14.12.2009
Judaïsme et Humanisme

Quand il écrit cela, Heidegger a en vue l’humanisme au sens du relativisme : l’homme est la mesure de toutes choses. Or si, effectivement, l’homme est la mesure de toutes choses, il n’y a aucun point de vue extérieur auquel accrocher un univers de valeurs, un univers de significations relativement stables. Les choses changent à tout moment, selon ce que les hommes disent qu’elles sont et selon aussi ce qui se passe dans les sociétés humaines. Qu’est-ce qui nous permet de condamner radicalement le mal ou du moins ce que nous percevons comme mal ? c’est bien l’idée qu’il pourrait exister quelque part une échelle de valeurs, sinon intangible, du moins extérieure à nous-mêmes, une référence à laquelle nous pourrions mesurer les actions humaines, à laquelle nous pourrions mesurer notre être et nos pensées. Si nous sommes dans une perspective totalement relativiste, il semble bien que nous ne disposions plus de cette possibilité de référence. Ce serait là, selon Heidegger, le risque, l’écueil et même l’échec de l’humanisme.
C’est ce type de pensée-là que Heidegger vise dans sa Lettre sur l’humanisme en disant : ces gens-là ont raté quelque chose ; ce qu’ils ont raté, au-delà de cette vision qu’ils nous proposent de l’humanisme, de l’autonomie de l’homme, de l’autonomie du sujet, c’est précisément le fait que l’homme ne peut être le dernier mot. Le dernier mot c’est l’Être. Selon une des formules les plus connues de Heidegger, “l’homme est le berger de l’Être“, l’homme doit veiller à quelque chose qui le dépasse et qui est ce qu’il appelle l’Être.
Cette idée que l’homme est le berger de l’Être, qu’il faut rompre avec une posture trop centrée sur les pouvoirs de l’homme, nous la retrouvons dans toutes les critiques de la modernité technologique, du prométhéisme de la domination de l’homme sur la nature, critiques qui nous disent : attention, nous ne sommes peut-être que les gardiens et pas simplement les maîtres et possesseurs de la nature. Il y a donc une descendance écologiste de la pensée de Heidegger. C’est exactement ce que nous retrouvons dans le premier monothéisme : le Judaïsme.
Au cœur de toutes les découvertes et de toutes les exigences de l’Humanisme, il y a l’affirmation que, dans toute culture, la personne est identique et en devenir. Le propre des humanistes est de considérer que la dignité de l’homme coïncide avec sa liberté et que sa raison fait de lui un être divin : une imago Dei. Cette dignité, l’homme la doit aussi à la possibilité de gouverner sa vie et de se constituer historiquement, en opposant à la puissance de la Fortune la Vertu industrieuse, ou pour mieux dire créative. C’est encore la dignité de l’homme que d’exercer activement, contre toute contrainte, le droit à la liberté de pensée, de conscience et de questionnement.
Si l’humaniste se défie, sans tomber dans le relativisme, de toute “hiérarchisation” des civilisations, c’est qu’à ses yeux l’homme possède, partout et toujours, les mêmes vertus essentielles. Bien plus, l’Humanisme propose une osmose entre ces vertus : c’est-à-dire une convergence des pensées, des institutions et des conquêtes de toutes les cultures passées et contemporaines. De ce projet témoignent les points de concordance qu’il établit entre les civilisations de l’Orient, du Judaïsme, du Christianisme, de l’Islam et entre toutes les autres expériences humaines connues : aussi l’Humanisme est-il un creuset. Il repose aussi sur l’idée, exprimée par Dante principalement, selon laquelle ce qui est impossible pour l’homme individuel ne l’est pas pour l’humanitas : c’est-à-dire pour la coordination, idéale et effective, des facultés humaines. Sans une telle vision, l’humanité serait demeurée foncièrement statique ; ni la poésie ni la science n’auraient pu voir le jour. Si elle venait à perdre une telle vision, la science moderne, pourtant fille de l’Humanisme, ne serait plus un instrument de connaissance et de libération, mais un scientisme, un anéantissement de l’esprit et donc de l’éthique.
