont, pour les trois quarts, plongées dans une misère qui est comme leur nature ».
Il prétend ainsi donner de l’Algérie, une identité d’inaccessibilité au rayonnement et plus banalement aux compétences de la France. « leur nature (celle des Algériens), c’est la misère. Que voulez-vous que l’on en fasse chez nous ? ».
Voilà le réflexe de rejet raciste qu’il veut induire chez nos compatriotes.
Alors, que va-t-on faire « de ce peuple dont la nature est d’être miséreux ? »
On va lui demander,
« au nom de la France et de la République, en vertu des pouvoirs octroyés par la Constitution, »
de se déterminer. Car dans la constitution de 1958, tout est prévu pour décider de l’avenir français ou non de tel ou tel fragment de la Nation.
L’auto-détermination devient ainsi le seul moyen par lequel va s’exprimer le choix des Algériens.
Quand ?
« Au plus tard quatre années après le retour effectif à la paix ».
Oui, mais c’est quoi la paix ?
« C’est une situation telle, qu’embuscades et attentats n’auront pas coûté la vie à 200 personnes en un an. »
Donc, jusqu’à 200 cadavres par an, c’est la paix.
A partir de 201 cadavres par an, c’est la guerre.
C’est une formulation mathématique dont la puérilité fut soulignée en public. Par qui ? Par moi-même au Procès des Barricades devant le Haut Tribunal Militaire qui nous jugeait.
Quelles sont les options ouvertes par l’auto-détermination ?
« 3 solutions concevables feront l’objet de la consultation. »
PREMIERE OPTION : LA SÉCESSION
« Je suis, pour ma part, convaincu qu’un tel aboutissement serait invraisemblable et désastreux. »
« La sécession entraînerait une misère épouvantable, un chaos politique, un égorgement généralisé, »
et stupidité parmi les stupidités dans le propos du chef de l’Etat, c’est
« la dictature belliqueuse des communistes »
qui s’imposerait. Ce qui revient à donner naissance, toujours d’après Charles De Gaulle,
« à un extraordinaire malheur. »
Quand on est informé, comme je crois l’avoir rappelé dans « L’islamisme dans la guerre d’Algérie », du rôle accessoire pour ne pas dire négligeable du PC dans la guerre d’Algérie, on est surpris du manque de savoir apparent affichépar le général De Gaulle, quant à l’identité réelle de la guerre d’Algérie.
Pas un seul instant il n’évoque la motivation arabo-islamiste de la guerre d’Algérie. Mais le sait-il vraiment ?
DEUXIEME OPTION : LA FRANCISATION
Il la présente, cette option, comme s’il voulait développer d’emblée une crainte chez les Français de la métropole. Une attitude de refus, voire même une réaction de panique. Examinons comment il présente cette francisation :
« … les Algériens pouvant accéder à toutes les fonctions publiques… résidant ou travaillant où bon leur semble …. devenant partie intégrante du peuple français qui s’étendrait dès lors EFFECTIVEMENT DE DUNKERQUE A TAMANRASSET. »
C’est tout juste s’il ne précise pas : « voilà ce que vous subirez en cas de francisation de l’Algérie. »
TROISIEME OPTION : UNE ALGERIE EN UNION ETROITE AVEC LA France
Une Algérie dont le régime intérieur serait, d’après De Gaulle, de type fédéral, de manière à protéger chaque communauté religieuse à l’égard de l’autre.
Il semble se souvenir, tout à coup, qu’en Algérie trois grands courants religieux cohabitent.
La religion musulmane
La religion chrétienne
La religion juive
Par ordre d’importance démographique.
Par ordre d’ancienneté historique, il aurait pu être plus précis,
La religion juive
La religion chrétienne
La religion musulmane
Mais était-il vraiment informé de la signification religieuse universelle de la guerre d’Algérie ? De la volonté arabo-islamiste de soumettre à sa loi toutes les autres expressions de la foi en Dieu en Algérie … et ailleurs ?
Il a trouvé ! La solution c’était facile. Il fallait y penser !
UNE SOLUTION FEDERALE.
C’est-à-dire quoi ?
- que la collectivité juive serait gérée par un organisme gouvernemental juif,
- que la collectivité chrétienne serait gérée par un organisme gouvernemental chrétien,
- que la collectivité musulmane serait gérée par un organisme gouvernemental musulman, lui-même morcelé en fractions, compte tenu des différentes formulations du culte musulman en Algérie.
Ces trois « organismes gouvernementaux » fonctionneraient sous l’autorité d’un gouvernement national, un gouvernement fédéral qui harmoniserait la vie à l’intérieur de cette Algérie nouvelle.
Ce n’est même pas de l’utopie. C’est un propos qui est frappé du sceau de l’analphabétisme politique le plus total. Un propos adressé à un peuple français que lui-même traite implicitement, dans ce discours, comme un peuple analphabète à ce moment-là. Car ce peuple est totalement désinformé de la réalité algérienne.
ET LES REBELLES ?
Il s’adresse à eux. En réalité, ce qu’il leur dit revient à déclarer ceci :
« L’insurrection ne se justifie plus, puisque je vous livre l’Algérie sur un plateau. »
Les rebelles donc ?
« leur libre retour » est envisagé.
Il est offert par l’Etat français.
Charles De Gaulle évoque néanmoins l’hypothèse suivante :
Si ceux qui veulent l’indépendance sont
« résolus à établir par la force et par la terreur leur dictature totalitaire… »
Qu’ils sachent
« qu’il n’y a aucune chance que la France se prête à un pareil arbitraire ».
OUI …. MAIS ….
QUE S’EST-IL DONC PASSE A EVIAN EN MARS 1962 ?
Avons-nous été l’objet d’un délire hallucinatoire ?
Non ! De Gaulle s’est bien soumis aux exigences de l’ennemi. Il a obligé la France à plier genoux devant l’arbitraire du FLN. Nous précisons, devant l’arbitraire du FLN de l’Extérieur. Il y a même applaudi.
Comme il s’était engagé à le faire devant Ferhat Abbas en 1956 par l’intermédiaire de l’agent de liaison gaullo-FLN de l’extérieur, « le pèlerin de Montreux », Abderrahmane Farès.
QUELLES FURENT LES REACTIONS PROVOQUEES PAR CE DISCOURS A ALGER TOUT PARTICULIEREMENT ?
Je me souviens d’avoir écouté ce discours chez mon camarade de jeunesse, condisciple du Lycée Bugeaud depuis la 5ème, et frère d’armes de notre combat, Georges Beauvais, place Wuillermoz à Bab el Oued.
