17.09.2009

Où va la Russie ?

Moscou, à la recherche d’une identité post-soviétique

 

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‘’La Russie aura un niveau d’armement tel que personne n’aura 

 

 l’idée de menacer notre pays ou nos alliés.’’[i]

 

D. Medvedev

Président de la Fédération de Russie

10/09/2009

 

La fin de la Guerre froide a précipité la chute du communisme soviétique, tombé en 1991, dans les oubliettes libérales de l’histoire. Dans le même temps, cette chute finale a été le point de départ d’une renaissance de la Russie post-communiste, après une phase de transition ‘’libérale’’, particulièrement délicate - sous l’impulsion de B. Eltsine - qui l’a affaiblie et aggravé, in fine, un trouble identitaire.

 

Aujourd’hui, la Russie de D. Medvedev a quasiment achevé sa reconstruction économique et politico-psychologique. Mais sa réémergence comme puissance internationale majeure n’est pas toujours acceptée, notamment par le leadership américain, qui a pris le contrôle de la destinée du monde depuis la lutte implacable contre la menace communiste - perçue comme ‘’l’axe du mal’’ - et, en cela, imposé son unilatéralisme dans la gouvernance mondiale. La lutte Est/Ouest aurait, en quelque sorte, légitimé l’hégémonie internationale de Washington, comme leader incontesté et messianique du monde libre. Par la suite, sous l’impulsion de l’idéologie néo-conservatrice expansionniste de G.W. Bush, elle a entrepris de réhabiliter le ‘’facteur force’’ comme régulateur géopolitique, en réarmant le bras de la justice internationale et en relançant, par ce biais, la course aux armements[ii].

 

Face à cette résurgence de l’impérialisme politico-militaire américain et se sentant menacée, Moscou a été contrainte de recentrer son système de défense sur l’arme nucléaire – pour se protéger d’une Otan de plus en plus agressive à sa proche périphérie comme l’a montré, en 1999, le scénario yougoslave avec l’attaque et la déstabilisation d’un Etat souverain. En violant allègrement la résolution 1224 du conseil de sécurité de l’ONU sur l’intégrité territoriale de la Serbie, l’Otan - sous la bienveillance de Washington - montre alors qu’elle est au dessus des lois internationales et que sa capacité d’intervention s’est élargie à l’ancien espace communiste. Et son élargissement programmé est susceptible d’accroitre les tensions avec la Russie, comme le reconnait D. Medvedev : ‘’L'OTAN devrait éviter d'aggraver les relations avec ses voisins. Avant d'admettre de nouveaux membres, il faut étudier les éventuelles conséquences d'une telle décision (…)’’[iii] Mais, le plus troublant est de voir, au cœur de l’espace post-soviétique, le maintien d’une forme de conflictualité latente américano-russe issue de la Guerre froide, dans la mesure où la Russie post-communiste reste l’adversaire stratégique privilégié de l’hyper-puissance américaine – et inversement.

 

Dans son essence, la lutte américano-russe pour le leadership politique en Eurasie post-soviétique n’a pas cessé avec l’arrivée d’Obama à la présidence américaine. Cela est implicitement confirmé par Herman Pirchner, président du Conseil américain de politique étrangère, qui reconnait l’existence de tensions, liées au maintien de barrières idéologiques et de pressions américaines sur la politique russe dans les ex-républiques soviétiques. Le 9/09/2009, il admet notamment que ‘’les disputes sur les destinées de l'espace post-soviétique entravent la coopération sur plusieurs questions d'intérêt commun’’[iv]. Car désormais, Washington doit assumer ses nouvelles responsabilités issues de son avancée en zone post-soviétique permise, à l’origine, par le recul russe. Et cette configuration explique la radicalisation d’une lutte d’influence centrée sur le contrôle d’un espace stratégique.

 

Ainsi, la Russie moderne cherche à retrouver sa place dans le système des relations internationales contre une certaine forme de méfiance, voire d’hostilité de la part du bloc libéral occidental, qui continue à voir en elle l’héritière de la puissance communiste. Et sa montée en puissance fait d’autant plus peur que de facto, elle remet en question l’influence de la puissance américaine en Eurasie post-soviétique – principalement en zones caucasienne et centre-asiatique, où de gros intérêts politiques, militaires et énergétiques sont en jeu. Autrement dit, son retour remet en cause les fondements même du nouvel ordre international libéral, dirigé par Washington et au-delà, menace de multilatéraliser ce dernier. Un enjeu sous-jacent au retour russe est donc le nouveau statut de Moscou sur la scène internationale qui, dans ses grandes lignes, sera fonction de sa capacité à reprendre en main l’espace post-soviétique – autrement dit, à recouvrer une certaine légitimité dans son ancienne zone de domination impériale, que la stratégie américaine visait, jusque là, à éroder.

 

De ce point de vue, il serait opportun de s’interroger sur la capacité de Moscou à se définir une nouvelle identité post-soviétique, intégrant les principales évolutions géopolitiques issues de la faillite du communisme. Et, en définitive, de se poser une question centrale et redondante : où va la Russie ?

 



[i] ‘’Défense : la Russie doit être suffisamment armée’’, D. Medvedev, 10/09/2009, www.fr.rian.ru.

[ii] Selon le rapport du Congrès américain, Washington aurait exporté, en 2008, pour 37,8 milliards de dollars d’armes contre seulement 3,5 milliards à la Russie. Autrement dit, elle vendrait 10 fois plus d’armes dans le monde que la Russie, renforçant ainsi sa première place internationale. Et surtout, sous la pression du lobby militaro-industriel américain, elle remporte une victoire spectaculaire dans la course aux armements initiée, depuis la Guerre froide, contre la Russie. Réf. : ‘’Washington affirme avoir vendu dix fois plus d’armes que la Russie’’, Revue de la presse russe du 8 septembre, Gazeta.Ru/Izvestia/Komsomolskaïa pravda, 8/09/2009, www.fr.rian.ru.

[iii] ‘’Elargissement de l'OTAN: le président russe conseille d'étudier les éventuelles conséquences’’, D. Medvedev, 2/04/2009, www.fr.rian.ru.

[iv] ‘’Russie-USA : la lutte antiterroriste entravée par les divergences en ex-URSS’’, H. Pirchner, 09/09/2009, www.fr.rian.ru.

 

LIRE LA SUITE : Idée.nationale.russe.doc

03.06.2009

Fermeture de la base Manas : recul américain sur l’échiquier eurasien ... Echec et mat pour Brzezinski ?

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‘’La partie qui se joue dans le pourtour de la Russie n’est plus l’endiguement de la guerre froide, 

 mais le refoulement (‘roll back’)’’

Brzezinski (2000, p. 19)

‘’Le Grand échiquier’’

 

Spectaculaire défaite diplomatique pour Washington ! La fermeture de sa base (kirghize) de Manas en 2009 - après celle de sa base (ouzbek) de Karshi-Khanabad en 2005 - aura, à terme, un impact stratégique majeur, dans la mesure où elle implique une refonte de sa politique en zone post-soviétique, traditionnellement axée contre la Russie. En effet, depuis l’implosion de l’URSS le 25/12/1991, Washington a mis en œuvre une politique de reflux (‘’roll back’’) de la puissance russe, destinée à se substituer à son leadership impérial hérité du soviétisme. Or la perte de ce maillon stratégique vers l’Afghanistan obligera l’administration américaine à renouer un vrai dialogue avec Moscou, désormais incontournable dans la région. Et cet échec est d’autant plus flagrant qu’il raisonne comme un aveu d’impuissance pour Washington, incapable de ‘’persuader’’ aucune autre république de l’ex-URSS d’héberger – en substitution de Manas – une base américaine sur son territoire. Une raison majeure étant pour ces dernières d’éviter toute source de tension avec Moscou, de nouveau maitre de son pré-carré. La Russie est de retour.

Dans ses grandes lignes, la perte de Manas exprime un double symbole géopolitique, d’une part de l’échec de la stratégie d’influence américaine en Asie centrale et, d’autre part, du retour de l’Etat russe dans sa zone de domination historique. Car la principale réussite de V. Poutine a été de redonner une certaine légitimité à un Etat fort et centralisé, avide de reprendre le contrôle de son ‘’étranger proche’’ (la CEI) en vue de sécuriser ses espaces périphériques et in fine, rompre la stratégie d’encerclement mise en œuvre par Washington depuis la transition post-communiste. Ainsi, V. Poutine a réhabilité un Etat russe recentré sur une stratégie de puissance et de défense de ses intérêts nationaux, élargis à l’ancien espace soviétique. Et selon Z. Brzezinski (2008, p. 208), ce comportement attesterait du refus des russes d’accepter ‘’la nouvelle réalité de l’espace post-soviétique’’, autrement dit, l’ingérence américaine dans leur ancien espace politique – et au-delà, celle de l’Europe dans ce que cette dernière appelle désormais le ‘’voisinage partagé’’. Inutile provocation.