Ainsi, l’Homme que véhicule, par exemple, le hassidisme est un modèle d‘Humanisme. Le Hassid se caractérise par son authentique religiosité – qui lui permet d’accéder à D. par l’amour de l’humanité. À la différence de l’érudit talmudique, qui vit en dehors du monde réel, le Hassid visionnaire est doté de joie de vivre, de naïveté et de simplicité. Autre personnage , le Halutz ascétique – le pionnier qui consacre sa vie à l’édification de Sion. Le Halutz est un «nouveau type d’homme», mû par une vocation à la fois nationale et sociale.
cependant ni le Halutz ni le Hassid ne peuvent être pris totalement comme « finalités » pour l’Humanisme . La mission du Halutz dans l’édification d’une patrie du peuple Juif a pris fin avec la création de l’État d’Israël – et avec le renforcement des particularismes au détriment des éléments universels. Le même constat vaut pour le hassidisme institutionnalisé qui, a dégénéré au fil du temps. «L’humanisme hébraïque» ou «biblique» demeure,cependant,l’idéal que toute éducation doit se proposer d’atteindre.
C’est en effet à l’«humanisme hébraïque» – dans lequel cherche à s’ancrer le sionisme, – que l’on peut attribuer la plus haute valeur humaniste. Le sionisme se conçoit comme «le chemin de la sainteté», par opposition à «l’égoïsme sacré» du monde. La question de l’attitude d’Israël à l’égard de ses voisins arabes n’est pas seulement d’ordre politique; elle fait aussi partie intégrante du judaïsme. De même que l’antisémitisme met en question la crédibilité des principes chrétiens, devenant de ce fait un problème chrétien, de même l’attitude juive envers les Arabes est une mise en question du judaïsme et devient par là même un problème juif.
L’héritage juif classique – «la force de la mémoire vivante» – est la principale source du judaïsme. Il fonde son enseignement essentiellement sur les valeurs universelles du grand texte de l’antiquité juive – la Bible : Ce que la Bible nous enseigne avec tant de simplicité et de force, et qui ne peut s’apprendre dans aucun autre livre, c’est qu’il y a la vérité et le mensonge et que l’existence humaine se tient inexorablement du côté de la vérité; c’est qu’il y a la justice et l’injustice et que le salut de l’humanité réside dans le choix de la justice et le rejet de l’injustice.
La notion de «ligne de démarcation» est l’une des contributions majeures à la réflexion sur l’Humanisme. L’injustice est inhérente à la vie même – en particulier dans les rapports entre communautés. Confronté à cette tragique réalité, l’être humain est contraint de se déterminer constamment au regard du minimum de mal qu’il doit commettre pour assurer sa survie et du maximum de bien qu’il doit faire pour préserver son image d’être humain. Pris dans cette contradiction entre le souhaitable et le réalisable, l’être humain doit sans cesse tracer une ligne de démarcation entre des exigences impératives et la possibilité – forcément relative – de les satisfaire dans la vie quotidienne. A l’heure des décisions fatidiques, nous devons nous demander quelle est la dose de mal absolument indispensable à la survie de la communauté: tout ce qui se situe au-delà ne doit pas être toléré.
Cette notion de ligne de démarcation prend toute sa pertinence lorsqu’on l’applique au combat acharné qu’a mené Israël pour sa survie sur la terre biblique. Le triomphe de la cause sioniste entraîne inévitablement une certaine injustice à l’égard des Arabes de Palestine; mais ces torts doivent être limités au strict minimum. Tiraillé entre la nécessité de sauver le peuple « porteur de lumière »et le souci éthique de ne pas commettre d’injustice envers les Arabes de Palestine, il s’agit de vivre sur place avec les Arabes, et non pas à leur place. Déjà Buber déclarait: «Nous n’aspirons pas à rentrer dans notre antique patrie pour en chasser un autre peuple ni pour le dominer».
Mais dira-t-on : pourquoi avoir élu un peuple qui doit lui observer tous les commandements de la Thora ?
Pourquoi demander plus, toujours plus aux juifs ?
