05.04.2009

Avez-vous honte de tout ce qui s’est passé ?


 
Jacques Chancel : Lucien Rebatet, vous avez choisi Hitler, ce qui, pour les Français, était une trahison. Vous avez été condamné à mort, et peut-être vous êtes-vous renié. Vous avez été gracié et peut-être avez-vous été surpris. Ma première question va peut-être vous surprendre : avez-vous honte de tout ce qui s’est passé ?
Lucien Rebatet : Ah ! pas le moins du monde ! Si j’avais honte, je ne serais pas à ce micro. Je me suis battu pour la cause que je croyais bonne [...] A partir de 1934, j’ai vu les choses tourner très mal. A tort ou à raison, je n’en sais rien. Enfin, plus exactement, les événements de 1940 m’ont donné raison à bien des titres.
Appartenant à l’Action française, j’avais toujours été, non pas antigermain, mais hostile au pangermanisme. La preuve ? Je me suis abonné à L’Action française en 1927 pendant que je faisais mon service en Rhénanie. Là, j’étais en contact avec l’Allemagne et je voyais renaître le pangermanisme ; je voyais les affiches du père Hindenburg dans toutes les gares, dans toutes les rues, et je trouvais cela très dangereux.
J’étais à ce moment-là, partisan de casser la figure à Hitler.
 
J. .C. : Vous avez vite changé après !
L. R. : Ce n’est pas que j’ai changé… Non pas du tout. J’étais partisan de lui casser la figure. Mes amis de gauche, à ce moment-là d’ailleurs, se moquaient de moi ; ils me disaient : « Cela va être un phénomène extrêmement passager. Le peuple allemand le balaiera rapidement ». Moi, j’allais en Allemagne et je rapportais les images, dans mes reportages, d’un peuple qui était tout à fait, tout entier derrière son Führer. Alors, cela irritait déjà les gens. Raconter la réalité passait pour une sorte de nazisme.
 
J. .C. : Vous êtes l’auteur de deux livres très importants, le premier aux responsabilités illimitées : Les Décombres et Les Deux étendards… Parlons des Décombres. Vous vous voulez pamphlétaire, vous êtes souvent excessif, toujours horrible, parfois juste […] Vous rendez-vous compte que vous avez mis en marche une mécanique dangereuse… aux retombées dramatiques ?
L. R. : Je me rends très bien compte de l’importance que j’ai pu avoir. J’ai toujours protesté contre les écrivains… contre les opinions politiques qu’ils peuvent défendre dans leurs livres sans les engager, en quelque sorte. La thèse de libéralisme dans ces opinions me paraît absurde. J’ai été condamné à mort, j’ai trouvé que c’était normal.
 
J. .C. : Trouvez-vous normal d’avoir été gracié ?
L. R. : Oui, étant donné que les fabricants du mur de l’Atlantique avaient quatre ans de prison. Tout devenait anormal au niveau des journalistes… et des policiers qui, ayant travaillé avec les mandats des juges, repassaient devant ces mêmes juges qui les condamnaient à mort. Ce sont les deux catégories de Français qui ont payé le plus cher. Mais oublions les journalistes. Nous sommes dans certains cas des combattants. Il faut savoir payer le bonheur d’écrire ce que l’on pense… C’était normal. Pour les policiers ce fut ignoble… Ces gens-là n’avaient fait qu’obéir aux ordres.
 
J. .C. : J’ai relu Les Décombres, Lucien Rebatet. Votre mitraillette a couché bas une importante catégorie de Français. Je vais vous rappeler quelques-uns de vos phrases…
L. R. : Allez-y !
 
J. .C. : « L’espérance, pour moi, est fasciste… »
L. R. : Je ne peux pas dire que j’aie tellement changé à ce point de vue-là. Il va falloir que nous montions très haut dans les digressions… Allons-y. Je ne suis pas du tout, en principe, hostile à la démocratie, moi. Au fond, je suis républicain. Mais il y a une question de latitude, vous comprenez… Cela marche très bien en Suède, pays ascétique, protestant, puritain, enfin… puritain autrefois ! Mais en dessous d’une certaine latitude, cela ne marche plus… Un Américain m’a dit un jour cette chose qui m’a beaucoup frappé : « En France, vous n’avez jamais compris que la démocratie se mérite ! […] Il est évident que les gens qui sont les plus proches de nous… jusqu’à un certain point, s’appellent communistes. Pourquoi ? Parce que ce sont nos ennemis mortels."
 