Tendanciellement, la stratégie américaine suit la ligne anti-russe de Brzezinski visant le contrôle de l’Eurasie, cœur stratégique (et énergétique) du monde et, dans ce but, à empêcher l’émergence de toute puissance majeure hostile, dont feraient potentiellement partie la Russie et la Chine. Dans cet axe, il s’agit selon Brzezinski, stratège et conseiller d’Obama, de définir ‘’une géostratégie d’ensemble à long terme concernant l’Eurasie’’ (Brzezinski, 2000, p. 249) en vue d’y stabiliser une forme de domination mondiale. En définitive, cela implique la manipulation des ‘’principaux acteurs géostratégiques présents sur l'échiquier eurasien’’ (Brzezinski, 2004) et en particulier, en Asie centrale – dans l’optique (notamment) d’implanter des bases à la périphérie russe.

Cette haine viscérale à l’égard des russes structure le discours de Brzezinski, percevant la Russie comme l’héritière de la guerre froide et sa stratégie extérieure comme un résidu du soviétisme. Dans son ouvrage, ‘’L’Amérique face au monde’’, Brzezinski (2008, p. 186) rappelle que durant les 4 derniers siècles, la ligne directrice de la Russie se résume par ‘’une expansion impériale à partir d’un centre bien défini pour créer un Etat multinational’’. Et surtout, il est persuadé que V. Poutine n’a pas ‘’admis l’impossibilité de recréer le vieux système impérial’’ (Brzezinski, 2008, p. 191), illustrant selon lui, ‘’la résistance de l’ordre soviétique’’ (Brzezinski, 2000, p. 141). Pour cette raison, Brzezinski prône le maintien d’une politique de contrôle de la puissance russe et d’érosion de son pouvoir en zones caucasienne et centre-asiatique. Reflexe de guerre froide.

Dans son essence, la perte de la base de Manas va obliger Washington a une attitude plus ‘’compréhensive’’ à l’égard de la Russie[i], au sens où elle a besoin de cette dernière comme relais logistique et politique de ses interventions en Asie centrale, considérée comme une priorité de la politique étrangère américaine. En retour, cette ‘’coopération’’ russe donne à Moscou un droit de regard – et un moyen de pression – sur la politique américaine en zone post-communiste. Dans ce schéma, sous prétexte de lutte anti-terroriste, le recentrage de l’effort américain sur l’Afghanistan – au détriment du bourbier irakien – vise à renforcer l’influence de Washington en Asie centrale : ‘’La fin de l’occupation (de l’Irak : jg) sera une opportunité pour la guerre contre Al Qaïda, mettant ainsi un terme à une aventure malheureuse qui (…) a détourné les États-Unis de l’Afghanistan, où la menace originelle d’Al Qaida persiste et augmente.’’[ii]

Un objectif clé de Brzezinski est de renforcer - au détriment de Moscou et de ses alliances eurasiennes, telles l’OCS et l’OTSC[iii] - le rôle régulateur de l’Otan en zone post-soviétique comme levier de l’avancée géopolitique américaine. Pour cette raison, il prône l’extension de l’Otan aux ex-républiques soviétiques, considérées comme les ‘’pivots géopolitiques’’ de sa stratégie du roll-back de la puissance russe – leur coopération ayant déjà été obtenue dans le cadre du ‘’Partenariat pour la paix’’ (PPP) et de manœuvres militaires provocantes aux portes de la Russie (dont les dernières en mai 2009, en Géorgie !)[iv]. Et surtout, selon Brzezinski (2004, p. 296), le champ d’action stratégique de l’Otan ‘’est appelé à s’élargir à l’espace eurasien’’. Cette extension de l’Otan - perçue par Moscou comme un vestige de la lutte anti-communiste, donc injustifiée - permettrait de poursuivre d’une part, le détachement des Etats post-soviétiques de l’emprise de la Russie et d’autre part, l’encerclement de cette dernière. En outre, cette volonté de détacher la zone post-soviétique de la domination russe est reprise par le Partenariat oriental mis en œuvre par l’Europe - levier de l’influence américaine - dans le voisinage partagé, depuis le 8 mai 2009. A terme, il s’agit de créer une forme de dépendance de la zone post-communiste à l’égard du leadership américain, dans le but de contrôler le cœur énergétique de la planète, à la fois par un contrôle politique des Etats clés (les ‘’pivots’’) et  par un contournement de l’Etat russe – via des circuits alternatifs, comme l’attestent le projet Nabucco et la réalisation de l’oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan). L’accès à l’énergie, considéré par Brzezinski (2008, p. 212) comme ‘’une source majeure de puissance politique’’, sera renforcé par le projet Nabucco : ‘’Nous devrions persister dans cette voie. A un certain moment, pas si lointain, des oléoducs et gazoducs allant de l’Asie centrale à l’océan Indien en passant par l’Afghanistan et le Pakistan deviendront réalisables. Voilà de bonnes choses à faire ( ! : jg).’’ (p. 199).

Or, le renforcement de l’influence américaine en Eurasie post-soviétique – via l’élargissement de l’Otan, la création d’alliances politico-militaires (du type GUAM[v]), la mise en oeuvre de politiques libérales et l’implantation de douteuses ONG – implique, de manière dialectique, la compression de la puissance russe. Cette ‘’compression’’ est d’ailleurs la condition permissive de la progression des bases américaines en zone post-communiste. Dans ce contexte, la fermeture de Manas va freiner cette stratégie offensive de Washington, qui s’inscrit dans une perceptive de long terme mais devra s’appuyer, dans un premier temps - pour la gestion de la crise afghane - sur les infrastructures russes. Ainsi, l’orientation structurelle de la ligne Brzezinski ne serait pas remise en cause, mais seulement retardée dans l’optique de s’assurer du soutien russe dans un espace géopolitique explosif et exposé aux crises nationalistes. Brzezinski (2008, p. 199) l’a reconnu sans ambages et souligné la nécessité de contenir toute velléité russe, en poursuivant le rapprochement avec les ex-républiques soviétiques de l’Asie centrale : ‘’Ce qui est vraiment important est de créer un contexte géopolitique tel que le désir nostalgique (de la Russie : jg) de redevenir une grande puissance impériale aura moins de chances de se réaliser (…)’’. Ce qui implique selon Brzezinski (2008, p. 199) ‘’d’instaurer des liens économiques plus nombreux et plus directs avec les pays d’Asie centrale en tant qu’exportateurs d’énergie (….)’’. D’autant plus que ce dernier est persuadé que ‘’la domination coloniale russe sur l’Asie centrale est une chose du passé’ (Brzezinski, 2004, p. 98).  Réalisme implacable.

Ainsi, après la double perte américaine des bases militaires de Manas et de Karshi-Khanabad, la mise en cause des révolutions libérales (Géorgie, Ukraine et Kirghizstan) planifiées par Washington et enfin, l’évolution récente de la question énergétique (au profit de Moscou), la Russie tend à renforcer les bases politiques de son leadership dans l’espace post-soviétique. Cette orientation est d’ailleurs appuyée par la volonté du président Medvedev de faire de l’OTSC une organisation concurrente de l’Otan, en vue de rééquilibrer les rapports de force dans la région. En définitive, cette configuration permettra à terme, à la Russie, de renforcer son statut d’Etat majeur du nouvel ordre international et en cela, de s’opposer à une Amérique hégémone, auto-proclamée ‘’clé de voûte de la stabilité internationale’’ (Brzezinski, 2004, p. 35). Et, plus inquiétant, celle-ci reste convaincue de sa ‘’destinée manifeste’’ confiée par l’histoire en Eurasie car, selon l’étrange aveu de Brzezinski (2008, p. 284): ‘’nous (les américains : jg) sommes exceptionnels (…)’’.

Au-delà d’un symbole géopolitique fort, Manas traduirait donc l’amorce d’un recul américain et, en ce sens, l’impasse de la stratégie post-communiste de Brzezinski sur le ‘’Grand échiquier’’ eurasien. Echec et mat.

 

Jean Geronimo

Docteur en Sciences économiques

Spécialiste de l’URSS et des questions russes

Mail : Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr


[1] La stratégie eurasienne de l’Amérique est décrite dans 3 ouvrages majeurs de Brzezinski. Voir donc Brzezinski Z. (2000) : ‘’Le grand échiquier – L'Amérique et le reste du monde’’, éd. Hachette (1° éd. : Bayard, 1997) ; ‘’Le Vrai Choix’’, éd. Odile Jacob (2004) ; ‘’L’Amérique face au monde’’, éd. Pearson (2008).

[1] Washington serait plus conciliante sur les questions de l’Iran, du bouclier anti-missiles, de la réduction des armements  nucléaires, de la politique énergétique russe et de l’avenir du Caucase.

[1] ‘’Comment sortir intelligemment de cette folle guerre ?’’, Z. Brzezinski, Washington Post, 30/03/2008.

[1] On rappellera : OTSC (Organisation du Traité de sécurité collective) et OCS (Organisation de coopération de Shanghai).

[1] www.fr.rian.ru, ‘’Exercices de l’Otan en Géorgie : une ‘provocation ouverte’ ‘’, A. Azimov, ambassadeur russe à l’OSCE, 08/05/2009.