Pour que ce peuple puisse conduire l’humanité, par son exemple, vers un plus haut degré de spiritualité et de moralité. Tâche en partie remplie, en inspirant le christianisme et l’Islam, qui bien que n’étant pas parfaits, représentent un net progrès par rapport aux croyances qui les ont précédés.
Reste la question d’Amalek qui serait la « preuve » de la totale impossibilité de l’Humanisme juif …
En réalité,Amalek est LA question suprême .
« Où donc est le D. d’Israël ? »
Terrible question .
Il y a 35 siècles quand, massacrant et pillant, Amalek s’en prit aux plus faibles, aux plus démunis des Hébreux qui venaient d’être les témoins de l’exemplaire sanction de D. en Égypte, ces Hébreux du Miracle crièrent eux aussi : « Pourquoi ? » Où était donc ce D. mystérieux qui, la veille, les avait sauvés ? Pourquoi, maintenant, permettait-Il à Amalek de les tailler en pièces ?
Pouvaient-ils deviner l’enseignement de la Haggadah, qu’en « chaque génération, l’homme doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Égypte » ? D. a crée l’Histoire pour apprendre aux hommes que, s’ils ont le courage et la volonté de l’entreprendre, la guerre contre le mal peut être victorieuse. C’est ainsi que le Psaume 115, comme la fin du Hallel, unit à la « Maison d’Israël », les Craignant-Dieu, les foules de Gentils qui, sans se convertir au judaïsme, en acceptaient l’exigence morale et monothéiste.
Israël fut libéré d’Égypte mais dut combattre Amalek, parce que c’est aux hommes et non à Dieu qu’incombe la lutte contre le mal et les malfaisants. Quand le jour finit, Amalek avait perdu la bataille. Se considérer comme étant soi-même sorti d’Égypte, comme ayant soi-même combattu Amalek, c’est dire et croire qu’Amalek peut perdre la guerre en chaque génération.
Quand les hordes de pogromistes massacraient et violaient, quand les bottes d’Amalek martelèrent le sol d’Allemagne puis de l’Europe entière, la Haggadah faisait entendre d’autres pas : ceux des esclaves libérés d’Égypte marchant vers la Terre promise. Les Haggadot le proclamaient en leur dernière page : « L’an prochain à Jérusalem ».
La renaissance de l’État d’Israël n’est pas la réponse au « Pourquoi ? » La question demeure inchangée. Mais ce que l’État d’Israël proclame, c’est la victoire toujours renouvelée de l’Humanisme par l’échec d’Amalek.
Jean-Marc DESANTI
19:34 Ecrit par Ivan dans Fondements | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : judaïsme, humanisme, philosophie, heidegger, thora, israël, islam |
Facebook
05.09.2009
Robert Dun
J’ai rencontré Robert Dun ( Maurice Martin ) il y a longtemps, à plusieurs reprises, en compagnie de mon ami, disparu lui aussi, Daniel Rude. C’est peu dire que nous avions des divergences. Mais, comme Daniel, c’était un homme libre et un ami … Il savait la difficulté de l’originalité dans la réflexion. En ces temps de dictature sourde, de pensée unique c’est-à-dire de lâcheté assumée, respirons l’odeur des forêts.
Jean-Marc
Bernard-Henry Lévy a un tel souci de l’adéquation des mots qu’on ne saurait me reprocher de la prendre à la lettre. Il nous dit : « la première expérience de l’homme hébreu est celle d’une séparation radicale, d’une étrangeté absolue, de l’absence du Ciel sur la terre et de la terre au Ciel: de l’inexistence radicale de celui qu’il appelle son Seigneur ». Le divin est donc radicalement absent de ce que les uns appellent la création et les autre le monde concret. Or le début de la Bible s’intitule la Genèse et celle-ci nous explique avec force précisions comment Dieu créa le monde, la terre, les eaux, les animaux et l’homme. Ce qui signifie étymologiquement que Dieu est radicalement présent dans le monde, puisqu’il en est la racine.
