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russie soviétique

  • Camarade Strasser

    40771117.jpgNé, il y a 111 ans, dans une famille bavaroise, Otto Strasser fut volontaire comme simple soldat en 1914 et finit la guerre avec le grade d’officier. En 1919, alors que son frère Gregor s’engageait dans l’action nationaliste et militait avec Adolf Hitler, Otto Strasser lui partit pour Berlin où, étudiant en sciences politiques, il adhéra au Parti Social Démocrate. Collaborateur de Vorwärts, le quotidien de celui-ci, et fondateur de l’Association Universitaire des Anciens Combattants Socialistes, il combattit à la tête d’une centurie rouge le putsch réactionnaire de Kapp. En avril 1920, il quitta le PSD sur sa gauche et participa aux travaux du Parti Social Démocrate Indépendant, une importante structure d’extrême-gauche. Dans le cadre de ce parti, il rencontra Zinoviev avec qui il se lia et qui sut le convaincre de la validité de l’expérience révolutionnaire bolchevique, en tant que telle et comme modèle d’action pour l’Allemagne, ainsi que du nécessaire rapprochement de l’Allemagne et de la Russie. Parallèlement, Strasser passa un doctorat, tout en étudiant la pensée de Spengler et de Moeller van den Bruck et en fréquentant les cercles jeunes-conservateurs et nationalistes.

    Gregor Strasser de son côté s’était installé dans l’Allemagne du Nord comme organisateur régional du NSDAP. Il y avait pris conscience de la difficulté d’y développer un mouvement essentiellement raciste et nationaliste dans les conditions économiques et sociales de cette partie de l’Allemagne, et du fait de l’importante implantation dans les masses du PSD et du Parti Communiste Allemand. Pour lui les 25 points du programme du NSDAP étaient inadaptés et il demanda à son frère de l’aider dans un travail d’élaboration d’une idéologie nationale socialiste, transformée et rénovée. Otto Strasser accepta avec enthousiasme. Les deux frères se répartirent alors les tâches en fonction de leurs talents : Otto devint l’idéologue et Gregor l’organisateur et le propagandiste.

    En septembre 1925, ils convoquèrent un congrès à Hagen en Westphalie afin d’acquérir une certaine autonomie vis-à-vis de la direction de Munich. Cela se concrétisa par la création de la Communauté de Travail des Gau Nord et Ouest-Allemands du NSDAP, dirigée par les Strasser, le futur chef de la SA Lutze et Goebbels qui était de loin le plus pro-bolchevique de ceux-ci. Cette communauté de travail se dota d’une revue théorique les Nationalsozialistische Briefe.

    Lors du congrès national du NSDAP de 1926, les Strasser présentèrent un programme alternatif à celui d’Adolf Hitler qui insistait sur la nationalisation des moyens de production, sur une réduction de la propriété privée et sur une alliance avec l’URSS. Hitler, gêné par ces opposant dans sa propre stratégie d’alliance avec les forces réactionnaires, entreprit alors de disloquer leur bloc dirigeant. Il réussit à la fin de 1926 à obtenir le ralliement de Goebbels, puis neutralisa Gregor Strasser en janvier 1928 en le nommant chef de l’organisation du NSDAP pour le Reich. Parallèlement tous les cadres supérieurs du NSDAP favorables à la gauche comme les Gauleiter de Silésie, de Poméranie et de Saxe furent exclus. Otto Strasser se retrouva donc seul avec une poignée de cadres à défendre son programme socialiste dans un Gau berlinois de surcroît dirigé par Goebbels.