J. .C. : Je ne suis pas communiste, mais j’ai des amis… disons des camarades dans le Parti…
L. R. : Moi je n’en ai pas.
 
J. .C. : Manque de libéralisme ?
L. R. : Il n’est pas question de libéralisme quand il s’agit de communistes. Avec eux, vous savez ce qu’est un délit d’opinion. Le délit d’opinion, c’est la « bave de la vipère lubrique »… Alors avec ces gens-là, on ne discute pas.
 
J. .C. : C’est votre affaire… Voici une autre phrase que vous avez écrite : « Les bras tendus à vous, mes camarades SS de toutes les nations… »
L. R. : Oui, là évidemment, c’est beaucoup plus difficile à expliquer. Il y a eu des SS qui se sont déshonorés. Les gardiens des camps, le S.D. surtout qui était un épouvantable appareil policier. Tout ce qui entourait Himmler n’était pas beau. Mais la Waffen SS a eu de bons soldats. Ils ont été peut-être très durs au combat, mais reconnaissez aujourd’hui, on les imite un peu partout !
 
J. .C. : Lucien Rebatet, comment peut-on être encore raciste, de nos jours ?
L. R. : Personnellement je ne suis pas raciste. Je trouve que toutes les races ont leurs qualités. Mais c’est le monde qui est raciste… On est là à dire : « Enfin, c’est invraisemblable qu’il y ait encore des racistes dans le monde… » Soyons sincères… Comment se comporte la moitié de l’univers ? Vous croyez que les Chinois ne sont pas racistes ? J’irai même jusqu’à dire que les Flamands, à l’heure actuelle, les Flamands, dans leur querelle avec les Wallons le sont également.
C’est évidemment idiot d’appeler cela du racisme, puisque nous sommes tous de la même race blanche. Mais si vous voulez, c’est la lutte entre le Nord et le Sud… Les Tyroliens du Tessin ne veulent absolument pas cohabiter avec les Napolitains. Comment appelez-vous cela ? Disons alors que c’est de la xénophobie pour ce qui concerne les frictions entre les races blanches… Mais ailleurs le racisme est intense. Vous ne croyez pas ?
 
J. .C. : Regrettez-vous toutes les phrases que vous avez pu prononcer ?
L. R. : Il y a des phrases que je ne récrirais certainement pas aujourd’hui, mais j’étais au combat… Quand on se bat – nous nous sommes battus –, on tire. Et si on tue l’adversaire, il est rare qu’on le regrette.
 
J. .C. : Vous êtes reconnaissant et fidèle, tenace et rancunier…
L. R. : Rancunier ? Non… non… mais j’aime que tout le monde fasse son mea culpa. La guerre est une chose abominable en soi ; nous avons tous notre part de responsabilité énorme dans ces horreurs… Aujourd’hui, je passe pour un pro-américain. Cela ne m’empêche pas de reconnaître bien des erreurs de l’Amérique. Pendant la guerre, on me prenait pour un horrible hitlérien… Parce que je protestais contre les épouvantables bombardements américains sur l’Allemagne, sur des villes sans défense comme Dresde…
 
J. .C. : Oui, mais vous avez vanté les « grandes qualités », le « côté épanoui d’Hitler » et vous l’avez dit à différentes reprises… Vous étiez vraiment l’homme de cet homme…
L. R. : Je ne dis pas que le personnage ne m’ait pas impressionné à partir d’un certain moment… Comprenez-moi : j’avais su sa réussite en Allemagne, sa réussite sur le plan intérieur… Si Hitler n’avait pas fait la gaffe monstrueuse, pangermanique et stupidement raciale, de considérer les Slaves comme un peuple inférieur, il aurait été reçu en libérateur. La Russie venait d’attraper dix années de stalinisme… Tout le monde sait très bien – des quantités de soldats allemands me l’ont dit – qu’en Ukraine par exemple, ils étaient accueillis en libérateurs. Hélas ! quarante-huit heures après, ce bon peuple était mis aux travaux forcés. Alors naturellement, c’était fichu.
 
J. .C. : Si vous n’aviez pas été amené au fascisme, si vous n’étiez pas devenu par la force des événements, le héraut de cette conduite à droite… vous auriez pu être le champion de la gauche. Simple question de vent dans les révolutions… Pourriez-vous être gauchiste aujourd’hui ?
L. R. : Je ne crois pas. Finalement, toutes les révolutions sont idiotes. Elles arrivent toujours au bout d’un certain temps à regrouper les profiteurs et à tuer les pauvres bougres qui ont fait le travail. Mes expériences me démontrent la faillite de toutes les révolutions, quelles qu’elles soient.
 