Le dilemme fondamental entre les religions du désert et les religions naturelles est exactement là: les premières considèrent un divin extérieur, créateur ou non du monde concret, les secondes un divin « immergé dans la matière » pour citer Teilhard de Chardin. Pour les secondes, la révélation se situe dans les lois de la matière et de la vie: dans la physique et la biologie.
Le point culminant de l’opposition entre le divin et le concret a été atteint par le catharisme dont la vision peut se résumer en trois propositions; « l’esprit est de Dieu; la matière est du diable; le péché suprême est la procréation ». Le catharisme admet une puissance spirituelle anti-divine et remet par là en cause le monothéisme. Implicitement B.H Lévy en fait autant: si le divin est radicalement absent de la création, si donc il n’est pas le créateur, la création contenant des êtres animés et conscients, qui est l’entité créatrice? Les sciences montrant indubitablement un double mouvement de tropisme et d’entropie et le Dieu de B.H Lévy étant radicalement absent, qu’elle est la force motrice? Quel est l’auteur du plan?
La conclusion s’impose: une idée du divin absent du monde est une absurdité qui ne résiste pas à deux minutes d’examen.
Je mène ce début de discussion avec répugnance. J’ai horreur des jongleries verbales et mon premier sentiment sur le divin a été exprimé par Goethe: « Qui peut nommer l’innommable ? Qui peut dire : je crois en lui? Qui peut dire: je ne crois pas en lui? » Oh! Ne vous pressez pas de triompher! Il n’y a là aucune concession à votre étranger absolu. Le centre et le rayon sont tout aussi abstraits que le plus abstrait des dieux du désert; ils n’en déterminent pas moins un cercle et une sphère, ne sont donc pas « radicalement inexistants » mais au contraire « immergés dans la matière » comme principes créateurs.
Grâce à vous, B-H Lévy, nous pourrons effectuer des pas décisifs dans la prise de conscience européennes car vous exposez avec une clarté inégalée tout ce que les monothéismes ont d’irrecevable pour notre esprit et notre sensibilité. Cela me permettra de passer sur les injures fanatiques et agressives que vous déversez contre la personnalité européenne authentique.
Votre dégoût ne m’a pas contaminé et je ne vos toujours pas ce que les plus antiques polythéismes peuvent contenir « d’obscurantisme lâche », ce que l’esprit des bois peut avoir de hideux; non seulement je ne me sens pas « soumis à l’horreur de la nature » mais j’ai le mauvais goût de trouver cette nature débordante de joies diverses; j’aime les paysages, la forêt, la mer, la lumière, la nuit et la lune, les animaux libres; je pousse le mauvais goût jusqu’à trouver paradisiaque la compagnie d’une femme dans mon lit. Et ce qui est pire: partout je perçois des âmes et des esprits.
Par contre, le déteste le béton et le bitume, la veulerie et la chienlit dont ils sont le terreau favori, les contorsions et les hurlements de désespérés qui constituent la « musique » et la « danse » modernes qui n’aboutissent qu’à des ivresses et à des transes sans communion, quine sont donc que des caricatures du dyonysisme, je déteste la fumisterie de l’art prétendu non figuratif mais quine figure que trop bien ce dont il sort: le vide intérieur de ses créateurs, la complète absence de message. Vous voulez de l’art vraiment abstrait: c’est bien simple, il vous suffit de ne rien faire.
Vous et moi, B-H Lévy, nous sommes les deux pôles d’un irréductible conflit: vous êtes le pôle du nihilisme monothéiste, je suis le pôle de l’amour païen.
Je ne me laisserai pas engluer dans une réfutation ligne par ligne de votre pénible et fanatique ouvrage. Votre érudition ne m’impressionne pas car d’un bout à l’autre elle transpire le nihilisme. Peut-être y a-t-il dans votre démarche la recherche inconsciente et désespérée de certitudes vitales. Alors dégagez-vous de l’intellect qui désertifie tout.