    La crise économique de 1929, radicalisa les positions. Hitler donna comme axes stratégiques au NSDAP le respect de la légalité institutionnelle et du principe électif, la fin de la propagande anti-capitaliste, un rapprochement avec les conservateurs et l’église catholiques et une intensification de la lutte anti-marxiste et antisémite. Otto Strasser, lui, affirmait que la fondation du III° Reich passait nécessairement par une révolution nationale et antiraciste faite au côté des communistes. La rupture était inévitable, et le 4 juillet 1930, Strasser quitta le NSDAP pour fonder la Communauté Nationale-Socialiste Révolutionnaire et l’hebdomadaire Die Deutsche Revolution. Il fut rejoint par 6.000 membres du parti nazi - dont les Gauleiter de Brandebourg et de Dantzig , de la SA et de la Hitler Jugend.

    En mars 1931, une crise grave toucha la SA du nord de l’Allemagne et 10.000 de ses membres, suivant leur chef régional Stennes, rompirent avec le NSDAP. En mai, ils fusionnèrent avec les partisans de Strasser pour donner naissance à la Communauté de Combat Nationale-Socialiste d’Allemagne. Mais celle-ci se disloqua dès l’automne et connu une importante hémorragie de membres qui rejoignirent directement le Parti Communiste Allemand ... Strasser reconstitua alors la Communauté nationale-socialiste révolutionnaire et lança en parallèle un front : le Front Noir. Celui-ci regroupait hors les strasseriens, des membres du Mouvement Paysan, le corps franc Les Loups Garous, la Ligue Oberland et les cercles de lecteurs de la revue Die Tat. Au plan international, les strasseriens se lièrent en France et en Grande-Bretagne aux " non-conformistes des années 30 " (Ordre Nouveau et revue Plan de Philippe Lamour en France, mouvement New Britain en Grande-Bretagne), en Espagne à Lesdesma Ramos et à ses JONS et dans la plupart des pays européens, ils prirent contacts avec les mouvements indépendantistes .

    Dès la prise du pouvoir par Hitler, le Front Noir subit une violente répression et ses membres inaugurèrent les camps de concentration . Cependant de 1934 à 1938, celui-ci pu maintenir une activité clandestine qui alla de la distribution de tracts et de journaux à la mise en place d’une radio pirate et à une tentative d’assassinat contre Hitler. Strasser, qui avait émigré dès 1933 en Autriche puis en Tchécoslovaquie, fut victime de plusieurs tentatives d’enlèvements et d’assassinats de la part de la Gestapo. Il dut s’enfuir au Portugal, puis aux USA et enfin au Canada.

    Dans ce pays, lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale il fut assigné à résidence dans une petite ville du Québec, et cette assignation dura jusqu’en 1954 malgré une intervention en sa faveur du Président du conseil français Robert Schumann. De plus, Strasser fut inscrit sur la liste noire des Alliés au même titre que Bormann ou Eichmann et déclaré déchu de sa nationalité ...

    Cependant, dès 1948, d’anciens membres du Front Noir créèrent en Allemagne la Ligue pour le renouveau de l’Allemagne, qui se transforma le 17 juin 1956 en Union Sociale Allemande. Dans cette partie de sa vie et jusqu'à son décès le 27 août 1974, Strasser insista beaucoup sur l’unification de la Nation Européenne et sur la construction d’un parti européen. A ce titre, il fut membre fondateur du Mouvement Populaire Européen et proche de Jean Thiriart sur lequel il eut une profonde influence.

    Au niveau idéologique, Strasser prônait le retour à la terre, la dislocation de la société industrielle, le démantèlement des usines et la réduction des populations urbaines, ce qui a fait comparer ses thèses à celles des Khmers rouges ou de la Révolution Culturelle Chinoise. Il proposait aussi une démocratie basiste et la nationalisation des moyens de production. Partisan d’une Europe aux cent drapeaux, il fut l’un des premiers à s’intéresser à la coordination des nationalismes ethniques dans lesquels il voyait un outil de la réorganisation de l’Europe.