Nous en avons ressenti les effets comme ceux d’un coup de poignard. Et j’avoue aujourd’hui encore, mon ingénuité de l’époque.
En effet, j’étais persuadé, le 16 septembre 1959 au soir, que tous les Français d’Algérie, les musulmans partisans de l’Algérie française, le monde « Algérie Française » de métropole, l’armée française allaient réagir par une opposition violente et clairement exprimée contre cette trahison. Contre ce discours capitulard.
J’ai téléphoné à Joseph Ortiz pour convoquer dès le lendemain matin, une réunion du Bureau du FNF.
Il s’agit du Front National Français, mouvement créé par Joseph Ortiz, au printemps 1959 : c’était un mouvement d’inspiration nationale exclusive qui se proposait de défendre la France, l’Europe et l’Occident, par la conservation de l’Algérie à l’intérieur de l’entité nationale française. J’exerçai très rapidement des fonctions très importantes au sein de ce mouvement en m’occupant tout particulièrement de son organisation intérieure et de ses commandos de choc.
Cette réunion se tint chez Jacques Laquière, au Boulevard Carnot : y étaient présents, parmi d’autres, Susini et Sanne.
Je me souviens de notre surprise plus qu’amère devant le commentaire aberrant et surtout inattendu de mon vieil ami Jean Brune, dans le journal de Schiaffino « La Dépêche quotidienne ».
Pour Jean Brune, ce discours du 16 septembre 1959, c’était un bon discours puisque De Gaulle nous laissait le temps de vaincre la rébellion…. Et pour choisir, bien évidemment, la bonne option une fois la victoire acquise.
Jean-Marie Sanne, qui faisait partie du cabinet militaire de Massu, s’est éclipsé de notre réunion pendant quelques minutes pour aller à la rencontre de son patron, Massu donc, commandant du Corps d’Armée d’Alger, et lui demander son avis sur ce discours qui nous avait fortement ébranlés.
La réponse de Massu, en substance :
« c’est un très bon discours, il ne nous reste plus qu’à vaincre le FLN ».
Ce fut la stupeur lorsqu’il revint nous informer de la soumission de Massu au discours gaulliste.
Ortiz prend alors la décision de demander audience au Général Challe, commandant en chef en Algérie. Stupeur !
« C’est un excellent discours… le Général nous laisse le temps de vaincre le FLN. »
Pauvre Challe....
Ayant regroupé ses plus belles unités sur l’ordre de son ministre Guillaumat, dans une formation militaire d’élite, « les Unités de Réserve Générale », Challe obtint de belles victoires, des victoires spectaculaires, sur les bandes rebelles.
Il était convaincu qu’il était en train de gagner la guerre d’Algérie grâce à ces nouvelles opérations pleines de prestige qui ont fait naître un véritable état d’euphorie chez nos militaires. Le général en chef ne savait pas, et surtout ne se doutait pas, que ce rôle lui avait été imposé par De Gaulle, en accord avec Ferhat Abbas.
Si De Gaulle voulait obtenir le cessez-le-feu en Algérie, il lui fallait, dans un premier temps, libérer le GPRA créé en septembre 1958, de la menace que représentaient les maquis de l’intérieur.
Ceux-ci reprochaient avec haine à ceux de l’extérieur, d’être des « révolutionnaires de palace ».
Ils s’apprêtaient à leur réserver, dès leur retour en Algérie, une célébration plus que « rougeoyante ».
Cette complicité opérationnelle et tactique entre De Gaulle et le GPRA sera à l’origine de l’affaire SI SALAH, qui aura pour objectif réel de débarrasser Ferhat Abbas et le GPRA de la menace de mort que représentait la puissante Wilaya IV.
Une Wilaya presque totalement détruite en 1960, certes. Mais politiquement et militairement en potentiel de renaissance vigoureuse, le jour où l’armée française interromprait ses opérations sur son territoire.
J’ai cru devoir insister, avec force, dans mes deux derniers ouvrages [1] sur cette vérité indéniable : lors des opérations prestigieuses mises en œuvre « sur les crêtes », de « Jumelles » à « Pierres Précieuses et Ariège » on a fait tuer des soldats français, en réalité, pour le compte ou plutôt pour le service du GPRA et de l’ALN de l’Extérieur.
C’était ça, le drapeau blanc que devait brandir De Gaulle, sur l’exigence formulée publiquement et clairement par Ferhat Abbas, si le chef de l’Etat français voulait obtenir par dessus tout, quel qu’en fût le prix :
le cessez-le-feu en Algérie
Et il l’obtint.
C’est d’ailleurs dans la rancune haineuse vouée désormais contre les extérieurs par les maquisards de l’intérieur qu’il faut situer l’origine réelle du drame d’Oran, du 5 juillet 1962 dont nos frères et sœurs d’Oran furent les scandaleuses victimes.
Et tout cela, De Gaulle l’a-t-il obtenu en violation de la Constitution ? En violation de ce sacro-saint principe qui précise que « la République est une et indivisible ? »
QUE NON !
Tout était prévu dans la Constitution, en particulier par l’article 53 pour que l’abandon fût possible, sous la condition, précisée dans le texte, d’être approuvée par une consultation du peuple français. Par un référendum.
Il a fallu être singulièrement aveugle, inepte et je fais un énorme effort pour rester poli dans mon propos, pour avoir osé faire campagne en Algérie, pour le OUI à ce référendum maudit du 28 septembre 1958. Faire campagne pour le OUI au nom de l’Algérie française. OUI à De Gaulle, « c’était » osait-on nous dire, « OUI à l’Algérie française ».
Aujourd’hui l’Algérie française c’est une terre perdue. Un territoire abandonné. Déserté par une armée qui accepta la défaite, qui accepta que l’héroïsme de nos soldats tués en Algérie fût un héroïsme galvaudé, offert en quelque sorte dans une corbeille de mariage entre le gaullisme capitulard et le FLN.
L’Algérie d’aujourd’hui c’est une terre qui n’est plus la mienne. Une terre qui est devenue le fondement moral, psychologique, ésotérique, métaphysique d’une nouvelle conquête de la France espérée par nos ennemis.
Une conquête de la France par ceux qui séjournent en vainqueurs « où bon leur semble » sur le territoire de la République et qui prétendent être à l’origine dans des délais moyens, d’une modification radicale de l’identité de la France, puis de l’Europe puis de l’Occident.