Je me contenterai de réfuter vos assertions les plus émergentes. Mais surtout je m’attacherai à restituer clairement la gnose « païenne ». Les féroces persécutions des religions du désert ont fait oublier l’essentiel du patrimoine européen et accrédité l’idée qu’il n’y avait de possible que l’athéisme ou l’une des trois religions intolérantes: Judaïsme, Christianisme, Islam. L’esprit européen est si bien oublié que ceux qui cherchent une issue hors du carcan se tournent vers les doctrines orientales. Et ils tombent de préférence dans les filets de celles qui ont en commun avec les religions qu’ils croient fuir le refus de la vie, de la « roue du samsara ». on ne secoue pas d’épaules près deux millénaires de dictature spirituelle sémitique.
Robert Dun
13:05 Ecrit par Ivan dans Débats | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, droit au blasphème, robert dun, bhl |
Facebook
08.04.2009
Idéologie et terreur
Cher(ère)s ami(e)s du site,
Nous vous proposons aujourd'hui un texte de Lucien Oulahbib :
Idéologie et terreur - A propos d'Hannah Arendt
http://www.contrepointphilosophique.ch/Philosophie/Sommai...
Qu’aurait écrit Hannah Arendt aujourd’hui sur le totalitarisme ?
12:17 Ecrit par Ivan dans Fondements | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, hannah arendt, lucien oulahbib, idéologie, terreur |
Facebook
24.01.2009
Le mal et la pensée

L’homme est pire qu’un loup pour l’homme. Hobbes n’était pas allé assez loin dans son pessimisme sur la condition humaine en pensant que la dérive des passions pouvait entraîner l’homme à devenir un loup pour son prochain. Pire qu’un loup, bien pire qu’un loup, parce que capable du pire. Mais la métaphore animale n’est pas éclairante, elle obscurcit même la pensée. L’animal n’est pas capable du pire : le loup n’est pas un loup pour le loup. Seul l’homme, lui, est capable du pire.
Qu’est-ce que le pire ? Le mal extrême, absolu. Peut-être. La Shoah, l’extermination des Juifs d’Europe, première phase du projet d’éradication des Juifs du monde entier, ce projet démoniaque des nazis a probablement conduit l’humanité à descendre jusqu’au plus profond de l’horreur, en deçà de quoi il n’y a peut-être rien de pire. Cœur des ténèbres. Mais sait-on ce que l’avenir nous réserve ? La conscience du « rien de pire que les nazis » n’a pas empêché les hommes de recommencer : reconduction du « rien de pire » au Cambodge et à l’égard des Tutsi du Rwanda. Peut-être doit-on, dès à présent, se prémunir contre pire que le pire.
NOTES
19:47 Ecrit par Ivan dans Débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, le mal, la pensée, hobbes, shoah, juifs |
Facebook
31.08.2008
Yeshayahou Leibowitz : notre plus grand maître !
20:22 Ecrit par Ivan dans document choc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : israêl, yeshayahou leibowitz, philosophie |
Facebook
01.06.2008
Alain Finkielkraut
Sur les voyages à Auschwitz
Alain Finkielkraut, RCJ, Mémoires vives, Les voyages scolaires à Auschwitz, 20.01.2008, échange avec Anne-Marie Revcolevschi, directrice générale de la Fondation pour la mémoire de la Shoah
« Quand je suis vraiment désespéré, comme ce soir, et comme cela m’arrive de plus en plus souvent, vous savez ce que j’ai envie de dire ? Qu’effectivement on parle trop de la Shoah. J’aimerais qu’on n’en parle plus figurez-vous. Parce que ce que je constate c’est qu’elle était censée, la commémoration de la Shoah, freiner le retour de l’antisémitisme. Ce qu’on prenait pour un frein est devenu un accélérateur. Plus on en parle, plus se développe un antisémitisme de ressentiment qui dit « Les juifs ont tout ! Ce sont même les rois du malheur ». Et donc moi, mon rêve, mon rêve absurde, c’est qu’effectivement on n’en parle plus. Que ceux qui veulent commémorer les morts le fassent dans la discrétion, qu’on arrête d’organiser ces voyages payés par les régions françaises, ces voyages d’élèves à Auschwitz. Que tout cela se fasse dans la piété et le silence. Mais faut-il en effet que je sois vraiment désespéré pour en arriver à ce genre de conclusion. » Alain Finkielkraut, sur France 3, Cultures et Dépendances, le 4 mai 2005