[1] GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie).

 

06.05.2009

OTAN contre RUSSIE

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L'ambassadeur russe auprès de l'Otan Dmitri Rogozine a estimé que l'Alliance, qui vient de débuter des manoeuvres militaires en Géorgie, devenait "de plus en plus imprévisible" à l'égard de la Russie dans une interview mercredi au quotidien russe Izvestia.

"Le plus affligeant est que cette organisation devient de plus en plus imprévisible. L'Alliance n'arrive pas à se comporter d'une manière adéquate, stable et décente", a déclaré M. Rogozine commentant l'expulsion de deux diplomates russes et le maintien d'exercices de l'Otan en Géorgie.

Il s'en est ensuite une nouvelle fois pris au président géorgien Mikheïl Saakachvili qui a accusé mardi Moscou d'être impliquée dans la mutinerie d'une base de blindés en Géorgie.

"Si le président géorgien souffre d'une indigestion, cela signifie que nous l'avons empoisonné. Je n'arrête pas de le dire: il faut envoyer en Géorgie des infirmiers et non des militaires", a-t-il ironisé, ajoutant que l'Otan aurait dû être "plus flexible" et annuler ses manoeuvres en Géorgie qui commencent mercredi.

Les relations Russie-Otan traversent une nouvelle crise alors que l'Alliance a annoncé la semaine dernière l'expulsion de deux diplomates russes, une mesure à laquelle Moscou a promis de riposter.

Les manoeuvres militaires de l'Otan critiquées par la Russie ont débuté comme prévu en Géorgie aujourd'hui, au lendemain d'une mutinerie derrière laquelle Tbilissi voit l'ombre de Moscou, a indiqué le ministère géorgien de la Défense.

20.03.2009

Que veut OBAMA ?

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La politique internationale américaine a ses constantes. Elle se caractérise depuis la création du pays par son caractère messianique. Le peuple américain est porteur du message divin originel dévoyé par la Vieille Europe abâtardie et corrompue, incapable de dépasser ses divisions pour atteindre l'unification de l'humanité.

Cependant dans son histoire, finalement courte au regard des autres civilisations, si tant est que l'on puisse parler de civilisation américaine (peut être serait-il plus judicieux de parler de composante américaine de la civilisation occidentale), la politique américaine a connu des variations, entre l'isolationnisme de sa création et l'interventionnisme des présidents démocrates Wilson et Roosevelt, entre le soft power par exemple d'un Carter et le hard power des Bush.

On peut donc s'interroger sur l'orientation de la nouvelle administration. Sera-t-elle en rupture avec celle de l'administration Bush? Quelles seront les rapports que souhaite entretenir Obama avec les BRIC ( et plus particulièrement la Chine et la Russie) et l'Europe? Quelles seront ses positions sur les questions israélo-palestinienne et iranienne?

Tout d'abord il apparaît évident que les États Unis, en la personne de son président, auront à coeur de préserver leurs intérêts et ne répondront en aucun cas aux attentes irrationnelles voire débilitantes des opinions publiques mondiales. La générosité en politique, intérieure ou extérieure ne peut être qu'un stratagème, un moyen au service d'une fin rationnelle, froide et implacable. Toute culture tendant vers la civilisation, tout état tendant vers l'empire, ce qui est le cas des États Unis, aspire à la domination. Cependant une politique trop ouvertement belliqueuse suscite des résistances et rend l'administration de l'Empire plus ardue.

L'administration Bush s'est mise dans une impasse. Alors que la Russie, pendant l'ère Eltsine et y compris au début du mandat Poutine, pouvait être considérée comme un allié, les casus belli se sont multipliés : Kosovo, Géorgie, Ukraine, ABM.

La politique quasi ouvertement impérialiste en Afghanistan et en Irak (Qui n'a jamais douté de la nature réelle des événements du 11 septembre ? ) a aliéné la sympathie des opinions publiques mondiales, plus particulièrement musulmanes mais a également suscité de vives critiques au sein même du pays. La crise irakienne a également été à l'origine de tensions avec Paris et Berlin.

Enfin la crise des subprimes a fragilisé la stabilité américaine rendant de plus en impossible le statu quo, l'effort de guerre devenant insoutenable.

Un changement s'imposait. Les élites américaines ne pouvaient pas ignorer cette évidence. Un changement sur le fond et dans la forme.

Pour la forme, qui de plus sympathique et rassurant qu'Obama ? Métis, poli, cultivé, le gendre idéal.

Pour le fond, l'administration Obama semble privilégier la diplomatie, par nature beaucoup moins coûteuse que la chose militaire.

D'autant plus que le retour de nombreux pontes de l'ancienne administration Clinton , à commencer par Hillary, mais également Holbrooke et Mitchell apparaît comme une gageure d'habileté, sans cependant négliger la fermeté (cf agression du sol européen en 99).

La manoeuvre d'ensemble semble être la suivante. Renouer des liens avec la Russie (cf rencontre Lavrov Clinton, déclarations de Medvedev) et de façon plus surprenante avec l'Iran (message d'Obama), avec comme corollaire une prise de distance avec Israël (et son nouveau gouvernement ultra sioniste).

L'intérêt de la manoeuvre est multiple. L'Irak étant partiellement stabilisé, l'effet majeur américain porte dorénavant sur l'Afghanistan et le Pakistan. Le soutien logistique des militaires américains n'est possible qu'avec l'accord et l'aide des Russes (cf Kirghizstan).

Des Russes plus américanophiles et la main tendue d'Obama pourraient également inciter les Iraniens à agir avec plus de raison. Ce qui pourrait résoudre la question nucléaire et calmer les ardeurs subversives des différentes milices et organisations soutenues par Téhéran, notamment en Irak.

Au final, l'axe Moscou Téhéran Caracas qui semblait poindre, faute de Grand Satan belliqueux, perdrait en vigueur.

Une autre conséquence serait la distanciation voire le lâchage d'Israël, les intérêts des deux entités devenant de plus en plus contradictoires. Washington préférera peut être acheter la stabilité en se dissociant de Tel Aviv qui jouant sa survie, sera prêt à tout, avec comme conséquence l'embrasement du Proche et Moyen Orient.

Pour conclure, une seule certitude : Obama jouera toutes ses cartes pour défendre les intérêts américains. Gardons toujours à l'esprit que le nouveau président américain ne s'est pas forgé tout seul. Une anecdote : un des principaux donateurs de la campagne du candidat démocrate n'est autre qu'AIG, l'assureur américain, dont les pertes causées par la détention d'actifs toxiques ont été compensées par l'argent du contribuable. Autre donateur : Georges Soros ...


August VonK

15.11.2008

Sarko le Russe

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Ou comment le président de la République, qui avant son élection n'avait pas de mots assez durs envers Poutine et rêvait de faire plier Moscou, a fini, au pouvoir, par devenir un partenaire très accommodant. Une enquête de Vincent Jauvert