Cette valeur ésotérique ou métaphysique de la nouvelle conquête qui nous menace, c’est l’indépendance offerte par De Gaulle qui l’a symbolisée pour l’avenir et pour l’éternité. La victoire d’une insurrection arabo-islamiste sur une grande nation d’Occident. Une victoire obtenue hier non pas grâce à la force d’une puissante armée ennemie, une menace actuelle représentée non pas par une force politico-militaire cohérente et organisée, non pas par une force arabo-islamiste parfaitement hiérarchisée mais par une perversion des comportements politiques qui, pour des raisons économiques, tentent de soumettre la France à la Charria.
C’est en tout cela que s’exprime aujourd’hui le résultat appréciable de la politique involutive gaulliste.
« Vous aurez l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque » avait déclaré Ben M’Hidi en 1957.
Il nous faut en conséquence redouter quelque chose de dramatique pour demain : c’est la naissance dans les décennies à venir, d’une OAS européenne et occidentale qui oserait lever l’étendard de la révolte contre la perte d’espérance et pour la survie de l’Occident.
L’Occident que nous avons essayé de défendre en Algérie française. L’Occident, c’est-à-dire, l’espace géopolitique à l’intérieur duquel les chrétiens peuvent vivre et s’exprimer sans crainte du malheur… mais avec l’espérance de Gloire.
Nice, le 15 septembre 2009
Jean-Claude PEREZ
19:24 Ecrit par Ivan dans Débats | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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07.09.2009
Algérie française ou Révolution islamiste ?
- Jean-Claude PEREZ, vous soutenez avec insistance, que le début réel de la guerre d’Algérie ne se situe pas au 1er novembre 1954, lors de « La Toussaint Rouge », mais bien avant. Pourquoi ?
- Vous déclarez être responsable d’un enseignement sur la guerre d’Algérie. Comment justifiez-vous une telle prétention ?
- Avez-vous le sentiment d’être un vaincu ?
- Le 8 mai 1945, représente, d’après vous, la date du début militaire de la guerre d’Algérie. Pouvez-vous être plus précis ?
- Pour vous, l’abandon de l’Algérie française se situe à l’origine de la REVOLUTION MONDIALE ISLAMISTE ACTUELLE. Celle-ci s’attaque non seulement à l’Europe mais aussi à la totalité de l’Occident. En deux mots, pourriez-vous enrichir ce point de vue ?
Mon commentaire : encore une déferlante d’interrogations ! Et par dessus le marché, on me demande de répondre en deux mots !
PREMIERE QUESTION : Le début réel de la guerre d’Algérie.
La Toussaint Rouge ne s’identifie évidemment pas au début historique de la guerre d’Algérie.
Depuis 1920, la IIIème République ne s’est jamais opposée, en effet, à la mise en place du dispositif opérationnel qui sera expérimenté plus tard, comme moyen de guerre contre la France.
I – Tout remonte au 4 février 1919. 11 semaines à peine après l’armistice du 11 novembre 1918, le Journal Officiel publie les décrets d’application d’une loi. Cette dernière se propose de réactiver le Senatus-Consulte de Napoléon III, promulgué le 14 juillet 1865.
Ce Senatus-Consulte établissait la possibilité d’une accession des musulmans d’Algérie à la citoyenneté française, sous la condition de renoncer à leur statut personnel. C’est-à-dire de se soumettre au Code Napoléon, comme tous les autres citoyens français. C’était bien sûr ce qu’il fallait obtenir : la citoyenneté accompagnée de la sécularisation des musulmans d’Algérie dans le vécu quotidien de leur foi.
Mais on a choisi intentionnellement, pour l’entrée en vigueur de cette loi du 4 février 1919, un moment dramatiquement inopportun.
En effet, 11 semaines à peine après l’armistice, dès la fin de la première grande boucherie européenne, qui pouvait être préoccupé en France et en Algérie, du statut des musulmans ?
La manœuvre, en réalité, était secrètement motivée par la volonté de provoquer la naissance d’un dispositif de riposte.
Celui-ci allait s’identifier à l’appareil de guerre capable d’exercer sa pugnacité contre la France en Algérie…., le moment venu.
LIRE LA SUITE : n° 17 article.doc
18:59 Ecrit par Ivan dans Débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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15.07.2009
DE SARAJEVO A LA MORT DE L’ALGERIE FRANCAISE
Je ne connais pas l’Algérie d’aujourd’hui. Je ne veux pas la connaître. Ce qui nourrit trop souvent mes rêveries, c’est « l’autre Algérie ». La morte. Celle que l’on a tuée. L’Algérie française. Cette merveilleuse et longue parenthèse dans l’histoire de notre patrie. Ce siècle de « l’Algérie heureuse » durant lequel la France tenait encore avec orgueil et avec fierté cette tête de pont géopolitique, qui permettait à ce que l’on appelle l’Occident de conserver un contact étroit, charnel même avec l’Afrique. Un contact, dont nous avions la prescience qu’il était nécessaire et vital à la santé du monde.
Je me laisse donc embarquer dans cette rêverie, ou plutôt vers ce retour en arrière, quand soudain, un coup de cravache m’arrache avec une brutalité inouïe à ce laisser-aller qui m’aspirait une fois de plus vers les profondeurs d’un passé encore tout chaud de sa vitalité historique. Tout chaud de sa vitalité émotionnelle. Un coup de cravache qui prétend sanctionner, avec cruauté, l’incongruité de ce comportement nostalgique, voire pleurnichard.
Un hurlement de colère vient d’ailleurs aggraver, en l’augmentant, l’impact sensoriel de ce coup de cravache. Qui l’a poussé ? Mon agresseur ? Moi-même ? Peu importe, car dans mon subconscient d’halluciné, je crois détecter dans ce cri quelques syllabes, un mot, un nom. Tout à coup, je n’en crois pas mes oreilles ! Mais oui, c’est bien ça ! Ce que j’ai entendu, ce que j’entends, c’est « Sarajevo » !