Sur le dîner annuel du CRIF
"Régulièrement invité au dîner annuel du CRIF, Alain Finkielkraut répugne toujours à s'y rendre qualifiant cette cérémonie de « grotesque »." « Dîner du Crif : Sarkozy passe à table », Régis Soubrouillard, Marianne-en-ligne.fr, 4.01.2008
Sur le devoir de mémoire
« Quand une génération se livre à la repentance, c'est pour affirmer, en réalité, sa supériorité morale sur les générations précédentes. La France est aujourd'hui peuplée de pénitents arrogants qui auraient pris le maquis dès 1940 et qui hurlent au fascisme à la moindre occasion pour bien montrer de quel bois résistant ils se chauffent. Cette repentance n'est pas un mea culpa, c'est une pratique effrontément narcissique et anachronique de la mémoire. » Alain Finkielkraut, Le Monde, 10.11.2007
« On ne doit plus militer pour davantage de cérémonie ou davantage de repentance. L’essentiel est fait. Et maintenant le travail doit se faire en chacun, dans chaque foyer, au travers d’un certain nombre de lectures. Et je vois personnellement avec inquiétude se profiler l’éventualité, en France et en Europe, d’un enseignement distincte de la Shoah. Notre religion positive, c’est les droits de l’homme, dont notre religion négative ce serait la Shoah, ce qui arrive à une société totalement oublieuse des droits de l’homme. Il ne faut pas arracher, soustraire cet événement à son histoire, et donc aux professeurs d’histoire. Ne pas introduire un catéchisme de la Shoah, ce serait aller beaucoup trop loin, et cela aurait de multiples effets pervers. » Alain Finkielkraut, L’entretien, France 2, 19.03.2001
« Il émane beaucoup moins d’humilité que de fatuité de l’actuel climat de repentance. Notre manière d’honorer le devoir de mémoire nous délie, en effet, et beaucoup mieux que l’amnésie ne saurait le faire, de toute dette à l’égard des hommes anciens. » Alain Finkielkraut, L’ingratitude, p. 221, novembre 2000
Sur les mutations de l'antisémitisme
Sur les juifs imaginaires
Sur l'assassinat d'Ilan Halimi
17:51 Ecrit par Ivan dans Débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, alain finkielkraut, antisémitisme, auschwitz |
Facebook
25.05.2008
Le message de paix de Martin Buber
« Mon âme n'est pas près de mon peuple, mais mon âme est mon peuple. Et dans ce même sens, chacun d'entre nous sentira l'avenir de la judéité; il sentira ce qui suit : je veux continuer à vivre, je veux mon avenir, je veux une nouvelle vie entière, une vie pour moi, pour le peuple qui est en moi, pour moi-même qui suis en mon peuple. Car la judéité ne possède pas seulement un passé car je crois qu'en dépit de tout ce qu'elle a créé, elle n'a pas seulement un passé mais aussi un avenir ». C'est en ces termes que Martin Buber (1878-1965), philosophe juif de la religion et de la société, décrit les dimensions de l'existence juive et ce sont là des paroles que l'on voudrait tenir aux Allemands d'aujourd'hui, qui s'empressent trop souvent d'oublier leur propre nation, pour les inciter à réfléchir, à procéder à une véritable introspection.
Lire la suite (Euro-Synergies / Manfred MÜLLER - DNZ-München, Nr.33/2002)...
11:52 Ecrit par Ivan dans Fondements | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, martin buber, judaïsme, existentialisme, judéité |
Facebook
22.05.2008
Vous allez rire : Rémy Brague met KO Luc Ferry
19:01 Ecrit par Ivan dans vidéos | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, religion, islam, averroes, mahomet, benoit 16 |
Facebook
29.04.2008
Agitation
J’ai reçu hier ce courriel d’Alain. Point n’est besoin de dire qu’il faut être d’accord sur tout pour relayer des textes de valeur, surtout lorsqu’il s’agit de traiter du droit au blasphème. Mes origines et mes engagements ( cf commentaires Les enfants d’Israël ) me pousse à avoir plus d’une divergence avec Soral, sauf que je place, avant tout, le droit à la Libre expression. Je ne connais aucune autre défense contre les totalitarismes protéiformes.
