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salomé zourabichvili

  • « Les Russes veulent un État faible à leur porte »

    N1GE03C_20080811_apx_470__w_ouestfrance_.jpgSalomé Zourabichvili.Franco-géorgienne, elle a été ambassadrice de France à Tbilissi. Puis ministre des Affaires étrangères de Géorgie, de 2004 à 2005. Elle dirige à présent un parti d'opposition et publie Les cicatrices des nations (Bourin éditeur).

    Avez-vous été surprise par le déclenchement de ce conflit ?

    Surprise, non. Les bruits de bottes se faisaient entendre depuis plusieurs semaines, mais c'était davantage lié à la situation en Abkhazie. Ce qui est une surprise, c'est l'extrême violence de cette guerre. La Russie, pour la première fois depuis la fin de l'Union soviétique, attaque un État indépendant. Elle viole son espace aérien, bombarde les environs de la capitale, occupe son espace maritime. C'est une véritable agression.

    Toutefois, en attaquant l'Ossétie, le président géorgien a pris une lourde responsabilité ?

    Tant qu'on est en état de guerre, je ne commenterai pas la politique des autorités géorgiennes. Je ne donnerai sûrement pas des arguments qui pourraient être repris par la partie russe.

    Les Russes demandent le départ de M. Saakachvili.

    Ce n'est pas à la Russie de le décider. C'est à la population géorgienne, qui aura sûrement des comptes à demander à ses autorités sur ce qui s'est passé, mais c'est une affaire intérieure géorgienne. En outre, je ne suis pas sûre qu'un Saakachvili affaibli et discrédité ne soit pas finalement, pour la Russie, tout aussi confortable qu'un nouveau dirigeant. Les Russes veulent surtout un État faible à leur porte, voire un État fantoche.

    Craignez-vous une contagion à toute la région ?

    Chacun sait, depuis les généraux de l'Empire russe, que celui qui contrôle Tbilissi contrôle le Caucase ou a la main sur ce qui s'y passe. Donc, c'est non seulement l'indépendance et la stabilité de toute cette région qui est en cause, mais c'est, à l'avenir, son utilité pour l'Europe comme zone de transit fiable, stable et pacifique, qui est en jeu.

    Qu'attendez-vous de l'Europe ?

    Ce qu'elle est en train de faire aujourd'hui. Négocier très rapidement avec la Russie, d'abord un cessez-le-feu. Puis entamer une négociation politique. Les Européens doivent faire comprendre à Moscou que l'Union ne peut pas accepter que l'indépendance d'un État souverain soit remise en cause. Si l'Europe avait mené une politique de voisinage plus affirmée dans cette région, avec des exigences démocratiques plus claires, on n'en serait peut-être pas là. C'est elle qui bénéficie en premier de l'approvisionnement énergétique venant d'Asie centrale. Malheureusement, elle en prend acte une fois la crise déclenchée.

    Recueilli par Laurent MARCHAND. ( Ouest-france )