La scène, qui n'a jamais été racontée, se déroule au Kremlin, le 12 août, en début d'après-midi. Nicolas Sarkozy est seul face à Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev. Il essaie de convaincre les deux Russes d'arrêter les combats en Géorgie et surtout de ne pas prendre Tbilissi. Il sait qu'une grande partie de l'armée russe veut aller jusqu'au bout et renverser Saakachvili. Comment ? Grâce aux interceptions des services secrets français ! Selon une note de la direction du renseignement militaire à ce sujet, certains responsables de l'état-major à Moscou conseillent à leurs chefs de foncer puisque la voie est libre. Sarkozy sait aussi - ou croit savoir qu'un pouvoir géorgien fantoche a été constitué par le Kremlin et qu'il est prêt à prendre la relève.
Le président français interpelle Poutine et Medvedev : «Vous ne pouvez pas faire cela, le monde ne l'acceptera pas.» Poutine réplique dans son langage ordurier habituel : «Saakachvili, je vais le faire pendre par les couilles.» «Le pendre ?» demande le président français, effaré. «Pourquoi pas ? répond le Premier ministre russe. Les Américains ont bien pendu Saddam Hussein.» «Oui, mais tu veux terminer comme Bush ?», rétorque Sarkozy. Poutine est interloqué. Comme Bush ? Il réfléchit puis lâche : «Ah, là, tu marques un point.» C'est gagné : Saakachvili sauve sa tête et ses... Cet échange fleuri, épisode crucial de la geste géorgienne de Sarkozy, nous a été relaté par Jean-David Levitte, le conseiller diplomatique à l'Elysée. Normal : il donne le beau rôle au président français, auquel beaucoup, en Europe comme en France, reprochent d'avoir - par ignorance ou par calcul - trop cédé aux Russes cet été. Même le président du groupe d'amitié France-Russie à l'Assemblée, l'UMP Hervé Mariton, le dit : «Nous avons été h caricature de nous-mêmes, une France faible sur les principes.» «Ce ne sont que sornettes», répond l'onctueux Levitte, alias «Diplomator».
Sornettes ? Pourtant, ce même 12 août à Moscou, Nicolas Sarkozy affirme haut et fort qu'il est «parfaitement normal» que Moscou défende les «russophones à l'extérieur de la Russie», faisant ainsi sienne la propagande néo-impériale du Kremlin. Certes, plus tard, il assure que les Russes vont se retirer sur les positions qu'ils occupaient avant le début de la guerre. Et menace, plusieurs fois, d'en «tirer les conséquences», s'ils ne le font pas. Mais, à ce jour, les Russes ne se sont pas repliés partout. Au contraire, ils ont annexé des morceaux de la Géorgie où ils n'étaient pas présents avant le conflit : la vallée de la Kodori et la ville d'Akhalgori, à soixante kilomètres de Tbilissi. En outre, ils refusent que les observateurs européens pénètrent en Ossétie du Sud et en Abkhazie.
Qu'en dit Nicolas Sarkozy ? Rien. Mieux, ou pis, il applaudit le Kremlin. Ainsi, le 8 octobre, le président français, lors d'une conférence organisée par l'Ifri à Evian (et financée, en partie, par l'oligarque préféré du Kremlin Oleg Deripaska), remercie Medvedev d'avoir «rempli tous ses engagements». Traduction : on peut reprendre le «business as usual» avec le Kremlin et notamment les négociations sur un «partenariat stratégique», à Bruxelles. Bref, il est temps de passer l'éponge et d'accepter les faits accomplis russes dans le Caucase - un «Kosovo à l'envers», selon la formule d'Alain Mine, qui se félicite de l'habileté diplomatique de son ami Sarkozy. «Sarkozy a fait exactement ce que nous espérions : donner, de fait, la bénédiction de la France à l'annexion de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud», dit un officiel russe. Il ajoute : «Rendez-vous compte, il est aujourd'hui le meilleur ami de la Russie en Europe, son meilleur avocat en tout cas. Et nous qui étions si inquiets quand il a été élu ! Qui aurait pu imaginer ce revirement ?»
Et quel revirement ! Conversion ou reniement ? Souvenons-nous. Pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy milite pour la défense des droits de l'homme en Russie et contre la realpolitik façon Jacques Chirac. Il dénonce «le silence sur les 200 000 morts en Tchétchénie» et assure qu'il vaut «mieux serrer la main de Bush que celle de Poutine».
En décembre 2006, il organise un petit déjeuner «Russie» place Beauvau. En catimini, pour ne pas s'attirer les foudres de Chirac, il convie à sa table les critiques plus féroces du Kremlin à Paris. «Sarkozy nous tient alors un discours très antipoutinien, se souvient l'un des participants. Il dit que, s'il entre à l'Elysée, il invitera Garry Gasparov [le champion d'échecs devenu la bête noire de Poutine]. Et il parle avec chaleur de son ami «Micha» Saakachvili.» «A l'époque, il avait des convictions très fortes, résume son conseiller stratégique d'alors, Pierre Lellouche. Enfin, je crois...»
En retour, Poutine bat froid le candidat Sarkozy. Il refuse de l'accueillir au Kremlin quand il est invité à Moscou par son homologue de l'Intérieur. Le président russe ne cache pas sa préférence pour Dominique de Villepin, le poulain de son ami Chirac. Et quand le candidat de l'UMP est élu, le 6 mai, il attend plusieurs jours avant de le féliciter. D'autant que le premier chef d'Etat reçu à l'Elysée par le nouveau président n'est autre que... Saakachvili. «Mais, la campagne finie, dit sans ambages «Diplomator» Levitte, il fallait passer à autre chose : place à la France et à ses intérêts.»

Lire la suitehttp://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2297/articles/...

10.11.2008

La destruction du quartier juif de Tskhinvali par l'armée géorgienne

Lors de son assaut contre la capitale d'Ossétie méridionale, l'armée géorgienne - pourtant alliée d'Israel et équipée en partie par cet Etat - s'est particulièrement acharnée sur le quartier juif de Tskhinvali. La télévision russe a récemment diffusée un reportage sur cet évènement et on a pu voir des juifs d'Ossétie revenir dans leur quartier de Tskhinvali afin d'y constater les ravages causés par les troupes de Tbilisi.
 
Sur ce sujet:
Ossétie du Sud: les Juifs russophones appuient l'idée d'un Tribunal International
 
Ossétie du Sud: le chef de la mission APCE "choqué" par les destructions
Gilles-Emmanuel Jacquet

16.09.2008

Géorgie : le point de non retour ... Une déstabilisation programmée

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Une fois de plus un grand merci Jean pour ton analyse et cette marque de confiance...
La crise géorgienne est au cœur d’une lutte d’influence entre les puissances russe et américaine, les deux anciens ennemis de la guerre froide. Désormais, chaque acteur cherche à se repositionner sur le grand échiquier eurasien en vue de contrôler le cœur politico-économique du nouveau monde et d’y stabiliser une forme nouvelle de domination. La ‘’guerre tiède’’, que nous avions annoncée, il y a peu, est là…

Mais cette crise est surtout un retour de bâton, s’appuyant sur le précédent du Kosovo. Le processus douteux de l’indépendance du Kosovo - en violation des principes onusiens - peut en effet, à lui seul, justifier l’indépendance autoproclamée des républiques d’Ossétie du sud et d’Abkhazie. Avec une certaine légitimité - et dans le cadre des règles internationales - la Russie a profité de l’agression géorgienne pour renforcer ses positions, montrer sa capacité à défendre ses "nationaux" (ossètes et abkhazes) et surtout, empêcher un génocide programmé. V. Poutine a ainsi confirmé, le 8/09/2008, que la Russie s’est conduite au cours de cette crise ‘’de façon tout à fait morale, dans le cadre du droit international’’. En d’autres temps et d’autres lieux - en ex-Yougoslavie, lors de l’intervention meurtrière de l’Otan en 1999 - on aurait appelé cela le ‘’devoir d’ingérence humanitaire’’. Il s’agit donc d’éviter une lecture du droit international à géométrie variable, présentant la Russie comme un agresseur et digne héritier de l’axe (communiste) du mal.

Depuis la chute du communisme en 1991, la Géorgie apparaît comme un double symbole géopolitique : d’une part comme celui de l’avancée américaine en zone post-soviétique, d’autre part, comme celui du déclin de la puissance russe dans sa zone de domination historique. Globalement, la Géorgie est le symbole de l’extension post-guerre froide de la sphère euro-atlantique, doublement centrée sur la compression de la puissance russe et le contrôle des ressources énergétiques. Cela s’inscrit, sur long terme, dans une stratégie américaine structurellement anti-russe et visant à réduire l’influence eurasienne de Moscou par l’intégration des ex-républiques soviétiques. Cette stratégie offensive a été théorisée par Zbigniew Brzezinski : ‘’L’extension de l’orbite euro-atlantique rend impérative l’inclusion des nouveaux États indépendants ex-soviétiques (…)’’. Longtemps marginalisée et blessée, l’orgueilleuse Russie est à la recherche d’une identité perdue et surtout, désireuse de revanche. La crise géorgienne, suite à l’attaque délibérée du 8 août 2008, en a été le catalyseur.

Aujourd’hui, cet État post-soviétique se retrouve au cœur d’une lutte pour le contrôle de l’Eurasie, zone stratégique pour la domination du monde. Cela explique l’instrumentalisation politique de l’Otan comme vecteur d’influence, dans l’axe de la ligne Brzezinski focalisée contre les intérêts russes en Eurasie : ‘’le champ d’action stratégique de l’Alliance atlantique est appelé à s’élargir à l’ensemble eurasien’’. Sur ce point, Z. Brzezinski précise, en particulier, que ‘’la responsabilité de la stabilisation du Caucase’’ devrait échoir ‘’pour une part déterminante, à l’Otan’’ ( !). Le célèbre stratège n’hésite pas à prôner un ‘’pacte de stabilité pour le Caucase’’ - verrouillé par l’Otan - sur le ‘’modèle du pacte de stabilité dans les Balkans’’ ( !). Or l’histoire récente montre que de tels ‘’pactes’’ servent de levier à l’influence politique américaine. Dans ce schéma, on peut comprendre l’ingérence américaine en Géorgie, place stratégique du Caucase.

La Géorgie apparaît véritablement comme un pivot géopolitique dans la stratégie américaine du ‘’rôle back’’ (reflux) de la puissance russe, prônée par Brzezinski. En d’autres termes, elle est une pièce clé de l’échiquier eurasien. L’objectif implicite de Washington est de détacher la zone post-soviétique (CEI) de la domination russe, en vue d’y instaurer un ‘’pluralisme’’ politiquement orienté. Or cet objectif a été partiellement réalisé par la main mise de Washington sur le Caucase sud (principalement l’Azerbaïdjan et la Géorgie) et l’Ukraine, par le biais d’une triple ingérence politique, économique et militaire. De suspectes ‘’révolutions de couleur’’ (libérales) ont précipité ce basculement dans le camp occidental. En fait, ces révolutions politiques ont été ‘’encouragées’’ (et planifiées) par le vertueux État américain, porteur du ‘’flambeau de la liberté’’, au nom d’une mission libérale confiée par l’histoire et destinée à étendre la ‘’paix démocratique’’.