Jean-Marc
Monsieur Le Pen a tort, la chambre à Gaz n'est pas un détail. Monsieur Le Pen a profondément tort, la chambre à gaz est tout sauf un point de détail, c'est même aujourd'hui, plus qu'hier encore, la religion, le dogme autour duquel tourne toute l'époque contemporaine. Dans l'ordre du sacrifice fondateur, la chambre à gaz a remplacé la croix du christ.
Pourtant, ou justement pour ça, au nom du droit à la libre pensée face à ceux qui croient et veulent nous obliger à croire, je réclame le droit, pour Jean-Marie Le Pen, de considérer la chambre à gaz comme « un point de détail de la seconde guerre mondiale », comme tant d'autres se donnent le droit de chier sur la croix.
Que ce soit celle d'hier ou d'aujourd'hui, le citoyen libre se doit de lutter contre toutes les inquisitions et leurs cortèges sanglants de bûchers et d'abjurations. Nous, européens, n'avons pas mis trois siècles à nous émanciper du pouvoir temporel du Pape pour en arriver là !
Aujourd'hui, dans ce climat de judéomanie délirante - une judéomanie délirante et suspecte qui tient plus de l'esprit de la Collaboration que du combat pour le bien et l'amour des hommes - plus les souffrances de la guerre s'éloignent, plus c'est la seconde guerre mondiale toute entière qui devient un détail de la chambre à gaz !
50 millions de morts, russes, communistes, polonais, anglais, américains, civils, résistants, japonais et mêmes allemands et, parmi eux, 500 mille morts Français, ce n'est presque plus rien face à la chambre à gaz, ou aux 28 mille enfants juifs que certains voudraient faire assumer pour l'éternité aux écoliers de France innocents.
Dans ma famille de Résistants savoyards où la guerre nous a coûté six morts et la ruine - comme elle coûta son père au petit Jean-Marie -, nous avons nous aussi sauvé des vies ; seulement c'était des Espagnols. Il faut dire qu'en ce temps là si on sauvait des juifs, on ne le faisait pas pour sauver le peuple élu mais pour sauver des êtres humains tout court, menacés par la méchanceté et la violence des hommes... À l'époque, on ignorait que 60 ans plus tard ne seraient plus comptabilisés que les sauvés marqués d'une étoile, et que sur le marché des Justes, ça ne vaudrait plus rien les Espagnols !
De vous à moi, combien cette relecture de la seconde guerre mondiale, cette réécriture théo-différentialiste, à la limite de l'inégalité raciale, va-t-elle encore durer ?
Combien de temps encore la Mémoire va-t-elle empêcher l'Histoire ?
Au moment du Darfour, de la Palestine, de l'Irak, du Tibet... n'y a-t-il pas d'autres combats à mener pour le salut des hommes ? De massacres, de génocides, d'ethnocides à condamner, à empêcher ?
Au moment où la montée en puissance de l'Inde et de la Chine est sur le point de remettre en cause le leadership de notre confortable et dominateur monde post-méditerranéen, les querelles intra-monothéistes sont-elle vraiment notre priorité ?
Qui aura le courage de dire, dans cet inquiétant climat de lynchage pour une petite phrase réitérée dans un obscur follicule breton, que le problème ce n'est pas le détail de Jean-Marie Le Pen. Une petite phrase plus taquine que méchante qui lui a déjà coûté 120 briques (et à ce prix là, on peut comprendre que le peu dispendieux Le Pen ait envie de l'utiliser deux fois). Une petite phrase inattaquable - dois-je le rappeler ? - aux Etats unis d'Amérique, qui ne sont pourtant pas le pays de l'antisémitisme, parce que là-bas le 1er amendement garantit à tous, et pas seulement à Finkielkraut et ses sorties sur les « antillais qui filent un mauvais coton » ou « l'équipe de France black-black-black qui serait la risée de l'Europe », la liberté de pensée et d'opinion...