    Albert J

  • DU NATIONAL-BOLCHEVISME

    1463737841.pngLe National- bolchevisme, au-delà de ses précurseurs au premier plan desquels se trouvent Georges Sorel, est né historiquement en Allemagne du choc de la défaite en 1918 et de la crise consécutive à la création de la Russie Bolchevique en 1917. Dés sa naissance le National bolchevisme allemand présenta deux tendances,d'une part une alliance entre intellectuels nationalistes et communistes, d'autre part un authentique mouvement National- Révolutionnaire, fusionnant l'idéologie léniniste avec un contenu nationaliste. Le National- bolchevisme est né d'une réaction à l'ordre international imposé par le Traité de Versailles, dont les véritables victimes furent principalement l'Allemagne et la Russie Soviétique, ainsi que l'Italie. Au delà des oppositions idéologiques, le poids de l'ordre de Versailles, dicté en grande partie par les États-Unis du Président Wilson va dicter une position commune aux nationalistes allemands et aux communistes russes. Avant d'être une construction théorique ou une construction politique révolutionnaire, le National- Bolchevisme sera surtout la rencontre des frustrations allemandes et russes face à l'ordre de Versailles. Devant le pillage et le démembrement de l'Allemagne et de la Russie par les vainqueurs de 1918, devant leurs exigences démesurées, de nombreux intellectuels allemands déclarèrent ouvertement que le régime Bolchevique récemment instauré en Russie était préférable à l'humiliation et à la ruine imposées à la patrie allemande.

    Le "Bolchevisme" national naît dans la fièvre, à la rencontre de deux peurs, mais dans des circonstances objectivement défavorables ... Solution héroïque, séduisante , il plonge ses racines dans une tradition authentiquement européenne,il déborde ainsi le cadre d'une simple combinaison de circonstances et c'est pourquoi la "tentation" survit et se manifeste dès que la situation extérieure ou intérieure offre la perspective d'une remise en cause radicale - mais nationale - d'un désordre causé par le déclin de l'Occident .

    Paul Eltzbacher professeur de Droit , sera le premier à théoriser cette position, en avril 1919 dans une proclamation à Berlin qui constitue la manifestation doctrinale cohérente du National- Bolchevisme.

    Les idées d’Eltzbacher trouvèrent une oreille attentive du côté soviétique, où Karl Radek, chargé par l'International communiste de la préparation de la révolution en Allemagne, prônera l'alliance entre nationalistes allemands et communistes russes.

    En novembre 1919, Radek devait déclarer : "Voilà pourquoi les nationalistes honnêtes comme Eltzbacher , révolté par la Paix de Versailles, ont prôné l'union avec la Russie soviétique, ce que l'ont appelle le Bolchevisme National"

    A cette première convergence intellectuelle devait rapidement répondre ce qui est l'essence même et véritable du Bolchevisme, la fusion entre Nationalisme et Communisme léniniste dans une formation politique commune.

    Celle-ci devait s'incarner dès 1919 dans le « courant de Hambourg » par les deux leaders de la révolution soviétique de 1918 dans cette ville, Heinrich Lauffenberg et Friedrich Wolffheim , qui développèrent des positions nationales communistes: affirmation de positions communistes radicales en alliance avec des tendances nationales marquées. En 1919 et 1920, Wolffheim et Lauffenberg animèrent, aussi bien en Allemagne qu'au sein de l'Internationale, un courant national bolchevique, qui faisait concurrence aux positions des Spartakistes qui venaient de constituer le "Parti Communiste Allemand" (K.P.D).

    Chassés en octobre 1919 de ce Parti, ils fondèrent immédiatement un Parti communiste dissident, le "K.A.P.D.", "Parti Communiste Ouvrier Allemand" . Au sein de ce parti, qui sera représenté jusqu'en 1922 dans le Kominterm, ils défendaient l'idée de créer une Armée Rouge allemande afin de reprendre la guerre contre les vainqueurs de Versailles.

    A partir du milieu des Années 20 et jusqu'à l'avènement du National- socialisme en 1933, le National Bolchevisme deviendra une partie importante du paysage intellectuel de la République de Weimar. De nombreux intellectuels adopteront ses positions .