Désormais, ces stratégies politiquement insidieuses, à visée manipulatrice, sont perçues par le discours stratégique russe comme des ‘’menaces principales’’. Cela est attesté par le général d’armée Makhmout Gareev, président de l’Académie des sciences militaires de Moscou, lors de sa présentation des grandes lignes de la nouvelle doctrine militaire russe, le 20 janvier 2007 : ‘’L’expérience de la désagrégation de l’URSS, de la Yougoslavie, des ’’révolutions colorées’’ en Géorgie, en Ukraine, en Kirghizie et dans d’autres régions du monde est là pour nous convaincre que les principales menaces sont mises à exécution moins par des moyens militaires que par des moyens détournés’’. Or, à terme, ces stratégies d’ingérence géopolitique ont fini par exacerber l’instabilité nationaliste des zones caucasienne et centre-asiatique. En quelque sorte, une déstabilisation programmée.

Aujourd’hui, les crises nationalistes en zone post-soviétique tendent à être instrumentalisées par les deux super-puissances dans leur stratégie d’influence. L’État américain les a notamment utilisé pour déstabiliser l’autorité russe dans la région et se substituer à cette dernière. De son coté, en réaction, la Russie n’hésite pas à surfer sur ces instabilités pour accélérer son retour. Mais il s’agit là d’une réponse légitime à une politique américaine agressive menaçant ses intérêts nationaux et ses prérogatives historiques, dans l’optique finale d’éroder sa puissance. Ainsi Igor Chouvalov, vice-premier ministre de la Russie, a reconnu que ‘’certains tentent actuellement de freiner notre puissance’’. Il y a, pour Moscou, des lignes rouges à ne pas franchir. Car la Géorgie se trouve au cœur du glacis sécuritaire - l’actuelle CEI - que la Russie s’est efforcée de construire, tout au long des siècles, pour faire face aux menaces extérieures latentes.

La Géorgie (avec l’Ukraine et l’Azerbaïdjan) espère bientôt intégrer le bloc occidental par le biais des institutions de l’UE et de l’Otan. Et c’est surtout cette intégration à l’Otan que redoute Moscou, dans la mesure où elle élargirait la zone d’intervention potentielle de l’Otan - bras armé de l’Amérique - aux portes de la Russie. Cela est dénoncé, sans ambages, par l’ancien Premier ministre russe, E. Primakov : ‘’L’extension de l’Otan s’accompagne d’une rhétorique anti-russe ainsi que d’une politique offensive des Etats-Unis dans les ex-républiques soviétiques’’. Il s’agit donc d’une véritable provocation, au cœur même d’un espace post-communiste défini par Moscou comme partie intégrante de ses ‘’intérêts vitaux’’. Cela explique la ferme réaction du ministre russe des affaires étrangères, S. Lavrov : ‘’Nous ferons tout pour empêcher l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan et prévenir ainsi une inévitable dégradation de nos relations avec l’Alliance, ses principaux membres et nos voisins’’. Par ailleurs, cette intégration permettrait à la fois l’extension des bases militaires américaines et celle (éventuelle) du bouclier anti-missile ABM. Autrement dit, cela concrétiserait l’encerclement stratégique de la puissance russe, la conduisant à se sentir comme une cible potentielle. Un véritable cauchemar pour cette dernière, d’autant plus que la Géorgie est au centre des couloirs énergétiques contrôles par l’Amérique en vue de contourner et isoler Moscou.

En soutenant l’indépendance (reconnue le 28 août) des républiques d’Ossétie du sud et d’Abkhazie, Moscou cherche à garder une présence politico-militaire dissuasive en Géorgie et à freiner l’expansion provocante de l’Otan à son Etranger proche (la CEI), perçue comme un réflexe de la guerre froide – et comme une violation des promesses occidentales. D’autant plus que l’Etranger proche, défini comme sa zone d’influence politique, reste la première priorité de sa politique extérieure et le vecteur de sa stratégie de puissance. Ce faisant, la Russie veut montrer à l’Occident ‘’qu’elle n’est pas la Serbie’’ et qu’elle est prête à défendre ses intérêts nationaux, jusqu’au bout. Ce durcissement de la politique russe est considéré par Washington comme une résurgence de l’impérialisme soviétique. ‘’Le but de la Russie est de retrouver l’influence du temps de l’URSS’’ a ainsi récemment affirmé le vice président américain, Dick Cheney. Avec une troublante certitude, Z. Brzezinski a confirmé que la Russie n’a pas ‘’entièrement rompu avec ses ambitions impériales’’. Se sentant trahie par l’Occident et estimant qu’elle a trop reculé depuis l’implosion de l’URSS, la Russie a retrouvé ses forces (économique et militaire) et sa fierté nationale. Et elle veut faire de la Géorgie une preuve éclatante de son retour sur la scène internationale. L’enjeu, sous-jacent, est de retrouver une certaine crédibilité géopolitique.

En définitive, c’est le statut post-impérial de la Russie qui se joue. Depuis la phase post-communiste, la Russie cherche d’une part à s’insérer dans le nouvel Ordre mondial qu’elle espère ‘’plus juste’’ et d’autre part, à reconstruire son identité internationale. Mais face à l’hostilité américaine, elle veut garder un droit de regard sur son espace périphérique, source potentielle d’instabilités politique et sécuritaire. Cela explique et justifie son acharnement à défendre les causes ossète et abkhaze, au nom de principes moraux supérieurs et ce, quels qu’en soient les coûts. Sa survie, et son retour comme grande puissance, en dépendent.

Jean Géronimo , Docteur en Économie. ( Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr )

mardi 16 septembre 2008

15.09.2008

Les femmes parachutistes russes prêtent serment

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La première section féminine de cadets a prêté serment à l'Ecole militaire supérieure des troupes aéroportées de Riazan

10.09.2008

РГРК «Голос России»

110808119.jpgLe 8 septembre, dans la résidence du chef d’état russe aux environs de Moscou, les présidents de Russie et de France, Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy qui préside l’Union Européenne en ce moment, ont eu des entretiens pour concerter des points supplémentaires dans le plan adopté auparavant du règlement de la situation autour de la crise en Géorgie. Une conférence de presse conjointe des présidents de Russie et de France a clos la rencontre. Nous proposons à votre attention quelques points essentiels de cette conférence. Le chef d’état russe Dmitri Medvedev a pris la parole le premier.
Le président sarkozy a noté qu’il se prononcerait au nom de monsieur Barroso, de Bernard Kouchner, de monsieur Solana et il a dit qu’il présenterait dans son intervention le résumé des accords obtenus par la délégation de l’UE avec le président Medvedev.
Ensuite, les chefs d’état russe et français ont répondu aux questions des journalistes. Nous proposons à votre attention certaines de ces réponses. Le correspondant de la chaine Russia Today a demandé : Comment appréciez-vous la position de l’UE face à la situation en Géorgie ?
Voici l’avis du président français sur l’avenir des relations entre l’UE et la Russie…
Une question au président russe : « Que pensez-vous sur la nécessité d’élaborer une nouvelle conception de la sécurité internationale ? Ne croyez-vous pas que depuis l’Irak, le Kosovo, l’Ossétie du sud, tout s’est écroulé ? »
Le correspondant de Libération pose la dernière question aux deux présidents : <audio>

07.09.2008

Le couloir eurasien: Géopolitique des pipelines et la nouvelle guerre froide

La crise actuelle dans le Caucase est étroitement liée au contrôle stratégique des oléoducs de ressources énergétiques et les couloirs de transport.  Il est évident que l'attaque géorgienne du 7 août dernier en Ossétie du Sud avait été soigneusement planifiée.  Des consultations de haut niveau ont été tenues avec les États-Unis et l'OTAN dans les mois qui ont précédé les attaques.  Les attaques contre l'Ossétie du Sud sont survenues une semaine après que les États-Unis et la Géorgie aient terminé leurs imposants exercices militaires (du 15 au 31 juillet 2008).  Les attaques ont également été précédées par d’importantes réunions au sommet organisées sous l'égide du GUAM, une alliance régionale militaire parrainée par les États-Unis et l'OTAN. 


 

Le 1er et le 2 juillet 2008 : Sommet de l’alliance militaire GUAM à Batoumi, en Géorgie. 

 

Le 1er juillet : « Un sommet US-GUAM » en marge du sommet officiel GUAM. 

 

Du 5 au 12 juillet : Le ministère de la Défense russe réalise des exercices militaires dans la région du Caucase du Nord sous le nom de code « Caucase Frontier 2008. » 

 

Le 9 juillet 2008 : La Chine et le Kazakhstan annoncent le commencement de la construction d’un pipeline de gaz naturel reliant le Kazakhstan et la Chine (KCP). 

 

Du 15 au 31 juillet : Les États-Unis et la Géorgie font des exercices militaires conjoints sous le nom de code Opération « Immediate Response. » Un millier de militaires US participent à ces exercices militaires. 