Sarajevo ? Horreur ! Que vient faire dans ma rêverie ce symbole de l’imbécillité européenne ou atlantique, ou occidentale ? Sarajevo, cette illustration de la volonté névrotique d’islamiser par tous les moyens, une province située en plain cœur de notre vieux contient ! Sarajevo, révélation de la mise en marche d’un rouleau compresseur pervers dans le but évident de réduire encore ce qui reste de l’assise chrétienne en Europe. En utilisant, pour ce faire, un intervenant tactique de choix, l’arabo-islamisme fondamentaliste, un nouvel envahisseur élaboré, fabriqué par un metteur en scène de génie. Un metteur en scène occulte, clandestin, certes, mais capable d’insuffler la vie à un corps congelé, à un « laissé-pour-mort », tel un colonel Chabert moderne. Capable de le mettre debout et de le faire marcher. Comme un Frankenstein géopolitique. Je parle de la Bosnie qui, de partiellement musulmane, deviendra islamiste et intégriste. La Bosnie que l’on propulse ainsi, dans sa totalité, à l’intérieur du dar al Islam[1]
Soudain, au milieu de ces hallucinations, j’enregistre un violent rappel à l’ordre. Sévère, méchant même. Mais surtout moqueur, narquois méprisant, tel qu’aurait pu le proférer un Méphistophélès contemporain s’adressant à un docteur Faust du XXe siècle :
- Tais-toi idiot !
Voilà ce que commande mon agresseur virtuel qui prétend m’arracher par cette injonction, à la bouffée délirante qui commence à m’envahir. Et il poursuit d’une voix nasillarde :
- Sarajevo ? Mais, pauvre ignare, quel rapport avec la guerre d’Algérie ? Quel rapport avec la honteuse sécession des départements français d’Algérie et du Sahara ? Quel rapport avec la mort irrévocable de l’Algérie française ?
Cette interrogation, formulée par l’ange noir qui prétend ainsi exercer son pouvoir sur ma personne, se révèle efficace. Car elle me plonge brutalement dans une perplexité vigilante. Mais elle est surtout salutaire. Elle suffit, en effet, à m’arracher à cette logorrhée onirique qui nourrissait un dialogue que j’avais engagé, finalement, avec un autre moi-même.
Je m’impose alors un silence de quelques secondes. Puis très rapidement, je m’incorpore une fois de plus à cet entretien virtuel, noué avec je ne sais qui, avec l’irréel. Et c’est en toute logique que je réponds d’un ton calme qui se veut sentencieux :
- Aucun rapport !
Puis très rapidement, comme pour interdire à mon interlocuteur imaginaire un répit dont il saurait tirer profit, comme pour me moquer de lui et le narguer à mon tour tout en lui clouant définitivement le bec, j’ajoute :
- Sarajevo quand même !
* *
*
Nous sommes les 28 et 29 juin 1914. L’archiduc d’Autriche, François-Ferdinand et son épouse morganatique, la duchesse de Hohenberg, sont en visite officielle dans la capital bosniaque pour le compte de l’empereur d’Autriche, roi de Bohême et de Hongrie. Les Balkans sont en ébullition. La Serbie indépendante n’accepte pas le protectorat des Hasbourgs sur sa petite sœur, la Bosnie-Herzégovine, où vit une importante population musulmane. Musulmane de religion. Mais de race serbe, de race européenne. Peuplée d’anciens dhimmis chrétiens, éleveurs de cochons, qui, pour échapper à la dhimmitude et aux persécutions, se sont convertis à la religion musulmane, lors de l’occupation ottomane.
Et le drame éclate !
Quelques coups de flingue bien ajustés par un Serbe, Gavrilo Princip, et voilà mon archiduc ainsi que son épouse qui sont mis au tapis. Pour le compte. Morts et bien morts.
Cet assassinat, on le sait bien évidemment, va mettre en route une gigantesque tragédie. On l’appellera à juste titre la Grande Guerre, car la particularité historique de ce conflit sera de mettre en route le génocide des peuples européens, de l’Atlantique à l’Oural. Le génocide de la race européenne. Ne craignons pas la vérité de mots.
A partir de ce meurtre en effet, les ultimatums vont se succéder et dégringoler comme autant de couperets sur la nuque des gouvernants. L’angoisse s’empare des ministères. Pendant ce même temps, les officiers d’état-major ne ratent pas l’occasion de gonfler leurs pectoraux. Ils ressortent de leurs archives de vieux plans de batailles, tout poussiéreux. Clausewitz et les maîtres à penser de la guerre deviennent à nouveau leurs seuls génies de référence. Ils préparent avec avidité leurs opérations militaires. Oui, c’est bien d’une fébrilité avide qu’ils sont atteints, car ils sont pressés d’en découdre. La paix, en effet, apparaît lénifiante à ces dieux de la guerre.
En Russie, le Tsar Nicolas II, historiquement mort déjà, mais il ne veut pas le croire, voit dans un conflit avec l’Autriche-Hongrie, l’occasion offerte par Dieu de sauver la Sainte Russie. De sauver ainsi du même coup la dynastie des Romanov menacée d’anéantissement par le raz de marée révolutionnaire qui s’annonce. Qui s’est déjà mis en mouvement.
Un délire aigu et collectif s’empare des nations européennes. Il se traduit par une fuite en avant, vers la mort, au pas de charge.
- A Paris ! braillent les uns.
- A Berlin ! vocifèrent les autres.
C’est tout juste si des danses rituelles de la mort ne viennent pas cadencer cette paranoïa martiale. Comme des Balubas ! Comme des Tutsi ! Comme des Hutus ! Seuls manquent les masques de guerre et les machettes. La vie ne compte plus. C’est une pulsion de mort qui déferle ainsi comme un ouragan sur les nations d’Occident.
* *
*
Les promoteurs du sacrifice de la jeunesse européenne, dans ce qu’elle signifie de merveilleux pour le présent et de richesse pour l’avenir, semblent avoir perdu la notion de l’importance, comme facteur de stabilité, donc de bonheur, des républiques, royaumes et empires que le destin et la fatalité historique ont placé entre leurs mains de vieillards angoissés. Monarques et présidents courbent l’échine à leur tour.
Comme les prêtres aztèques, ils vont donner leur agrément au jeu de massacre.
Ils vont ouvrir le bal en s’incorporant à la nouvelle danse macabre qui fait entendre ses premières mesures.
Ils vont provoquer ainsi l’éclatement de ces républiques, royaumes et empires qui auraient pu assurer pour longtemps encore l’équilibre des nations d’Europe et par là même la joie de vivre des peuples qui ont généré le rayonnement de ces nations. Car une nation ne peut survivre que grâce à la vitalité, à la pugnacité et à l’enthousiasme des peuples qui l’ont élaborée au fil des siècles.
Après ce conflit, Lénine, Staline, Bela Kun, Béria, Hitler, Mao Tse Tung, Pol Pot, Amin Dada et tant d’autres se chargeront de porter un coup de grâce à un univers européen qui va s’effondrer dans une mutation perverse. Morcellement des empires et des nations. Epuisement biologique des peuples, consécutif à cette tuerie qui fera des nations européennes, les unes vaincues, les autres victorieuses, mais collectivement défaites, des nations vieillies, fripées, stérilisées. Prêtes à plier genoux sous la pression d’un infra-monde qui pourra ainsi déployer une vigueur inattendue.