J. .C. : Lucien Rebatet, vous m’avez dit renier certaines phrases. J’ai compris que vous ne reniez pas du tout votre vie. Nous sommes en 1970… vous reste-t-il beaucoup d’amis ?
L. R. : Des amis… il m’en reste beaucoup, naturellement… Comme tous les gens qui ont été engagés dans un combat difficile. Et j’en ai d’un peu tous les bords. Les hommes avec lesquels je ne m’entends plus, ce sont les renégats…
 
J. .C. : Qu’appelez-vous « renégats » ?
L. R. : Claude Roy, par exemple… Il était notre chouchou. Il nous léchait les pieds – il faut bien employer les expressions réelles. Nous l’avons sauvé des camps des prisonniers allemands en 1940, nous l’avons fait passer en zone libre. Il a travaillé pendant trois ans à la radio de Vichy. A la Libération, on le retrouve communiste et le voilà qui refuse de signer pour la grâce de ,… J’appelle cet homme-là un renégat.
 
J. .C. : On a le droit de changer d’idées !
L. R. : A ce point-là, non !
En revanche, il y a des résistants, tout à fait authentiques, des gens qui se sont battus, avec lesquels je suis très bien. Pour eux, j’ai beaucoup d’estime et ils me le rendent… Je crois.
 
J. .C. : Vous vous dispersez un peu !
L. R. : C’est vrai. Je suis un dilettante, en toutes choses. Aujourd’hui, nous sommes à l’ère des professeurs et des pédants. Moi je vais des Décombres à la musique…
 
J. .C. : Si vous aviez écrit vos Décombres en période gaulliste, quel en aurait été le thème principal ?
L. R. : J’aurais tracé le même tableau, qui me paraît très véridique, des prodromes de la guerre et de notre défaite de 1940. Bien entendu, j’aurais remplacé la dernière partie par une sévère description de l’imposture gaulliste, de ses méfaits (décolonisation ratée, abandon stupide et lâche de l’Algérie, chimère de l’Europe jusqu’à l’Oural, détérioration de la monnaie) camouflés sous la politique dite de grandeur.
 
J. .C. : Vous n’êtes pas athée, mais vous êtes mécréant, cela vous l’avez dit. Et pourtant, Dieu existe…
L. R. : J’ignore totalement s’il existe un être suprême. Je suis agnostique. C’est l’humilité qui convient, me semble-t-il, à notre nature humaine, et qui entraîne bien entendu un refus de toutes les religions, avec leurs systèmes et leurs dogmes présomptueux. Dans mon ignorance métaphysique, ce dont je suis sûr, c’est de l’inanité de ces systèmes et de ces dogmes qui, s’il existe un au-delà, sont l’obstacle millénaire à notre connaissance de cet au-delà.
 
J. .C. : Comment voyez-vous demain ? Comment réagissez-vous par rapport à vos idées ?
L. R. : Pour ma part, je suis au-delà du nationalisme. Je me sens d’abord européen, comme je l’étais à vingt ans, avant ma crise maurrassienne. Je suis persuadé que c’est dans l’Europe fédérée que la France jouera son meilleur rôle et atteindra la vraie prospérité. Je regrette que le grand peuple russe, qui a tant donné à l’Europe durant le XIXe siècle, ne puisse actuellement prendre sa place dans cette fédération. S’il trouvait en lui-même la force de rejeter le système soviétique, ce serait le plus beau jour de ma vie...
 
Propos recueillis par Jacques Chancel en 1970 et publiés dans le recueil Radioscopie.

06.08.2008

The sins of their fathers

A relative of Hitler is now Jewish and living in Israêl. So is the son of a Waffen-SS man. Tanya Gold talks to the descendants of Nazis who have embraced Judaism ...

Two years ago I read a strange little story in an obscure American magazine for Orthodox Jews, claiming that a descendant of Adolf Hitler had converted to Judaism and was living in Israel. I had heard rumours in Jewish circles for years about "the penitents" - children of Nazis who become Jews to try to expiate the sins of their fathers. Could it be true? I dug further and discovered that a man with a family connection to Hitler does indeed live in Israel as an Orthodox Jew. Virtually unnoticed in the English-speaking world, he was exposed seven years ago in an Israeli tabloid. Then he sank from sight. I went to Israel to meet him - and on the way I was plunged into the strange subculture of the Nazi-descended Jews.

I am walking through the alleys of the Old City of Jerusalem, to meet Aharon Shear-Yashuv. He is the son of a Nazi. And yet he was a senior rabbi in the Israeli armed forces. He lives in an apartment in the Jewish quarter, near the Western Wall. I walk through a pale gold alley; Orthodox Jewish men in long black coats and round fur hats dart past. He opens the door and looks like every other rabbi I have ever met - a black suit, a beard, a questioning shrug. He takes me into his study, settles into a chair, and says, in a thick German accent: "My father was in the Waffen-SS."