 

Le 7 août : Les forces terrestres et les forces aériennes géorgiennes attaquent l'Ossétie du Sud. 

 

Le 8 août : Les forces russes interviennent en Ossétie du Sud.

 

Le 14 août 2008 : La signature de l’accord américano-polonais à l’égard du déploiement d’un système de « missiles intercepteurs US » sur le sol polonais.    Introduction: Le lieu du sommet de l’alliance militaire GUAM 


 

Au début du mois de juillet 2008, un sommet régional s’est tenu dans la ville géorgienne de Batoumi, sous les auspices du GUAM. 

 

La GUAM est une alliance militaire entre la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie qui s’est réunie pour la première fois en 1997.  Depuis 2006, suite au retrait de l'Ouzbékistan, l’alliance militaire GUAM a été rebaptisée: L'Organisation pour la démocratie et le développement économique - GUAM. 

 

GUAM a peu à voir avec « la démocratie et le développement économique. »  Cette alliance est de facto un appendice de l'OTAN.  Elle a été utilisée par les États-Unis et par l'Alliance Atlantique pour étendre leur zone d'influence au cœur de l'ancienne Union soviétique. 

 

À titre d’alliance militaire, le principal objectif de GUAM est de « protéger » l'énergie et les couloirs de transport, pour le compte des gigantesques sociétés pétrolières anglo-américaines.

 

Les pays membres de GUAM sont également les bénéficiaires de l’aide et de l’entraînement militaire des États-Unis et de l'OTAN.  La militarisation de ces corridors est un élément central dans la planification des États-Unis et de l'OTAN.  L’adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine à l'OTAN fait partie du programme de contrôle de l'énergie et des axes de transport reliant le bassin de la mer Caspienne à l'Europe occidentale. 

 

Sous la présidence du président Saakashvili, la rencontre au sommet GUAM tenue les 1er et 2 juillet 2008 à Batoumi, portait principalement sur la question relative au pipeline et aux couloirs de transport.  Le thème du Sommet était « GUAM – L’intégration à l'Europe orientale » et d’un point de vue économique et stratégique militaire, avait essentiellement pour objectif d'isoler la Russie. 

 

Les présidents de l'Azerbaïdjan, de la Géorgie et de l'Ukraine (respectivement Ilham Aliyev, Mikheil Saakashvili et Viktor Yushchenko) étaient présents au Sommet,  de même que les présidents de la Pologne, Lech Kaczynski, et de la Lituanie, Valdas Adamkus.  Le chef d’État de la Moldavie a tout simplement refusé de participer à ce sommet.  

 

 

 

Carte 1: La Géorgie 

 

 

L'affaiblissement de la Russie 

 

L’ordre du jour du Sommet du GUAM visait à saper l'influence de Moscou dans le Caucase et en Europe de l'Est.  Le président polonais y assistait. 

 

Les installations militaires des États-Unis et de l'OTAN en Europe de l'Est, qui se composent entre autre d’un bouclier de défense anti-missiles, sont étroitement liées à l'évolution de la situation géopolitique dans le Caucase.  À peine une semaine après le bombardement de l'Ossétie du Sud par les forces géorgiennes, les États-Unis et la Pologne signaient un accord (le 14 août) qui permettrait  à l'US Air Force de déployer des « missiles intercepteurs » sur le sol polonais : 

 

« ... Tel que les stratèges militaires l’ont fait remarquer, des missiles US en Pologne représentent une réelle menace existentielle à la présence future de la Russie. Le gouvernement russe a plusieurs fois émis des avertissements depuis que ces projets étasuniens furent dévoilés au début de 2007. Aujourd’hui, en dépit des nombreuses démarches diplomatiques de la Russie visant à parvenir à un accord avec Washington, l'administration Bush, suite à l’humiliante défaite US en Géorgie, a fait pression sur le gouvernement polonais pour qu’il finisse par signer le pacte. Les conséquences pourraient être désastreuses pour l'Europe et pour toute la planète. » (William Engdahl,  Défense anti-missile: Le Monde se rapproche d'une guerre à cause de Washington) 

 

Le Sommet « US-GUAM »

 

Pratiquement passé sous silence par les médias, un soi-disant « Sommet US-GUAM » avait également lieu le 1er juillet en marge du Sommet officiel de l’alliance militaire GUAM. 

 

Le vice-secrétaire d'état, David Merke,l a rencontré les deux délégations derrières des portes closes, la délégation GUAM et la délégation non-GUAM.  Plusieurs réunions bilatérales se sont déroulées,  notamment une réunion de l’alliance GUAM avec la Pologne (au cours de laquelle la question du bouclier de défense anti-missiles sur le territoire polonais a fort probablement été conclue). Des séances privées se sont également déroulées les 1er et 2 juillet à la résidence du président géorgien.  

 

 

 

 

Des exercices militaires conjoints américano-géorgiens  

 

À peine deux semaines après le Sommet GUAM qui s’est tenu le 1er et le 2 juillet 2008, des exercices militaires conjoints américano-géorgiens débutaient sur la base militaire de Vaziani, près de Tbilissi. 

 

Un millier de soldats étasuniens et six cent soldats géorgiens commençaient un entraînement militaire dans le cadre de l'opération « Immediate Response ». Les troupes étasuniennes étaient composées de l'US Air Force, de l’US Army, des Marines et de la Garde nationale.  Si un scénario de guerre en Irak avait été envisagé, les exercices militaires auraient servi de répétition générale à une prochaine opération militaire.  Les exercices militaires ont pris fin le 31 juillet soit, une semaine avant le début des attaques géorgiennes du 7 août en Ossétie du Sud. 

 

Les troupes de l'Ukraine et de l'Azerbaïdjan, tous deux membres de l’alliance GUAM, ont également participé à l'opération « Immediate Response ». Par ailleurs, l’Arménie, qui est un allié de la Russie et un fervent adversaire de l'Azerbaïdjan,  a, de manière totalement inattendue, également pris part à ces exercices militaires. Ces exercices ont servi à créer les conditions favorables à l’entrainement et au travail conjoint des  forces azéries et arméniennes :   « train and work together »  (ce, dirigé définitivement contre la Russie).

 

Le Brigadier Général William B. Garrett, commandant des Forces armées US au sud-est de l'Europe, était responsable de la coordination des exercices militaires conjoints américano-géorgiens.  

 

 

 

Général William B. Garrett et le président géorgien Mikhail Saakashvili 

 

 

Les exercices militaires de la Russie dans le Caucase du Nord 

 

La Russie a effectué des exercices militaires d’envergure dans lesquelles ont pris part quelques 8000 membres du personnel militaire, 700 unités de blindés et plus de 30 avions (dans les Républiques du Caucase du Nord de la Fédération russe, le 5 juillet. (Georgian Times, 28 juillet 2008). 

 

Les exercices militaires russes ont été explicitement réalisés en réponse aux menaces à la sécurité en Abkhazie et en Ossétie du Sud.  Les exercices, baptisés « Caucasus Frontier 2008 », impliquaient des unités de la 58e Armée et de la 4e Armée de l’air, stationnées dans le district militaire du Caucase du Nord. 

 

Un porte-parole du ministère russe de la Défense a reconnu que les manœuvres militaires menées dans le District fédéral du Sud ont été réalisées en réponse à « une escalade des tensions dans les régions géorgiennes de l'Abkhazie et de l'Ossétie,... [et] que le district militaire du Caucase du Nord de la Russie était prêt à fournir une assistance aux soldats russes de maintien de la paix en Abkhazie et en Ossétie du Sud en cas de besoin. » (Georgian Times, 28 juillet 2008, RIA-Novosti, 5 juillet 2008) 

 

Ces unités du district militaire du Caucase du Nord (Armée et Forces aériennes) ont ensuite été utilisées pour diriger la contre-attaque russe à l'encontre de forces géorgiennes en Ossétie du Sud le 8 août. 

 

Les pipelines géopolitiques 

 

La question centrale de l’alliance GUAM et de l’OTAN, au Sommet GUAM de juillet à Batoumi, était la route du pipeline Odessa-Brody-Plotsk (Plotsk : la ville de Plock sur la Vistule en Pologne) (OBP)  (voir les cartes 3 et 4), qui permet de transporter le pétrole d'Asie centrale via la ville d’Odessa jusqu’en Europe du Nord, en contournant le territoire russe.  Un prolongement de la ligne OBP jusqu’au port de Gdansk, sur les rives de la Baltique en Pologne, est également envisagé. 

 

Il convient de noter que le pipeline OBP rejoint également l’oléoduc Friendship Pipeline de la Russie (oléoduc Droujba) par un accord signé avec la Russie. 

 

L'objectif de Washington consiste en définitive à affaiblir et à déstabiliser le réseau de pipelines de la Russie - dont le Friendship Pipeline et le Baltic Pipeline System (BPS) - et leurs divers couloirs destinés au marché de l’énergie de l’Europe occidentale. 