La guerre est donc là et bien là. Fraîche et joyeuse !
A Berlin, le 5 août 1914, l’ancien chancelier du Reich, le prince Bülow, court à la Chancellerie. Il tient à rencontrer son successeur Bethmann-Hollweg. Tout essoufflé, il est reçu sur le champ. Il réajuste son monocle. Puis, figé dans un garde-à-vous impeccable, au milieu de ses halètements de vieillard oppressé, mais dans un merveilleux élan de lucidité géopolitique, il réussit à formuler cette interrogation, ô combien pleine de génie, au chef de l’Etat prussien :
- Dites-moi ! Comment cela est-il arrivé ?
Et son interlocuteur, grand responsable de la politique du Reich allemand de lui répondre dans un trait de clairvoyance historique qui atteint des sommets :
- Ah ! Si on savait !
* *
*
Et bien ! Voilà le genre de question idiote, inepte, dégradante, que je me suis posée des milliers de fois à propos de la mort irrévocable de l’Algérie française. Comment cela est-il arrivé ?
Jusqu'au jour où, après avoir enterré mes complexes, j’ai pris une décision : celle de ne pas mourir idiot, ou du moins totalement ignorant à propos de ce suicide partiel, de cette euthanasie fragmentaire de notre patrie : l’assassinat de la province française d’Algérie, la sécession des départements français d’Algérie et du Sahara. Stimulé, dopé même par cette crainte de mourir idiot, je me suis consacré ou plutôt, je me suis astreint à une réflexion permanente. A une étude. Plus encore, à une recherche, au diable la modestie et la timidité !
Une recherche pour comprendre le Pourquoi et le Comment réels des événements extrêmement graves que nous avons connus et au sein desquels l’Histoire nous a propulsés. Le Pourquoi et le Comment du drame que nous avons vécu.
Mais à l’instant même je me rends compte que je viens d’écrire, à plusieurs reprises, « nous ». De qui s’agit-il ? Il s’agit bien évidemment de cet ensemble, aujourd’hui on dit plus volontiers ce collectif, des Français d’outre-mer. De ces Français d’outre-mer dont on a écrit à maintes reprises qu’à l’égard de la France ils se sont toujours comportés comme les compagnons des mauvais jours. Il s’agit là d’une vérité que l’on ne peut pas nier. Il convient néanmoins de la rappeler.
Nous, Français d’outre-mer, n’avons jamais renié, jamais abandonné, jamais trahi la France, quand notre patrie souffrait, pleurait ou saignait. Nous sommes toujours restés agrippés, rivés charnellement à la France et il faudra une intervention satanique pour arracher l’Algérie française à la France. Car bien évidemment, parmi ces Français d’outre-mer, je fais une place à part aux Français d’Algérie. A ce million de Français qui vivaient là-bas et que j’ai appelés la « fraction vivante de la nation française ».
Mais, que l’on me permette de faire une place privilégiée à la « fraction lucide » du peuple français. Fraction lucide du peuple français de métropole, d’Algérie et d’ailleurs qui n’a pas accepté sans réagir cette euthanasie, insistons sur ce terme, cette euthanasie partielle, inutile, donc criminelle de la France. Fraction lucide qui acceptera le combat à mort que les ennemis de l’Algérie française vont lui imposer. J’évoque ici, bien sûr, les combattants de l’O.A.S. dont je m’enorgueillis d’avoir fait partie à un échelon redoutable et redouté de responsabilité.
- Responsabilité que j’ai assumée comme beaucoup d’autres par le passé, sur le plan pénal, puisque la Ve République m’a gratifié d’une condamnation à mort par contumace.
- Responsabilité que j’assume encore aujourd’hui, comme beaucoup moins d’autres cette fois, sur le plan humain. Certes, ce qui est fait reste fait. Mais l’on se doit toujours, même convaincu de son bon droit, et c’est mon cas, d’être en mesure d’expliquer, sinon de justifier ce que l’on a fait. En particulier, les actes de violence que l’on a soi-même commis. Mais surtout, car c’est beaucoup plus grave, les actes de violence que l’on a fait commettre par d’autres.
Avoir accepté, parce que je ne pouvais pas m’y dérober, la responsabilité opérationnelle de six cents morts dans le grand Alger lors d’une émission télévisée, au mois de janvier 1991, n’est pas suffisant. Je n’ai pas l’âme particulièrement malapartienne et je n’éprouve aucune vocation de « Christ interdit ». J’ai accepté cette responsabilité en public parce que mes fonctions dans la hiérarchie de notre combat m’ont situé à l’échelon le plus élevé de commandement dans le cadre des opérations et du renseignement. Je ne dépendais en réalité que du général Salan. J’ai toujours insisté sur le rôle purement figuratif que tenaient certains militaires, colonels et généraux de l’O.A.S. dont je n’ai jamais reçu ni d’ordres, ni de directives, ni de moyens d’actions. J’ai assumé ce commandement tant que l’O.A.S. se battait. Tant que l’O.A.S. restait violente. Tant qu’elle prétendait être encore un appareil de guerre. Et lorsque certains ont pris la décision, en catimini et à la demande de nos ennemis, d’imposer le cessez-le-feu au mois de mai 1962, j’ai pris progressivement et par écrit la décision de me désolidariser de ceux qui voulaient s’engager sur un chemin extrêmement dangereux, que j’ai stigmatisé à maintes reprises : celui par lequel on se proposait de faire rester les Pieds-Noirs en Algérie après l’indépendance. Ce qui était d’une imprudence criminelle. En tout cas irresponsable.
Mes fonctions étaient terribles certes. Mais je précise que mes responsabilités n’ont pas été partagées par ceux qui s’exhibent parfois aujourd’hui, comme des notables historiques de notre combat. En particulier, lorsqu’ils affirment avoir exercé un commandement, alors qu’il n’y avait plus rien à commander, si ce n’est quelques règlements de compte personnels. Il est classique et vérifié de dire qu’un chef de service de renseignement et d’action doit être présent partout, même s’il lui est prescrit de n’apparaître nulle part. Au contraire de l’homme de propagande qui doit apparaître partout, mais qui, en fait, n’est présent nulle part.