    Au premier rang de ceux-ci il faut placer Ernst Niekisch qui deviendra le plus célèbre et le principal représentant du courant national bolchevique allemand. Issu du courant socialiste Allemand, Niekisch évoluera vers des positions nationales Bolcheviques en particulier à travers la revue qu'il animait "Widerstand" (résistance), qui aura une influence considérable notamment sur les mouvements de jeunesse allemands d'avant 1933. L’organisation était constituée par d'anciens sociaux-démocrates et syndicalistes, auxquels s'ajoutèrent de nombreux représentants du courant néo-nationaliste.

    Niekisch après 1933 sera l‘un des plus brillants intellectuels anti-nazis,ce qui conduira à l'interdiction de sa revue et à son internement dans un camp de concentration .

    Il participera avant sa mort à la naissance de la République Démocratique Allemande, dans laquelle il voyait l'exaltation des valeurs communistes et prussiennes qui furent toujours les siennes.

    L'année 1923 est réputée avoir connu une nouvelle grande vague de "national bolchevisme". L'origine de cette vague est la "Ligne Schlageter" au moyen de laquelle le Parti communiste allemand (KPD) tenta de "gagner les classes moyennes en voie de prolétarisation", en usant délibérément du thème patriotique. Au cours de cette campagne, on vit des leaders du KPD engager et même rechercher le débat avec des éléments qualifiés de "fascistes" . Les sociaux-démocrates et les partis "bourgeois" relancèrent alors la vieille accusation de collusion entre les deux extrêmes... le héraut de la nouvelle ligne était ... Radek" .

    Le National Bolchevisme allemand du début des Années 20 est indissociable de la figure du dirigeant de l'Internationale Communiste Karl Radek. Chargé par le Kominterm d'organiser et de coordonner la révolution bolchevique en Allemagne, il avait fini par comprendre tout le parti qu'il pouvait tirer du phénomène national bolchevique et il ne manqua jamais alors de favoriser celui-ci. Lorsqu'en 1923 les armées françaises et belges occupèrent la Ruhr, suite au non payement des réparations de guerre par une Allemagne exsangue, un mouvement de résistance important fut organisé par des Corps francs nationaux révolutionnaires.

    Le chef d'un de ceux-ci, Léo Schlageter fut capturé et exécuté par l'armée française. Il devait devenir le premier héros du National-Socialisme. A l'occasion de sa mort, Karl Radek lui rendit hommage dans un étonnant discours. Devant les représentants de l'Internationale Communiste réunis à Moscou, Karl Radek devait énoncer ce qui suit : "La majorité du peuple allemand est composée d'hommes qui travaillent et qui doivent lutter contre la bourgeoisie allemande. Si les milieux patriotiques d'Allemagne ne se décident pas à faire leur la cause de cette majorité de la nation et à constituer ainsi un front contre le capital de l'entente et le capital allemand, alors le chemin suivit par Schlageter serait le chemin du néant".Dans ce même discours prononcé à Moscou le 20 juin 1923, Radek parle aussi de lui en tant que "voyageur du néant", d'après le titre d'un roman à succès de l'époque

    Ce discours aura un retentissement énorme en Allemagne. Il sera d'ailleurs à l'origine de nombreuses convergences et débats entres intellectuels allemands d'extrême droite et dirigeants communiste, au premier plan desquels se situait Radek lui-même.

    Warren Lerner, biographe de Karl Radek, évoque de façon saisissante l'action de ce dernier : "En 1923, il tenta d'utiliser le parti nazi naissant pour détruire la République de Weimar et favoriser la révolution communiste. Radek fournit aux nazis leur premier héros, Schlageter, fusillé dans la Rurh par les français et fit un discours célèbre à sa mémoire, approuvé par Staline et Zinoviev. Radek exprimait la conviction, partagée par les chefs du Kominterm, que "l'écrasante majorité des masses nationalistes appartiennent non au camp des nationalistes, mais aux camp des ouvriers, que des centaines de Schlageter rejoindraient le camps de la révolution."

    LCN