 

Il convient de noter que la Russie a construit un couloir , dans le réseau de pipelines Droujba, par lequel un oléoduc transite par la Biélorussie, en évitant ainsi de passer par l'Ukraine.  (Voir les cartes 2 et 3 ci-dessous) 

 

Le système d’oléoducs de la Baltique (BPS) , également exploité par la société russe Transneft,  relie la ville de Samara en Russie au terminal pétrolier de Primorsk dans le golfe de Finlande.  (Voir carte ci-dessous)

 

 

Ce couloir transporte du pétrole brut en provenance de la Sibérie occidentale russe jusqu’aux marchés de l’Europe occidentale et de l’Europe du Nord. 

 

Un autre système de pipelines stratégiques, en grande partie contrôlée par la Russie, est le Consortium pétrolier de la Caspienne (CPC). Le CPC est une coentreprise entre la Russie et le Kazakhstan, avec la participation d’actionnaires de certaines sociétés pétrolières du Moyen-Orient. 

 

Le Système de pipelines de la Baltique (BPS) est rattaché à l’oléoduc Atyrau-Samara (AS), une coentreprise entre la société russe Transneft et la société KazTransOil (l’opérateur du Réseau national d’oléoducs du Kazakhstan).  De son côté, l'oléoduc AS est relié avec le Consortium pétrolier de la Caspienne (CPC), un consortium impliquant la Russie et le Kazakhstan, qui pompe du pétrole brut du gisement pétrolier Tengiz à Atyrau (au Kazakhstan occidental) jusqu’au terminal pétrolier russe du CPC près de Novorossisk sur la côte de la mer Noire. 

 

Le 10 juillet 2008, à peine une semaine après le Sommet GUAM, Transneft et KazTransOil ont annoncé qu'ils étaient en pourparlers pour accroître la capacité de l'oléoduc Atyrau-Samara de 16 à 26 millions de tonnes de pétrole par année.  (RBC Daily, le 10 juillet 2008). 

 

 

Le couloir de transport GUAM 

 

Les gouvernements de l’alliance GUAM représentés au Sommet GUAM de Batoumi ont également approuvé la poursuite du développement du couloir de transport GUAM (GTC), qui complète le controversé oléoduc de Bakou Tbilissi Ceyhan (BTC).  Celui-ci relie le bassin de la mer Caspienne à la Méditerranée orientale, en passant par la Géorgie et la Turquie, tout en contournant le territoire russe.  L’oléoduc BTC est contrôlé par un consortium pétrolier dirigé par British Petroleum. 

 

Les couloirs du GTC et du BTC sont protégés militairement par l’alliance GUAM et par l'OTAN. 

 

Les corridors du GTC relieraient la capitale azérie de Bakou sur la Caspienne au port géorgien de Poti/Batoumi sur la mer Noire, permettant ainsi de relier le port ukrainien d’Odessa de la mer Noire.  (Et à partir d'Odessa, d’être alors relié par voies maritimes et par voies terrestres à l'Europe occidentale et à l’Europe du Nord). 
 

 

Carte 2: Couloirs stratégiques des oléoducs.  BTC, Friendship Pipeline, Système de Pipeline de la Baltique (BPS), CPC, AS 

 



Carte 3.  Le système d'oléoduc Druzhba  

 

 
 

Carte 4 : Europe de l'Est.  Plock sur la Vistule 

 

 

Le pipeline Bakou Tbilissi Ceyan (BTC) 

 

Le pipeline BTC contrôlé par British Petroleum, et inauguré en 2006 au plus fort de la guerre du Liban, a radicalement changé la géopolitique de la Méditerranée orientale. Il est à présent relié, par un corridor d’énergie, au bassin de la Caspienne: 

 

« [Le pipeline BTC] transforme considérablement le statut des pays de la région et cimente une nouvelle alliance pro-occidentale. Ayant pris l’oléoduc vers la Méditerranée, Washington a pratiquement créé un nouveau bloc avec l'Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie et Israël, » (Komerzant, Moscou, 14 juillet 2006)  

 

 

 

 

 Carte 5.  L’oléoduc Bakou Tbilissi Ceyan (BTC) 

 

 

La géopolitique des pipelines et le rôle d'Israël

 

Israël fait maintenant parti de l’axe militaire anglo-américain, qui sert les intérêts des mégapétrolières occidentales au Moyen-Orient et en Asie centrale.  Comme il fallait s'y attendre, Israël a conclu des accords de coopération militaire avec la Géorgie et l'Azerbaïdjan. 

 

Bien que les rapports officiels indiquent que le BTC « transporte du pétrole aux marchés occidentaux », on révèle rarement qu’une partie du pétrole de la Caspienne devrait être acheminé directement vers Israël.  À cet égard, un projet d’oléoduc sous-marin israélo-turc a été envisagé afin de relier Ceyhan au port israélien d'Ashkelon et, de là, par le système principal d’oléoduc d’Israël jusqu’à la mer Rouge. 

 

L'objectif d'Israël n'est pas seulement d'acquérir du pétrole de la mer Caspienne pour ses propres besoins de consommation, mais aussi de jouer un rôle central dans la réexportation du pétrole de la mer Caspienne aux marchés asiatiques via le port d'Eilat de la Mer Rouge.  Les implications stratégiques de ce réacheminement du pétrole de la mer Caspienne sont majeures. 

 

On envisage de relier le BTC avec le Trans-Israël-Eilat-Ashkelon, ( connu sous le nom de Tipline israélien) depuis Ceyhan jusqu’au port israélien d'Ashkelon,.  (Pour de plus amples détails, voir Michel Chossudovsky, La guerre au Liban et la bataille pour le pétrole, Mondialisation, 26 juillet 2006) .   

 

 

 
Map No 6. Trans-Israel Eilat-Ashkelon pipeline

 

Carte 6.  Trans-Israël Eilat-Ashkelon pipeline   

 

 

La Stratégie de la Route de la Soie : le système de sécurité trans-eurasien

 

La Stratégie de la Route de la soie (SRS) constitue la pierre angulaire de la politique étrangère américaine dans l'après-guerre froide.

La SRS a été formulée sous la forme d’un projet de loi présenté au Congrès des États-Unis en 1999.  Il s’agissait ainsi de créer un réseau de transport d’énergie reliant l'Europe occidentale à l'Asie centrale et, éventuellement, au Moyen-Orient. 

 

La Stratégie de la Route de la soie est définie comme un « système de sécurité trans-eurasien ».  La SRS en appelle à la « militarisation du couloir eurasien » comme partie intégrante de la « Grande stratégie » (« Great Game »). L'objectif, tel qu'il est formulé dans le cadre du projet de loi concernant la Stratégie de la Route de la Soie de mars 1999, consiste à développer un empire économique américain tout le long d'un vaste couloir géographique.

 

Bien que le projet de loi SRS de 1999 (HR 3196) ait été sanctionné par la Chambre des représentants, il n'est jamais entré en vigueur. Malgré ce recul législatif, la Stratégie de la Route de la soie est devenue, sous le gouvernement Bush, de facto la base de l'interventionnisme US et de l'OTAN, ce essentiellement en vue d'intégrer les anciennes Républiques soviétiques du Caucase du Sud et de l'Asie centrale dans la sphère d'influence des États-Unis. 

 

La mise en œuvre réussie de la Stratégie de la Route de la soie nécessite la « militarisation » de l'ensemble du corridor eurasien depuis la Méditerranée orientale jusqu’aux frontières communes de la Chine occidentale et de l'Afghanistan, comme moyen de s'assurer du contrôle des importantes réserves pétrolières et gazières, ainsi que pour « protéger » les pipelines et les couloirs de commerce. L'invasion de l'Afghanistan en octobre 2001 a servi à soutenir les objectifs stratégiques des États-Unis en Asie centrale, y compris le contrôle des couloirs.  L’Afghanistan longe la frontière occidentale de la Chine.  Il s’agit également d’un pont terrestre stratégique reliant l’imposante richesse pétrolière du bassin de la Caspienne à la mer d'Oman. 

 

Le processus de militarisation dans le cadre de la SRS est en grande partie dirigée contre la Chine, la Russie et l'Iran.  La SRS demande : 

 

« Le Développement de liens politiques, économiques, et des liens de sécurité entre les pays du Caucase du Sud et de l'Asie centrale, alors que l'Occident favorisera la stabilité dans cette région qui est vulnérable aux pressions politiques et économiques provenant du Sud, du Nord et de l’Est. [Le Nord signifie ici la Russie, le Sud l'Iraq, l'Iran et le Moyen-Orient et l’Est, la Chine.] (106th Congress, Silk Road Strategy Act of 1999)

 

L'adoption d'une politique néolibérale sous les conseils du FMI et de la Banque mondiale fait partie intégrante de la SRS, qui vise à favoriser « l'économie du marché libre... [qui] fournira des incitations positives aux investissements privés internationaux, l'accroissement des échanges et d'autres formes d'interactions commerciales. » (Ibid). 