Il n’en reste pas moins vrai que mon propre vécu de notre drame a confirmé une opinion sur la guerre en général. Malgré tous les discours des littérateurs avertis, je tiens à exprimer qu’une guerre ne comporte rien de beau, rien d’élégant, rien qui puisse prétendre à l’élévation de l’esprit. Evoquer mes responsabilités, c’est évoquer un moment très dur de ma vie. Je n’éprouve aucune joie, aucune satisfaction, aucune fierté même à le faire. Car une guerre traduit toujours, d’une manière aiguë une pathologie d’urgence, une pathologie collective. Elle illustre avec éclat une fatalité historique qu’il faut affronter avec tous ses drames. Ses morts, ses trahisons, ses lâchetés, ses mensonges, ses tromperies, ses escroqueries. Avec ses viols collectifs de milliers et milliers de femmes et d’enfants sans défense. Ses massacres de populations civiles. Ses assassinats massifs d’hommes désarmés, lynchés au fusil mitrailleur dans des camps de prisonniers. Des hommes affamés, insultés, battus dans des camps de déportation. Fatalité historique avec aussi ses fanfaronnades, ses flagorneries, ses tartarinades. Rarement, avec ses espérances et ses enthousiasmes. Mais bien évidemment, les drames imputables à l’O.A.S., en comparaison de ces horreurs apocalyptiques vécues en d’autres lieux et en d’autres temps, restent dans des proportions de l’infiniment petit. Il convient de le préciser.
- Responsabilité enfin, compte tenu de mes propres convictions, que j’assumerai ad vitam aeternam sur le plan spirituel. Je garde au fond de moi, en effet, malgré un scepticisme croissant qui m’a éloigné parfois de l’Eglise, un capital inaltérable de l’engagement chrétien auquel j’ai souscrit durant mon enfance, à Alger, dans mon quartier de Bab-El-Oued.
J’y ai fait ma communion privée en 1938, en pleine guerre d’Espagne. Au milieu des manifestations de soutien aux Rouges espagnols, durant lesquelles nous ne pouvions pas ne pas entendre l’Internationale et les chants révolutionnaires communistes interprétés dans les rues de notre faubourg. 1939 est l’année de ma communion solennelle. Après la messe, j’ai effectué avec enthousiasme la procession rituelle qui nous conduisait de notre paroisse à la basilique de Notre-Dame d’Afrique où, avec la foi et la pureté de l’enfance, nous allions renouveler aux pieds de la Sainte Vierge, Reine de France et Patronne de l’Afrique, notre serment de combattre à outrance les œuvres de Satan et de ses sbires.
Mais Satan veillait au grain ! Il saura nous arracher l’Algérie. Il nous la volera. Il mobilisera une armée de démons qui attendaient avec avidité l’heure de la curée. Démons déguisés en responsables politiques de talent. Parfois, en notables religieux. Mais tous revêtus de tenues camouflées faites de social, d’humanitaire, et parfois aussi de spirituel.
Qui étaient ces démons ? Qui parfois « au nom de Dieu » et du « Sacré-Cœur de Jésus », mais toujours au nom du progrès, de la justice, de la grandeur de la France, des nouvelles exigences de l’Histoire et des Droits de l’Homme, ont convaincu le peuple français que cette amputation territoriale était nécessaire ? Qui ont convaincu la nation française de rejeter cette province du nord de l’Afrique et du sud de la Méditerranée, dont nous prétendions faire la plus belle des Californies, dans laquelle enfin l’homme d’Occident et l’homme d’Orient allaient pouvoir dialoguer ? C’est-à-dire se parler comme des hommes libres, des hommes heureux de se rencontrer enfin, des hommes orgueilleux de la vie qui leur était offerte. Responsables du destin qu’il fallait assumer ensemble.
Des hommes qui allaient refuser un comportement de sauvages.
Comme hier à Sarajevo.
Comme au Rwanda, au Burundi, au Soudan, au Nigéria, en Angola, au Libéria, au Congo, en Indonésie et ailleurs.
Comme hier et peut-être aujourd’hui en Algérie, nation souveraine, indépendante, libre, responsable du nouveau destin de son peuple. Nation accouchée de la France, ne l’oublions pas.
Car l’Algérie n’existait pas en 1830. Ce qui existait, c’était un territoire, la Régence turque d’Alger. Province vassale de la Sublime Porte, abandonnée à son destin sans perspectives, par son suzerain, le sultan de Constantinople. C’était un bien vacant auquel la France a donné la vie.
Qu’à-t-on osé en faire de cette vie ?
* *
*
Fort heureusement, au cours des années que je viens de vivre, riches en émotions, en péripéties de toutes sortes, en inquiétudes et en deuils familiaux, mais riches aussi d’un brillant succès socio-professionnel, installé dans une retraite que je ne veux pas douillette, j’ai réussi à m’affranchir de cette agression émotionnelle liée au passé de militant engagé que je fus.
Et je me mets au service de ceux qui ont pris part au combat.
Jean-Claude PEREZ
Nice,
Le 14 juillet 2009
19:45 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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17.06.2009
OAS

José écrit : "L’OAS, c’était à la fois, le combattant de l’ombre, l’enfant qui collait une affiche..." C'est vrai, je peux en témoigner, j'avais 6 ans en 1962.
JM
Rappelez-vous ! C’était le 27 juin 1962 : dans une ultime émission pirate, le speaker de l’OAS annonça d’une voix brisée : « Notre combat est sans espoir et sans solution. Tout est fini. Adieu Algérie ! »… et il éclata en sanglots.
Fini !… Oui… Fini ! Tout était fini. La page de l’OAS était tournée et en cet instant d’extrême émotion, ce furent des milliers d’Européens qui pleurèrent dans un même chagrin.
Si officieusement l’OAS n’existait déjà plus, officiellement elle déposa les armes ce 27 juin 1962. Son aventure était historiquement terminée. Le temps du combat s’était achevé, tandis que pour la plupart commençait le temps de l’exil ou celui des prisons…
En déclenchant le feu et le sang, on a dit que ces commandos de l’OAS étaient des irréductibles, voire, des factieux. C’est faux ! Ils étaient tout simplement des désespérés et leurs objectifs n’ont jamais dépassé les termes d’un refus fondamental. Il ne s’agissait pas pour l’Organisation de « prendre le pouvoir » comme l’affirmaient sans relâche les autorités à court d’argument crédible, ni d’imposer un certain type de régime, il s’agissait essentiellement d’empêcher la constitution d’un Etat National Algérien Indépendant, de briser le mécanisme des négociations engagées entre le gouvernement de la V° République et le GPRA, de s’opposer à la fois à la politique d’abandon menée par de Gaulle et de poursuivre la lutte contre le FLN.