Qui aura le courage, à l'heure où même ses supposés proches : identitaires jaloux et autres apparatchiks en embuscade se désolidarisent du vieux chef comme on se détourne d'un pestiféré, que le problème ce n'est pas le « détail » mais la loi Gayssot ?
Cette loi d'exception contraire à tous les principes démocratiques et républicains, de l'aveu même de tous les politiques et historiens qui comptent, de Simone Veil à feux Vidal-Naquet...
Une loi d'exception qui, en instituant par le délit l'Histoire officielle, interdit toute recherche historique et l'Histoire. Dubito ergo sum res cogitans... Nous savons pourtant bien, dans ce pays qui vit naître Descartes, qu'en interdisant le doute, c'est la pensée qu'on interdit. Loi inique, de surcroît fratricide, puisqu'en inaugurant la concurrence des mémoires - et par la jurisprudence dont se réclament déjà les arméniens, les africains, les maghrébins, en attendant les vendéens et les gays... -, elle incite au communautarise victimaire généralisé, tuant la fraternité française et son universalisme républicain...
Trois siècles de haute philosophie, deux siècles de sécularisation du religieux et un siècle de séparation des Églises et de l'État pour en arriver là ? À ce retour en douce d'une Inquisition qui ne dit pas son nom ? Qui criminalise la dissidence, l'insoumission, le relativisme, le décalage, l'ironie... obligeant le rebelle à l'abjuration sous peine de ruine et de prison ?
Devant l'ignoble lynchage des bien pensants et les discrets lâchages, moi le libre penseur, pour rester du côté des opprimés et des faibles dont le sort change avec l'Histoire, j'affirme mon soutien à Le Pen le relaps ; relaps comme Jeanne d'Arc et Giordano Bruno... Par principe, au nom du droit à la liberté jusqu'à la mal-pensance, au nom du petit doigt d'honneur levé devant les puissants botteurs de derches et ses cohortes de lèches culs, de faux culs, j'affirme mon soutien à l'insoumis.
Car ma peur, ma vraie peur, ce ne sont pas les provocations ou les lubies d'un vieil homme, mais la peur bien plus grande de voir ce pays sombrer chaque jour plus bas dans l'obscurantisme totalitaire.
Un pays de soi-disant culture et de liberté où la horde des veules, faux courageux, vrais tartuffes et autres pétaino-gaullistes éternellement dans le sens du vent se réjouissent déjà, à l'unisson, au nom bien sur de la démocratie du bon et du bien, que le pays de Voltaire se promette de jeter demain en prison un vieux monsieur de 80 ans parce qu'il refuse de se dédire, parce que têtu jusqu'à la déraison, il refuse de baisser la tête et de faire comme un chien, à coups de pieds au cul comme eux tous, là où on lui dit de faire...
En tant qu'intellectuel français dissident, moi, Alain Soral, qui ne bénéficie même pas des soutiens d'un Soljenitsyne du temps de sa splendeur dans le Vermont (va savoir pourquoi ça s'est gâté depuis), par ce simple texte, je réclame haut et fort, face aux désapprobations tonitruantes et aux silences gênés, le droit au blasphème pour tous, pas seulement pour Houellebecq ou Philippe Val de Charlie Hebdo...
Et, au nom de ce droit sacré en terre laïque, malgré tout ce qui nous sépare : âge, parcours, origine politique..., je veux rendre hommage à un grand résistant. Pas un rentier de la Résistance à francisque. Un résistant à cette démocratie totalitaire qui tue la liberté, l'esprit d'indépendance, le sens de l'honneur et de la fidélité. Un résistant à cette République qui, à coup de devoir de mémoire forcé, de repentance obligatoire et autres criminalisations des automobilistes et des fumeurs, transforme peu à peu l'esprit français en catéchisme et le peuple français en bétail.
C'est, en somme, parce que je sais que l'affaire du détail est tout sauf un détail, que je réclame, pour Jean-Marie Le Pen, le droit de se tromper et le droit au détail !
Vive la France libre !
Alain SORAL
07:57 Ecrit par Ivan dans Débats | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : philosophie, droit au blasphème, soral |
Facebook