 

Un accès stratégique au pétrole et au gaz du Caucase du Sud et de l'Asie centrale est un élément majeur de la Stratégie de la Route de la soie: 

 

« La région du Caucase du Sud et de l'Asie centrale pourrait produire une quantité suffisante de pétrole et de gaz pour réduire la dépendance énergétique des États-Unis envers l'instable région du golfe Persique. » (Ibid) 

 

La SRS consiste également à empêcher les anciennes Républiques soviétiques de développer leurs propres liens de coopération économique, politique et militaire ainsi que de les empêcher à nouer des liens plus importants avec la Chine, la Russie et l'Iran.  (Voir Michel Chossudovsky, America's "War on Terrorism", Global Research, Montréal, 2005).  

 

À cet égard, la formation du GUAM en 1997, visait à intégrer les anciennes Républiques soviétiques dans des accords de coopération militaire avec les États-Unis et l'OTAN, afin de les empêcher de rétablir leurs liens avec la Fédération de Russie. 

 

En vertu du projet de loi sur la SRS de 1999, le terme « pays du Caucase du Sud et de l’Asie centrale », comprend l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l'Ouzbékistan.  (106th Congress, Silk Road Strategy Act of 1999).   

 

En fait, la stratégie des États-Unis n’a pas rencontré son objectif déclaré: Considérant que l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Géorgie sont devenus de facto des protectorats des États-Unis, le Kirghizistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan, l'Arménie et la Biélorussie sont, d'un point de vue géopolitique, aligné avec Moscou. 

 

Ce vaste réseau eurasien de couloirs de transport d'énergie a été défini par Washington dans le cadre de la sphère d'influence des États-Unis: 

 

« Dans la région de la Caspienne et de la mer Noire, l'Union européenne et les États-Unis se sont concentrés sur la mise en place d'une chaîne logistique fiable pour relier l'Asie centrale à l'Union européenne par l'intermédiaire du Caucase central et de la Turquie/Ukraine.

 

Les routes constituent la pièce maîtresse du projet INOGATE (un système intégré de communication le long des couloirs qui transportent les ressources en hydrocarbures vers l'Europe) et du projet TRACECA (couloir multicanaux Europe-Caucase-Asie).  Les routes de transport et de communication du projet TRACECA sont nées de l'idée de la Grande Route de la soie (la voie eurasienne de communication traditionnelle depuis l'antiquité).  Ce projet  comprenait les ports géorgiens et turcs de la mer Noire (Poti, Batoumi, et Ceyhan), les chemins de fer de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan, l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, les voies maritimes des traversiers qui relient le Turkménistan et le Kazakhstan à l'Azerbaïdjan à travers la Caspienne (Turkmenbashi-Bakou; Aktau-Bakou), les chemins de fer et les autoroutes en cours de construction au Turkménistan, en Ouzbékistan, au Kirghizistan, au Kazakhstan, de même que ceux de la Chine, ainsi que les terminaux chinois donnant sur l’océan Pacifique, le tout constituant des éléments importants du méga-couloir stratégique. » (Voir GUAM and the Trans-Caspian Gas Transportation Corridor: Is it about Politics or Economics?). 

 

 

Le gazoduc Kazakhstan-Chine (KCP) 

 

À peine quelques jours après le Sommet GUAM à Batoumi, la Chine et le Kazakhstan ont annoncé (le 9 juillet 2008) le début des travaux de construction d’un gazoduc de 1300 kilomètres. La cérémonie inaugurale s’est tenue près de la capitale du Kazakhstan, Almaty. 

 

Le gazoduc qui doit être construit en plusieurs étapes devrait commencer le pompage de gaz en 2010.  (Voir silkroadintelligencer.com, 9 juillet 2008) 

 

 

« La nouvelle route de transit fait partie d'un plus vaste projet de construction de deux gazoducs reliant la Chine avec d’importantes réserves de gaz naturel en Asie centrale. Les tuyaux s'étendront sur plus de 7000 kilomètres du Turkménistan, en traversant l'Ouzbékistan et le Kazakhstan, pour entrer dans la région Nord-Ouest du Xinjiang en Chine. L’Ouzbékistan a débuté ce mois-ci la construction de son tronçon et le Turkménistan a débuté l’an dernier la construction de son tronçon. » (Ibid)  

 

 

 

Carte 7. Le gazoduc Kazakhstan-Chine Pipeline (KCP) 

 

La Compagnie pétrolière nationale de la Chine (CNPC), qui est l'opérateur principal du consortium, « a signé une entente avec les États et les entreprises de pétrole et de gaz du Turkménistan, de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan en leur donnant 50 % des parts de leur tronçon respectif du gazoduc. » 

 

Le projet de gazoduc KPC empiète sur les intérêts stratégiques des États-Unis en Eurasie.  Il sape la logique de la Stratégie de la Route de la soie des États-Unis. Le gazoduc KCP fait partie d'une concurrence eurasienne dans la stratégie de transport de l'énergie, largement dominé par la Russie, l'Iran et la Chine. 

 

 

La stratégie de concurrence eurasienne protégée par l'alliance militaire OCS-OTSC 

 

Les couloirs concurrentiels eurasiens sont protégés (contre l'empiétement des États-Unis et de l'OTAN) par deux alliances militaires régionales: l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS)  et l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC)  

 

L'OCS est une alliance militaire entre la Russie et la Chine et de plusieurs anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale dont le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan.  L'Iran a le statut d'observateur à l'OCS. 

 

L’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC)  , qui joue un rôle géopolitique majeur en ce qui concerne les couloirs de transport de l'énergie, travaille en étroite collaboration avec l'OCS.  L'OTSC regroupe les États membres suivants: l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. 

 

Plus important encore, depuis 2006, les pays membres de l'OCS et de l'OTSC ont mené conjointement des exercices militaires et ils collaborent activement avec l'Iran. 

 

En octobre 2007, l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) et l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ont signé un Mémorandum d'accord, qui jette les bases pour une coopération militaire entre les deux organisations.  Cet accord OCS-OTSC, à peine évoqué par les médias occidentaux, constitue la création d'une véritable alliance militaire entre la Chine, la Russie et les États membres de l'OCS et de l’OTSC.  Il est intéressant de noter que l’OTSC et l'OCS ont tenu des exercices militaires conjoints en 2006, qui ont coïncidé avec ceux réalisés par l'Iran.  (Pour plus de détails, voir Michel Chossudovsky, Russia and Central Asian Allies Conduct War Games in Response to US Threats, Global Research, août 2006) 

 

Tout en demeurant distinctes d'un point de vue organisationnel, dans la pratique, ces deux alliances militaires régionales (l’OCS et l’OTSC) constituent un seul bloc militaire, qui confronte l'expansionnisme des États-Unis et de l'OTAN en Asie centrale et dans le Caucase. 

 

Le cercle complet

 

Les États-Unis et l'OTAN, qui protègent les couloirs d’énergie et de transport eurasiens de la SRS, prévoient relier l'Asie centrale à l'Extrême-Orient, tel qu’indiqué dans la Stratégie de la Route de la soie.  À l'heure actuelle, les couloirs de l’Est reliant l'Asie centrale vers la Chine sont protégés militairement par l'OCS-OTSC. 

 

Dans les termes de la stratégie militaire mondiale de Washington, les couloirs eurasiens envisagés dans le cadre de la SRS empiéteront inévitablement sur la souveraineté territoriale de la Chine. Les couloirs de transport et les oléoducs proposés par les États-Unis, l’OTAN et l’alliance GUAM sont destinés à être connecter, à une date ultérieure, avec le projet de couloirs de transport de l'énergie et des oléoducs de l'hémisphère occidental, y compris ceux qui sont envisagés dans le cadre du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP). 


Le Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP) est à l’Amérique du Nord ce que la Stratégie de la Route de la soie est aux pays du Caucase et de l'Asie centrale.  Ils sont des constructions stratégiques régionales de l’Empire américain.  Ils représentent la pierre angulaire du nouvel ordre mondial. 

 

Le Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP) est le résultat d'un processus similaire de planification stratégique, de militarisation et de l’intégration économique du marché libre, en grande partie basée sur le contrôle des ressources stratégiques, dont l'énergie et l'eau, ainsi que la « protection » de l’énergie et des couloirs de transport (routes terrestres et maritimes) de l'Alaska et de l’Arctique canadien jusqu’en Amérique centrale et dans le bassin des Caraïbes. 

 

 

 

Note de l'auteur: Cet article a mis l’emphase sur les principaux corridors d’oléoducs dans le but d’analyser les questions géopolitiques et les questions stratégiques.  Une étude de l'ensemble du réseau de pipelines eurasien nécessiterait une présentation beaucoup plus détaillée.   

 

 

Lire également l’article suivant :Guerre dans le Caucase: Vers un affrontement militaire plus large entre la Russie et les États-Unis?, publié le 10 août 2008.

 

 

Article original en anglais, The Eurasian Corridor: Pipeline Geopolitics and The New Cold War, publié le 22 août 2008.


Traduction de l'anglais: Dany Quirion. 


Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d'économie à l'Université d'Ottawa. Il est l'auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 11 langues).     
Les étapes de la guerre en Géorgie 

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