L’Organisation Armée Secrète est née au début de 1961, en Espagne, dans un groupuscule où apparaissent le général Salan, Lagaillarde, Susini, le docteur Lefèvre… C’est après l’effondrement du putsch, d’avril 1961, qu’elle devait atteindre à la notoriété en Algérie et devint vraiment active qu’au lendemain de cette chose extraordinaire qui ne fut qu’une vaste fumisterie : la trêve « unilatérale » décidée par Paris et qui permit aux rescapés de l’Armée de Libération Nationale (A.L.N) de reprendre la population en main aussi bien dans les campagnes que dans les centres urbains. Attentats, égorgements, mutilations se multipliaient. Devant les cadavres des égorgés et les visages grimaçants des mutilés, toute velléité de résistance s’effondrait. Le ressort se brisait. Les Musulmans fidèles à la France étaient les premières victimes ; la peur, peu à peu, les menait dans les rangs du FLN.
Pour encourager ce processus, Le gouvernement gaulliste annonça une nouvelle « mesure positive » (sic) : 2297 autres libérations de détenus FLN et 32 millions de Francs de crédits nouveaux !… Encouragés, les tueurs du FLN sévirent désormais en toute impunité… La moyenne quotidienne des attentats passa de 20 à 37 et les manifestations avec slogans et drapeaux verts et blancs se multiplièrent…
Chez les Européens, la colère montait :
« Voilà le résultat de leurs négociations. La grande Zohra (surnom donné à de Gaulle) est tout juste bonne à interrompre les offensives de l’armée et à nous laisser assassiner par les fellaghas. Ca ne se passera pas comme ça ! »
Et aux quatre coins du pays, on battait le rappel des bonnes volontés. On s’organisait pour lutter à la fois contre le FLN et l’ennemi gaulliste. Les effectifs de l’OAS ne cessaient de gonfler…
Le 30 juin 1961, de Gaulle mit le feu aux poudres. En réponse à cette colère et à la popularité sans cesse croissante de l’OAS, il fit connaître sa décision de rapatrier en Métropole la 11e Division Légère d’Intervention, constituée en parti d’éléments parachutistes ayant participé au putsch et de la remplacer par… cinq compagnies de CRS métropolitaines, afin de réprimer dans les villes le « soulèvement » des Européens. Dans toute l’Algérie les murs se couvrirent d’affiches : « L’OAS veille »… « Aux armes citoyens ! »
Répliquant au FLN, qui contrôlait les quartiers arabes par une organisation politico-administrative parallèle, l’OAS allait structurer les villes européennes. D’un côté flottait le drapeau vert et blanc marqué de l’étoile et du croissant rouge, de l’autre, côte à côte, le drapeau tricolore et le pavillon noir de l’OAS…
« De Gaulle veut notre mort ! » Ce fut le cri de guerre et de désespoir d’un million d’Européens qui, las d’apprendre le massacre de familles françaises, s’organisèrent en commando. Les magasins arabes flambèrent à leur tour, le plastic détruisit des bains maures. Les affrontements, les combats de rues se multiplièrent sans que les forces de l’ordre arrivent à juguler cette flambée de violence. L’Algérie entière était déchaînée. Les « stroungas » explosaient partout et aux grenades lancées dans les tramways et les autobus par le FLN, répondaient les mitraillages des cafés maures. Partout du sang, des morts qu’on enjambait dans les rues sans même un instant d’émotion. La folie s’était emparée de ce pays autrefois si paisible et si heureux.
De nouveau la presse se déchaîna qualifiant de « monstrueux » les attentats commis contre les Musulmans. Elle baptisa de « ratonnades » ces actions inconsidérées et elle affirma sans vergogne que « les tueurs nazis de l’OAS se livraient au racket et au massacre sur les Musulmans et les « patriotes » gaullistes ! »
Faute de protection de l’armée ou de la police, la foule se faisait justice elle-même appliquant la loi du talion, condamnable par son aveuglement, mais explicable par les souffrances endurées depuis sept années.
On oubliait la terreur qui avait régné depuis si longtemps, on ne se souvenait plus des charniers de Mélouza et d’El-Halia, des bombes du stade d’El-Biar et du casino de la Corniche, on ne prêtait aucune attention aux grenades qui explosaient chaque jour dans les cafés, les écoles, aux arrêts d’autobus, dans les quartiers européens, on feignait d’ignorer les enlèvements qui se multipliaient dans tous les coins du territoire, les égorgements et les viols. Seuls importaient les ratonnades que le journaliste, Yves Lavoquer, comparait aux « pogroms de la Russie tsariste et aux massacres nazis » !…
Cependant, sourds aux cris des hyènes et des chacals, dans un pays désormais ravagé par la guerre civile, des hommes résistaient. Effarent paradoxe que ce conflit qui, dans sa nouvelle et ultime phase, voyait des Français se dresser contre d’autres Français pour sauvegarder une parcelle de terre française…
Sans uniformes, sans moyens militaires, sans autres armes que de fortune, n’ayant en commun que leur volonté de vivre et de mourir sur la terre de leurs ancêtres, ces combattants là, menaient un combat héroïque et sans espoir. Combat chaotique, désespéré, mortel, mais si efficace qu’il semait l’angoisse et la crainte dans les plus hautes sphères… et que la fatalité des circonstances précipitera vers un dénouement tragique
L’OAS était une révolte : révolte des habitants de toute une province qui se sentaient abandonnés par la mère Patrie et qui se voyaient placés dans l’alternative suivante : quitter leur sol natal et devenir des déracinés ou rester sur place pour subir les spoliations et les vengeances, le couteau, la balle et la hache. Et qui formait ses rangs, sinon des hommes courageux, le plus souvent des humbles qui n’avaient ni privilège à défendre, ni fortune à sauver ?
L’OAS, c’était à la fois, le combattant de l’ombre, l’enfant qui collait une affiche et mourait le pinceau à la main, le vieillard qui guettait et sifflait à l’entrée d’un quartier pour avertir de l’arrivée des « forces de l’ordre », la ménagère qui transportait des tracts dans son panier en allant au marché et ces familles qui hébergeaient les légionnaires du 1er REP après la dissolution de cette prestigieuse unité. Elle était une armée d’ombres, l’armée miraculeuse de l’amour et du malheur. Elle représentait, pour la population d’Algérie, le dernier espoir et l’ultime recours contre un désespoir passionnel. C’était la bouée de sauvetage à laquelle le naufragé tente de s’accrocher.