Lire la suite : http://www.guardian.co.uk/world/2008/aug/06/judaism.secon...

Un des descendants d'Hitler s'est converti au judaïsme

C'est le quotidien britannique The Guardian qui a retrouvé ce descendant d'Hitler, dont la présence en Israël et la conversion demeuraient une sorte de légende urbaine dans les pays occidentaux. Pas en Israël, curieusement, où un tabloïd avait sorti l'histoire voilà 7 ans. En découle une longue enquête, décortiquée en longueur dans les pages du journal, pour retrouver l'arrière- petit fils du demi-frère d'Hitler. Il ne donnera pas son nom, mais raconte son histoire au journal. Ses parents étaient contre la politique menée par le Führer, lui même s'est senti "embarrassé" quand il a lu Mein Kampf. "Comment les gens ont pu élire quelqu'un qui a écrit un tel livre? C'est lamentable!

08.05.2008

Le 8 mai de Leclerc

205773501.jpgLe 8 mai 1945 que nous commémorons aujourd’hui comme un jour de Paix, fut aussi un jour de joie et de fierté pour les authentiques héros de la résistance au Nazisme et pour les peuples de notre continent, victimes de l’atroce guerre civile qui marquera, brutalement, le début de la décadence de l’Europe et l’extension de la double barbarie américano-soviétique.

Un exemple du paradoxe de la victoire du 8 mai nous est donné par l’attitude de Leclerc.

Contre les lois de la guerre, contre les lois de l’honneur, le général Leclerc, qui dans quelques mois sera responsable de la lutte contre le stalinisme en Indochine fera fusiller ce jour douze volontaires français partis combattre le régime stalinien sur le front de l’est.

En effet, dans les premiers jours du mois de mai 1945, une douzaine de Waffen SS français se rendent à l'armée américaine. Fatigués ou blessés ils sont issus du régiment "Hersche".

Ils sont, avec d'autres prisonniers allemands, internés dans une caserne de Bad reichenall (ancienne caserne des chasseurs de montagne). Le 6 mai 1945, la 2ème DB de Leclerc occupe la ville. Ils sont placés sous surveillance et seront par la suite questionnés par Leclerc. Comme il leur reproche d'avoir revêtu l'uniforme allemand, les prisonniers rétorquent qu'il porte lui-même un uniforme américain. Le général Leclerc, devant cette « attitude insolente », décide de faire fusiller les douze français, sans aucun jugement !

L'exécution aura lieu, par trois groupes de quatre hommes le 8 mai 1945 (!). Les prisonniers sont conduits à Karlstein ou plus exactement au lieu-dit Kugbach ou Kugelbach, là ils apprendront qu'ils devront être exécutés dans le dos ce que les SS refusent.

C'est un lieutenant plutôt affolé et en désaccord avec l'ordre qui doit commander l'exécution. Les Waffen SS français s'écroulent par groupe de quatre l'un après l'autre sous les balles aux cris de "vive la France !".Les corps sont laissés sur place conformément aux ordres.

Trois jours après, ils seront finalement enterrés, le nom des fusillés sera porté sur des croix par des militaires américains . Le 6 décembre 1948, une enquête est ouverte suite à la demande des familles, sans aucune suite judiciaire. Le 2 juin 1949, les corps des SS seront transférés dans le cimetière communal de Sankt Zeno, à Bad reichenhall. La tombe commune se trouve dans le "gruppe 11, reihe 3, nr 81 et 82".

Le père Maxime Gaume, ancien missionnaire au Dahomey et aumônier dans la division Leclerc, est le seul témoin connu de l'exécution. Son témoignage a été communiqué aux familles des victimes identifiées.

«Après que la décision eut été prise à I'état-major de la division de fusiller les prisonniers sans jugement, le père Fouquet, aumônier divisionnaire, me donna I'ordre d'assister ceux-ci dans leurs derniers moments. Le jeune lieutenant qui reçut l'ordre de commander le peloton d'exécution n'appartenait d'ailleurs pas à mon unité et était complètement affolé d'avoir à exécuter un pareil ordre, se demandant même s'il n'allait pas refuser d'obéir. II résolut alors de faire au moins tout ce qui était en son pouvoir pour adoucir les derniers instants des victimes - et communia même avec eux avant l'exécution. Un seul refusa les secours de la religion; trois d'entre eux déclarèrent n'avoir aucun message à faire transmettre à leur famille. La fusillade se fit en trois fois: par groupe de quatre, de sorte que les derniers virent tomber leurs camarades sous leurs yeux. Tous refusèrent d'avoir les yeux bandés et tombèrent bravement aux cris de « Vive la France». »

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