Ce sigle représentait un idéal de combat contre le déracinement et contre la honte. Il n’avait aucun caractère politique, puisque spécifiquement charnel. Un des fondateurs –sinon le père de l’OAS- avait écrit dans l’Echo d’Alger, le 6 décembre 1957 : « L’insurrection, pour l’Algérie française est l’insurrection légitime ! »… L’auteur de cette phrase n’était autre que Michel Debré, Premier ministre de de Gaulle.
Ces hommes se battaient non par ambition, non par intérêt, mais parce qu’un sentiment sur lequel aucun raisonnement n’avait de prise -l’attachement profond à la terre natale- les avait conduit à la révolte. L’OAS c’était, comme l’a écrit Alain Peyrefitte, « le sursaut d’un peuple qui ne veut pas mourir ».
Ils ne se demandaient pas, ils ne se demandaient plus où était leur Patrie. Elle était là, dans cette terre. Ils refusaient d’être dépossédés de ce qu’ils avaient acquis, pierre par pierre et sou par sou. Ils refusaient de se séparer du cadre qui avait bercé leur enfance, de leurs souvenirs, de leurs morts. C’était l’essence même de leur vie… et ils défendaient leur vie.
Puisqu’ils étaient attachés à l’Algérie de toute leur âme, comment vivre ailleurs alors ? Une terre se défendait comme une femme, comme tout ce qu’on aimait et ici on mourrait pour ce qui donnait du prix à la vie, pour une raison d’être et de demeurer.
Une évidence s’imposait alors : S’il n’y avait pas eu le FLN, il n’y aurait pas eu d’OAS. Si de Gaulle avait laissé l’armée abattre le FLN –comme elle aurait pu le faire- il n’y aurait pas eu non plus d’OAS… c’est une vérité première. Durant un an elle fit la guerre, comme le FLN la fit durant sept ans et, pour son malheur, les Français de Métropole ne retinrent d’elle que ses aspects les plus noirs. Ils ignoraient –ou feignaient d’ignorer- les exactions du FLN, des barbouzes et des gendarmes mobiles. Ils ne considéraient déjà plus l’Algérie comme un département français… et ils s’en fichaient. Ils souhaitaient se débarrasser au plus vite du « boulet algérien » -terme propre au général président- Les communistes jubilaient et poursuivaient leur propagande de destruction basée sur la sempiternelle rengaine : « Les pauvres Musulmans exploités par les salauds de colons », terme englobant tous les Européens d’Algérie, qu’ils fussent employés, ouvriers, commerçants ou fonctionnaires, tous issus d’une immigration désirée… quand elle ne fut pas imposée par la Métropole avec les déportations de 1848 et 1870.
Ces « combattants de l’ombre » avaient, tous, conscience de participer à une croisade. Ils n’avaient plus d’identité, plus de famille, plus de maison. Ils ne se nourrissaient qu’à moitié, ne dormaient jamais deux fois sous le même toit et s’imaginaient toujours être épiés. Chaque jour des camarades de combat étaient pris, puis on les torturait et on les jetait telles des loques dans des cachots sombres et humides. Ils vivaient avec la hantise de subir le même sort et s’assimilaient donc à des bêtes traquées.
Pourtant ils savaient qu’ils n’étaient pas tout à fait seuls. Ils sentaient autour d’eux toute la foi et toute la tendresse d’un peuple enchaîné qui vivait à l’heure de leurs craintes, de leurs tourments. Ils trouvaient toujours des gens pour les aider, les héberger, les soigner et les encourager. Ils étaient le maillon de la chaîne qui les reliait entre un passé heureux et un avenir compromis.
Face au péril sans cesse croissant que représentait, pour le Pouvoir, l’organisation dont le slogan : « L’OAS frappe où elle veut, quand elle veut ! » ne faisait que se renforcer, de Gaulle et ses séides surent choisir les mots et mettre en évidence les actes pouvant discréditer l’adversaire… celui-ci n’étant évidemment plus le FLN… ni les seuls membres de l’OAS… mais l’ensemble des Européens accusés d’entraver la marche vers la paix voulue par le chef de l’Etat avec le soutien de la majorité des métropolitains. Pour parvenir à ses fins, il convenait, pour l’abattre, de marginaliser et d’isoler l’OAS mais aussi la population qui avait permis son triomphe jusque là. Triomphe qui avait inquiété tant le gouvernement que le GPRA au point de faire croître leur désir respectif de conclure les accords au plus vite et, pour la partie française, par « n’importe quel moyen ».
Pour autant, l’OAS ne désarmait pas. Dans certains points du bled dont l’armée se retirait progressivement depuis l’été 1961, elle avait tenté l’implantation de maquis pour lutter directement contre l’ALN sans populations interposées et dans le secret espoir de dégager une portion de territoire où son autorité serait reconnue. Guelma, Bouira, Tipasa, Coléa… autant de vains essais. Les commandos furent encerclés par l’armée et, incapables de tirer sur des soldats français, se rendirent. L’ultime et spectaculaire tentative eut lieu dans l’Ouarsenis, le 29 mars 1962 et se solda par un sanglant échec et la mort de l’un de ses chefs, le commandant Bazin. Trahie, l’OAS, au lieu des alliés qu’elle attendait (les harkis du Bachaga Boualam et deux unités régulières de l’armée) tomba sur des concentrations de forces FLN dix fois supérieures en nombre dont il a été affirmé –et jamais démenti- qu’elles avaient été amenées à pied d’œuvre par les véhicules des gendarmes mobiles français. Un combat désespéré qui alla jusqu’au corps à corps, s’engagea. Les hommes de l’OAS qui échappèrent à la tuerie furent pourchassés et quand ils furent rejoints, sauvagement abattus. Ce fut là la dernière bataille de l’OAS… son Camerone !
José CASTANO (joseph.castano0508@orange.fr)
18:52 Ecrit par Ivan dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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10.06.2009
LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

BP 4 - 91570 BIEVRES
Tél: 06 80 21 78 54
Tél : 01 69 41 01 12
E-mail : jeunepiednoir@wanadoo.fr
Monsieur Nicolas SARKOZY
Président de la République
Par courriel – Lettre RAC Palais de l’Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 PARIS
OBJET : Demande de changement du 5 décembre au 5 juillet de la date de commémoration nationale en mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie.
Monsieur le Président la République,
Comme vous avez pu encore le constater, tous les ans, une virulente polémique s’engage autour du 19 mars 1962, que deux associations d’anciens combattants essaient d’imposer, sans succès depuis 1975, comme date de commémoration officielle en mémoire des v


